• Prologue

     

    Prologue - Nhyr et Phyl, une amitié intemporelle

     

    « Il y a bien longtemps, un être naquit sous une forme divine. Fort de la puissance originelle, Noylan rassembla ses pouvoirs pour créer une terre. Une terre encore sauvage et inachevée. Il alla y vivre un temps. Cet endroit, c'est Lamezia. Une planète déserte qui l'ennuyait. Las de sa solitude, il prit la décision de créer des êtres à son image. Il divisa sa force en cinq gemmes de pouvoir, les Orbes du Néants. Ainsi, il répartit l'équilibre de ce monde afin de maintenir sa création stable.

    Virent alors quatre dragons. Le premier, D.Univers, maîtrise la foudre, et garde la paix. Dréleste, le deuxième, contrôle la météo et garde un œil sur l'équilibre des forces. Adsis, lui, est un être maîtrisant le feu et s'est octroyé le droit de châtier les criminels. Et enfin, Draniolon est un dragon de glace, d'une grande sagesse, ce qui lui permet de faire justice.

    Dans sa soif de création, Noylan créa également des êtres de chairs et de sangs qui s'associent à l'environnement imaginé par ce Dieu vivant. Tout semblait pouvoir aller de lui-même. Pourtant, les quatre dragons se mirent à se battre, en cherchant à obtenir la place de l'Originel. Dans cette lutte acharnée, le monde qu'il venait de créer était redevenu poussière. La colère le prit, et le courroux dont il fit montre donna naissance à un premier Fléau. Cette entité sera nommée "Unlucky".

    L'ombre du dragon originel se détacha de lui, ce Fléau prit la fuite, et le premier combat de dragons eut lieu. Cette guerre sera nommée le Conflit Primaire. Une fois la paix revenue, ils s'efforcèrent de bâtir un monde en associant leurs forces, plutôt que de s'opposer pour tout détruire. Ainsi, deux nouvelles terres virent le jour.

    La première était Drania. Ils s'y mirent ensemble pour créer une terre pour les dieux primitifs qu'ils étaient encore, en plus d'y expérimenter les premières espèces dans trois milieux distincts: L'eau, l'air et la terre recouverte d'environnements diverses. L'autre terre naquit en secret, selon la volonté de Noylan. Il voulait savoir si cette dernière pouvait subsister sans dieux. Il y instaura tout de même des êtres élémentaires.

    En revenant sur Drania, il découvrit les expériences de ses adjoints, et trouva qu'ils n'avaient pas leur place sur cette terre pour l'instant. Il prit donc la décision d'installer les quatre dragons, ainsi que lui-même sous terre, là où ils ne dérangeraient pas. Les Dieux-dragons avaient cependant à leur charge une puissance trop grande à supporter pour eux-même. Et Noylan eut recourt à une espèce qu'il a vu se développer sous ses yeux. Des hommes.

    Il en sélectionna quelques uns, et les présenta à ses sbires. Ainsi qualifiés d'élus, ils sont aujourd'hui en formation auprès de leur dragon associés. N'oubliez pas que l'histoire dont je vous fais part aujourd'hui ne remonte pas à plus de trois cents ans. Et la fin de mon récit est toujours d'actualité. Vous devez considérer, chers élèves, que notre planète est jeune, et qu'il nous reste encore beaucoup à découvrir. Nos investigations ne nous ont pas menés plus loin que ce que je vous ai déjà dit.

    Et ce sera sur cette note que le cours d'histoire se finira aujourd'hui : La paix peut se résumer à peu de chose, donc il sera de votre devoir de découvrir la vérité, et d'agir de la manière la plus juste possible. A présent, Je vous laisse, à moins que vous n'ayez des questions. »

     

    C'était un jour particulier pour un jeune élève. Nhyr, le produit d'un croisement d'un griffon et d'un dragon, venait d'assister à son premier cours à l'Assemblée des Étoiles. Une institution qui élève les plus petits dans leurs jeunes années. Nhyr était encore frêle, sortit de l'œuf il y a à peine quelques années, alors que ses parents étaient le produit direct des pouvoirs de Noylan. Il se disait pourtant que les évènements qu'il venait d'entendre étaient si lointains... Deux cents, trois cents ans, cela ne représentait rien pour l'innocent esprit du jeune griffon.

