• Chapitre 1 - Quatrième partie

     

    Chapitre 1:

    Partie 4: Vers le domaine de glace

     

    ... Me voici à présent avec un inconnu et un chien sur un arbre dans un monde que je ne connais pas... N'est-ce pas merveilleux de se dire qu'on a strictement aucune idée de comment on a fait pour arriver à un point où l'irréalisme devient réel...?

    Aujourd'hui, ce ne fut pas des plus simples... Et puis, je repense à ce... dragon enragé que j'ai aperçu. Pourquoi me semblait-il si familier...? Et... cette présence tout à l'heure. Était-ce vraiment lui...?

    Vay... qu'est-ce qui m'a pris de n'en faire qu'à ma tête aussi... J'aurai dû attendre qu'il me donne quelques éléments de réponses avant d'accepter naïvement d'être embarquée dans une quête aussi longue que ma propre vie...

    Heureusement, je le vois cette nuit. D'ailleurs, cet aigle qui m'a donné la lettre... lui aussi me rappelait quelque chose. Mais... quoi ? J'ai l'impression d'avoir déjà vu certaines personnes ici, sans pour autant avoir la certitude qu'il s'agisse bien d'eux.

    Ha... Vay, j'ai cru que tu n'avais pas tenu la promesse que tu m'avais faite. J'espère que tu as une explication... J'ai tellement de questions à te poser, c'est insupportable.

    J'arriverai pas à fermer l'œil si je continue à me torturer avec...! Concentre-toi. Ne pense plus à rien, et laisse le froid engourdir ton corps. ...

     

    Je ne savais depuis combien de temps je dormais quand quelque chose vint effleurer ma joue. Ce contact léger m'était un peu désagréable. De plus, son insistance me forçait à ouvrir les yeux pour voir d'où provenait la gêne...

    En me redressant, je vis une créature étrangement familière m'observer avec un grand sourire. Puis, je sentis dans mon poing quelque chose me piquer la paume. En y jetant un œil, je me souvins d'un coup.

    Vay. Il était là, quelque part, et m'attendais. Il était précisé qu'un certain Nayru viendrait me donner le signal. C'était forcément cette boule de poil jaune et blanche, sertie d'un ruban brun qui lui seyait à merveille.

    En cherchant à travers l'obscurité et les feuillages, j'aperçus l'oiseau de tout à l'heure, accompagné de celui que je voulais tant voir. J'imagine avoir le plus grand mal à retenir mon impatience... j'ai l'impression que ça fait une éternité que je ne l'ai plus vu !

    Dans la plus grande discrétion possible, je me mis à descendre prudemment le tronc de l'arbre sur lequel mes camarades d'un jour se reposaient.

    Une fois au sol, je vis ce fameux Nayru descendre avec grâce les branches que je venais moi-même d'emprunter. A présent, il était temps d'obtenir des réponses tangibles.

    M'avançant d'un pas tranquille, je laissai la petite bête jaune me guider. Je le vis grimper en quelques bonds une paroi rocheuse assez simple à gravir, je suivis donc le pas.

    Enfin arrivé là-haut, je me retrouvai nez à nez avec l'oiseau de tout à l'heure. J'avais l'occasion de l'observer à nouveau, et je ne m'étais pas trompée la première fois. Il avait bien de la glace sur le corps...

     

    Soudain, l'apparition d'une ombre plutôt imposante derrière le volatile me rappela que je n'étais pas seule.

    Sans vraiment comprendre ce qui m'avait brusquement poussé à agir si... impulsivement, je me vis sauter dans les bras de Vay... littéralement. J'avais beau me dire que j'abusai, je n'arrivai pas à me convaincre de lâcher prise.

    Apparemment, ça ne semblait pas déranger plus que ça le jeune homme que je câlinais sans vraiment le comprendre... et je le sentis même renforcer légèrement cette étreinte en enroulant timidement ses bras dans mon dos.

    Je crois qu'il m'a vraiment manqué... c'est la seule explication logique à ce que je viens de faire. Pourtant... j'ai encore cette sensation de vide qui persiste... Comment la faire partir ? Le pourrai-je seulement...?

    Finalement, je me décidai à le libérer, et j'avais à présent l'impression de ne plus rien contrôler complètement. Ce qui me paraissait absolument impensable au premier abord, je me permettais de le faire, et il ne me repoussait pas.

    J'avais un peu de mal à saisir, là encore... mais j'acceptais les faits, et essayait de rester concentrée malgré tout.

    Il commença alors, dans un murmure, à entamer la conversation:"- ... Je suis désolé si je t'ai inquiété... J-je ne voulais pas... enfin, je ne pouvais pas te voir avant maintenant. Tu ne m'en veux pas...?";

    "- ... "; Je lui souris gentiment. "Non, pas tant que tu as une excuse." continuai-je en rendant mon sourire un peu plus narquois. Il sourit à son tour.

    "- ... Dans ce cas, je vais faire court. En fait, c'est juste que je ne suis pas censé interférer dans... ce que tu vis en ce moment... pour des raisons qui tiennent du secret... professionnel disons." dit-il d'une voix nuancée. Je sentais son malaise sur le sujet, mais je ne pouvais pas rester dans le flou. Je voulais savoir.

    "- De quel genre de registre professionnel s'agit-il...?" demandais-je sur un ton plutôt ferme.

    "- ... Le même que toi, en l'occurrence..." hasarda-t-il. Je voyais bien qu'il n'était pas disposé à m'en dire davantage sur le sujet.

    "- Je ne vois pas de quoi tu parles. Tu es si mystérieux..." commençais-je en le regardant pensivement. "J'ai cru que tu n'avais pas tenu ta promesse tout à l'heure... mais si tu n'es pas intervenu... c'est uniquement parce que tu n'en avais pas l'autorisation...?" poursuivais-je, essayant de lui arracher les infos qui pourraient me permettre d'en savoir un peu plus.

    "- C'est ça... A vrai dire, si ça n'avait tenu qu'à moi, je te serais sûrement venu en aide... même s'il m'est très fortement conseillé de te laisser expérimenter seule pendant un temps. Je ne devrais d'ailleurs intervenir que si tu fais face à un danger immédiat à caractère mortel..." ajouta-t-il d'une voix triste.

    "- Hé beh, que de réjouissances dis-moi ! J'ai presque envie de revenir sur ma décision... Je n'aurai pas dû te dire si vite que tu pouvais m'envoyer ici, comme ça... J'ai répondu sans réfléchir...";

    "- ... "; Il me regarde la mine sombre. J'espère qu'il ne va pas me dire que c'est irrémédiable ou quelque chose du genre... "Et bien... c'est problématique.";

    "- Et... pourquoi ça ?" demandai-je naïvement. Pitié, pitié, pitié...

    "- Il est trop tard pour faire marche arrière..."; J'aurai dû le parier... Je m'attendais à quoi aussi ?? "Nous aurons besoin de toi prochainement. Et je dois d'ailleurs te mettre en garde.";

    Il marqua une pose. Il me regarda dans les yeux pour y desceller quelque chose, qu'il ne sembla pas trouver.

    "- Me mettre en garde par rapport à quoi exactement ?" poursuivis-je avec une pointe d'ironie.

    "- Déjà, de la menace que représente Draniolon. Je pense que, rien qu'aujourd'hui, tu as eu le temps d'entendre parler de lui... et à vrai dire, tu es bien loin d'en avoir fini avec ça..." dit-il d'un ton solennel.

    Il feignit me laisser poser ma question, mais n'attendit finalement pas que je l'énonce pour répondre:"Tout ça parce que tu es destinée à être son élue."

    Misère et stupéfaction... bizarrement, je m'attendais à ce type de nouvelle. "- Très bien... et alors ?" demandais-je avec un intérêt amoindrit par l'annonce.

    Il semblait apparemment surpris par ma réaction. Mais il resta concentré, et continua ses explications.

    "- ... Et bien, il faut savoir que Draniolon a perdu, il y a de ça un siècle, celle qui occupait cette place avant toi. Pensant dès lors qu'il s'agissait de la dernière encore en vie, le dragon s'est mis en tête de gérer son pouvoir à lui seul.

    Hélas, la situation n'est aujourd'hui plus aussi stable qu'avant, et la puissance qu'il renferme a commencé à le rendre fou. Nous avons donc fait en sorte de trouver la dernière personne capable de raisonner ce Dieu enragé... et il s'agit de toi." dit-il en termes simples.

    "- Je vois l'idée... mais qu'est-ce que j'ai à faire dans cette histoire...? Je ne comprends pas..." répondis-je, un peu perdue par tant d'informations d'un coup.

    "- En fait, nous ne savons pas exactement ni comment, ni pourquoi... mais il semblerait que Draniolon est prévu sept copies de toi pour lui permettre de subvenir à ses besoins sans à avoir à passer par toi pendant tout ce temps...

    Mais... n'ayant maintenant plus d'élue de substitutions, il s'est avéré préférable de lui amener l'originale. Donc, toi." affirma-t-il, apparemment plongé dans son récit.

    "- ... D'ac-cors... Donc, pour résumer... Un dragon s'est servi de mes clones pour ne pas m'utiliser moi en tant que son élue avant aujourd'hui. Et pour quelles raisons mes remplaçantes ne sont-elles plus là exactement...?" résumais-je, intriguée.

    "- Soit parce qu'elles ont péri... Soit parce qu'elles ont été corrompues." dit-il sobrement.

    "- ... Comment ça, corrompues...?" demandai-je, me laissant doucement imprégner par l'inquiétude.

    "- ... Elles ont voulu obtenir plus, et ont fait comme ce que Draniolon nous fait aujourd'hui... En sommes, c'est plus ou moins Adsis qui incorpore dans le cœur des gens des idées noires, qui peuvent pousser à commettre des crimes, voire... mener à la folie.

    Ce Fléau, on l'a tous en nous, et c'est d'ailleurs ainsi qu'on l'appelle. Je t'invite donc à t'en méfier." finit-il l'air sévère.

     

    Je reste sans voix. Des centaines de questions affluèrent d'un coup dans ma tête comme une tempête si vaste que je ne pouvais plus réfléchir. Je remis les compteurs à zéro, et replongeai dans le bain.

