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       Les Théokosmoechthés

     

       C'était il y a fort longtemps, ou peut-être hier dans une verdoyante forêt d'Europe perdue entre la France, la Suisse et l'Allemagne. Il ne résidait dans ses bois, depuis maintenant bien des siècles, qu'un petit groupe d'une centaine d'individus, qui prospéraient ici avec les moyens que leur fournissait la nature. Ce village caché au cœur de cette végétation abondante était habité par les Théokosmoechthés*, plus simplement nommés les Koschthés*. Jamais jusqu'à maintenant, ce groupe d'individu n'avait été découvert, ou même aperçu par qui que ce soit, échappant ainsi à l'asservissement, la domination, ou l'influence des technologies développées par les autres êtres qui peuplaient les environs. Toute leur vie n'était basée que sur la recommandation de Kirin*, l'oracle du village, suite à l'une de ses divinations:"Observe, apprend, cherche, trouve la connaissance, et garde-toi de la détruire."; tous suivaient ces paroles divines pour être menés vers la raison qui guidait leurs vies. Ainsi, toutes leurs coutumes ancestrales, leurs méthodes artisanales, tout cela se poursuivait au fil des siècles et se transmettait d'une génération à une autre dans l'échange de leur savoir-faire sans pareille. Ces êtres guidés sur la voie donnée par Meridieirin selon l'Eirinisme*, se contentaient de quelques bêtes de sommes élevés avec amour, d'une agriculture modeste mais respectable, d'une chasse contrôlée et rare, et d'un commerce sans argent pour vivre en harmonie avec leur environnement et avec eux-même.

    Au sein du village se trouvaient quelques moutons et vaches pour la laine, la viande, le lait ; des chiens pour la compagnie et la sécurité des bêtes de jour comme de nuit ; et des oiseaux sauvages recueillis et élevés pour s'en servir comme compagnon de route pendant les expéditions, d'éclaireur pour les patrouilles, et de messager pour les échanges épistolaires. Tous ces animaux acceptaient volontiers la présence de ces hommes avec eux, et préféraient rester ici-même plutôt que de se risquer à une vie bien plus inhospitalière maintenant qu'ils avaient trouvé des gens qui les aimaient, les protégeaient et apportaient à chacun d'eux une attention toute particulière. D'un autre côté, autour du village se trouvait ce qui s'apparentait à des espaces aménagés pour accueillir des arbustes à baies, des plantations de céréales, en plus d'une partie purement naturelle de la végétation dans un ensemble qui laissait le doute quant à la nature artificielle de cet endroit. En ceinturant le village dans un cercle végétal, des dizaines d'arbres encadraient les frêles maisons de bois. Ces majestueux végétaux devaient bien avoir une centaine d'années, et laissaient supposer que c'était l’œuvre des villageois... après tout, ils devaient bien s'être servi de bois pour construire leurs maisons. Le plus étrange était encore qu'aucune barrière comme nous en avons vue dans notre vie n'était présente: les animaux en bonne santé déambulaient librement entre les bâtisses, tandis que les autres, soit plus jeunes, soit fraîchement recueillis, soit plus affaiblis, se retrouvaient aux petits soins dans la maison du chef du village. Il était même rarissime que les bêtes soient abattues. De même, jamais nous n'avons vu revenir une expédition partie en chasse revenir avec plus de deux bêtes... c'était à se demander si la forêt était vraiment peuplée d'animaux sauvages ! Mais vu le nombre croissant d'animaux recueillis, il était clair qu'ils ne chassaient que selon leurs besoins.

    Plus étrange encore, les ressources vitales et les tâches à effectuer étaient équitablement réparties parmi tous les membres du groupe, tandis qu'il existait en parallèle un marché au fonctionnement particulier: quelques objets confectionnés tels que les cordes, ou bien des objets plutôt décoratifs se voyaient échangés contre d'autres objets, et non contre de l'argent. Nous avions beau leur en proposer, cela semblait n'avoir aucune valeur à leurs yeux. Le produit de ces échanges était toujours plus de nouvelles choses, et de nouveaux objets plus ambitieux encore, mais qui semblaient avoir une utilité... autre que décorative, évidement. Le bois semblait au cœur de toutes leurs constructions: les maisons, les uniformes qui s'apparentaient à des "armures", les ornements au-dessus des maisons, et même leurs ingénieux mécanismes... tout était de bois ou de plantes. Où que nous jetions un œil, nous ne voyions que déviation de végétaux en tout genre. En regardant d'un peu plus près leurs activités, nous retrouvions plusieurs catégories de celles qui sont des métiers chez nous, mais là encore, organisées d'une manière bien différente.