    Il ignorait presque tout de cet endroit, il n'en connaissait que le nom et l'importance qu'y accordaient ses parents pour qu'il y aille. Et le voici donc. Une petite boule jaune aux ailes atrophiées, et au bec fin en présence des anciens. Sa fourrure est plutôt fine sur son corps, et deux petites cornes lui sortent du sommet du crâne et des joues. Des cornes de la même matière que ses serres. En observant ses camarades, il se sentait si différent... et pourtant, tout le monde n'avait tellement rien à avoir les uns avec les autres que finalement, il y trouvait sa place.

    Nhyr observait son professeur avec attention. Il ne savait vraiment le décrire, il y avait bien trop à dire. Des couleurs plutôt sobres, mais passant par toutes les nuances, des yeux perçants mais chaleureux, des ailes abimées mais magnifiques... Et cette prestance, cette carrure caractéristique que les créatures invoqués par les Dieux possédaient naturellement l'intimidait.

     

    Prologue

     

    En le voyant partir sans un mot de plus, il se sentit soudain observé. Sur lui se posait en fait le regard d'un jeune dragon, un peu différent des autres. Il devait avoir quelles semaines de plus que lui. Il pouvait le décrire assez facilement. Deux petites aigrettes proéminentes lui sortaient du crâne, et c'était la même chose pour le reste. Une fourrure fine et longue commençait à se recourber sur le coin de ses joues. Il avait de grands yeux, un vert et un jaune, en plus d'un petit museau et des touffes de poils blancs réparties par endroit. Une espèce de crête plate lui courait le long du dos, et ses ailes étaient cachées par le fin duvet. La couleur globale du petit dragon était un vert nuancé d'un bleu aux reflets enchanteurs. Quand il se mit à parler, Nhyr se concentra plus à décrire sa voix qu'à écouter ce qu'il lui disait. Ainsi, il la trouva plutôt aiguë, même si son âge le lui excusait. C'était la boule de poils jaune avec la boule d'écailles verte, pensa-t-il.

    "-...Hey, tu m'écoutes ? demanda le jeune dragon vert.

    - Hein ? Ah! euh... que disais-tu ? Je pensais à autre chose...

    - J'ai eu peur que tu m'ignores encore un moment... T'es nouveau ici, pas vrai ?

    - ... C'est si évident que ça...?

    - Disons que ça fait quelque temps que je suis ici en fait. Tu t'appelles comment ?

    - Nhyr. Et toi ?

    - Phyl. Tu sais comment ça se passe ici ?

    - Non, pas vraiment. Tu peux m'en dire plus ?

    - Bah, c'est pas hyper compliqué en fait! Déjà, faut que tu saches qu'ici, tu peux être toi-même. T'as le droit de t'exprimer, de poser des questions, et demander à éclaircir des sujets un peu flous pour toi. Après, faudra aussi que tu t'habitues à voir plein de profs différents... On a rarement deux fois le même en une semaine. Tu suis jusque là ?

    - Ouais, ouais, je comprends... Mais, ils nous enseignent quoi les profs ?

    - Un peu de tout. Pour le coup, l'histoire que tu viens d'entendre, ça faisait deux mois que j'en avais plus entendu parler. Pourtant, ils font plein de recherches dessus ! Et aussi, ils nous font des cours théo-... théorie... euh... C'était quoi déjà...? Théoriques...? Ouais, je crois. Chuis pas sûr. Bref, ils nous parlent du fonctionnement de quequ'chose et on pratique pas si tu veux.

    - Ah ! ouais, je vois.

    - Bon, par contre, vu que le vieux est déjà parti, on a quartier libre jusqu'au prochain cours. Tu viens ?"

    Le petit dragon vert fondit brusquement vers la sortie, toutes griffes dehors. Nhyr s'empressa de le rejoindre, pris d'une soudaine envie de le suivre. Le duo se retrouva dans les couloirs du bâtiment désert. A cette heure, personne ne passait par là apparemment. Phyl était en tête, et le jeune griffon jaune s'efforçait de le rattraper, mais ils étaient aussi rapides l'un que l'autre en fin de compte.

     

    En passant la porte en pierre de l'immense bâtisse, Nhyr s'arrêta à côté de son nouvel ami qui semblait chercher quelque chose. Il l'observa avec intérêt. Phyl prenait d'abord une vue d'ensemble, et abaissa son regard jusqu'à ses pieds. Des torches encadraient la place autour du château, et une tranchée pleine d'eau encerclait l'endroit avant de se déverser dans une mare. Le pont sur lequel se trouvait le duo permettait de traverse les douves. Le jeune dragon vert paraissait contrarié, quelque chose n'allait pas ?

    "- Hey Nhyr, dis-moi... tu sais garder les secrets ?"

    - Les... secrets ? Pourquoi me demandes-tu une chose pareille ?