    "- ... Wow. Si je m'attendais à ça..." dis-je, encore un peu sous le coup de la paralysie cérébrale. Une fois les idées à nouveau à peu près claires, tout redevint à peu près cohérent pour moi. "Mais, à voir ta tête, ce n'est pas la seule chose dont tu voudrais me prévenir, je me trompe ?";

    Effectivement, je ne m'étais pas trompée. Il avait l'air pris dans un conflit intérieur.

    "- J-je... Tu vas peut-être me trouver égoïste, ou autre mais... Sache que je ne serai pas toujours là pour veiller sur toi.

    Ça peut paraître niais dit comme ça, mais c'est juste que... Il est prévu que pendant un temps, quelqu'un me remplace, et joue mon rôle. Ou du moins, jouera un autre rôle pour me remplacer.

    Je te demanderai de te méfier de lui. Tu ne t'en douteras peut-être pas... et te connaissant, tu auras déjà oublié cette mise en garde quand tu le croiseras... mais méfies-toi de lui.

    Il va sûrement te faire croire à des idioties sans nom. Prétendre avoir vécu un certain passé pour te mettre dans sa poche, mais remets toujours en question ses propos." dit-il, une rancœur visible dans l'âme.

    "- ... Et à quel nom répond cet ignorant...?" demandai-je, un peu surprise par l'implication de Vay dans cette mise en garde.

    "- ... Philias. Juste, Philias. Retiens ce nom, et tu éviteras de tomber dans le plus gros piège de l'épreuve à laquelle nous t'avons soumise."

    "- A-attends... quelle épreuve ??"

    "- Celle-ci. D'autres questions...?"

     

    Déconcertée, je le regardai avec des yeux ronds. Certes, j'avais eu des réponses... mais j'avais à présent la sensation d'être plus perdue encore. Mon insouciance me manquait un peu...

    "- Que suis-je censé faire à partir de maintenant...?" demandai-je, avec un grand manque d'enthousiasme.

    "- Te rendre au glacier pour te confronter à Draniolon avec la tenue de l'élue. Tu la trouveras dans la caverne à la base de la montagne glacée. Si tu commences l'ascension sans elle, une fois là-haut, il te faudra tout redescendre...

    En aucun cas tu dois te présenter comme tu es maintenant. S'il voit dans ton apparence une trop grande ressemblance avec ses anciennes élues, il pourrait croire que tu es l'une d'elles, et te fera subir le même sort...

    J'aimerai éviter cette fin, si ça ne te dérange pas..." continua-t-il sur un ton presque suppliant.

    Finalement j'abdiquais, l'interrogatoire n'avais que trop duré, et plus d'infos encore aurait fait disparaître toutes les autres, même les plus importantes. Et puis,ça avait un côté... mignon venant de lui, de s'inquiéter pour moi. Alors, je lui souris par compassion, et finis par parler.

    "- Je vois. Merci de vouloir me protéger, c'est adorable de ta part. Mais, si je ne vais pas me rendormir bientôt, je sens que la journée de demain sera très longue pour moi.

    Je te remercie d'être venu me voir pour... éclaircir certains points - tout en en assombrissant d'autres par la même occasion... Ça m'a fait plaisir de te revoir en tout cas, Vay. Alors... j'espère à bientôt." concluais-je avec regret.

    Il sembla hésiter un instant, mais fit demi-tour. Puis, je sentis quelque chose retenir mon poignet.

    Quand je vis le ruban de Nayru fermement accroché, tandis que la petite boule jaune semblait fusiller Vay du regard, je compris ce qu'il voulait faire.

    Alors, je me mis à réfléchir rapidement pour satisfaire Nayru, en plus de moi-même, mais une fois encore, j'aurais peut-être dû y réfléchir à deux fois...

     

    De son côté, Lunol ouvrit l'œil encore ensommeillé et leva la tête. Il manquait quelque chose. Prenant un court instant pour étirer ses muscles endoloris par les branches inconfortables, l'enfant de la Lune réfléchit un instant.

    Quel heure est-il...? Hm... il fait encore nuit apparemment. L'air est frais ce soir... hm...? Quel est cette odeur...? Serait-ce... du gibier ? s'interrogea-t-il en salivant d'avance. Il me tarde de voir qui rôde autour de mon arbre...

    Ainsi, en suivant l'alléchant fumet que percevait sa truffe, le chien chocolat se rapprocha du bord et vit, non sans surprise, le petit groupe réunis. Complètement sous le choc de ce qu'il voyait, il observait les quatre individus bouche bée.

    Puis, en réalisant ce qui se déroulait sous ses yeux, Lunol se ressaisit et aboya avec force:"Et, vous!! Lâchez-la immédiatement, ou je vous ferai passer l'envie de vous approcher d'elle à nouveau!!!"; Peut-être un peu trop fort d'ailleurs...

    Baissant sa garde en voyant les visages qui se tournaient vers lui tout aussi choqués qu'il l'était, les remords se mirent à le parcourir. Oups... trop tard.

    Maintenant, Oggas se réveilla à son tour, sur le pied de guerre. Naya, quant à elle, avait pris de la hauteur pour fuir vers le village en cas de danger réel.

    Il était évident que le chahut n'allait pas se finir aussi bien que le rendez-vous nocturne avait pu commencer... Oggas se pencha à son tour avec curiosité, et son regard à la vue de Vay aussi proche de la jeune fille le fit pâlir. Lui aussi n'en revenait pas.

     

    Après un court instant de mutisme commun, je me décidai à parler pour crever l'abcès:"- Hey, je ne pensais pas qu'on vous réveillerait avec notre conversation... Vay était simplement venu faire le point sur un truc, y'a rien à craindre les gars..." Commençai-je, un peu gênée par les circonstances.

    "- Attends, tu le connais ??" s'exclama Oggas, il était aussi pâle que sa colombe...

    "- Ne t'en fait pas Oggas, c'est l'une des nôtre. Et, tu t'en doutes mais... c'est moi qui me charge de la chaperonner." poursuivit Vay.

    "-...Ha! ouais, la chaperonner hein...? Et depuis quand tu conseilles quelqu'un avec ce genre de manière, Vay ? Je ne t'ai jamais connu aussi entrepreneur. Tu nous cacherais pas quelque chose ?" Poursuivit Oggas, sur un ton chevauchant à la fois la moquerie et la jalousie.

    "-...C'est bon, tu vas pas t'y mettre toi aussi. J'ai déjà Philias pour me charrier lors des Congrès, ce serait sympa que tu ne deviennes pas comme lui..." ajouta Vay, l'air passablement lassé.

    "-...Heu... Attends une seconde...-" Avant que je n'ai pu lui soumettre ma soudaine découverte, Vay reprit la parole pour mon plus grand désarroi.

    "-...En plus, c'est pas comme si tu ne le connaissais pas. On est bien d'accord que tu te souviens de lui, pas vrai ?" dit-il sur un ton étrangement amical.

    "-...Ah oui, celui qui ne sait jamais quand la fermer ? Ouais, ouais, je vois de qui tu parles... Manquerait plus qu'il se soit chargé de cette mission à ta place, haha!! Le connaissant, il aurait adoré te mettre des bâtons dans les roues!" plaisanta Oggas d'un rire sincère...

     

    Ils semblaient se connaître depuis des lustres, comme des amis de très longue date.

    De mon côté, j'étais perdue alors que mon cerveau tentait éperdument d'assimiler toutes les infos qu'ils s'échangeaient en me laissant, moi et les autres, complètement à part, de manière à comprendre la logique se cachant derrière les faits.

    La seule chose qui me rassurait, c'était bien de voir que je n'étais pas la seule à être complètement dans les choux... Nayru, l'aigle de glace, et même Lunol étions tous, sans exception, troublés par leur échange pourtant si naturel...

    Jamais je n'aurai cru que ces deux-là se connaissaient, et encore moins à ce point-là ! "- J'aurai peut-être dû lui poser plus de questions finalement..." murmurai-je à voix basse avec lassitude.

     

    "- Ouais, je vais devoir vous laisser... La situation est devenue assez critique, et ils vont avoir besoin de moi pour repousser Draniolon.

    En plus, je ne sais si les orbes sont bel et bien sous bonne garde à l'heure actuelle, car si ce n'est pas le cas, nous allons nous confronter à la fin de tout ceci..." dit Vay, avant que le jeune homme qui était toujours perché sur son arbre le retint encore un peu plus.

    "- Ce qui voudrait dire qu'on devrait retourner à notre ancienne vie...?" demanda-t-il d'un air un peu plus concerné.

    "- Inévitablement... pour chacun d'entre nous." ajouta Vay d'une voix sinistre.

    "- Et qu'adviendra-t-il de tous les autres...?" finit Oggas d'un ton fataliste.

    "- Réduit à l'état de poussière... Plus aucune vie nulle part, excepté la domination auto-destructrice de Draniolon qui finira à son tour par retourner à l'état Originel du monde... avant que Noylan ne le rebâtisse." conclut Vay l'air absent. Était-il plongé dans ses songes ?

    "..."

    Un silence pesant s'installa, et plus personne n'osa émettre le moindre bruit.

    Il était à présent certain qu'ils en savaient bien plus qu'il ne le laissait paraître.

    Trop de question fusaient dans ma tête, impossible de toutes les comprendre.

    Il est temps que les choses s'éclaircissent enfin, malgré le léger malaise toujours présent.

    "-... Me permettez-vous de... vous posez quelques questions supplémentaires...?" commençais-je d'une voix claire.

    "-...On t'écoute..." lança Oggas à demi-voix. Redoutaient-ils tous mes questions...? Devant quoi m'aventurais-je...?

    "-...En fait, j'ai cru saisir ce qui se trame ici... Mais j'ai besoin de savoir ce qui vous lie. Et de ce fait, vous qui prétendez que je fais partie des "vôtres" pour reprendre vos termes, pouvez-vous m'expliquer par quoi nous sommes liés...?" hasardais-je en gardant non sans mal le fil de mes pensées.

    Après un bref silence, les jeunes hommes s'échangèrent un regard mitigé... Ils n'étaient pas d'accord sur la réponse à me fournir.

