• Chapitre 2

     

    Chapitre 2 - Nhyr, un être béni par l'Originel

     

    La nuit passa et l'insouciance semblait régner au-dessus des jeunes dragons et des deux frères de sang. Cependant, au sein de la Terre des Cieux, un long débat prenait place. Le dragon qui avait fait fuir Nhyr et Phyl lors de l'épreuve du Saut de l'Ange s'était enfin décidé, après de plus amples réflexions, à faire part de la proposition de Phyl au Conseil des Sages. Bien entendu, la question fait débat, et le père de Nhyr est le premier à voter contre.

    "- Jamais ! Vous m'entendez ? Jamais je ne laisserai mon fils unique perdre la vie, seul dans la forêt !! Ce... Phyl-là, ce petit être qui vous a ordonné une telle bêtise mériterait de faire parti des Déchus, comme tous les autres ! Alors pourquoi avoir laissé passer ça, Sayrhi !?"

    « En tant que humble professeur de l'Assemblée des Étoiles et membre tierce de ce Conseil d'Administration, je m'estime raisonnable de prendre les décisions qui concernent votre fils. Ainsi, malgré votre statut de Sage, Waros, vous n'êtes pas seul à prendre les mesures qui nous concernent tous.

    Ensuite, sachez que Nhyr est grandement attaché à Phyl, et de ce que j'en ai vu, ils étaient prêts à se protéger l'un l'autre. Vous serez sûrement ravi d'apprendre que je ne me fais pas de souci quant à leur survie commune.

    Hélas, Phyl a voulu prendre cette décision pour retarder la guerre qui s'annonce. Nous avons reçu également les dernières nouvelles de nos émissaires en dernière année, et La Meute du Silence se rassemblerait de plus en plus souvent. Le ton risque de monter bientôt si nous n'agissons pas vite ! »

    "- Ah! Cessez donc tout ceci ! Écoutez-moi, toi aussi Waros, Sayrhi. En tant que stratège, nous nous devons de faire avec les moyens à notre disposition. Cette opportunité sera la clé ! Il ne faut pas qu'on la laisse nous échapper." argumenta la mère de Nhyr.

    "- Armys... Tu ne t'inquiètes donc pas pour Nhyr ?" demanda Waros, d'une voix suppliante. "Notre fils et son ami pourraient bien ne pas suffire... Ils ne sont pas de la chair à canon !"

    "- C'est pourtant dans ce but que l'Assemblée des Étoiles a été constituée tu te rappelles ? « Faire de nos enfants de vaillants soldats prêt à défendre nos terres » ; voilà la promesse qui nous a été donné de croire. Aujourd'hui, ils doivent faire leurs preuves. La guerre est pour bientôt, il faut être prêt." finit Armys, malgré tout soucieuse de la santé de Nhyr.

    « Combien sont pour, et combien contre ? »

    Le vote parlait de lui-même. Les anciens préféraient largement protéger le plus de vies possibles et retarder la guerre à moindre mesure plutôt que de se soucier de la vie de deux jeunes êtres. Sur la quinzaine de sages et la dizaine de stratèges présents lors de cette Assemblée, seul Waros pensait à la santé de son fils. Même la mère du petit, Armys, avait fait le choix de faire confiance en son enfant pour l'aider, elle et ses troupes, à gagner la guerre.

    Au petit matin, Sayrhi trouva un oiseau assez dégourdi pour retrouver le duo dans la forêt sombre et profonde de la Terre des Ombres. Un message manuscrit placé dans le sac à dos de celui-ci, l'animal prit son envol dans la lueur de l'aube. Il faisait encore sombre dans la forêt de feuilles rouges, mais l'oiseau nocturne n'eut aucun mal à s'orienter. Méthodique, il suivit le sentier et après quelques très longues minutes, il aperçut enfin au cœur des arbres vêtus d'automne, une clairière où des sapins trônaient en rois. Il survola le socle de pierre, et remarqua les silhouettes proches de quelques individus. Alors sûr de sa découverte, le hibou à présent fatigué alla se poser sur la cime de l'arbre sous lequel le petit groupe s'était assoupi.

                                                                            ***

    Plongé dans un sommeil profond, Nhyr rêvait de ses anciens souvenirs... Il songeait à son "chez-lui", cette petite île dans le ciel, couverte d'une végétation certes banale, mais abondante. Ces quelques grands arbres qui menaient à l'entrée d'une grotte douillette où il habitait avec ses parents pendant ses premiers mois. Ses parents n'étaient que très rarement là tous les deux en même temps, et il arrivait souvent que le jeune griffon s'endorme avec l'un d'eux et se retrouve avec l'autre au réveil.

    Il repensait à leur apparence. Sa mère était d'une grande beauté selon lui : elle avait de grandes plumes qui lui courait le long du cou et deux fines queues agrandissaient sa silhouette élégante. Cinq griffes pour les pattes avant réparties comme les siennes : trois devants et deux derrières ; pour trois griffes aux pattes arrières : deux devants et une derrière. A ce niveau-là, on peut dire qu'il tenait surtout d'elle. Il ne connaissait pas vraiment leur nom, il s'en souvenait à peine. Mais il avait une technique pour s'en souvenir : sa mère était stratège, elle dirigeait vaillamment les armées vers la victoire. Armys. Tandis que son père était un grand sage qui avait vécu lui-aussi cette première guerre. Ses cicatrices sur son front sont une preuve de son courage, Waros est un ancien commandant de guerre.

    Pour sa part, Waros avait légué à son fils ses cornes. Une paire trônait fièrement au sommet de son crâne, formant une sorte de "S" quand on les regardait de face. Les deux autres duos qui sortaient de ses joues se recourbaient davantage vers l'avant. Cependant, Nhyr ne se rappelait plus vraiment de chaque détails. Son souvenir devenait flou. Il se souvenait juste des immenses ailes de son père, du symbole sous ses yeux d'un bleu luisant, prouvant qu'il provenait bien du pouvoir de Noylan, mais aussi, d'une espèce de tracé immaculé de blanc qui partait de sa mâchoire, en passant par sa gorge, et qui se finissait vers la queue du géant aux écailles rouges et noires partout sur le reste de son corps.