    - Je veux que tu me jures que tu diras rien à personne. Promis ?

    - ... Promis.

    - Viens, suis-moi."

    Phyl s'empara d'une clé qu'il avait dû suspendre au bord du pont de bois pour la dissimuler. Le dragon vert se dirigea ensuite furtivement vers un rocher un peu plus loin. En y regardant de plus près, Nhyr y vit une sorte de petit trou. Intrigué, le griffon jaune observa attentivement les gestes de son ami. Ainsi, Phyl plaça la clé qu'il tenait à pleine bouche dans la serrure, la tourna un coup vers la droite.

    CLIC

    Un bruit sourd se fit entendre, puis vint un faible tremblement. Que se passait-il ? Le rocher se déplaça de quelques mètres, ce qui révéla un escalier en plus du mécanisme sophistiqué qui a permis une telle chose. Depuis quand les rochers bougent sur commandes ? se demanda naïvement Nhyr. Voyant Phyl s'engouffrer dans la pénombre du passage, le jeune griffon suivit le pas. Un autre tremblement lui indiqua que le mécanisme les avait enfermés à l'intérieur.

    "- Hein!? ... Hey, Phyl... c'est normal qu'on soit enfermé là-dedans...?

    - Ouais t'inquiète. C'est pour pas se faire chopper par les vieux.

    - Les... vieux ? De qui tu parles à la fin...?"

    - Bah, tu sais bien... les profs, les darons, les membres du conseil, tout le monde quoi ! Allez, ramène-toi un peu par ici que je te montre un truc cool. Tu vas pas en revenir !

    - ... " ; Pour l'instant, tout ce que je vois, c'est du noir... T___T , pensa-t-il, désespéré.

     

    Après un petit instant de marche à tâtons, le duo se retrouva submergé par une lueur bleuâtre luminescente. En effet, ils étaient dans une salle un peu particulière. Au centre de l'endroit se trouvait un piédestal où trônait un sphère contenant une sorte de force magique oscillant entre le noir et le violet. De quoi pouvait-il s'agit ?

    "- Alors, elle est-y pas cool ma cachette secrète ??

    - ...Et bien... j'avoue que je ne m'attendais à tomber sur un truc pareil ici... Tu l'as découvert quand ?

    - Bah, c'était y'a pas hyper longtemps, gars... Disons simplement que j'ai entendu la rumeur selon quoi une Orbe du Néant reposait sous l'école.

    - L'école ?

    - Là où on était tout à l'heure, imbécile...

    - Et alors, t'as fait quoi après ça ?!

    - C'est pas difficile à deviner. J'ai fait mes petites recherches dans le coin. Dès que j'avais un moment de libre, j'ai inspecté tout le bâtiment et la cour extérieure. J'ai même cherché dans l'eau des douves ! C'est d'ailleurs là où j'ai trouvé cette clé.

    - La clé que tu as récupéré tout à l'heure j'imagine...

    - Exact ! Une fois en ma possession, j'ai commencé à chercher la serrure correspondante... Et quelques jours après, c'est là que je l'ai trouvé. J'avais toujours su que ce rocher était bizarre !! Et comme je suis le premier à en avoir découvert l'existence, c'est devenu mon refuge... un peu comme ma deuxième maison si on veut...

    - ...? Pourquoi cet air triste tout d'un coup ?

    - ...En fait... je repensais à un truc, mais oublie ça."

    Intrigué par le changement soudain d'humeur de son camarade, le jeune griffon observa son ami sans savoir quoi faire. Il le vit laisser échapper une larme avant de secouer la tête et de reprendre l'air joyeux qu'il arborait depuis ce matin.

    "- Au fait, t'es le premier à qui je montre cet endroit. Tu m'as promis que tu dirais rien... et par la même occasion, tu as promis d'être mon ami... pas vrai...?

    - ...! Hey, j'ai jamais dit ça...! Mais... tu n'as pas tord. Effectivement, je t'en ai fais la promesse. Et si tu veux bien de moi comme ami, alors c'est avec joie que tu en seras un pour moi !"

    Le sourire qu'offrit le griffon au jeune dragon réconfortait Phyl. Enfin, il n'était plus seul. Il avait un ami, quelqu'un sur qui compter, et avec qui partager des choses. Il espérait cette amitié solide, il la voulait éternelle. Et c'est ce jour qui marqua l'amitié de ces deux êtres à jamais.