    Je lisais dans les yeux d'Oggas:"Vas-y, dit lui la vérité. Elle mérite de savoir." tandis que de l'autre, le discours aurait plutôt été:"Non, surtout pas. Si jamais elle l'apprend maintenant, j'en connais un qui va sauter sur l'occasion pour me prendre cette mission!" et j'oserai même m'avancer jusqu'à dire que ce "quelqu'un" auquel il fait référence est ce fameux Philias contre qui il semble n'avoir qu'un simple différent.

    Mais du coup, qui croire...? Puis-je seulement faire confiance à quelqu'un qui cherche à me "protéger" par pure jalousie...? Si ce n'est pas par simple égoïsme... A cette idée, je me sentis lancer mon regard le froid et médisant à Vay.

    Je n'appartiens à personne, qu'il le veuille ou non. Pareil pour Oggas, j'ai bien senti qu'il n'appréciait pas la proximité que j'avais avec Vay tout à l'heure... ils sont du même niveau tous les deux. Mais ce ne seront pas eux qui m'arracheront ma liberté. Jamais. Et d'ailleurs, j'attends toujours de savoir ce qui fait de moi une des leurs... si jamais ils comptent me l'avouer un jour. Vu comme c'est parti...

    "- Bon, je vais te le dire comme Vay n'a pas l'air très disposé à te l'avouer..-"

    "- Non, tait-toi! Ne dis rien-"

    "- Vay, arrête de faire l'enfant!! Tu sais aussi bien que moi qu'elle le saura à un moment ou à un autre ! Alors..-"

    "- Mais ce n'est pas la même chose, nous l'avions appris par le biais de nos dragons alors pourquoi ne pas la laisser l'apprendre par elle-mêm-"

    "- Parce qu'elle le sait déjà IMBECILE!!! Tout le monde lui a déjà soumis l'idée! Et d'autant que ce n'était pas là le but initial de sa question..."

    "-...J-je... Alors quoi...?" demanda Vay, perdu dans la violence de l'échange.

    "- Elle demandait ce qui faisait d'elle quelqu'un comme toi et moi, en comprenant également dans le lot Xélios, et Philias... C'est bon, tu percutes ?"

    "-...J-je... Oh, oui je crois..." ajouta Vay l'air penaud.

    "- Bien, maintenant, acceptes-tu que je lui dise...?"

    J'étais déconcertée par la virulence et l'acharnement qu'avait eu Oggas face à Vay... Peut-être était-il plus digne de confiance que celui chargé de me servir de guide...?

    "- Vas-y... Tu n'as rien à perdre toi, de toute façon..."

     

    L'air triste qu'il me lança me laissa perplexe. D'un côté, j'avais envie de le prendre en compassion, et faire en sorte qu'il garde sa mission, mais de l'autre, j'avais encore en travers de la gorge la raison qui le poussait à agir ainsi.

    C'était certes, touchant qu'il m'accorde autant d'affection si je peux la nommer ainsi, mais je refusais que cela ne devienne une obsession. Je ne suis pas son précieux, et je ne pense pas pouvoir m'envoler comme par miracle.

    C'est pas si dur de couper les ponts pourtant! Si seulement il pouvait arrêter de me fixer avec son air de chien battu, doublé du sourire maussade de la défaite qu'il affiche au coin de ses lèvres...

    Faut pas me prendre par les sentiments si tu ne sais pas ce que tu cherches à obtenir de moi... Ça pourrait très mal finir.

     

    "- Au fait, je ne connais toujours pas son nom, ce serait plus simple pour m'adresser à elle..."

    "- Oh, c'est vrai. Elle-même ne le sait pas en fait... Mais elle, c'est Célia. ... Ça te dit quelque chose ? Tu as l'air perplexe." Ajouta Vay en répondant à Oggas.

    "- Et bien, c'est juste que ça n'a pas vraiment des airs de "noms" que nous sommes censé porter en tant que... euh, rhm." Oggas s'abstint de finir sa phrase, il me jeta un regard inquiet.

    "- C-Célia tu dis...? ... Pourquoi cela ne me dit rien...?" demandais-je naïvement.

    "- Euh... E-Et bien...-" hasarda Vay pris entre deux feux.

    "- Laisse tomber, on t'expliquera plus tard. Mais du coup, laisse-moi t'annoncer que tu as devant toi deux élus, comme toi ; tu es l'élue de Draniolon. Perso, je suis avec Adsis, et ce cher Vay lui s'occupe de l'Originel." Interrompit Oggas d'une voix assurée.

    "- L'Originel...? Je m'y perds là..." répliquai-je encore plus embrouillé qu'au début.

    "- Pour faire court, le Dragon Originel est le créateur de ce monde... C'est l'adjectif qu'il a été convenu d'employer entre élus pour parler de l'entité qui regroupe les noms de Nola, Noloy, et Noylan, dû à ses trois formes." expliqua Vay d'un ton particulièrement calme, malgré son regard fuyant.

     

    Lunol observa tour à tour les deux jeunes hommes, comme pour confirmer qu'ils étaient redevenus aussi calme qu'au début du débat.

    Plus aucune tension ne régnait entre les deux, et c'était si soudain qu'en percevoir la transition me déboussolait encore davantage.

    De leur côté, les camarades de Vay avaient l'air de se détendre depuis la chute de tension. Vraiment perturbant.

     

    "- Et pour répondre à l'autre question de tout à l'heure, c'est normal que ce nom ne te dise rien. En fait, ce nom est censé être un nom de code, prévu pour être DIFFÉRENT - n'est-ce pas Vay... - de l'original... même si j'ai le sentiment que dans ton cas, il n'a pas été modifié, et que d'autre part, je pense que tu ne dois te souvenir d'absolument rien de plus que ce que tu as commencé à vivre depuis ton "premier" réveil. Je me trompe ?" affirma Oggas avec conviction.

    "-...Euh, j-je... et bien j'imagine que... si nous sommes tous les deux des élus, tu as dû passer par là toi aussi... non ?" rétorquai-je hésitante.

    "- C'est exact. Nous sommes tous passez par là. Mais assez de bavardages, il faut que j'y ailles. Les autres m'attendent sûrement pour mettre le plan à exécution.

    Je compte sur toi pour te rendre sur le Pic au plus vite, nous enverrons Draniolon te rejoindre. Je te souhaite bon courage pour ton épreuve, Célia.

    Quant à toi Oggas, je te conseille juste de ne pas l'accompagner sur la montagne glacée, au risque de te prendre les foudres de D.Univers... Compris ?" Conclut Vay d'une voix assurée, loin de celle de tout à l'heure.

    "- Très bien, j'ai compris... Philias n'aura pas ta mission, je te le promet." souffla Oggas en levant les yeux au ciel, visiblement exaspéré par l'insistance de son ami.

    "- Adieu, j'imagine..." dis-je, sans arrière pensée.

     

    Je ne comprenais pas tout, mais je saisissais déjà le principal. Cependant, quelque chose n'allait pas, je le sentais, et c'est loin de me plaire...

    Trop de choses restent en suspens, j'ai besoin de savoir... mais assez pour aujourd'hui, j'ai déjà eu trop de révélations d'un coup. Il n'est pas nécessaire de tout découvrir d'un coup ! au risque d'en oublier des bouts là encore...

    Sans autre forme de procès, Vay s'en alla suivit par Nayru, et l'Aigle de Glace dont je ne connaissais toujours pas le nom, tandis que Naya vint me rejoindre une fois le petit groupe hors de vue.

    Oggas me rejoins à son tour, assez maladroitement cela dit, et Lunol ne pouvait pas ne pas faire de même, évidemment. La petite bande que nous formions tous les quatre me rappelait un sentiment familier...

    J'ai déjà connu cette impression rassurante avant, mais le fait de me souvenir de ce genre de chose m'apporte un vague sentiment d'angoisse... Je ne me comprendrais donc jamais...

    Depuis quand se rappeler de quelque chose d'agréable est exprimé par le corps comme une sensation inconfortable de déjà-vu ?

    Voyant mon trouble, les trois m'observaient avec cet air concerné qui ne les quittent plus dès que mes pensées me dévorent... Je ne sais même pas ce que je leur reproche, ils sont là pour moi après tout.

     

    "- Tout va bien Célia ? Tu as l'air pensive..." demanda Lunol, le regard aussi vague que le mien.

    "- Oui, tout va bien, ne t'en fait pas." Je ne savais pas que penser pouvait être une mauvaise chose. Mais bon, il ne sert à rien de le faire remarquer, si ?

    "- On devrait se recoucher histoire de se reposer encore un peu avant de prendre la route. Les évènements qui vont suivre risques de ne te laisser aucun répit..." suggéra Oggas, inquiet.

    "- Je doute que ce soit une bonne idée sachant qu'il faut que je sois prête à me confronter à Draniolon dès que possible... C'est un peu une perte de temps, non ?" demandai-je en suivant sans vraiment m'en apercevoir, la logique de Vay.

    "-...Non, ce qui serait une perte, ce serait que tu ne sois pas assez reposée le moment venue, et qu'en conséquence, tu échoues dans ta tâche... menant ainsi à la fin de tout ça. C'est ce que tu veux...?"

    C'était une question rhétorique, évidemment. Mais c'est qu'il commence à bien me comprendre le bougre! Enfin.... je ne sais même pas pourquoi j'en doute. Pour l'instant, ce sont bien ces trois-là avec qui j'ai passé le plus de temps depuis mon arrivée ici... Donc ça paraîtrait logique.

    "-... Ai-je seulement besoin de répondre...? ... C'est d'accord, j'admets que tes arguments m'ont convaincus." avouais-je finalement devant son air inquisiteur.

     

    C'est ainsi que je me retrouvais coincée entre l'étreinte de mes trois amis alors que le soleil, lui, se faisait encore bien timide. J'eus l'impression qu'il n'allait jamais pointer ses rayons tellement le sommeil m'avait fui.

    J'étais encore perturbée par toutes les infos qu'il me restait à encaisser. Fermer l'œil dans ces conditions me parut impossible, malheureusement. Et même le simple fait de fermer les yeux se retrouvait infaisable... mes paupières s'acharnaient à se rouvrit d'elles-même.