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    En y repensant, Nhyr se souvenait des symboles sous les yeux délicats qu'étaient ceux de sa tendre mère. Ils ressortaient non seulement à cause de leurs couleurs rouges-orangées, mais aussi par leurs iris blanches. Quand il essayait de se remémorer la couleur de son plumage, un doute le prenait. Peut-être était-ce une sorte de jaune-beige, peut-être cela tenait-il plus d'une couleur dorée ? Il ne savait plus. Puis, son souvenir dévia, son rêve reprenait peu à peu le dessus. Il chercha à mettre le doigt dans son esprit sur la forme des ailes de sa mère. Des ailes pareilles, on ne les inventes pas... se disait-il. Quand il s'en souvint enfin, il en vit enfin le véritable portrait. Ses ailes avaient l'apparence et la douceur des aigrettes qui encadraient le haut de sa tête. D'une teinte passant du blanc sur la longueur à l'or sur les pointes, il se rappelait voir de petites perles rouges sur le bout de celles-ci, créant ainsi une sorte de grande voûte tout autour d'elle.

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    Son bec fin laissa lentement place dans l'esprit du jeune griffon, à un museau de dragon tandis qu'un cristal prit place sur le front de la silhouette. Les longues plumes de son torse rapetissaient, et certaines changèrent même de sens, pointant à présent vers le ciel. Un cristal sur son torse fut mis au jour, tandis que les aigrettes de sa tête laissèrent place à quelque chose de plus similaire à ses ailes, avec cette même perle rouge qui apparut soudain.

    Cette transformation n'était pas réelle, c'était le fruit de son imagination... pourtant, tout cela se déroulait sous ses yeux. Ce n'était plus sa mère devant lui, mais quelqu'un d'autre... un être plus divin. Des rayures comme celle des tigres apparurent tout le long de son corps, trois anneaux de métal gris s'accrochèrent à son cou qui s'étendait de plus en plus. Les marques sous ses yeux disparurent complètement, et ses yeux devinrent unis d'un perçant jaune-orangé.

    D'autres anneaux de métal s'accrochèrent sur chacune de ses pattes tandis que d'autres parties virent pousser ce qui ressemblait à ces divines aigrettes serties de perles de rubis, comme derrière ses coudes ou ses genoux, ainsi que tout le long de sa nuque. Les deux queues séparées s'unifièrent en une seule, et le duvet de celles-ci se décalèrent tout au bout de l'unique et élégante excroissance rectiligne. Cette dernière aigrette formait une sorte de palme d'un blanc magnifique et immaculé.

    Qui était cet individu, s'étonna Nhyr. Puis, l'être suprême lui adressa quelques mots.

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    "- Toi... Jeune être emplit de courage... Je lis en toi tes craintes et tes fiertés... Avec ton ami, je vous accorde ma confiance. Je te confie la protection de ces terres sacrées... Gardes-les loin des ingrats qui oseraient la détruire ou se l'approprier... Cependant..."

    "- Qui... Qui êtes-vous ?"

    "- Tu ne me reconnais pas...? Si je te montre ceci, sauras-tu le deviner ?"

    L'être divin fit alors apparaitre comme par magie cinq orbes... Des orbes desquelles semble émaner une puissance incommensurable... Elles luisaient toutes d'une couleur noire et violacée qu'il semblait reconnaître. Un endroit lui vient alors en tête, puis les mots de son ami... Les Orbes de Néant, c'étaient elles ! pensa-t-il, choqué par sa découverte.

    "- Je vois que tu sembles comprendre... Je suis l'Originel, mais appelle-moi Noylan. Tu dois sûrement te demander pourquoi je me sers de tes rêves pour communiquer... je me trompe ?"

    "- Que me voulez-vous...? Je ne suis pas sûr de comprendre..." demanda Nhyr, un peu perdu.

    "- Comme tu le sais, un conflit de taille se prépare en silence. J'ai créé ces terres avec mes camarades, je tiens à ce qu'elles restent intactes... et pour se faire, j'ai besoin de braves héros comme toi. Tu tiendras une part importante dans le prochain conflit... Rend ton peuple fier, devient une légende, et je ferais en sorte de garder ton âme sauve..." affirma le dragon suprême en avançant de quelques pas. Il tend une main vers lui, un sourire chaleureux aux lèvres. "Acceptes-tu ton destin ?"

    Interdit, Nhyr ne savait quoi penser. Moi ? une légende ? je suis trop jeune, pensa-t-il peu sûr de lui-même.

    "N'aie crainte. L'âge ne fait ni la force, ni la foi... Ma bénédiction te donnera la puissance nécessaire pour faire face à ce combat qui marquera l'histoire. Tu es né pour défendre ce monde, Nhyr... combat à mes côtés..."

                                                                   ***

    Le hibou, perché sur son sapin, pouvait entendre quelqu'un s'agiter au pied de son arbre. Il était encore en train de récupérer de son long vol du matin-même. Le soleil se levait lentement sur la clairière orangée à cette heure de la journée. Personne n'était encore réveillé parmi le groupe d'amis, et rien ne semblait pouvoir troubler le sommeil de trois d'entre eux. Pourtant, la boule jaune murmurait des paroles qui semblaient être des questions. Il s'agitait un peu, prit d'un doute insoutenable. Puis, un petit cri étouffé, les sens en alerte, et voilà Nhyr réveillé en sursaut, haletant. Qu'est-ce que c'était que ça !? se dit-il tout bas, encore sous le coup de l'émotion.

    Pour reprendre contenance, Nhyr choisit de marcher un peu. Mais, à peine fit-il quelques pas qu'un étrange hululement vint perturber ses pensées. Il s'arrêta net, et observa avec précaution les alentours. Les cris du hibou n'arrêtaient pas, ils étaient aussi légers qu'un murmure, mais par ce silence, on ne percevait que ça. Le jeune griffon leva alors la tête au ciel, et trouva perché haut sur le sapin sous lequel il avait dormi, l'origine de ces soufflements presque effrayants. Le rapace nocturne daigna alors le rejoindre sans ne plus faire un bruit. Il donnait l'impression de glisser sur le vent. L'animal paraissait très jeune lui aussi. Le hibou posa pattes à terre puis se mit à sautiller vers la boule jaune avant de lever l'aile pour attraper le message soigneusement placé dans son sac avant de le lui tendre.

    Intrigué, Nhyr n'osa d'abord pas prendre le mot car il se demandait s'il s'agissait encore d'un rêve, ou d'une mauvaise blague que lui jouait son esprit anesthésié par la nuit. Après quelques longues secondes, il s'empara enfin avec une certaine douceur du bout de papier. Il l'ouvrit à plat sur le sol, et en lu le contenu. Il n'en crut pas ses yeux.

     

    « Si tu lis ce message, c'est qu'il t'est parvenu en main propre. Nhyr, c'est moi, ton père qui écrit ce message. En temps normal, Sayrhi, ton professeur, s'en serait chargé mais... j'avais bien trop à te dire.