     

    ***

     

    Quelques semaines passèrent, et ces deux amis étaient devenus indissociables. Jamais l'un n'était vu sans l'autre. Ce duo inséparable se préparait aujourd'hui à passer une première épreuve. L'épreuve du Saut de l'Ange. Rien de bien compliqué pour les vétérans, habitués depuis dans siècles à parcourir le ciel, mais pour des bleuets comme les élèves de l'Assemblé des Étoiles, c'était une toute autre histoire.

    "- Tu stresses pas trop Nhyr ?

    - T'en fais pas pour moi Phyl, je me suis entraîné ces derniers jours. Mes ailes sont prêtes pour leur véritable premier vol !

    - Haha ! tu as l'air bien sûr de toi tout d'un coup. Tu crois vraiment que j'ai pas fait de même ?

    - ...! J'ai pas dit le contraire tu sais. Tu te sens prêt, toi ?

    - Évidemment ! Tu me prends pour qui ? Tu vas voir, je vais les impressionner moi, ces vieux schnocks !

    - Hé beh, tu t'améliores pas hein ? Toi et les vétérans, c'est une vraie guerre de position.

    - Une guerre de position !? Qu'est-ce que tu me sors ?

    - Haha, rien, rien. Laisse tomber.

    - ... T'es pas cool, mec. Si tu crois pouvoir me retourner le cerveau avant l'épreuve, tu peux toujours courir. Je vaincrais ! Foi de Phyl !

    - Tss... On verra ça à l'arrivée."

    Les jeunes étaient amassés en troupeau sur la place, dans un vacarme monstrueux que les anciens avaient bien du mal à étouffer. Cependant, quand l'heure des consignes arriva, un silence de mort s'abattit sur le groupe. Le même dragon qui avait fait cours à la classe quelques semaines avant s'avança. De sa voix cérémoniale, il fit face aux élèves pour leur donner des explications sur ce qui les attendaient.

     

    « - Aujourd'hui, vous allez faire votre premier baptême. Cet exercice a pour but de retirer l'appréhension que vous avez sur le fait de voler. En fait, la première étape du vol est le planage. Je vous demanderai donc de jeter un œil sur le bout de terre que vous voyez au loin.

    D'ici, sachant que vous aurez le vent de dos, vous glisserez aisément jusqu'à la berge. Ce n'est pas une compétition, mais un exercice. Il est donc recommandé de ne pas pas vous lancer à plus de cinq en même temps, et d'attendre que ceux devant vous aient pu atterrir en toute sécurité afin de vous lancer à vôtre tour.

    Si un incident venait à survenir, la séance de vol sera temporairement retardée. Aucun vol ne sera autorisé tant que l'un de vous se trouvera en difficulté. Si vous avez un problème, n'hésitez surtout à pas à le signaler. L'océan se trouve en-dessous de nous, donc si l'un de vous venait à chuter, nous aurions à vous repêcher immédiatement.

    Prévenez-nous impérativement s'il y a le moindre danger. Me suis-je bien fait comprendre ? »

     

    Ce même silence fut significatif. Tout le monde acquiesça sans prononcer un mot. Puis, le groupe vint se tasser au bord de l'îlot flottant pour se préparer à faire le grand saut. A l'annonce du départ, cinq individus s'élancèrent ensemble. Les adultes avaient beau avoir répété maintes fois que ce n'était en rien une course, les élèves confrontaient leur expérience à celle des autres. C'était vraiment à celui qui atterrirait le premier.

    De leur côté, Nhyr et Phyl s'étaient bien gardés d'aller devant. Ils ne voulaient passer que tout les deux, ensemble, entre bons amis. En attendant que la foule passe, ils échangeaient quelques mots encore un peu.

    "- Tu penses qu'on va réussir à ne passer qu'à deux ? J'ai comme un doute...

    - T'inquiètes pas Phyl, y'a juste le compte. Après tout, le groupe de vol d'aujourd'hui est composé de quarante-sept élèves, ce qui fait qu'en y allant cinq par cinq, il restera forcément un dernier groupe de deux à faire passer. Rassuré ?

    - Pff, arrête donc avec ton sourire d'enfant, ce n'est pas une blague Nhyr ! Tu sais très bien que je préfère qu'on y aille que tout les deux plutôt que de se risquer à passer avec les autres. Ils sont bien trop imprévisibles à mon goût...

    - ... Qu'est-ce que tu sous-entend exactement ? Moi, prévisible ? Tu crois ne pas l'être peut-être ? A ton avis, pourquoi ai-je fais en sorte de savoir exactement combien nous serions aujourd'hui ?

    - ... Haha, bien vu. Tu m'as eu sur ce coup-là. Bref, voyons comment s'en sortent les autres.