    Qu'ai-je bien fait pour subir cette torture interminable...? Tout autour de moi est en veille, et je ne trouve rien de mieux à faire que de lutter malgré moi contre cette atmosphère soporifique... Bah, peu importe. Au moins, j'ai le temps de souffler... c'est déjà ça.

    Je me mis ensuite à observer les arbres, les lumières, les couleurs et les formes devant moi... Le soleil commençait enfin à donner de la consistance aux arbres. Les feuilles vertes dont les rayons les traversaient à peine teignaient la forêt d'une certaine féérie.

    Les troncs encore noirs se révèlent décorés d'un fin reflet doré sur leur ligne de courbe. L'horizon cassait les lignes de l'ensemble, et des nuances rosées illuminaient ma vision ; le décor se dressait et s'armait de plus de couleurs, de teintes splendides, dignes d'un matin qui s'annonce sous le meilleur jour.

    Et pourtant, malgré ce qui m'attends, j'aime me perdre dans les nuages qui me font face, avec la mer que j'aperçois faiblement au loin, et au fond, mon objectif qui se tient là, resplendissant. N'attendant plus que ma venue.

    Magnifique tableau que celui que je voulais peindre de ce matin. Enfin, je me sentais un peu chez moi.

     

    Le temps passa, l'aube réveilla mes compagnons de route, et bientôt, tout ce petit monde allait se mettre en marche. Il était temps de faire face.

    J'étais prête. Prête à me battre s'il le fallait. Jamais je ne laisserai un être, qu'il s'agisse d'un Dieu ou d'un autre, arracher des vies sans préavis. Je me dois de sauver ce monde qui n'est pas le mien.

    Je refuse de le laisser détruire de si beaux endroits, et des individus si différents. Ainsi, que je sois ton élue ou non, Draniolon, je t'empêcherai d'arriver à tes fins.

    Et si je suis la clé pour mettre fin à ce carnage, alors j'endiguerai ta force pour l'assigner à des objectifs bien plus nobles que ceux que sont la destruction et la domination.

    Je n'ai jamais réussi à adhérer à l'idée même que des buts de ce type puissent simplement exister. Personne n'est au-dessus de personne, même si tu t'assignes un grade supérieur.

    Un titre n'est qu'un tire ; Un nom, un nom ; rien ne surpasse rien, nous sommes tous égaux. Ça ne doit pas être différemment. Et puis, qui sont ceux qui prétendent être au-dessus de la norme, hein ? à part ceux qui ne désirent assouvir que leur égoïsme et leur culte d'eux-même.

    Tss... ça n'a pas de sens. Ils oublient que certains ne veulent qu'une vie simple, sans véritable contrainte, et qui mène à une paix durable... Est-ce trop demandé...? ... Peut-être... mais je m'égare. Il est temps de se mettre en route. Montagne de Glace, me voilà !!

     

    En approchant de nouveau du village, j'entendis une voix m'interpeller:"Tu m'as l'air bien déterminée ce matin." commenta Oggas, qui en jugeait à ma démarche. Je ne relève pas.

    "Eh, tu m'ignores...?" demanda-t-il d'un ton faussement lassé. En réponse, je ne lui lance qu'un sourire et un regard en coin. Le message est passé.

    "Je vois. Au fait, tu vas avoir besoin d'un bateau pour voyager jusqu'au domaine de ce cinglé... Heureusement pour toi, j'ai l'avantage d'avoir le titre de "fils du chef" dans ce village... J'ai moyen de t'en procurer un assez facilement..."

    Il attendit un signe de ma part, mais devant mon silence, il poursuivit. "...Ouais, tu me remercieras plus tard..."

    Je ne sais pas comment il considère mon silence, mais vu comment me toise Lunol, lui doit avoir l'impression qu'il parle à un mur. J'en rigole un peu.

    Naya, elle, volait autour de nous. En voyant un visage familier nous approcher, elle fondit vers l'homme bourru.

    Tiens, je l'avais oublié celui-là... J'espère qu'Oggas va réussir à justifier notre absence prolongée à... son père, je crois ? Tout s'embrouille, j'ai l'impression de ne rien connaître...

     

    "- Ha!! Te voilà enfin, fiston! T'étais passé où ??" s'inquiéta l'homme à la voix toujours aussi grave et puissante.

    "- Ah, père...! Tu devrais y être habitué depuis le temps... C'est loin d'être la première fois que je pars en solitaire sans prévenir. Tu t'en souviens n'est-ce pas?"

    Je suis perplexe face à son jeu d'acteur. Soit il est vraiment dans son personnage, soit c'est un menteur acharné. Je ne saurai dire quelle réponse est plus proche de la vérité que l'autre...

    "- Oui, comme tu le dis... En solitaire. Or, cette fois, tu n'étais pas seul......."

    L'homme me regarda longuement, m'examinant de haut en bas, comme pour m'évaluer sans que je ne comprenne à quelle fin. Devant mon angoisse apparente, il osa un sourire qui me dévoila le fond de la pensée du Chef du Village. "Je ne savais pas que c'était ton genre de fille, Oggas." finit-il d'une voix mielleuse.

    "- Qu-Qu-Quoi!?!?!" Je me décomposais sous leurs yeux, complètement hébétée et pâlie par les insinuations de cet inconnu. "V-Vous n'êtes pas sérieux, enfin!?" M'insurgeai-je, la stupeur dans le regard.

    "- Hahahaha!! Il n'y a pas de honte à avoir les enfants. Ce sont des choses qui arrivent..." Il fit un clin d'œil à son fils, qui le regardait visiblement à son aise.

    "- Ne l'embête pas avec tes histoires, elle ne mérite pas ton humeur." répliqua avec le sourire au lèvre celui qui est censé prendre ma défense, même si je trouve mon avocat fort peu compétent dans le domaine... "Et puis, tu sais très bien que je suis opposé à ce genre de pratique." affirma-t-il enfin plus sérieusement.

    "- Je sais, fiston, je sais... Mais l'espoir fait vivre! Tu as encore le temps de changer d'avis..."

    Je tique. Cette phrase, combien de fois l'ai-je entendu ?? J'ai l'impression que cette expression familière bafoue l'une de mes convictions profondes, intimes... Qui me disait ça ? Qui me répétait ça, sans relâche, à chaque fois qu'on abordait un sujet de ce type...?

    ... Trou noir. Je n'arrive pas à situer mon souvenir... pourtant, c'est si proche, et si lointain à la fois. ... J'abandonne, je ne retrouverai pas cet inconnu aujourd'hui.

    "- Ouais, ouais, je sais... En attendant, cette jeune fille doit se rendre sur le Pic de Draniolon pour subir l'épreuve." dit-il humblement.

    Oggas lançait à l'homme un regard si insistant que ce dernier hésita à lui poser la question qui lui pendait la langue, mais il ne put résister plus longtemps à sa curiosité juvénile.

    "- Eeeeeet... On peut savoir pourquoi...? Ou c'est encore l'un de tes petits secrets ?" L'homme posa sa question de la manière la plus surjouée possible, il était clair que les mystères de son fils l'amusaient beaucoup.

    "-... Tu ne peux donc pas deviner de quel type de situation il s'agit...? Tu me déçois Malamute. Manquerait plus que tu perdes au jeu des devinettes, toi qui est vainqueur indétrônable depuis toujours... T'es sûr que tu n'as pas une petite idée de la réponse...?"

    "-...Ah... c'est encore une de tes missions spéciales...? Enfin, on se comprends. C'est quoi cette fois... notre sauveuse ou un truc du genre ?" hasarda sans ambition le père mis en déroute.

    "- Bingo! tu vois quoi tu veux." Oggas fit un clin d'œil à celui qu'il nomma Malamute quelques secondes auparavant. Quel étrange nom d'ailleurs... "Allez, laisse-moi l'embarquer dans mon bateau histoire qu'elle nous sauve de la bête de glace qui ravage le pays..." A cette remarque, l'homme bourru sembla se figer.

    "- A-A-Attends......." Il me regarda différemment cette fois, et sans dévier les yeux, il continua. "Tu es en train de me dire que cette demi-portion va tenter de raisonner ce monstre sans cœur ??? Mais tu es fou !! Tu vas la tuer !!!"

    Il me lançait un air si sévère, c'était tellement intense... j'étais déstabilisée par son regard perçant. Même s'il me considère comme quelqu'un de faible, je dois bien avouer qu'il est sûrement bien plus coriace que moi... Je jette mes yeux sur Oggas comme corde de sortie, et il le voit bien.

    "- Ne la sous-estime pas. Elle a les même qualités que moi dans mes débuts, tu te souviens ? Elle doit juste faire ses preuves, et elle pourra nous sauver de cette calamité vivante. Nous avons besoin d'elle, père. Si elle n'y arrive pas, nous courrons à notre perte..." plaida Oggas l'air désarmé.

    Draniolon doit vraiment être une menace redoutée pour adoucir à ce point le regard du père... Il me toisa à nouveau, l'air plus aimable.

    "- Maintenant que tu le dis, je perçois cette aura venant d'elle... Et puis, un esprit l'accompagne. Il n'y a pas de raison pour qu'elle échoue, pas vrai...? Alors, je te souhaite bien du courage petite... tu vas en avoir besoin face à ce dur à cuir.

    Draniolon est connu pour son endurance... Si tu n'as pas la force de faire durer le combat indéfiniment, je te suggère de n'user que des techniques les plus puissantes de manière à l'affaiblir efficacement... Sinon tu es sûre de perdre." L'homme soupira, et leva la tête aux ciel, les paupières closent.

    "Que Noylan te protège, et t'aide dans ta tâche." Après cette étrange prière, Malamute me fit un signe de tête en posant sa main sur mon épaule, et passa son chemin.

    Il se rendit dans la forêt, tandis que l'atmosphère solennelle qu'il venait d'instaurer me laissa sans voix, tétanisée. Lunol n'avait plus dit mot depuis notre retour ici, et sa voix me sortit de mon état d'hypnose.

    "- Hé ! Tu es avec nous ?" lança l'enfant de la Lune.

    "- Euh... hein? J-je..." balbutiai-je.

    "- Ça va aller, tu tiens le coup ? Tu es pâle comme un linge... Tu veux t'assoir quelque minutes ?" demanda Oggas visiblement inquiet.