    Nhyr, en tant que père, j'étais contre l'idée déraisonnable de ton ami. Et à ce titre, j'ai refusé sa proposition pendant l'Assemblée qui s'est tenue dernièrement, parce que je tiens à toi, mon grand. Depuis combien de temps ne t'a-t-on plus vu ailleurs que chez nous, en train de dormir ? Pas que tu es paresseux, bien au contraire... tu disparais toujours pendant ton temps libre avec ton ami. Et j'en suis très heureux pour toi.

    On m'a rapporté que vous étiez comme des frères, de vrais inséparables tous les deux ! Si tu savais comme je suis fier de toi, mon grand. Tu n'es plus la petite boule jaune à papa... Non, loin de là. Je ne sais pas ce qu'en pense ta mère, elle me donne parfois l'impression qu'elle fait passer ses devoirs avant sa famille, mais sache tout de même qu'au fond d'elle, elle t'aime et tient à toi si fort...

     

    Mon fils, j'ai tant de choses à te dire, mais je n'ai hélas pas la place de tout mettre... Alors je vais passer à l'essentiel.

    Le hibou qui t'a porté ce message sera notre intermédiaire. Il se nomme Laow. (Le jeu de mot n'est pas de moi, rassure-toi...) Ce petit être sera un précieux allié. Il te permettra de nous envoyer tes rapports de missions sur le terrain, nous transmettre l'évolution de la situation avec la Meute du Silence qui conspire dans le secret, et enfin, de me parler si ça ne va pas... Je suis ton père avant d'être un sage, rappelles t'en toujours. Je suis là pour toi, d'accord ?

    Ensuite, saches que la haine qui anime les êtres que tu vas côtoyer pendant quelques temps est ancrée dans leur vie. La dernière bataille à laquelle nous avons été confronté a fait de nombreuses victimes, et beaucoup ont été dégradé de Membres de la Terre des Aigles à un statut de déchu, condamné à vivre sur ces terres impitoyables.

    Connaissant les faits récents te concernant, ton courage pour avoir tenu devant Sayrhi un discours comme le tien, et ta décision quand à ta détermination à aider ces êtres qui, pour la plupart, ont sombré avec d'autres membres de leur famille qui eux n'étaient pas en tort, contrairement à ceux-là, je me dis que j'ai de quoi être fier. Mon fils se bat pour la justice, comme nous. Mais nous, nous sommes obligés de subir l'accord d'Assemblées... qui, semble-t-il, n'y comprennent pas toujours grand chose à la valeur d'une vie.

     

    J'ai confiance en toi, mon grand... Mon fils... dire que j'ai l'impression de ne pas t'avoir vu grandir... Tu es encore si jeune, et tu pars presque seul et sans expérience concrète te faire la main sur le terrain. Je prie tous les jours Noylan pour qu'il ne t'arrive rien de grave, et que tu vives de grandes choses. Je ne serai pas surpris de le voir apparaître dans mes rêves bientôt, haha !

    Au fait, si jamais cela t'arrive, sache qu'il s'agit vraiment de l'Originel en personne. Ne doute pas de ses paroles, c'est quelqu'un en qui tu peux avoir confiance. Comme toi, il est droit et son seul désir est de sauver ce monde et sa vie dans toutes ses formes. Il n'a aucun intérêt à voir une guerre se produire une fois de plus... mais celle-ci sera peut-être inévitable. Je compte sur toi pour nous aider à retarder ces scélérats qui ne désirent que destruction. De notre côté, nous ferons notre maximum pour éviter les effusions de sang.

    Tu n'es pas seul dans ce combat, et tu nous mèneras tous vers la victoire, Nhyr. Fais-toi autant d'alliés que possible là où tu es, nous sommes avec toi.

     

    Waros, ancien commandant de l'armée de la Terre des Aigles, et père qui te souhaite de vivre cette expérience dans les meilleures conditions possibles.

    PS : Laow a beau être jeune, c'est un excellent facteur même s'il pourrait aussi t'être utile pour d'autres choses... (comme l'espionnage par exemple). Sinon, écrit-moi autant que tu veux, je serai toujours toute-ouïe. »

     

    Nhyr était bouleversé. Il n'avait jamais entendu son père lui accorder autant d'affection, ils ne s'étaient jamais dit qu'ils s'aimaient l'un et l'autre. Sa mère avait beau le lui dire par le regard, aucun mot n'avait jusqu'à lors été posé pour qualifier la nature de leurs relations. Le jeune griffon ne pouvait retenir ses larmes face aux espoirs, aux doutes et aux aveux de son père qu'il pouvait deviner en peine par son absence prématurée. Pourtant, Waros était fier de lui... peut-être Armys l'était aussi ? Il aimerait à cet instant revoir sa mère et son père, oublier tous ces enjeux pour quelques heures et vivre ensemble, tout simplement. Profiter de l'insouciance d'une vie ordinaire, dans la paix et l'amour familial. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait plus senti cela...

    Puis, il repensa à son rêve cette nuit. Il ruminait ce qu'il avait vu. Sa mère, Armys, avait peu à peu laissé place à Noylan, l'être Originel. Et ce dieu vivant qui lui était apparut dans ses rêves lui a clairement signifié de croire en ses capacités, en plus de lui accorder sa confiance et sa bénédiction. Nhyr était presque sûr que s'il parlait de ça à qui que ce soit, même à son ami, il ne serait pris au sérieux par personne. Enfin, personne excepté son propre père qui aurait lui aussi eut des apparitions de Noylan. Il ne savait pas encore si c'était une bonne idée d'en parler par message, mais comme personne d'autre que lui n'était encore levé, il avait un peu de temps devant lui...

     

    Pendant le temps où Nhyr réfléchissait sans prêter attention au reste du monde, Laow s'empara du bout du bec d'un papier et d'un bâtonnet de carbone qui servait aux créatures sans doigts alors incapables de tenir un simple crayon, d'écrire malgré tout. Le hibou plaça le matériel au sol et reprit la lettre de Waros en la roulant aussi délicatement que la première fois du bout de ses ailes habiles.

    "- Hou ! Voilà de quoi écrire, cher Nhyr !"

    "- Ah ! Q-qui ?? Qui parle ?" lança Nhyr, surpris d'entendre autre chose que le hululement du rapace nocturne.

    "- Hou ! Laow, monsieur. Voulez-vous laisser quelque chose à votre père ?"

    Nhyr replongea dans ses pensées un court instant, avant de reprendre:

    "- Oui... je crois que je vais lui répondre..."