    - ... Pas la peine.

    - Hein ?

    - ... Ce n'est pas nécessaire. Tu sais mieux que moi qu'ils sont aussi peu doués que nous. Et puis, si l'un d'eux tombe à l'eau, on aura mieux à faire que de le regarder se faire sauver par un prof.

    - ... Si tu le dis, mais tu veux faire quoi dans ce cas ? Qu'as-tu encore derrière la tête Phyl...?

    - Je pensais que nous pourrions nous poser près des douves un moment... et discuter.

    - ...?

    - Viens. Et puis, on aura toujours un œil sur les autres comme ça."

    Ainsi, le duo se rendit près des douves. Les adultes étaient trop occuper à garder un œil sur le déroulement de l'exercice que sur le reste des élèves. Leur éloignement par rapport au reste passa donc inaperçu.

     

    Que Phyl pouvait-il bien avoir sur le cœur ? De quoi voulait-il parler ? Nhyr suivit son ami sans réponse à ces questions sur le moment. L'heure de l'épreuve approchait, mais il semblait préoccupé par autre chose. Quelque chose de plus important. Une fois les deux installés, Phyl se garda de parler un instant. Nhyr se décida donc à parler le premier.

    "- ... Alors, de quoi veux-tu me parler ? Quelque chose ne va pas ?

    - ...Nan, ce n'est pas ça. En soi tout va, mais j'aimerai te parler de quelque chose qui me pèse depuis un moment déjà.

    - ...?

    - ...De mes parents.

    - ...! C'est vrai que tu n'en as jamais fait mention jusqu'à maintenant. Je dois savoir quoi à leur sujet...?

    - ...Ils sont... ils sont... m-morts.

    - ... Oh, Phyl... je ne savais pas...

    - ...Enfin, je ne veux pas que tu t'en fasses à mon sujet. Pas à cause d'eux.

    - ...Alors quoi...?

    - ...Je veux que tu saches que... avant de te rencontrer, j'étais seul. Seul depuis un long moment. Tu es le premier "nouveau" de la classe depuis leur fin prématurée, et tu étais le seul à pouvoir devenir un ami.

    - ...Comment ça "le seul" ? Pourquoi ?

    - ...Les autres m'ont ignoré. Ils s'intéressent tous aux autres, eux et leurs grandes familles... Je suis le premier fils de ma "lignée", le premier "né" de ma famille en d'autres termes. Eux, ils sont tous la troisième, voire la quatrième génération de la leur... Ils me méprisent pour ce que je suis, et ils font pareils pour toi, mais... Tu ne le savais pas, pas vrai ?

    - Comment voulais-tu que je le sache ? Je ne les connais même pas !

    - ...Et c'est bien normal. Est-ce qu'il n'y en a eu juste qu'un pour oser te parler et faire connaissance quand je n'étais pas avec toi ?

    - ...Non. Mais je n'ai jamais été vraiment seul, tu sais.

    - ...!

    - Depuis que je suis ici, je suis toujours resté avec toi. Et avec ce que tu viens de me dire, je viens aussi de comprendre une chose... Si tu tenais à ce point à ce qu'on ne passe que tout les deux aujourd'hui, c'est parce que tu ne désires pas la présence des autres, et vice-versa. N'est-ce pas ?

    - ...Exact. Je veux que cette épreuve, on la relève ensemble. Comme des frères. Je veux que ce jour, tout comme celui de notre rencontre, reste à jamais gravé dans nos mémoires. Je veux que l'avenir nous permette de rester amis, de rester ensemble, comme le duo que nous formons maintenant... Nhyr, tu es ma seule famille à présent. J'espère pouvoir toujours te compter parmi les miens.

    - ...Phyl... si tu n'as plus de parents, où vis-tu ? Tu peux venir chez nous si tu veux !

    - ...Haha, tu n'as pas l'air de comprendre Nhyr.

    - ...?

    - Tout être est voué à disparaître. Tes parents iront rejoindre les miens un jour, et ce bien plus tôt que tu n'as l'air de le penser. Mais en attendant, je dors dans la planque dont je garde précieusement la clé. C'est comme la relique qui protège mon foyer si tu veux. Et cet endroit, tu y seras toujours le bienvenu.

    - Phyl... je peux te dire un truc...?

    - ...?

    - Tu as raison. Mes parents sont le produit de Noylan, alors que nous sommes le fruit de plusieurs êtres. Si tes parents sont morts, les miens s'en iront bientôt aussi. Je les vois tous les soirs, mais je ne fais jamais rien avec eux. J'ai presque l'impression de te connaître mieux que je ne les connais ! Alors je voulais te demander... Tu crois qu'ils l'ont voulu ainsi...?