    Je n'arrivais même plus à parler, l'anxiété me prenait aux tripes, et j'étais là, à le regarder complètement incrédule.

    Que m'arrive-t-il ? Qu'est-ce qui se passe ?? Pourquoi je ne contrôle plus rien!? Ah! je déteste sentir mon cœur battre si vite... j'ai, j'ai mal au crâne d'un coup... J'ai l'impression de perdre l'équilibre... j-je...

    Sans me poser plus de questions qui échauffent encore davantage mon esprit en ébullition, je tentais de me remettre tant bien que mal de ce que mon corps m'infligeait si soudainement.

    Je sentis des bras me saisir, et m'empêcher de m'effondrer. Je crois que l'on m'assoit, grand bien m'en fasse, je retrouvais doucement pied.

     

    Le malaise passa, et mon pouls ralentit avec la douleur qui s'estompa. Je me concentrais sur leurs voix, et les écoutais sans un mot.

    "- Hey, reste avec nous! C'est pas cool ce que tu nous fais-là! T'es sûre que tu ne veux pas faire une petite pause, Célia ?" reprit Oggas d'une voix plus douce que tout à l'heure. "...Tu peux ouvrir les yeux, que je sache si tu es là...?"

    "-...Hm..." gémis-je en ouvrant mes yeux, je n'avais même pas remarqué les avoir fermés... "J-je... je suis désolée..." fut tout ce que je réussi à dire.

    "Je ne sais pas ce que j'ai..." poursuivis-je un peu plus facilement. La parole me revenait, mes pensées aussi, et les innombrables interrogations à mon sujets alimentèrent mes songes pendant encore bien dix minutes après ça.

    "-...Tu nous as juste fait un petit malaise... C'est Malamute qui t'a perturbée à ce point ?" demanda sans insistance Lunol qui me regardait avec nostalgie peut-être.

    "-...Peut-être. J'ai du mal à comprendre ce qui m'arrive de base, alors maintenant, mystère absolu, haha." Mieux vaut en rire qu'en pleurer, pas vrai ? J'espère les rassurer un peu...

    "-...Tu te sens comment ?" poursuivit Oggas, apparemment en train d'essayer de se calmer lui-même.

    "- Sincèrement, ça pourrait être pire. Le mal est passé, donc avec un peu de chance ça ira tout seul après coup."

    "- Tu nous feras pas ça devant Draniolon j'espère! Sinon, je donne pas cher de ta peau..." commenta Lunol.

    "- Rabat-joie, va" répliquai-je d'un nouveau sourire.

    "- Je pense que nous devrions mieux préparer ton départ. Ce serait idiot d'y aller en touriste... Je m'occupe de préparer tes affaires, et on lève les voiles dans l'après-midi. Comme ça, tu auras eu encore un peu de temps pour te préparer mentalement et physiquement à l'épreuve. Ça te va ?"

    "- Oui. De toute façon, je n'ai pas l'intention de mourir tout de suite, donc autant prendre notre temps dans les préparatifs. J'ai moyennement envie de me faire exploser par un Dieu qui n'a rien demandé à la base, haha!" Plaisantai-je.

    "- Et profites-en pour te reposer..." ajouta Oggas, compatissant. "Tu as réussi à dormir tout à l'heure, dis-moi ?"

    Je ne m'attendais pas à ce qu'il relie mon malaise avec la fatigue engendré par mon manque de sommeil. Et puis, c'était si soudain que je doute que ça en soi la cause principale.

    "- J-je... Si, mais c'est sûrement une bonne idée."; Je sentais bien qu'il me savait en train de lui mentir, mais n'insista pas plus.

    Il était vrai que je devais me faire à l'idée intimidante de me confronter en duel, voire même en combat, à un être déchaîné et possiblement susceptible...

    Qui n'appréhenderait pas un peu d'affronter un tel destin ? Surtout quand on sait que la survie de tout un monde dépend de notre performance...

    Ça fout à peine la pression. Dans quoi je me suis embarquée, sérieux....?

     

    Les heures passèrent, et rien ne changea vraiment. L'anxiété ne m'avait pas quitté, et elle serrait mes tripes comme jamais...

    Pour une fois que le vide incessant qui m'habite est remplacé par un véritable sentiment, il a fallu que ce soit un de ceux liés au stress... Comment remédier à ça...?

    Comment remplacer la peur par l'assurance ? Et surtout, comment sentir ce dernier sentiment de manière à avoir l'impression de le vivre...? ...Ha... Pourquoi toujours des idées noires...?

    Seule, sur la plage, je regarde l'horizon, les yeux dans le vague, encore un fois. Le vent frais effleurait ma peau encore couverte de ces bandages qui ne m'ont plus quitté depuis le début...

    Moi qui avait prévu de me changer, j'en ai oublié même les fondamentaux, mais maintenant que j'ai l'occasion de le faire... ne serait-ce pas en demander trop...?

    Après tout, vu le temps qu'il fait, et malgré le froid que je vais devoir affronter, je sais qu'une tenue m'attends là-bas... Vay l'a bien signifié... La tenue de l'élue. Tu la trouveras dans la caverne à la base de la montagne glacée. Voilà ce qu'il m'a dit...

    Et je crois qu'il n'avait pas préciser que ça... Qu'était-ce déjà...? ...Ah oui, si tu commences l'ascension sans elle, une fois là-haut, il te faudra tout redescendre... Mais, pourquoi déjà...?

    J'ai du mal à me souvenir... pourtant, ce n'était que ce matin... Allez, fait un effort... Qu'avait-il dit...? Ça y est! C'était quelque chose comme il pourrait croire que tu es l'une d'elles, et te fera subir le même sort... Sauf qu'il me parlait du même sort que qui...?

    ...L'une d'elles...? ... Ne faisait-il pas référence à cette histoire de clones ou je ne sais trop quoi...? Bah, peu importe. Ça ne change rien après tout. Je n'ai jamais changé pour personne de toute façon, alors pourquoi le ferais-je maintenant ?

     

    "- Vous n'êtes pas partis encore...?" demanda une voix grave que je reconnus avec un peu de mal. Il m'avait surprise, je ne l'avais pas repéré.

    "- Ah!! C-c'est vous... Malamute, c'est cela ?"

    "- Oui. Au fait, je n'ai toujours pas eu connaissance de ton nom, petite." lança-t-il chaleureusement. Son comportement détonnait complètement avec celui qu'il avait eu plus tôt, mais je n'en fis rien.

    "- Célia... Et non, votre fils s'occupe des préparatifs pour que je sois sûre d'être dans de bonnes conditions pour affronter l'épreuve." dis-je le plus naturellement du monde.

    Je m'étonnais d'ailleurs de noter que j'avais déjà classifié ce prénom comme le mien. Comme quoi, tout arrive.

    "- Célia, hein? C'est pas courant je dois dire. Dis-moi, tu appréhendes pas vrai ?"

    "- Comment l'éviter ? Bien sûr que j'appréhende. Je ne connais pas mon ennemi, si tant est qu'il s'agisse plus d'un ennemi que d'une menace... et en plus, je n'ai rien pour l'affronter s'il désire vraiment se battre. ...La force me manque, et peut-être le courage aussi..." déplorais-je.

    "- Ha...les jeunes de nos jours. Toujours à craindre le pire. Tu sais, j'ai appris ce qui t'es arrivé tout à l'heure." dit-il sans transition, à moins que je ne l'ai juste pas perçue ?

    "- D-de... mon...-?" balbutiai-je en lui jetant un regard intrigué.

    "- Oui, ton malaise face à ce qui t'attends. Désolé si je t'ai imposé les choses, je ne voulais pas te stresser ou autre..."

    "- Ah! non, ce n'est rien ça! En fait, je ne sais pas à quoi c'était vraiment dû, mais au moins, je sais à quoi m'attendre maintenant, héhé..." m'excusais-je un peu malgré moi.

    "- Tu n'as pas besoin de prendre des pincettes, petite. Tout le monde doit un jour affronter ce qui nous hante, et les peurs qui nous dévorent se doivent d'être vaincus.

    Pour ça, seuls les âmes fortes surpassent leurs propres ennemis, les faiblesses qui viennent d'elles-même, de leurs doutes, et réussissent à faire face au danger sans broncher.

    Je suis un de ceux-là, Oggas aussi, et toi, t'es du même calibre! Alors t'as pas à t'en faire, et affronte tes démons avant qu'ils ne consument le peu de cohérence qu'il te reste."

    "-...Vous réconfortez souvent des gens... comme moi...?" demandai-je avec le sentiment d'avoir été conseillée avec les mots justes.

    "-...J'aimerai bien te dire "Oui, absolument tout le temps", mais ce serait mentir... En fait, il m'arrive de le faire pour Oggas, mais je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi tourmenté que toi. Te manquerait-il des réponses...?" hasarda-t-il l'air inquisiteur.

    "- Ha... si vous saviez combien il m'en faudrait pour être certaine d'agir pour ce qui est juste..." Je regardais le sable, dépitée.

    "- Et pourtant, pour le savoir, il ne suffirait que d'une question." affirma-t-il, un sourire aux lèvres. Intriguée, je relève la tête vers lui.

    "- Ah oui ? Laquelle...?" demandais-je en lançant un regard perçant.

    "- Est-ce que ton cœur a l'intime conviction d'agir pour le bien en suivant la voie que tu as choisi de prendre ?  Si oui, c'est que tu es sur la bonne route, sinon, change de position. Voilà la question."

    Je restais muette un instant, en cherchant à répondre à cette question. Avais-je vraiment le sentiment d'agir pour le bien de tous ? Oui, évidemment que oui, vu que mon abstinence provoquerait la fin et la mort de cet endroit, de tous ces gens...

    "- Oui." laissais-je échapper, le regard plongé dans le sable d'un air remotivé. "Je suis le bon chemin.

    Si je réussis à apaiser Draniolon, je sauve des vies, je sauve un monde entier... Or si je m'abstiens... cela marquera votre fin. Non, je ne veux pas de cette fatalité. Vous ne la méritez pas. Personne ne la mérite. E-Et..."