    "- Alors voici pour vous. Prenez-en tant qu'il vous en faut, hou ! Je ferai au plus vite pour retourner lui porter votre message." l'oiseau indiqua le matériel qu'il avait préalablement posé au sol du bout de l'aile.

    "- ...Laow, c'est bien ça ?"

    "- Oui, monsieur. Tout à fait cela, hou !" répondit le hibou avec respect.

    "- Appelle-moi simplement Nhyr je te prie. Je suis encore trop jeune pour mériter le titre de... "monsieur". Et puis, on risque de passer un certain temps ensemble tous les deux, donc autant être familier l'un envers l'autre... Tu ne penses pas ?"

    "- Comme vous voudrez, Nhyr. Je suis là pour vous aider, donc n'hésitez pas si vous avez besoin de quoi que ce soit..."

    Le griffon doré sous la lumière ascendante du jour saisit le bâtonnet de carbone du bout du bec, et plaça le bout de papier entre ses pattes. Une fois bien positionné pour rédiger, il se mit à réfléchir au contenu de sa lettre. Au fil de la plume, l'être hybride organisa ses idées comme elles lui venaient. Il parla de l'émotion qu'il avait ressentit en lisant la lettre, de ses impressions, de ses joies, de ses peines, de ses doutes, et enfin...du rêve qu'il avait fait et qui lui parut si étrange. Il en profita pour lui demander son avis sur la proposition, et sa position actuelle face à celle-ci. Il n'avait aucune raison de refuser le destin que lui avait choisit un dieu, si c'était pour défendre une cause juste.

    "- ...Fini ! Voilà pour toi, Laow. Ne te presse pas en chemin, je ne veux pas qu'il t'arrive quoi que ce soit en route, donc fait attention d'accord ?" dit Nhyr, un peu inquiet pour le frêle volatile.

    "- Ne vous inquiétez pas, Nhyr. Je ferai plus attention que d'habitude parce que vous me le demandez, mais je sais qu'il ne m'arrivera rien. J'ai tendance à ne voyager que par des endroits où je peux me camoufler si danger il y a. Donc votre message arrivera à destination ce soir, je vous le promets."

    "- Merci beaucoup, Laow."

    Le hibou récupéra le bâtonnet de carbone et le plaça dans une poche avant de ranger le message dans ce même sac qu'il avait dans le dos. C'était un peu disproportionné vu sa petite taille, mais il restait ajusté à sa corpulence. Le jeune oiseau de proie s'apprêtait alors à se mettre en route, mais Nhyr l'interpela.

    "- Tu pars déjà ?"

    "- Oui, dit-il en se retournant. Si je pars maintenant, je pourrai faire escale à mi-chemin afin de me reposer, et je repartirai une fois remis sur pattes pour rejoindre les îles les plus hautes."

    "- ... Tu as souvent fait ce type de voyages ?" interrogea Nhyr, se posant des milliers de questions sur son compte.

    "- Disons que du peu que j'ai pu en faire, c'est la deuxième fois que je me rends par ici. La dernière fois, j'étais épuisé alors que j'essayais d'atteindre d'une seule traite les îles après avoir volé pendant plusieurs heures. Bien sûr, j'ai dû renoncer et trouver un endroit pour me remettre avant de retenter la montée. Depuis, j'ai retenu la leçon, et je pars tôt pour avoir plus de marge de manœuvre sur le plan de la fatigue, vous comprenez ?"

    "- ...J'ai aussi remarqué que... tu ne hulules plus depuis tout à l'heure."

    "- Ah ? J-je... Je n'avais pas fait attention, désolé. J'ai l'étrange habitude d'émettre ces petits cris la nuit, quand je cherche à alerter ou juste quand je me sens à l'aise. Mais maintenant que le jour est levé, ça a dû s'arrêter tout seul..."

    "- ...Je... vois..." dit Nhyr, perplexe face à ses explications alambiquées. "Tu as de la route à faire... je ne te retiens pas plus longtemps."

    "- Pour ma part, ce fut un plaisir de vous rencontrer, Nhyr. Je m'en vais de ce pas délivrer votre message à votre père. Attendez-vous à me revoir d'ici demain, dans la soirée."

    "- ... Il sera peut-être déjà trop tard..." murmure Nhyr, pensif.

     

    Intrigué, Laow lui lança un regard inquisiteur, puis abandonna l'idée de comprendre le sens de ces mots. Et à peine s'élança-t-il dans le ciel que Phyl vint rejoindre Nhyr, encore concentré sur le petit messager.

    "- Bonjour Nhyr. C'était qui ça ?"

    "- ...Un ami."

    Nhyr ne savait que dire de plus à son sujet sans éveiller plus de questions chez lui. Cependant, Phyl savait pertinemment qu'il n'avait que lui pour connaissance parmi les plus jeunes de leur terre natale, et encore moins parmi les autres espèces. Mais, ne voulant pas importuner son ami, il préféra ne pas lui poser de questions.

     

    "- Yo ! Comment vous allez ce matin ?" demanda Tyhor, d'une apparente bonne humeur.

    "- Bonjour, bien dormi ?" demanda à son tour Hamel, qui avait l'air d'être plus heureux qu'hier.

    "- On ne peut mieux... Et toi Nhyr ?" renchérit Phyl.

    "- ...Sans plus." lâcha Nhyr, encore à moitié plongé dans ses pensées.

    Les trois autres se regardent tous, s'interrogeant l'un l'autre sur la cause de son état, mais personne n'avait les moyens d'y répondre en l'état.

    "- Tu sais Nhyr, si ça va pas, on peut t'aider tu sais ?"

    "- ... Tu es la troisième personne qui me dit ça aujourd'hui... Mais merci Hamel, ça ira." poursuivit Nhyr, les yeux dans le vague. Puis, il se secoua un coup pour reprendre contenance avant d'afficher son plus grand sourire. "Bon, on se met en route ? Il ne faudrait pas que l'on prenne du retard sur nos objectifs. Vous venez ?"

    Phyl, Hamel et Tyhor se jetèrent des regards interloquées devant l'étrange comportement de Nhyr, mais ils se décidèrent malgré tout à le suivre sans poser de questions.

     

    "- Aujourd'hui, on doit se rendre près du Pic de Roche. C'est un complexe organisé où se retrouvent la plupart des gens comme nous" commença Hamel. "C'est une sorte de squat si on veut, mais on devrait trouver pas mal d’adhérents à vos idées là-bas."