    - ... Peut-être, qui sait ? Peut-être qu'ils voulaient que tu t'attaches à d'autres personnes pour ne pas que tu souffres de leur disparition future ? Pour ne pas que tu subisses la même chose que moi... T'éviter la solitude.

    - ...Oui. A présent, j'en suis convaincu. Phyl ! Nous devons oublier le passé, ne prend compte que du présent, et tournons-nous ensemble vers le futur. Notre futur !

    - ...Oui. Tu as raison Nhyr.

    - Viens, je pense que ça va être à nous. Profitons de ce premier vol, et faisons-en un souvenir commun à chérir, d'accord ?"

    Le dragon vert acquiesça à cette dernière remarque, poussé par un regain d'espoir. La mort de ses parents l'avait beaucoup affecté par le passé, mais devant l'enthousiasme de Nhyr face à leur amitié, il ne pouvait se résoudre à ne pas sourire. Cependant, il se demandait encore comment son ami pourrait réagir à la mort de ses propres parents. L'abandonnera-t-il quelque temps, ou choisira-t-il de rester avec lui ? Seul l'avenir a la réponse.

     

    En rejoignant le groupe, le duo se rendit compte que le dernier groupe de cinq s'apprêtait à entamer le départ. Soudain, ils s'élancèrent ensemble dans un cri de joie. Ils étaient aux anges, c'était clair. Nhyr s'arma d'assurance face à la distance plutôt raisonnable qu'ils avaient à parcourir au-dessus de l'eau. Trois cents mètres à franchir en plané pour descendre d'une quarantaine de mètres de hauteur était facilement faisable même pour lui et son jeune âge.

    Après tout, récemment, les dernières plumes de ses ailes avaient fini par pousser, ce qui fait qu'il ne serait pas pénalisé. Quant à Phyl, le fin duvet de ses ailes était parti pour laisser place à de splendides plumes vertes tirant vers le bleu sur les extrémités. Le temps de faire ce constat, le groupe précédent eut le temps d'atterrir sain et sauf sur la berge. Le duo attendit qu'il se décale un peu pour se lancer. C'était enfin l'heure.

     

    Prologue

     

    Nhyr et Phyl sautèrent dans les airs, les ailes déployées et les griffes en avant. Une seconde leur suffit pour se stabiliser et placer leurs pattes de la manière la plus confortable et stable possible pour planer. Nhyr essaya même quelques virages et battements d'ailes pour avoir la sensation concrète de maîtriser la chute. Phyl de son côté, profitait de la brise salée qui effleurait son visage. Le vent faisait frémir ses plumes sous le poids de la gravité, mais il maintenait une trajectoire volontairement droite.

    "- Tes virages t'amusent Nhyr ?

    - Tu trouves ça drôle toi, d'aller tout droit ?

    - Pas que ça me fasse rire, mais je me concentre sur la sensation de chute. Le vent qui me freine, mon poids qui m'attire à la terre, et la brise marine qui confuse mes sens... J'essaye de les maîtriser.

    - Perso, j'essaye d'avoir la sensation de gérer un minimum ma trajectoire. Je suis pas fan de la ligne droite. Mais rien ne t'empêche d'y aller "tout-schuss" si tu le voulais.

    - Mais je ne peux pas.

    - Et pourquoi ça ?

    - Parce que tu m'en empêches !! On la fait ensemble cette descente oui ou non ? Haha! si tu me dis que non, je t'étripe, gare à toi Nhyr !

    - Hé, mollo quand même! Haha!

    - Aller, viens te placer à côté de moi et ferme les yeux.

    - ...

    - Alors, qu'est-ce que tu ressens ?

    - ... Quelque chose d'étrange... Je me sens léger et inconscient, mais en même temps, j'ai la vague sensation de pouvoir ne rien faire, c'est comme si le temps était figé sans l'être... Je qualifierai même ça comme une sensation de... liberté.

    - Ouvre les yeux avant de voir cette liberté te passer sous le nez parce que t'as mal atterrit ! Regarde.

    - ...? Ha!"