    Je m'interrompis en comprenant que je réfléchissais à voix haute. Je relève les yeux vers l'homme avec l'impression d'en avoir trop dit... Mais l'homme me souriait l'air jovial. Qu'ai-je dit de si drôle ?

    "- Rien de bien compliqué n'est-ce pas ? ...Enfin, tu réfléchis peut-être un peu trop, mais du moment que ça te permet d'avancer, il n'y a pas de mal."

     

    Malamute me regardait d'un air attendri. J'avais la sensation que sans son aide, j'aurai pu rester là à ruminer pendant encore bien plusieurs heures. Je me devais de le remercier.

    Mais une fois encore, complètement incapable de sortir un mot sans me laisser submerger par l'émotion, mon corps opta de lui-même pour un câlin.

    Depuis quand ai-je cette manie compulsive ?? En tout cas, le Chef du village ne broncha pas et me rendit mon étreinte avec encore plus d'enthousiasme.

    Faudrait voir à pas me briser les os quand même... j'ai pas envie de me pointer en morceau sur la Montagne de Glace... Je n'y survivrai pas, c'est sûr.

     

    "Au fait, quel âge as-tu jeune fille ? Je dirais que tu tournes autour des dix-huit ans, je me trompe ?"

    Un peu prise au dépourvu par la question, je me détache de lui et prends quelques secondes pour réfléchir... C'est vrai ça, quel âge puis-je bien avoir...? Dix-huit ? Non, peut-être pas... Un peu moins je dirais... Plus quelque part entre seize et dix-sept.

    "- Peut-être seize..." répondis-je à demi-voix, par peur que le peut-être soit perçus comme il devait être véritablement entendu: c'est-à-dire, comme l'incertitude qui enveloppe la question de mon âge.

    "- Tiens, je pensais que tu allais me dire plus... Tu as l'air plus mature que ce que suggère ton âge... C'est un gage d'intelligence. Vous iriez pourtant si bien ensemble avec Oggas..." finit-il en baissant la voix, comme une remarque à lui-même. Immédiatement, je me sentis rougir malgré moi.

    "- Qu-Qu'est-ce que vous insinuez...??" fut la seule phrase cohérente qui réussi à se frayer un chemin au travers du schmilblick de mon esprit à cet instant. "...J-je..."

    "- Hey, du calme! Faut pas te mettre dans ces états-là pour quelques remarques en l'air, hein! Et puis, c'est pas comme si ma tête de mule de fils se bornait pas sur la question... Tu l'as entendu toi-même tout à l'heure..."

    "-... Là n'est pas le problème..." dis-je, hésitante.

    "- Alors quoi ?"

    "-...Comment pouvez-vous suggérer de telles choses de manière si..." je me raidis... "nonchalante...?"

    "- Ah! ça!! Mais c'est que de l'humour ma petite! Faut pas t'en faire, tu t'y fera bien vite t'inquiète pas." plaisanta-t-il à gorge déployée, laissant ainsi tonner sa voix grave.

     

    Sûrement à cause du bruit que produisait son père, Oggas accourut nous rejoindre.

    "- Quelque chose ne va pas ??" demanda-t-il en reprenant simplement son souffle. Courir de chez lui jusqu'à la plage n'était pas épuisant pour lui, il devait y être habitué. "...Père, tu l'embêtes encore avec tes histoires ?"

    "- Holàlà, si on peut même plus plaisanter dans la vie, qu'est-ce qu'on va devenir...?"

    "- M'embarque pas dans tes réflexions farfelues... J'ai déjà assez de celle dont j'ai hérité." lança-t-il en se voulant apparemment cinglant. Mais la bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe, et Malamute reste apparemment insensible à cette pique.

    "- Maintenant, c'est toi qui frôle les sujets sensibles ? On aura TOUT VU!!! HAHAHAhahahaha!!"

    L'homme bourru semblait vraiment passer un bon moment, hilare comme il était. Encore un peu perdue face à cet homme étrange, je le regardais sans un mot. Soudain, un murmure à mon oreille.

    "- Il ne t'a pas dérangée j'espère..." Je compris alors qu'Oggas avait profité de mon inattention pour se rapprocher de manière à pouvoir me guider hors de mon immobilité pour fuir le chef du village. "Allons nous poser à l'intérieur, tu seras mieux installée." finit-il avec cette même voix marmonnée.

     

    Il me guida chez lui, et me proposa une chaise devant une table où se trouvait un ensemble de couvert prêt à l'usage, ainsi qu'un repas préparé.

    Lunol avait lui aussi droit à sa part, et une gamelle pleine de nourriture l'attendait dans un coin de la pièce. Je pris place, intriguée par le changement brutal d'ambiance.

    Oggas s'installa en face de moi, et me servit ce qu'il avait visiblement préparé vu tout le matériel dans l'évier.

    Naya était là aussi, avec toute une bande d'animaux en tout genre. Une vraie ménagerie! Mais tous semblaient heureux et bien soignés.

    Oggas interrompit mon moment de silence en reprenant le cours de la conversation.

     

    "- Je sais que tu n'as rien mangé depuis hier, alors je me suis dit qu'un bon repas pour te remettre d'aplomb avant ton épreuve serait une bonne idée.

    Donc, au menu, dorade de la mer de corail sur son filet d'herbe et d'assortiment de graines avec une combinaison de légumes pour accompagner. J'espère que tu apprécies ma cuisine, héhé!" dit-il avec un brin de candeur dans la voix. Que cherche-t-il à prouver ?

    "- Tu cuisines depuis longtemps ?" demandais-je en tentant de prendre un peu de tout pour mélanger les saveurs.

    "- Disons qu'avec tout le temps que j'ai passé ici, j'ai eu l'occasion d'améliorer mes compétences culinaires... Après, ce que je prépare ne convient pas forcément à tout le monde. Tu sais, avec les allergies ou autre..." Il semblait un peu nostalgique à cette remarque, mais n'ayant pas les clés pour comprendre, je continuais innocemment.

    "- Je vois. Les goûts et les couleurs..."

    Je pris une bouchée de la préparation, et une fois de plus, je sens mes papilles complètement submergées de saveurs exotiques. Depuis quand le simple fait de manger ravit mes sens ? Non, il doit juste avoir un don en la matière, c'est sûr.

    "Comment tu fais pour trouver des produits d'aussi bonne qualité ?"

    "- Oh, ça ? Rien de plus simple en fait. J'ai pu récupérer la dorade au marché tout à l'heure, elle a été pêchée au petit matin. Pour les graines et épices, j'ai tout ce qu'il me faut niveau assaisonnement dans les placards.

    Et pour les légumes, ce sont les produits "du jardin" si je puis dire! Nous les cultivons ici-même, avec l'air marin... d'où le sel naturellement incorporée dans la préparation. Je trouve que l'ensemble se suffit à lui-même. Pas toi ?" finit-il fièrement.

    "- Je dois avouer que c'est assez surprenant, mais j'aime bien. J'ai l'impression que ça fait des siècles que je n'ai plus rien mangé en fait...." dis-je, en regardant mon assiette encore bien pleine.

    "- Alors c'est l'occasion. Je te laisse manger tranquillement, j'ai encore quelques préparatifs à faire. Je viendrais te chercher quand tout sera prêt. Bon appétit!"

    "- Merci, et à plus tard."

     

    C'est ainsi qu'il s'en alla une fois de plus. Cependant, le rappel des préparatifs fit automatiquement bifurquer mon esprit vers ce qui m'attendait. Et là encore, je ne me surprenais plus à redouter toutes les éventualités.

    Comment ça va se passer ? Vais-je y arriver ? Et devrais-je gérer ça seule...? Non, Oggas et Lunol seront là, pas vrai! Pas vrai...? Je me souviens ce que nous a dit Vay....Quant à toi Oggas, je te conseille juste de ne pas l'accompagner sur la montagne glacée, au risque de te prendre les foudres de D.Univers... Compris ?

    ...Tout ça pour qu'il reste de garde...mais aurais-je seulement le courage de faire face...seule ? Bon, ce n'est pas la mort après tout, c'est aussi compliqué qu'un examen, rien de plus qu'un épreuve comme on en fait tous.

    Sauf que là, au lieu d'être un examen intellectuel, c'est purement et simplement physique... Dire que j'ai toujours été nulle en EPS... EPS...? Qu'est-ce que je raconte-moi ? C'est quoi l'EPS d'abord ??

    ...EPS... ça a sûrement un rapport avec le sport, mais qu'est-ce que ça signifie exactement...?

    ...Plongeant plus en profondeur dans les abîmes de mon esprit, quelque chose me revint. Education... P... à quoi correspond le P...? Sport ?

    Non... le sport, c'est une activité physique... donc EPS, c'est Education Physique et Sport-...ive ? Oui, ça me dit quelque chose... Attends, c'est une matière ça!?"

     

    "- De quoi tu parles depuis tout à l'heure ?" demanda Lunol suite à ma rémanence.

    "- Ah, euh... Je ne sais pas en fait... je me souvenais juste d'un truc..."

    "- Te souvenir ? C'est tout ? Et c'est ça qui te met dans tous tes états!?" se moqua-t-il.

    "-...Je te rappelle que je ne me souviens de rien, juste pour le cas où tu l'aurais oublié... Donc oui, et le pire, c'est que j'ai déjà oublié de quoi il s'agissait..." déplorais-je en lui lança un regard ennuyé.

    "- D'EPS si j'ai bien suivi. Ou d'Education Physique et Sportive, mais je ne vois pas d'où tu nous sors ça comme ça,de but en blanc..." lâcha-t-il l'air las.

    "- Je pensais à l'épreuve, et je la comparais à passer un simple examen..."

    "- Et quel rapport avec le sport ?"

    "- Le côté physique ?" répliquais-je un peu froidement.

    "- Aussi glaciale que la montagne... Moi pas comprendre, désolé." conclut-il avec un sourire avant de partir à son tour. "Aller, je te laisse à tes rêveries... Je vais voir où en est Oggas."

    "-...Ok..." dis-je faiblement. Il me fuit ou quoi ?

     

    Confrontée à l'incompréhension, je choisis d'aider un peu en débarrassant ce qui m'avait servi de couverts, et sortis à mon tour en prenant Naya avec moi. Les autres animaux avait l'air de préférer l'intérieur...