    "- Oui, Zyn n'y va jamais par peur de la foule d'après lui, mais on sait tous que tous ceux qui vivent au Pic de Roche renient ceux de la Meute du Silence." renchérit Tyhor. "J'ai d'ailleurs quelques connaissances que je n'ai plus vu depuis des années qui traînent avec leurs familles. Ils peuvent paraître assez sinistre d'aspect, mais ils sont très chaleureux, ne vous en faîtes pas."

    "- Sinistre ? Pourquoi sinistre ?" demanda Phyl, un peu inquiet.

    "- La guerre a causé des blessures que même le temps ne sait refermer. Leur apparence bestiale est dû à leurs cicatrices, et ils seront toujours un peu sur la défensive tant qu'ils ne savent pas vraiment qui vous êtes." répondit Hamel, d'une voix grave.

    "- M'enfin, l'apparence ne fait pas tout !" s'exclama Nhyr, sûr de lui. "Je suis sûr que ce n'est qu'une façade. Ils doivent probablement se servir de la méfiance comme d'une sécurité face à la Meute du Silence, vous ne pensez pas ?"

    "- Si, forcément d'ailleurs. C'est cette colonne de pierre là-bas, derrière la forêt." indiqua Tyhor.

    "- Elle a un nom officiel cette forêt pour le moins... particulière ?"

    "- Oui. Son étrange feuillage rouge lui a valut de nombreux surnoms bien sûr, mais l'officiel reste inévitablement celui du Bois Dakalis. Mais qui était Dakalis me demanderez-vous..." annonça Hamel.

    "- Laisse-moi leur raconter frangin. Dakalis était le fier combattant du peuple vivant sur ces terres autrefois. Faisant parti de ceux que l'on nomme encore aujourd'hui les "originels", à cause de leur naissance dû aux pouvoirs directs de l'être Originel, Dakalis a vaillamment combattu pendant la guerre. Il était respecté de tous, et avait des mœurs qui prônaient la paix entre les peuples. Ce fut d'ailleurs le premier à refuser la guerre, mais une fois engagée pour de bon, il se battit sans faillir pour nous tous. Nous menons le même combat que lui aujourd'hui, les amis !" commença Tyhor, enthousiaste.

    "- Oui, un brave type et un meneur digne de nous gouverner. Hélas... il est mort ici, dans cette forêt où se déroula le conflit destructeur qui prit place il y a de ça quelques décennies. Il ne fut pas le premier à verser son sang, loin de là, mais sa mort marqua la fin du chaos. C'est Konrhad, l'ancien grand commandant de l'armée de la Terre des Aigles, et son allié des Terres Abyssales, Loyd, le second de l'Assemblée du Torrent, qui ont achevé ensemble la vie de ce brave guerrier." poursuivit Hamel. "Ces deux-là, je ne les porte pas vraiment dans mon cœur. S'ils avaient choisi, avec leurs sous-fifres surnommés "sages", d'accorder un peu de leurs terres à notre peuple, nous n'en serions pas là maintenant." finit-il, grave.

    "- Mais... A quoi ressemblait Dakalis ?" demanda Phyl, captivé par cette figure de héros.

    "- Ça, je ne sais pas. Il faudrait demander aux anciens qui résident toujours au Pic de Roche... Eux, ils l'ont connus, ils seront bien plus à même de répondre à vos questions si le sujet vous intéresse."

    "...Le Bois Dakalis, hein...? Lui, c'était un héros, à présent devenu légende... C'est donc ça, Noylan ? C'est à quelqu'un comme lui que je dois ressembler...?" pensa Nhyr, perturbé par ses nombreuses pensées.

    "- Nous y voilà ! L'entrée du complexe est juste devant nous... Restez bien calmes et groupés. Nous devons leur montrer que nous sommes ici en paix." affirma Hamel, rassurant.

                                                                            ***

    De son côté, Laow poursuivait tranquillement sa route à travers cette forêt rougeoyante. Il n'avait fait aucune mauvaise rencontre en chemin jusqu'à présent, et pouvait désormais apercevoir clairement sa destination finale.

    "Je ferai peut-être mieux de trouver un endroit où me poser... Si je continue comme ça, je vais m'évanouir au-dessus de l'eau... Un si grand soleil dès le matin, avec une chaleur pareille en vol intense au-dessus d'océans infinis... j'ai toutes les chances d'être perdu à jamais. Là ! oui, là. Ce serait pas trop mal..." se murmura-t-il machinalement avant de rejoindre l'endroit indiqué.

    Une fois installé, il alla fouiller dans son sac pour prendre un peu des rations qu'il avait pris soin d'emporter avec lui. Il sortit donc un bâtonnet plein de graines nutritives, accompagné d'un petit bout de viande qu'il avait réussi à grappiller en chemin.

    En prenant le temps de manger sa pitance, il repensa à ce matin : "Nhyr... Quel étrange jeune griffon. Hm... J'y repense, mais qu'a bien pu lui écrire son père pour qu'il soit si ému...? Et qu'a-t-il bien pu lui répondre...? Non, je n'ai pas le droit de regarder... ce ne serait pas juste de m'occuper de ce qui ne me regarde pas... Enfin... après, personne n'en saura rien et... j'ai les deux lettres avec moi... Un peu de lecture pour passer le temps... ça peut passer non ?"

     

    Le petit hibou hésitait énormément. Personne ne lui avait jamais précisé qu'il n'avait pas vraiment le droit de lire les lettres qu'il transportait, pourtant son esprit innocent lui dictait de ne pas céder. Pourtant, la curiosité était trop forte, et puis... il n'avait rien de mieux à faire. Alors, il sortit tout d'abord la lettre de Waros.

    "... Hm... Sayrhi ? C'est lui qui aurait dû s'en charger ? ... Ah, cette nostalgie me donnerait presque la larme à l’œil... Et cette amitié dont il parle... elle a l'air si parfaite... J'aimerai tellement avoir des amis moi aussi... Si seulement... on ne m'avait pas arraché du nid de mes parents... Et pour faire quoi hein ? Un vulgaire facteur ? ...

    Hein ? Comment ça mon nom est un jeu de mot ?? Et puis quoi encore, dit-il offusqué. ... Mais... que... C'est quoi cette histoire ? Une guerre ? La Meute du Silence ? Et le conflit qui se prépare en secret...? Pourquoi je ne suis au courant de rien !? Pourquoi....? Je... pleure...? Ses mots... ont tellement d'impact... Non, non... il faut que je me ressaisisse, allez, arrête de pleurer Laow, soit fort ! ...