    Pour faire simple, une famille était assignée à un corps de métier pendant l'équivalent d'une semaine, et cela tournait entre toutes les familles du village - à la seule exception de la maison du chef. En effet, c'était le chef du village qui s'occupait de l'organisation, sa fille était l'oracle et était destinée aux conversations avec le Divin, tandis que les autres membres ne se préoccupaient que du bien-être de leurs petits protégés.

    Ainsi, une famille normale devait s'occuper d'un ensemble de métiers que nous nous efforcions de distinguer dans notre société moderne, comme par exemple, s'occuper des bêtes. La famille, en une journée, faisait la traite des vaches et des moutons, récupéraient la laine de ces derniers, et entassait le tout en début de semaine, en plus de leur fournir paille au bétail et de passer en revu les bêtes matins et soirs pour s'assurer qu'aucunes ne s'est blessée dans la journée ou dans la nuit. Puis, avec la laine obtenue, la famille faisait les cordages, et assemblait ces même cordes à d'autres éléments, pour ensuite les échanger à ceux qui désiraient cette création à la base, pour obtenir de nouveau matériaux et ainsi de suite. Seul l'hiver ralentissait cette entreprise, car il était hors de question de laisser les moutons mourir de froid par manque de laine.

    Pour la famille chargée des récoltes, rien de plus simple... ils devaient juste s'occuper des plantes toute une semaine, et quand les fruits devenaient mûrs, les récolter et les conserver dans un cabanon de bois qui servait d'entrepôt. Venu la saison des semences, elle devait planter les graines à un autre endroit que là où se sont faites les dernières récoltes. Aussi, à l'automne, une partie des membres de la famille se devait de récupérer des feuilles fraîchement tombées des arbres et de les placer là où le récoltes précédentes avaient lieu pour rendre à la terre sa fertilité initiale.

    Une autre famille, elle, s'occupait de patrouiller soit de jour, soit de nuit, et en alternant qui y allait, de manière à garder un œil constant sur la forêt, et les possibles gêneurs qui s'approcheraient trop de Fysikai-Anakalypsi*, leur village donc. Ils étaient toujours accompagnés par des oiseaux, et quand quelque chose se préparait, il n'était pas rare de voir des oiseaux, des bouts de papiers accrochés à leur patte droite, faire des allers-retours en emmenant d'autres membres dans leur danse, et quelques chiens en prime. C'était le signe que quelque chose n'allait pas, et il n'était pas rare d'en entendre parler dans les heures qui suivaient. C'était la sécurité du coin, et ils venaient régulièrement avec des animaux blessés, ou avec des objets trouvés qui n'étaient pas étrangers à mon petit groupe et moi-même, contrairement aux villageois qui semblaient renier complètement les possesseurs de ces objets qui nous étaient si communs.

    Une autre s'occupait de surveiller les enfants, et de les rassembler plusieurs fois par jour pour leur apprendre tout ce que j'ai dû moi-même apprendre à leur contact. En soi, le matin, les enfants étaient presque tous dehors avec le lever du soleil. Certains en profitaient pour s'isoler à trois ou quatre pour discuter, rigoler, passer le temps... tandis que d'autres préféraient soit dormir au chaud chez eux, soit se rendre à la bibliothèque du village - une maison de taille modeste, mais qui contenait un gigantesque savoir dans ses ouvrages - puis ressortaient pour lire et apprendre par eux-même. Ceux d'un âge un peu plus avancés, donc à peu près dix ans, avaient le choix entre continuer à flâner et apprendre par eux-même, ou travailler comme leur ainés. En soi, c'était assez étrange car la totalité des enfants de quinze ans et plus s'étaient tous résignés à effectuer le travail de leurs ainés, et semblaient s'épanouir dans leur tâche quotidienne.

    Plus tard dans la journée, les enfants qui n'avaient pas choisi d'aider leur famille se retrouvaient ensemble pour écouter un cours sur un sujet abordé les jours d'avant, ou entamaient un nouveau sujet dans un échange enrichissant et intriguant. Nous nous sommes parfois pris à poser quelques questions, et c'étaient ces élèves qui nous répondaient avec tant de candeur dans leur voix. Aucun de nous n'en revenions vraiment. Nous avons également pu nous joindre à une session d'apprentissage "sur-le-terrain" avec un demi-groupe. Dans ce type d'expéditions, les "éducateurs" faisaient découvrir sur des sujets réels des points importants pour leur apprendre le respect de la nature. C'était impressionnant de voir quelle passion ils mettaient tous à l'ouvrage pour transmettre leurs valeurs aux plus jeunes.