    Posant mes pieds nus dans le sable froid, mon corps me rappela ma condition physique. Je restais un instant debout pour m'examiner.

    J'étais blessé, et pas encore totalement remise de mes plaies... A moins que...

    En prêtant attention aux informations que je pouvais interpréter. Ainsi, je me rendis compte que mon corps ne souffrait pas de blessures, ni plus des plaies supposées être sur mes joues.

    Subjuguée, j'effleure mes joues de mes mains, et conclus finalement que je n'avais plus rien. Pas de plaies, pas de cicatrices, rien.

    Pareil, je regardais mes bandages, ils étaient juste un peu amoché à cause de l'excursion en forêt, mais rien non plus, pas une tâche de sang... Et j'étais loin de la faiblesse latente qui persistait à mon réveil...

    Pourtant, je me souviens encore de ce premier jour dans la grotte... mes blessures étaient ouvertes, c'était sûr! Alors combien de temps s'est vraiment écoulé entre ce moment-là et mon arrivée ici...?

    Encore une question que j'ai oublié de poser tient. Tss... Bref, du coup, j'ai effectivement la forme pour aller voir ce dragon... Finalement, j'ai toutes les cartes en mains pour réussir, pas vrai ?

    BOUM

    "- Hm...? Ha!!" Le temps que je perçoive ce qui venait de s'écraser devant moi, j'étais tombée au sol par le souffle puissant. J'étais figée.

    "- Hm...GRRRR..."; Le grondement du dragon obsidienne résonnait en moi, il était si proche!

    Soudain, je le vis se mouvoir avec lenteur, se retournant avec difficulté sur le côté. Il posa une patte au sol, et quand ses yeux rencontrèrent les miens, il leva la tête et se pétrifia à son tour. Ses yeux rouges devinrent un peu plus violet le temps d'une seconde. J'étais paralysée.

    RHYAAAA!!!!

    Un cri lointain retentit au-dessus de nous, mais ne nous sortit pas de cet instant qui semblait s'éterniser.

    "- Est-ce... toi...?" murmura le dragon d'une voix à peine perceptible.

    "- Célia!!" hurla Oggas en se plaçant devant moi en guise de rempart. "Tu n'as rien ??"

    Sans que je n'eus le temps de dire quoi que ce soit, un dragon rouge cette fois faucha son congénère encore couché sur le sol. L'attaque était si vive qu'une partie du sable de la plage se fit prendre dans son sillage.

    Dans un écran de poussière, les deux reptiles disparurent dans le ciel, et j'entendis Draniolon hurler de douleur et d'épuisement:"Rhyyyyaaaaaaaaa!!! Argh, HyaaaaaaAAAAAAAhh!!"

    Le cri avait beau être déjà loin, je ne pus m'empêcher d'avoir de la peine pour le pauvre dragon. Il était manipulé, son cœur n'était plus le sien... Je devais le sauver de sa corruption. Je dois le faire.

    "- Et beh, pour une première rencontre, on peut dire que vous avez eu le coup de foudre tout les deux! Tu avais l'air fascinée par Draniolon, ça va? Tu t'en remets?" demanda Lunol avec une légère pointe d'humour.

    "- Hm... Ouais, pas de souci. On part quand ?" répliquais-je glacialement.

    "-...Et bien, je venais te chercher justement... On en a pour plusieurs jours de navigation, donc si tu es prête, on peut y aller." répondit-il sur ses gardes. Il avait sûrement perçu mon changement d'opinion.

    "- Alors allons-y." dis-je un peu plus amicalement.

    "- Par contre, Naya tu restes-là... J'ai pas vraiment envie de te perdre parmi la neige. On risquerait de ne pas te retrouver..." ajouta Oggas, la mine sombre.

     

    La colombe, qui semblait avoir compris, choisit de rejoindre ses petits camarades à l'intérieur et d'attendre patiemment.

    De notre côté, le duo me guida jusqu'à l'embarcation et nous prirent place à bord. Le soleil commençait sa course vers la fin de la journée, le ciel était agité à cause du conflit qui faisait rage.

    Des cris déchiraient le silence imposé par la distance qui nous séparait de l'affrontement... cependant, nous pouvions toujours observer le déroulement des combats en avançant sur la mer.

    Ainsi, nous nous mirent en route sur une mer encore assez clémente. Je pris un instant pour analyser le reste. Le village, avec un peu de recul, semblait bien tranquille comparé à la férocité qui prenait place un peu plus haut...

    Du côté avec vue sur le volcan, un combat du type seul contre tous s'était déjà bien engagé... Avec d'un côté, Draniolon, et de l'autre, l'Alliance, les dragons.

     

    A quelques lieues sous le sol s'élaborait le plan final. Vay, Xélios et Philias se paraient de leurs nouveaux alliés, prêt à fusionner avec eux.

    Xélios supervisait l'entraînement des deux autres:"- Il faut que vous établissiez un lien de confiance avec votre nouvel ami. Laissez-le s'approcher le premier, sinon il prendra peur.

    C'est ça Vay, laisse-le venir à toi. Dire que ce cecoracias caudatus est gorgé d'éther, j'ai du mal à y croire. J'espère que tu n'es pas déçu par ton spécimen Vay...

    Pour toi, Philias, on a trouvé ce magnifique chrysocion brachyurus avec ses capacités électriques et son tempérament de feu. Estime-toi heureux qu'il ne soit pas aussi sauvage que toi..."

    La séance avait l'air de bien se passer. Après un moment, les trois tentèrent la fusion, et tous réussirent avec plus ou moins de difficulté. Cela donnait parfois des mélanges... surprenant, mais aucune anomalie à déplorer.

    Néanmoins, seul Xélios réussi à atteindre le palier des vingt minutes en séance intensive. La fusion était épuisante aussi bien pour les animaux que pour les élus, mais Xélios gardait espoir.

    Tous faisaient des progrès, et en quelques essaies, le palier des dix minutes fut rapidement franchit par tout le monde. Le dernier acte allait bientôt pouvoir être joué. Tout était fin prêt.

     

    "- Ryaaaah!!! ... Je ne flancherai pas... Adsis, ABANDOOONNE!!!!!" hurla Draniolon boosté à l'adrénaline.

    Il fondit vers son frère de sang, et tenta de lui chopper la gorge. Mais, D.Univers lui coupa la route et l'expulsa contre la paroi du volcan.

    "- Hey, abime pas trop mon domaine, j'aimerai bien le retrouver entier après ça!! Tu m'entends D.Univers!?" s'insurgea Adsis.

    "- T'occupe! Aide-moi au lieu de râler!!" plaida D.Univers. "Dréleste, qu'est-ce tu fous!?"

    "- Je vous soigne, imbécile! Tu crois que c'est le moment de presser tout le monde comme ça?" s'irrita le dragon émeraude.

    "- Argh... haha, comme c'est touchant. Sérieux, vous me filez la gerbe. FOUTEZ-MOI LA PAIX!!!" lança Draniolon, en utilisant le supplément de haine qui envenimait son cœur un encore peu plus pour repousser le dragon de foudre, et plonger dans le même temps la zone dans une violente tempête glacée. "RHYYYAAAAA!!!"

    "- Gimber, aide-moi!!" ordonna Adis. De leur puissance sulfureuse, ils déployèrent leurs pouvoirs venus tout droit des Enfers pour réchauffer l'atmosphère.

    "- Nous aussi!! Darumie!" proclama Flamacier en joignant ses flammes à celles de ses alliés.

    "- Et nous, brisons ces cristaux Yoris!!" ajouta Xyoris de sa voix roque.

    "- Pas de quartier!!!" répliqua son frère.

     

    En un instant, des lames de rocs jaillirent du sol tels des menhirs pour réduire les imposants blocs de glace à l'état de poudreuse.

    Phylasis se contentait de faire du soutient, ne pouvant pas se risquer à affronter directement le dragon azuré.

    Le phœnix faisait son possible pour restreindre l'efficacité des capacités du dragon de glace, tandis que les autres se contentaient d'attaques à distance pour couvrir les véritables acteurs de ce conflit.

    Draniolon était cerné, les forces lui manquait, mais sa rage grandissante renforçait ses coups encore un peu plus. Il enchaînait plus difficilement les combos, mais ils devenaient à chaque fois un peu plus dévastateurs.

    Cependant, il ne pourrait plus faire face bien longtemps... il devra bientôt opter pour une stratégie moins offensive.

    Sans attendre davantage, Draniolon choisit de voir les coups venir avant de riposter. Ainsi, il se plaça sur le volcan, attendant patiemment la venu d'un assaillant.

    C'est sans surprise que D.Univers se présente à lui, complètement entouré de foudre.

    "Imbécile..."; Peut-être avait-il oublié l'avantage qu'offrait l'or du corps de Draniolon, mais les capacités électriques ne lui infligeait rien.

    Bien au contraire, Draniolon encaissa volontairement l'attaque pour en absorber l'électricité, ce qui accrut sa motricité et sa force.

    A présent plus agile et féroce, le dragon s'empara des cristaux frontaux de son adversaire et vint l'écraser contre la roche si violemment qu'il en emporta une partie à l'impact.

    Puis, le dragon animé par la haine se retourna vivement et d'un battement d'aile, il fonça vers une brèche laissée par le front ennemi.

    Bientôt, Draniolon se retrouva au-dessus du village où il avait vu celle qui l'avait tétanisée un instant auparavant. Il avait beau chercher où qu'il le veuille, il ne l'aperçut pas.

    "Où est-elle...? Je sais que tu te caches... Montre-toi...!" murmura-t-il, mais un souffle caractéristique le ramena sur Terre.

    "Adsis..."; Ce dernier s'apprêtait à lui projeter un souffle enflammé pour le ralentir, mais ayant perçut l'attaque, le dragon obsidienne esquiva et retrouva une teinte plus sombre, proche du néant absolu.

    La corruption le rongeait encore un peu plus, et il se retourna furieusement, prêt à en découdre. Il riposta avec la création d'un rempart de givre, et en une vive ruée, il vint frapper l'or de son crâne contre la plaque avant de redresser brusquement la tête.