    Ah ! Il me fend le cœur avec sa nostalgie, cet amour parental... Je n'arrive plus à retenir mes larmes... Waros... je ne te pensais pas un cœur si attentionné pour ton fils... Je comprends mieux ses états d'âmes de ce matin à présent... Il a simplement... trouvé les mots justes ? Hein ? Pourquoi... fait-il mention de l'Originel ? Il... rêve de lui ? Vraiment de LUI ??? Mai-mai-mais....? Est-ce seulement possible...? ... Quoique... Nhyr semblait d'autant plus intrigué par la fin...

    ...Hou ! ...Hou !! J-je-je... je n'en crois pas mes yeux... J'arrive plus à lire avec toute cette eau qui brouille ma vue... Waros... W-Waros... Merci. Merci beaucoup, ça me va droit au cœur..."

     

    Laow était plus chamboulé encore que Nhyr devant ce même texte. Le petit oiseau qui se pensait oublié, laissé de côté dans le cœur des gens qu'il côtoyait tous les jours, venait de réaliser qu'il existait bien des individus qui le considéraient pour ce qu'il était vraiment, et ce qu'il était capable de faire. Flatté, les yeux humides, le jeune hibou roula la lettre une nouvelle fois sur elle-même avant se s'affaler contre le tronc sur lequel il était adossé, la lettre serrée tout contre lui. Perché du haut de sa branche, il regardait le ciel la tête pleine de milles pensées. Lui aussi avait ce sentiment particulier et pourtant si agréable qui lui réchauffait le cœur pour la première fois... l'espoir d'être aimé.

    Bercé par l'allégresse et le bonheur, Laow laissa son esprit rejoindre lentement les bras de Morphée. Il passa quelques heures encore ici, à dormir et reprendre des forces.

                                                                            ***

    Le petit groupe se trouvait enfin à l'endroit tant désiré. Les choses devaient se dérouler selon le plan établit la veille : Tyhor partait devant pour reprendre contact avec d'anciennes connaissances tandis que Hamel se chargeait de faire visiter à Nhyr et Phyl l'endroit, en plus de leur expliquer l'origine de ce lieu sacré pour ce peuple.

    "- Tout d'abord, vous ne trouverez que peu de monde à l'extérieur du complexe. Ce peuple composé d'innocents ne recherchent que la paix, et n'oseront donc pas sortir s'ils repèrent le moindre danger. C'est pour cela que nous ne rentrerons que quand Tyhor nous aura rapporté la confiance des habitants quant à notre bienveillance." commença Hamel, d'une voix solennelle.

    "- Tu sembles plus calme qu'hier, Hamel... C'est cet endroit qui t'apaise ?" remarqua Nhyr.

    "- Oui, on peut dire ça comme ça j'imagine..." répondit-il. "Pour tout vous dire, cet endroit est comme une relique pour nous tous ici-bas. Le Pic de Roche a été érigé en l'honneur de tous ceux qui ont péri dans les deux camps. Tous ces vaillants guerriers qui ne savait, pour la plupart, pas pourquoi ils s'affrontaient... ils sont ici, et nous prions pour que leur âme trouve la paix. La mémoire de tous ces gens est précieuse, nous nous devons de vivre avec nos erreurs, et d'aller de l'avant en gardant notre passé en tête. C'est un sanctuaire sur lequel est gravé le nom de tout un chacun aillant prouvé sa bravoure au combat et aillant trouvé la mort sur ces terres recouvertes par le sang."

    "- Je me demandais... pourquoi cette endroit semble si unique...?" interrogea Phyl en observant le zénith caché derrière le gigantesque monolithe levé vers les cieux et entouré par la forêt d'arbres aux feuilles d'automne.

    "- A cause de nous. Pour chaque être qui a perdu la vie sur ces terres qui autrefois n'étaient plus que des cendres, les anciens ont choisi d'y planter autant d'arbres qu'il y a eu de pertes, et c'est ainsi que le Bois Dakalis a vu le jour. Ce monolithe, nous l'avons dressé grâce à l'aide des autres peuples en gage d'une paix plus durable. Cela dit, je ne suis pas sûr que la variété qui a été planté à l'origine avait pour prédestination d'avoir le tronc noir et les feuilles aussi écarlates que le sang. Mais ensemble, nous avons donné à ce lieu les graines pour qu'aujourd'hui sa beauté éclose enfin. " poursuivit Hamel, admirant le menhir avec tendresse.

    "- ... Et... Ces bruits de bois qui s'entrechoquent... je le perçois depuis tout à l'heure... d'où provient-il ?" s'inquiéta un peu Nhyr, intrigué par ce son inhabituel pour lui.

    "- De ces bouts de bois là-haut. Tu vois les cordes qui nous surplombent ça et là ? Ces petits artéfacts font fuir les animaux sauvages comme ceux qui vivent sur la terre convoitée par la Meute du Silence. C'est un lieu de recueillement et de respect, nous ne voulons pas qu'un conflit d'usage ne pose problème, donc nous faisons fuir les gêneurs grâce à ces plaques. Après, d'un certain côté, je trouve que ça a quelque chose d'apaisant... J'aime vraiment cet endroit." continua Hamel, un plus large sourire aux lèvres.

     

    Un silence s'imposa de lui-même tandis que le trio contemplait avec plénitude ce havre de paix. Nhyr observait attentivement chaque recoin de cette place calme. De part et d'autre d'eux s'écoulaient deux petits cours d'eau qui semblaient provenir de la structure. C'était une eau d'un bleu-vert cristallin, comme celle de leur planque sous l'Assemblée des Étoiles. Se pouvait-il qu'une deuxième Orbe du Néant repose ici ? se demanda le jeune griffon. De sa hauteur, le menhir qui devait bien faire vingt mètres de haut voyait son ombre arriver derrière le trio ce qui donnait l'impression que le sommet de celui-ci émettait la lumière du soleil et qu'il les en préservait.

    Ensuite, ses yeux descendirent jusqu'au complexe. Le Pic de Roche couvert de gravures reposait en fait sur un monticule de plaques de pierres brunes qui devaient bien faire cinq mètres de diamètre sur deux mètres d'épaisseur. Entassées les une sur les autres, ces roches plates étaient pour la plupart érigées sur les côtés, pointant en diagonale par rapport au sol. Des arbres avaient poussés eux aussi, maintenant la structure en l'état et la rendant plus belle encore.

    Ces arbres n'étaient pas tous rouges. Certes, leur tronc était noir, mais leur feuillage penchaient pour un dégradé passant du pourpre sombre à un jaune d'or, jusqu'à arriver à des teintes bleues pour certains. Une explosion de couleur qui ravissait quiconque la regardait. Deux petites cascades semblaient d'ailleurs débuter à leurs racines. Les petits cours d'eau formaient deux sillons en forme de "S" qui passaient de part et d'autres du petit chemin menant à l'intérieur avant de bifurquer chacun de leur côté pour créer deux points d'eau distincts.