    Nhyr freina en urgence à grand recours de battements d'ailes. Encore un peu et il fonçait sur les autres un peu plus loin. Phyl atterrit tout aussi précipitamment. Ils n'avaient pas idée de fermer les yeux en plein vol pour un premier essai. Suite à ce plutôt bon moment, ils rirent tous les deux un moment. Assez longtemps pour laisser les adultes rejoindre le groupe de jeunes. Le même, encore et toujours, se mit à les féliciter d'abord, puis à préciser les points à améliorer en passant par les qualités de quelques uns. Puis, il se mit à parler d'autre chose, de plus intriguant:

     

    « ... Néanmoins chers élèves, n'oubliez pas que ce n'est que la première étape pour devenir des gardiens de la paix. Rappelez-vous qu'ici, c'est à nous de faire la loi. Le Conseil prend les décisions, et quand vous serez assez grands, vous commencerez votre service dans l'escadron de la Terre des Aigles. Nous comptons sur vous pour nous remplacer quand nous ne serons plus en mesure de le faire. »

    - Attendez Monsieur, commenta un des élèves, on voudrait tous savoir... Qu'est-ce qui se passe entre notre domaine et les autres ?

    « Je vois que vous vous intéressez à des choses importantes. En fait, pour vous dire, nous sommes dans une situation pour le moins ambiguë. Notre conseil entretient une relation étroite avec l'Assemblé du Torrent. Cependant, il se trame quelques petites choses du côté de la Terre de Ombres. Cet endroit est le lieu où se retrouvent tous les êtres exilés pour faute grave de nos deux domaines. Mais il reste un lieu sur cette terre qui n'a pas de titre d'appartenance. Nous ne la revendiquons pas, nous autres venants des cieux et des océans. Mais ces autres êtres la réclament et risquent d'user de la force pour se l'approprier dans le cas où ils refuseraient notre verdict. Du fait qu'ils nous demandent notre aval, nous allons au devant d'un éclatement planétaire. Ceci va probablement nous mener à une guerre qualifiable de "mondiale". Hélas, les anciens ne peuvent combattre, ils sont fins stratèges mais affaiblis par l'âge. Vous serez donc nos forces armés dans ce combat pour rétablir la paix. Vous comprenez ? »

    - N'est-ce pas aux Dieux de s'occuper de ça ? Ils font quoi d'ailleurs !? s'insurgea un autre élève.

    « Les dieux demeurent sous la terre sur laquelle nous venons de poser pied. Je vous souhaite la bienvenue en Terre des Ombres les enfants. Si vous suivez ce sentier, vous arriverez au cœur d'un milieu hostile et inhospitalier pour des êtres comme vous et moi. Pour le moment, nous nous évertuons à vous enseigner notre savoir, et à vous entraîner physiquement pour le rôle qu'il vous a été assigné de part votre naissance. Vôtre devoir en tant que membres de notre belle contrée est de servir l'Assemblée des Sages aux noms de la Justice et de la Vérité. Les dieux ne suivent que leurs propres règles. Ils nous ont donné la possibilité de faire régner la paix par nous-même, alors nous devons l'appliquer. »

    - De quel droit vous choisissez si un territoire particulier appartient à untel ou un autre ? N'est-ce pas là un abus de pouvoir ? Pourquoi rechercher la conquête de territoire si leur premier est suffisant ? demanda Nhyr avec conviction.

    « ... Là est la raison, mon cher. La Terre des Ombres accueille tous les êtres déchus, bannis, et rejetés par nos sociétés. Ils sont plus du double de nous sur notre domaine, ce qui est considérable pour une terre aussi petite que la leur. Il serait donc logique de la leur léguer sans objections, cependant... Il réside sur la terre convoitée un environnement et des espèces uniques qui ont elles aussi droit à vivre sur le lieu qu'ils ont élu pour domicile. Ce serait sacrifier la beauté de la nature pour satisfaire les mécréants que nous avons rejetés. De même que pour vous, la naissance est importante... les lignés provenant d'êtres déchus ne valent pas mieux que leurs parents. Ils ne peuvent être des nôtres à présent, un point c'est tout. Il est donc inconcevable que nous puissions leur accorder la moindre de nos terres. Ce serait contraire à nos lois ! »

    - Tss... vos lois hein...? Celles établies par l'Assemblée et le Conseil...? On croit rêver... Monsieur, d'après vous, qui a raison ? Vous, et vos bannissements à vie et sans préavis ? Ou nous, qui sommes prêt à partager ? Je ne sais pas ce qui vous passe par la tête, vous, les anciens, mais je peux affirmer que vos cœurs sont fermés.