    Ils subissaient également une forme d'éducation religieuse, et même si je suis moi-même athée, j'ai remis mes convictions en questions lors des quelques interventions de Kirin auxquelles j'ai eu la chance d'assister. Cette atmosphère qui nous englobait, ce souffle de vent qui nous traversait et cette aura de fumée qui nous apparaissait, tout cela était si réel...

     

       Je suis resté avec mon équipe l'équivalent d'une année dans ce village. Au début, ils semblaient méfiants, mais nous acceptèrent finalement à bras ouverts après une petite dizaine de minutes. Après un moment, le chef du village nous fit faire un tour des maisons, et nous en avions pris plein la vue. A aucun moment dans ma vie entière je n'aurai pensé voir ce genre de petit coin tranquille habité par des gens comme eux. Ils étaient dès le départ ouvert à la conversation, et c'est ainsi que je pus en apprendre tant sur eux. Bien sûr, il était évident qu'ils ne devaient pas parler notre langue mais... à ma grande surprise, ils parlaient français ! Mais pas que... et je compris rapidement pourquoi en jetant un œil à leur bibliothèque: ils avaient là une étagère entière sur les langues anciennes, et une par langue qu'ils pratiquaient, comme l'allemand, le français, l'anglais, et le suisse... mais ça ne s'arrêtait pas là ! Tout le reste des livres étaient consacré au Moech*, leur dialecte, dans lesquels nous retrouvions des bouquins de grammaire, d'autres sur l'agriculture, d'autres sur la médecine par les plantes, et bien d'autres encore dont une majorité sur la gigantesque quantité de mythes et légendes qui fondent aujourd'hui leurs mœurs. J'étais soufflé. Et quand j'appris que tous ces livres avaient été entièrement manuscrits de génération en génération par les seuls chefs du village qui ont du défiler nombreux, je n'y croyais plus. Tout ça établit sur des siècles ?! ...c'était pourtant la vérité.

    Les jours passaient, et je m'attelais à les observer. Tous les jours, je prenais des notes sur une chose, tandis que les autres membres de mon groupe faisait de même sur ce qu'ils voulaient. Au final, je n'eus même pas besoin de recourir à leurs notes pour apprécier la variété et le vent de fraîcheur qu'offrait ce village. Un an à leur côté, ça m'a changé. C'était une expérience qui m'a fait réfléchir sur le "bien" de ma propre société sur ma vie... et je vais faire comme les villageois ici: rares sont les enfants qui, une fois adulte, quittent le village pour tenter d'expérimenter mon monde. Ils ne sont pas fous ! Je sais, à présent, que je vais rester avec eux.

    Mon groupe, s'il le veut, peut partir sans moi, je ne les retiens pas. J'ai été charmé, et je refuse de retourner dans un monde aussi aliéné que le mien par à peu près tout en fait.C'est juste que... vivre dans des cabanons de bois, communiquer avec les oiseaux, adopter et recueillir des animaux sauvages sans les mettre sous la contrainte, survivre par les moyens les plus simples, étudier ce que nous avons sous nos yeux, et se sentir en communion avec notre Terre Mère n'est rien de plus facile quand nous subissons tous les jours les aléas de la nature et ses changements parfois imprévisibles. Comment pourrions-nous prétendre de nos jours avoir tout expérimenté, alors que nous en oublions nos origines ? Les Koschthés, eux, y sont très attachés, et à présent, je comprends pourquoi.

    Eux ont aussi une famille, un travail, une culture de vie, et même des hobbies qui les guident vers le Bien, et qui les poussent à aider, échanger, partager, vivre en paix, et profiter de cette liberté pour expérimenter. Ils se donnent les moyens de réussir ce qu'ils entreprennent, et ils arrivent à leur but en conservant leurs racines en têtes. Voilà leur quotidien, voilà leur vie, et voilà à présent la mienne, car que sommes-nous vraiment si nous ne savons pas où nous allons, et d'où nous venons vraiment ? C'est pour toutes ces raisons, que je vous dis adieu mes chers compagnons, je ne vous oublierai pas.

     

    Rapport de Mission n°326, rédigé par l'agent_-_-_

    Nom de code: l'Aigle Noir

    Date: 14/01/18

     

    Réception du Rapport : le 05/03/18, par le Directeur du Congrès.