    Au dessus de ceci, les fameuses cordes qui s'étendaient là, accrochées comme elles le pouvaient aux environs, maintenaient de nombreuses plaques de bois qui, grâce au vent, émettaient ce son relaxant. D'autres plantes jonchaient le sol, remplaçant le sol noir de cendres par un terrain plus verdoyant. L'herbe avait repoussé, du lierre grimpait sur les arbres, et des plantes inconnues encore à ce jour pour le petit dragon doré apportaient un charme sans égale à l'endroit. C'était bien la première fois qu'il visitait un lieu aussi serein et pur.

    Chapitre 2

     

    Enfin, Tyhor rejoignit le groupe pour leur annoncer la possibilité d'entrer dans le complexe. L'entrée se faisait sous l'agglomérat de roches plates. C'était un complexe de galeries souterraines en fait, pensa Nhyr. Une fois à l'intérieur, lui et Phyl furent étonnés de voir la taille des chemins. On avait la place d'y faire entrer le plus grand dragon de la Terre des Aigles sans problème.

    Les tunnels étaient éclairés d'une étrange manière tout le long du chemin qui ne cessait de descendre en profondeur : Ils possédaient des lampes à lucioles. Et ces lucioles, au lieu d'éclairer avec une lueur jaune tirant sur le vert, créaient des mélanges de couleur. Un coup, une lampe n'émettait que du jaune-orangé, un coup une lampe éclairait d'un bleu-vert scintillant, un coup une lampe éclairait rouge et violet. Quel endroit surprenant, s'extasia Nhyr à mesure qu'il avançait.

    "- Aller, venez par ici, je vous fait visiter..." commença Tyhor, menant les devants. Le groupe de quatre prit la première à droite au premier embranchement qu'ils croisèrent. "Voilà. Arrêtez-vous deux minutes, que l'on vous explique. Hamel, tu commences ?"

    "- Ouais, si tu veux. Donc ici, c'est la salle des visiteurs. Étant la première salle accessible de tout le complexe, il paraît logique que ce soit celle-ci et non une autre. Comme vous pourrez le remarquer, il fait assez sombre dans les souterrains, donc les habitants de ce lieu ont choisi de recourir à ce type de lampes particulières que vous avez pu voir précédemment tout le long du couloir."

    "- Ce sont des lampes à lucioles n'est-ce pas ? Alors pourquoi sont-elles de toutes les couleurs...?" demanda Nhyr, avec intérêt.

    "- Ça, c'est la particularité des lucioles du coin. Chez nous, les lucioles émettent des couleurs différentes selon leur âge. Ainsi, les plus jeunes luisent d'un jaune-orangé qui n'éclaire que faiblement, puis une fois un peu plus âgées, elles s'approprient une teinte bleue-verte plus puissante... Et quand elles arrivent en fin de vie, elles prennent une couleur violette d'abord, puis rouge. Il arrive que les plus jeunes se retrouvent mélangés à d'autres lucioles, mais nous les élevons de manière à ce qu'elles puissent créer un cycle perpétuel qui nous permette de ne pas nous en soucier plus que ça." répondit Hamel calmement.

    "- Et sinon, à part accueillir les invités, à quoi sert cette pièce ?" lança Phyl, intrigué.

    "- Tout d'abord, c'est ici que nous passerons la nuit pendant notre séjour ici. Il y a des lits individuels qui sont à votre disposition, de quoi vous laver, et une table taillée à même la pierre juste là pour écrire, ou autre..." répondit Tyhor. "Si vous voulez manger quelque chose, il faudra descendre au garde manger qui est un peu plus bas encore."

    "- ...Et combien de salles et de galeries y a-t-il en tout dans ce complexe ?" poursuivit Nhyr, passant outre la question de son ami.

    "- ...Je ne sais pas exactement. Il faudrait que je retrouve une carte de l'endroit pour te le dire... Mais en comptant tous les chemins par lesquels je suis passé, je dirais que j'en ai fait qu'une petite partie... Peut-être un tiers ? Donc... une quinzaine de salles et moitié moins de tunnels, multiplié par trois ou plus..." hasarda Tyhor, un peu confus.

    "- Nan, il y en a bien plus que quarante... Au moins une soixantaine de salles sans compter les chambres des habitants. Donc tout ce qui est pièces communes, on peut dire qu'il y a de quoi faire." affirma Hamel, plus confiant que son jumeau sur le sujet.

     

    Malgré ses innombrables questions en tête, Nhyr n'eut pas l'occasion d'en poser davantage pour le moment car il se fit interrompre par une inconnue.

    "- ...Bonjour... C'est bien vous, les visiteurs qui ont quelque chose à dire à tous les habitants du Pic ? demanda timidement ce qui ressemblait à un petit cerf avec des rayures de tigre le long de son corps. On ne voyait que sa tête, son cou et ses pattes avant dépasser de l'entrée pour l'instant."

    "- Oui, c'est bien nous. Vous êtes...?" dit Phyl, inquisiteur.

    "- J-je... je ne pense pas que connaitre mon nom vous apporte grand chose... Nous sommes en train d'informer tout le monde, ils seront tous dans la Grande Salle d'ici quelques minutes... Finissez de vous préparer et suivez-moi je vous prie..." poursuivit l'inconnue.

    "- Nous sommes prêts, pas vrai ? Alors allons-y." finit Hamel.

    Ainsi, le groupe d'amis se remis en route avec une inconnue qui les guidait vers leur destination. En sortant, Nhyr put mieux voir cette étrange personne, et remarqua les ailes tigrés de celle-ci et ses sabots fendus en deux comme ceux des chèvres. Une crinière somptueuse lui courrait le long du dos, tandis que son corps se finissait par une courte queue de cerf. Quel étrange mélange, pensa-t-il, avant de retenir un rire face à l'ironie de sa remarque. Après tout, lui aussi tenait d'un drôle de mélange inter-espèces.

    Chapitre 2

     

     

    Le tunnel qu'il empruntait n'était qu'une gigantesque ligne droite pentue sur la plus longue partie du trajet. Puis, à un moment, ils firent face à un large virage dont la pente était plus douce, jusqu'à redevenir complètement plat. Ils arrivaient enfin dans le cœur du complexe. Ils arrivèrent dans une large salle pourvue de nombreux piliers. Elle était sur la route, et représentait sûrement un lieu de rencontre important.