    Enfin, la muraille se brisa, et les projectiles ainsi créés vinrent s'écraser au sol tel des fléchettes sur une cible. Dès que les cristaux atteignirent leur cible, ils explosèrent en une myriade de bris de verre pour faire un maximum de dégâts.

    "- Tu ne me laisses plus le choix..."; Draniolon fit apparaitre un portail, et s'y engouffra pour réapparaître juste derrière Adsis à pleine allure pour lui asséner un féroce coup de poing munis de pics glacés tranchants en plein dans la chair. Le portail disparut tout aussitôt.

    "- Argh!!! Enfoiré!!" cracha Adsis, qui rejoint soudainement le sol à son tour. Ils avaient inversé les rôles cette fois.

    BOUM

    "- Un de moins..." pensa Draniolon en esquissant un sourire. "IL EST TEMPS D'EN FINIR!!!!"

     

    Draniolon leva le bras droit en l'air, et créa un autre portail d'où il prit une sphère sombre. Son Orbe du Néant.

    Ramenant sa prise vers lui, il posa l'orbe contre celle sur son torse, et les deux fusionnèrent en une seule.

    Un violent souffle se dessina autour du Dieu azuré qui laissa son apparence obsidienne complètement s'évanouir pour, en une boule de lumière, retrouver son apparence originelle.

    Enfin, il retrouvait sa pleine puissance. L'adrénaline acquise sans l'orbe s'ajoutait à présent à sa force colossale...

    A cet instant, s'il le voulait, il pouvait détruire Drania de son attaque la plus élaborée. Mais il restait du menu fretin à exterminer.... Il était encore loin d'en arriver à bout.

     

    "- Mince, on fait quoi maintenant!?" s'inquiéta Dréleste.

    "- Il faut le contenir encore un peu... Le temps que les élus nous rejoignent... Argh... Il le faut... Allez, un peu de courage! Nous pouvons y arriver!!" encouragea D.Univers.

    "- GRRRR... Toi... LA FERME!!!!!!!!!!!" ; Draniolon projeta sur le dragon affalé sur la roche du volcan un rayon glacé plus furieux encore que celui qu'il avait lancé le matin-même.

    L'effet fut sensiblement le même. D.Univers se retrouva figé dans la glace épaisse tandis qu'un virulent vent froid frappa les autres.

    Phylasis, sous la vague de froid, vit ses feuilles geler aussi. C'était le même effet qu'une canicule, mais avec de la glace qui faisant atteindre des pics à -20°C.

    Dréleste eut du mal à tenir l'attaque, il était bien trop sensible au froid malgré ses plumes duveteuses.

    "Encore un..." s'encouragea le dragon saphir. Il fondit sur le dragon émeraude, de manière à inculquer le coup de grâce à cette dernière menace... sauf que ça aurait été trop simple.

    Flamacier, Darumie et Gimbergender s'interposèrent et s'unirent en une brûlante offensive pour tenter de repousser le Dieu azuré... en vain.

    Le dragon riposta avec sa glace... étonnamment, les flammes furent prisonnières d'un cocon de diamant qui, sous la pression de Draniolon, libéra un pouvoir dévastateur. Digne d'un Feu Glacé que seul un être divin pouvait produire.

    L'effet était sans appel: quatre en moins d'un coup.

     

    "Minable..." lâcha Draniolon avec mépris.

    "- T'en as pas finit mon gars!!" tonna une voix roque derrière lui.

    "- Vous n'abandonnez donc pas...?" suggéra à demi-voix l'être corrompu. Silence... A sa grande surprise, il n'y avait pas qu'un seul membre de l'Alliance encore prêt à faire face. Ils étaient trois. Xyros, Yoris, et Orysis...

    "Vous n'avez aucune chance..." siffla le dragon azuré. "Qu'attendez-vous ?"

     

    A ces mots, le trio s'approcha du dragon qui atterrit, droit sur ses deux pattes arrières. Les deux dinos se répartirent les tâches, tandis que l'agile petit lézard s'occupait d'attirer l'attention de la cible.

    Leur stratégie semblait fonctionner, malgré l'attention partagée de la divinité. Quand le premier coup fut donné, Draniolon ne bougea pas pour le voir venir, mais ce fut là son erreur.

    Les lames de rocs du duo de dinos entravèrent le dragon, et s'en suivit un enchaînement imprévisible.

    Puis, un pic de roche sortit perpendiculairement au sol sous le dragon pris au piège, qui subit l'attaque de plein fouet, tandis que le duo osa l'attaque frontale.

    Ils chargèrent à l'unisson vers le corps en peine de Draniolon, et vinrent s'éclater de chaque côté de lui. C'était super efficace.

    Le dragon défusionna avec son orbe, et reprit son apparence normale... Il avait perdu.

    Non, il ne voulait pas. Il ne l'admettait pas. Il ne pouvait simplement pas. Aussi, il trouva une détermination nouvelle qui le fit se relever, toujours plus fort, et toujours plus féroce.

    Une patte après l'autre, il étendit sa colère contre le sol, le visage déformé par la haine. Son Fléau avait pris le dessus.

    D'un coup, d'un seul, il repoussa le trio d'un revers d'aile et laissa exprimer l'entièreté de sa frustration.

    Un hurlement déformé par la force du ce cri du cœur déchira le ciel une nouvelle fois, alors qu'à présent, Draniolon ne ressemblait plus à rien de ce qu'il avait connu.

    Il était toujours un dragon, mais il n'était plus lui-même. Bientôt, il perdrait le contrôle, et plus rien ne pourrait l'arrêter.

     

    "- C'est l'heure... Cela fait maintenant deux jours que les autres se battent, cette bulle temporelle aura été efficace pour le ralentir. Maintenant, à nous de jouer!!" lança Vay à ses deux confrères. "C'est parti!!"

    Ainsi, les élus prêts au combat fusionnèrent avec leurs animaux associés. Xélios augmenta la puissance de ses rafales météos grâce à ce loup de vent.

    Philias boosta son agilité et la puissance de sa foudre avec son loup à crinière, alors que Vay avait vu, grâce aux précieuses gemmes d'éther de ce rollier d'europe, l'efficacité de ses attaques de lumière croître. Le plan allait enfin aboutir.

    C'est parti pour dix minutes de combat intense.

     

    Le trio d'élus améliorés lança l'offensive, ils n'avaient pas de temps à perdre. Ils devaient affaiblir le plus possible le dragon de manière à laisser assez de temps aux deux autres pour se préparer à le recevoir.

    Tout était parfait, et se déroulait sans réels accrocs. Certes, les autres avaient tous été mis sur le carreau, mais le plus dur était fait.

    A présent, ils ne devaient plus que faire une percée suffisamment puissante pour le pousser à retourner dans son domaine. Le combat faisait rage.

    La transformation de Draniolon en son Fléau l'avait privé de tout pouvoir de glace. A l'inverse, c'est une puissance se rapportant à celle de l'anti-matière, même s'il était en théorie impossible d'utiliser un tel pouvoir, qui avait prit le pas.

    La rancœur aussi pouvait faire des miracles... Après des échanges interminables d'attaques et d'utilisations de stratégie, l'épuisement se faisait ressentir dans les deux camps.

    Cependant, le simple fait de garder - en apparence - l'énergie suffisante pour poursuivre le combat suffisait à démotiver assez Draniolon. Il reculait. Ses convictions flanchaient. Il était à bout.

    Mais son Fléau, lui, n'était pas prêt à lâcher prise, et en une ultime offensive, le dragon difforme prit de la hauteur, et commença à préparer son attaque la plus dévastatrice.

    S'il arrivait à l'exécuter, aux vues de la puissance qu'il avait emmagasiné, Drania n'existerait plus... Mais ils restaient un dernier tour dans la manche des élus.

     

    "A toi de jouer, Eagle!!!" hurla Vay, en laissant l'aigle de glace rejoindre le monstre, une gemme d'éther entre les griffes.

    Dès qu'il fut assez proche de la calamité, il déposa toutes serres dehors, la gemme d'éther sur l'orbe frontale du dragon, ce qui repoussa la corruption un instant.

    C'était suffisant pour permettre à Draniolon de reprendre le contrôle. Le choc était si brutal pour lui qu'il ne réussit pas à se mouvoir de lui-même et chuta, paralysé, prêt à rejoindre les autres.

    Eagle n'était pas de cet avis, et plongea le rejoindre pour lui offrir un peu de son pouvoir glacé pour qu'il puisse réagir.

    En tant qu'être compatible, la gemme d'éther leur servit d'intermédiaire rapide et le dragon azuré put se ressaisir. Il redressa son angle de chute, et battit faiblement des ailes.

    Le combat acharné qu'il venait de subit l'avait engourdit de douleur. Il n'avait plus qu'une chose en tête: fuir.

    Ainsi, Draniolon ne se fit pas prier plus longtemps, et invoqua un portail menant droit à son domaine. Il l'emprunta dans sa chute, manquant de force pour s'y prendre d'une autre manière, puis la brèche disparut instantanément après son passage.

    "Fiou... Plus qu'à espérer que les choses se passent aussi bien de son côté..." souffla Vay.

    "- T'as pas de souci à te faire là-dessus. Je suis sûr qu'elle est bien conseillée." commenta Xélios.

    "- Je ne comprends pas pourquoi tu doutes d'elle! C'est une battante, tu devrais le savoir depuis le temps!" ajouta Philias.

    "- Bien, je pense que nous avons nos propres problèmes à gérer ici..." déplora Vay en jetant un œil à l'ensemble des êtres à bout de force ou pris dans la glace devant eux. "Mettons-nous au travail." finit-il.

     

    Pendant tout ce temps, Lunol, Oggas et Célia s'étaient aventurés sur les flots pour rejoindre la mer de glace... une partie gelée de l'eau salée où commençait le domaine de la Montagne de Glace.

    Nous avions passé un jour et demi à naviguer en alternance pour l'atteindre. Nous y étions enfin... L'étape suivante: l'Ascension.

    C'était le petit matin, et nous étions à présent si loin des combats que nous ne les entendions même plus.

    Au moins, ça faisait un détail en moins à prendre en compte pour l'instant. A présent, c'est à moi de jouer mon rôle. Et je sais que je n'échouerai pas.


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