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    ( Il semblerait que le reste de la page ait été arrachée... )

     


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    Chapitre 1 :

    Partie 3: Un combat mené dans l'ombre 

     

    Bien avant les évènements qui frappèrent Drania d'un vent de panique imminente, un jeune homme venait d'envoyer sa protégée loin de lui. Il se retrouvait là, dans le salon d'une maison appartenant à quelqu'un qu'il n'avait que trop bien connu. Encore un peu perdu, il regardait le portail qu'il avait ouvert devant lui. "Ai-je fait le bon choix...?"; Il soupira. Un petit compagnon vert le sortit de ses pensées à faible coup de "Vipélierre...". Un jeune renard vint les rejoindre, et bientôt, un sourire mélancolique apparut sur le visage du jeune homme. Dans une pièce à côté, d'autres compagnons de Vay se reposaient. Ils avaient accompagné leur ami la nuit d'avant, et certains avaient un peu de mal à se remettre du convoi. Le jeune homme vêtu de noir s'en alla les voir pour leur demander:"- Pardonnez-moi d'interrompre votre sommeil, mais est-ce que ça dit à quelques uns d'entre vous de venir avec moi pour aller au congrès ?"; Sans plus attendre, un jeune Voltali sortit de son sommeil, et se leva d'un bond, prêt à accompagner Vay à la réunion tant attendue par les membres de l'assemblée. Vay referma la brèche qu'il avait ouverte pour la jeune fille, et en ouvrit une qui menait ailleurs. En l'empruntant, il pensa:"... Je ne sais pas encore si c'était une bonne idée, mais seul l'avenir nous le dira... J'espère que tout ira bien pour toi... Et toi D.Univers, j'espère que tu ne m'as pas fait faire ça pour rien. Tu es prévenu. Je ne pardonnerai pas son sacrifice.";

    Avec Nayru et Vipélierre, je m'engouffre dans le portail. Bientôt, j'arrive dans cette salle que j'ai l'impression de ne jamais quitter... Dans un décor toujours aussi obscur, je me dirigeai à présent vers la salle de réunion. Là se trouvait déjà Philias, Xélios et D.Univers. Quelques invités surprises s'étaient - semble-t-il - incrustés à la réunion. J'espère que je serai à la hauteur... M'avançant sur l'estrade, je faisais à présent face aux quelques membres présents. Mes deux camarades sont partis s'installer dans le public, tandis que les autres attendent encore le silence pour commencer. Bien, il est temps. Je m'avance, et prends la parole:"- Je vous remercie d'être venu. Ce matin, nous allons aborder un point important dans la suite des évènements. Comme vous le savez tous, j'ai réussi à retrouver l'élue originelle de Draniolon. Je l'ai envoyé ce matin-même pour qu'on la prépare à l'épreuve. Maintenant, il faut finir les préparatifs quant à la mise en place du protocole six verset trente-deux du règlement. Des questions...?"; Je ressentais l'appréhension me gagner en voyant D.Univers parler à son tour.

    "- Comment t'y es-tu pris pour la convaincre...? J'ai encore du mal à croire qu'une fille aussi bornée qu'elle ait accepté aussi facilement son sort..." ajouta-t-il de sa voix caverneuse.

    "- C'est bien parce que tu ne la connais pas !! Si tu la voyais tous les jours, tu aurais su qu'elle n'a rien à voir avec les anomalies de la nature qui ont servi d'élues à ce traitre." s'insurgea Philias. Je n'arrive pas à le supporter, lui et son égocentrisme. Dire que je suis obligé de jouer sur le même terrain que lui...

    "- Elle m'a fait confiance, et je l'en remercie." dis-je calmement, en lança un regard lourd de sens à ce Philias. Si seulement il pouvait se taire...

    "- Oh, l'autre hé ! La confiance... Tss, tu t'entends parler mon pauv' vieux ? Tu me ferais presque pitié... C'est pas plutôt parce que tu l'as séquestrée, et le fais de lui avoir proposé une option de fuite l'a rendue docile sur le champ ?" continua-t-il dans sa bêtise. Évidemment, il fallait qu'il me cherche...

    "- Je ne sais pas ce que tu me reproches, mais sache néanmoins que pour moi, tu n'as pas ta place ici, alors estime-toi heureux d'avoir encore ta bonne étoile avec toi. Compris ?" répliquai-je froidement. J'ose espérer qu'il a compris le message cette fois.

    "- Il suffit vous-deux. Là n'est pas le sujet. Vay, peux-tu me faire un petit récapitulatif de l'état actuel des choses ? Avec toutes les nouvelles mesures, il devient compliqué de s'y retrouver..." reprit D.Univers un peu plus sérieusement.