    "- Nous voici dans la salle des gardes. C'est ici que la nuit, certains habitants passe leur nuit à alterner entre se rendre à l'extérieur pour monter la garde et attendre ici afin d'être prêt à protéger les autres." informa Hamel en s'appuyant sur ses connaissances.

    "- Allons, ne traînons pas. S'il n'y a plus personne ici, c'est qu'ils nous attendent déjà. Pressons, voulez-vous...?" insista l'inconnue d'une voix douce mais toujours aussi nerveuse.

    Ils sortirent de la salle pour enchainer avec le couloir suivant. Cette partie du tunnel comprenait énormément d'embranchements. Nhyr, avait peur de s'y perdre avec ces allures de labyrinthe géant.

    "- Ici, c'est les dortoirs secondaires. L'infirmerie se trouve tout au bout du corridor." affirma Tyhor, fier de ce qu'il sait.

    "- A quoi servent-elles, c'est chambre ?" demanda Phyl, impassible.

    "- C'est là où l'on ramène les blessés quand il y en a. Les autres dortoirs sont plus loin et bien moins accessibles pour les soigneurs, donc c'est juste plus simple d'amener les blessé ou les malades dans ces pièces pour qu'on prenne soin d'eux sans oublier personne." confirma Hamel.

    Tyhor quant à lui semblait dégoûté. Il n'avait pas su quoi répondre à la question.

     

    Alors qu'ils avançaient dans ce couloir, un petit oiseau avec trois pointes à l'arrière du crâne et des symboles étranges sous les yeux, vint nous rejoindre précipitamment. Il venait d'en face, et semblait crier le nom de quelqu'un.

    "- Krocs !! Krocs !! Dépêchez-vous un peu, tout le monde s'impatiente dans la Grande Salle..."

    "- Ah ! C'est toi Gnion ! Nous y sommes presque, tu le vois bien. Va les prévenir que nous arrivons immédiatement je te prie." rétorque notre guide d'une voix plus assurée que tout à l'heure.

    "- Compris, j'y vais de ce pas."

    Sans plus attendre, le petit oiseau s'envola en quatrième vitesse pour rejoindre une salle un peu plus loin. Les cinq autres commençaient déjà à percevoir la foule par le bruit qu'elle faisait.

    "- Ils ont l'air agités..." remarqua Nhyr, un peu inquiet.

    "- Ne vous en faîtes pas, dîtes leur juste ce que vous êtes venus leur dire et ils se calmeront d'un coup." répliqua Krocs d'une voix rassurante.

     

    Le groupe passa devant l'infirmerie, puis s'aventura dans un plus large couloir encore. Plus ils avançaient, plus ils sentaient que la foule n'était pas là pour rigoler. Phyl avait le trac, il redoutait énormément la réaction des gens d'ici. Peut-être allaient-ils le prendre pour un éberlué ? Un vendeur de bonne parole ? Il avait peur, et l'angoisse qui le prenait devenait de plus en plus insoutenable pour lui. Pourtant, il fait mine de pouvoir faire face. Il essaye de maîtriser ses craintes, de comprendre ses faiblesse et de les surmonter... Nhyr l'avait vu, et lui accordait un sourire bienveillant.

    "- Voilà, nous y sommes." lança leur guide, les menant jusqu'à une sorte de de socle de pierre face à la foule. "Montez là dessus, et expliquez-leur ce que vous voulez de nous." finit la timide Krocs qui avait du mal à se faire entendre avec tant d'agitation autour d'eux.

    Enfin, Phyl se trouvait confronté à son heure de gloire. Son discours saura-t-il convaincre du monde ? Ou cela finira-t-il plus mal que ça n'a commencé ?


  • Commentaires

    1
    Jeudi 10 Mai à 19:44

    Okay je lirais ça plus tard, j'ai juste vu les dessins et omg celui sur PC en couleur est magnifique xD

    T'as vraiment fait ça à la souris sur Gimp o_o ?

      • Jeudi 10 Mai à 21:00

        Oui, j'ai fait ça à la souris sur GIMP u_u. Mais je me suis servie d'un dessin numérisé pour repasser dessus =P ! Donc forcément, c'était plus simple xD! (mais c'était looooooong x__x)... Considère que rien que ce dessin m'a pris l'équivalent de deux jours et demi de travail, soit la moitié du temps...

        Après, pour le paysage en noir et blanc, si je ne l'ai pas mis en couleur, c'est parce que j'en ai eu marre. J'ai dû m'y reprendre à deux fois parce que la première version était devenue complètement noire à la sauvegarde et j'avais déjà tout fermé, impossible à récupérer du coup... Bref, voilà voilà ^^'...

    2
    Vendredi 18 Mai à 19:14

    1- Un message manuscrit placé dans le sac à dos de celui-ci, l'animal prit son envole dans la lueur de l'aube.

    Alors, je suis pas sûr, mais je crois que envol ne prend pas de -e

    2- Ses cicatrices sur son front sont une preuves de son courage, Waros est un ancien commandant de guerre.

    Pas de –s puisque « une » x)

    3- Les longues plumes de son torse rapetissait, et certaine changèrent même de sens, pointant à présent vers le ciel.

    C’est les longues plumes qui rapetissent, du coup –aient et « certaines » je crois

    4- Cette dernière aigrettes formait une sorte de palme d'un blanc magnifique et immaculé.

    Un –s en trop x)

    5- Tous ces vaillants guerriers qui ne savait, pour la plupart, pas pourquoi ils s'affrontaient...

    -aient

    6- Nhyr observait attentivement chaque recoins de cette place calme. De part et d'autre d'eux s'écoulaient deux petits cours d'eau qui se semblaient provenir de la structure.

    Pas de -s aussi

    7- Une fois à l'intérieur, lui et Phyl furent étonnés de voir la tailles des chemins. On avait la place d'y faire entrer le plus grand dragon de la Terre des Aigles sans problème.

    Idem x)

    8- Et ces lucioles, au lieu d'éclairer avec une lueur jaune tirant sur le vert, ils avaient des mélanges de couleur.

    Le ils est pas en trop ?

    Le groupe de quatre prit la première à droite au première embranchement qu'ils croisèrent.

    On dit un embranchement donc premier x)

     

    Le chapitre était cool, j’ai hâte de voir la réaction suite au discours de Phyl x) Et Gg pour les dessins ^^

      • Samedi 19 Mai à 20:03

        Merci^w^! Le chapitre suivant est en cours d'écriture, et le discours est fini, mais pour le reste, il faut encore que j'y travaille. Merci pour ton aide précieuse, je m'en vais corriger ça de suite =D!

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