    « Il suffit ! Phyl, comment oses-tu me faire un tel affront ?! Ce n'est pas moi qui prend les décisions ici, ce ne sont que les membres du Conseil des Sages. L'Assemblée du Torrent accepte ou rejette leur jugement, et toutes les lois en vigueur ont été validés. Tu ne peux pas te révolter contre le jugement des anciens, tu es bien trop jeune pour comprendre nos raisons, et vous l'êtes tous d'ailleurs. Alors prenez votre mal en patience, et vous aurez vos réponses dans quelques années. »

    - Non !! Il n'est plus question d'attendre, nous devons agir ! Désirez-vous sincèrement voir une guerre éclater à cause de vos bêtises !? S'il vous plaît, je me refuse à laisser des êtres souffrir par votre faute. Ils ne le méritent pas.

    « ... Tu es Nhyr, c'est cela ? Tu es un brave petit. Mais tu es ignorant. Ils méritent ce qui leur arrive car ils ont été chassés pour leurs actes. S'ils sont là-bas, c'est qu'ils ont fait en sorte de s'y retrouver d'une manière ou d'une autre. Ce jugement est irréversible et inaliénable. Il est trop tard pour agir, Nhyr. »

    - C'est là que vous avez tord ! s'exclama Phyl, vous savez qu'il est encore temps ! J'ai d'ailleurs une idée. Cette terre convoitée, laissez-nous l'étudier. Si nous prétextons des recherches sur la faune et la flore, nous pourrions gagner un peu de temps, ne pensez-vous pas ?

    « Phyl... Phyl... Phyl... Tu ne changeras donc jamais ? têtu comme au premier jour. Mais tu as finalement peut-être raison sur un point. Nous pourrions prétendre à des investigations, mais il faudra d'abord que je suggère la chose aux membres du Conseil afin qu'ils en débattent, et s'ils acceptent, vous ne serez que vous deux à y aller ! Vous me faîtes perdre mon temps tout les deux. Phyl, tu as une mauvaise influence sur ce petit Nhyr... il se met à se révolter à son tour. Tu crois que je n'ai pas remarqué votre petit jeu ? Si vous échouez dans la tâche que vous vous êtes vous même infligés, vous irez rejoindre les déchus et vivrez leur peine avec eux. Il y a un temps pour tout. Un temps pour faire des erreurs, et un temps pour les réparer. C'est votre chance de vous rattraper, mais aussi l'occasion de vivre l'Enfer selon vos compétences à venir. M'entendez-vous bien là-dessus ? »

    - Je vous sommes de soumettre ma requête au Conseil au plus vite, Monsieur. Je vais vous faire ravaler vos menaces, et changer l'amertume à mon égard en admiration. Je deviendrai un héros ! Et à nous deux, Nhyr et moi-même, nous sauverons ceux que vous avez si lâchement abandonné ! Pas vrai Nhyr !?

    - ...Tu es sûr de toi, Phyl...?

    - ...Ce n'est plus le moment de douter. L'heure de vérité approche, et je vous démontrerai votre incompétence ! Un duo contre le reste du monde. Vous vous en mordrez tous les doigts, et vous excuserez de votre lâcheté à leur égard, ainsi que de votre jugement biaisé. Alors partez donc ! Plus tôt le Conseil aura accepté ma requête, et plus tôt vous serez débarrassés de nous. A présent Nhyr, viens. Nous n'avons plus rien à faire ici.

    « Attendez !! »

     

    Ce fut le dernier mot qu'il adressa au duo avant un long moment. Malgré cet appel, le dragon ne se lança pas à leur poursuite. Peut-être pensait-il qu'ils reviendraient d'eux-même ? Peut-être pensait-il pouvoir ne jamais les revoir ? Personne ne pouvait prétendre savoir ce qu'il se tramait dans la tête de l'ancien. Néanmoins, Nhyr pouvait affirmer qu'il allait défendre une cause noble et juste avec son ami.

    Sur qui allaient-ils tomber en s'aventurant sur la Terre des Ombres ? Et seront-ils assez conciliant pour leur céder l'accès au territoire qu'ils revendiquent ? Tout ce qu'il pensait à ce moment-là ne se résumait qu'à la seule pensée de Phyl. Aujourd'hui, il avait fait son premier coup d'éclat depuis l'arrivé de Nhyr, et il lui dévoilait peu à peu qui il est vraiment. Leur nouvel objectif les conduira-t-ils vers un avenir serein ou entaché d'un conflit sanglant ?


  • Commentaires

    1
    Samedi 17 Mars à 13:57

    Cette entité sera nommée "Unlucky".

    Tu me rappelles que je devrais p’être continuer mon histoire un jouuur... x,)

    Niveau des fautes :

    « - Disons que ça fait quelque temps que je suis ici en fait. Tu t'appelles comment ? »

    Manque un –s je crois

    "