    "- Tout de suite."; Je pris un instant pour relire mes notes, et répondis au dragon noir avec application. "Globalement, la situation n'est pas encore critique. Draniolon a l'air de se tenir tranquille, mais nous ne savons pas encore combien de temps cela va durer. Ensuite, Adsis recouvrira bientôt ses pouvoirs. De leur côté, l'Alliance patrouille en quête de dangers potentiels, même s'ils ne trouvent rien. Du côté de Dréleste, leurs recherches avancent, et toucheront bientôt au but selon les dires de Phylasis. Je te laisserai voir l'avancée du reste de leurs études directement avec Dréleste. Pour toi, D.Univers, à part les quelques changements de grades à prévoir pour certains - je jette un œil mauvais à Philias avant de retourner sur mes feuilles -, tout est stable."; Je marque une pose. Et l'autre en profite pour y glisser un commentaire de son cru...

    "- Tout va bien dans le meilleur des mondes on dirait ! L'autre brute des enfers va pouvoir recommencer ses manipulations dans le plus grand des secrets, et tout ça, pour notre plus grand plaisir ! N'est-ce pas merveilleux ?" ironisa-t-il. Je ne relève pas.

    "- ... De plus, nous savons que les récoltes sont bonnes, et tous les villages se portent bien. Aucun litige n'est à déplorer depuis des mois, ce qui nous laisse à penser que nous n'aurons bientôt plus de temps à leur consacrer au rythme où vont les choses... Néanmoins, nous espérons qu'aucun incident n'aura lieu d'ici la fin de notre temps de répit. D'ailleurs, nous avons préféré organiser des épreuves au sein des villages. Les plus qualifiés dans des épreuves spécifiques seront envoyés vers Draniolon dans l'espoir de le faire patienter." poursuivis-je.

    "- Et, n'as-tu pas peur qu'il s'agace, ou trouve cela suspect ?" demanda D.Univers, suspicieux.

    "- En effet, c'est le risque, mais ça nous laissera les mois dont nous avons besoin pour initier l'originelle."; J'avais du mal à qualifier cette fille ainsi, mais nous n'avions pas le droit de nommer les élus par leurs vrais noms. Sachant que pour l'instant, elle n'a pas encore de surnom à proprement parlé... Celui d'Ethelle était le nom attribué à ses clones, nous ne pouvions décemment pas lui donner ce même nom. Ce serait prétendre qu'elles lui étaient égales.

    "- Ha, c'est vrai... Cette règle qui interdit de nommer les élus par leur nom... Pourquoi cette règle est en vigueur déjà ?" intervint Philias. A force de penser, j'en avais presque oublié qu'il était encore là.

    "- Avez-vous oublié qu'il s'agit avant tout d'une sécurité ? Nous devons conserver le secret, car vous savez pourtant mieux que quiconque que les élus sont reniés par les habitants... D'autant que tu n'as pas tout dit, Vay. Il s'en sort Oggas avec sa formation ?" demanda Xélios, qui était resté à l'écart du débat jusqu'à maintenant.

    "- En effet, on ne m'a pas laissé le temps d'aborder le sujet. Donc, pour le coup, Oggas et... l'Autre sont tous les deux en formation. Mais là où Elle doit tout réapprendre de A à Z, ce n'est qu'un contrôle de routine pour Oggas. Pour faire court, il a déjà réintégré la famille du chef du village près du Bois Dakalis, et subira leur routine pendant encore quelques mois. Il doit être capable de s'adapter à deux modes de vies différents selon un temps déterminé, comme nous le devons tous en tant qu'élus." argumentai-je. Toutes ces coutumes ont pour but de nous rendre plus souple à ce qu'il pourrait nous arriver. J'en ai conscience...

    "- Au fait, quand est-ce que tu vas te faire une excursion sociale, Vay !? Ça te ferai du bien d'arrêter de tout gérer comme ça, haha!!"; A chaque fois qu'il l'ouvre, j'ai envie de le faire taire. Je sais qu'il me charrie, mais plus ça va, et moins j'arrive à contenir mon agacement. Il est lassant.

    "- Tu sais très bien que je ne peux pas ! Tant que Noloy n'est pas là, c'est à moi de prendre les directives avec D.Univers. Ça a toujours été comme ça, et tu le sais mieux que personne !"; Ça y est, je m'emporte... mais je l'attends au tournant. Une seule autre remarque et je le fais sortir. "Maintenant, si tu le permets, nous avons bien mieux à faire que de répondre à toutes tes interventions inutiles.";

    "- ... Compris, je me tais." dit-il d'un air blasé. Enfin tranquilles...

    "- Néanmoins, Philias soulève un bon point. Cela fait un moment que tu n'as plus fais ce genre de missions. Ne penses-tu pas qu'il serait préférable de prévoir une session de ce type dans les jours à venir pour Vay, D.Univers ?" insista Xélios. Lui qui d'habitude va dans mon sens, cette fois, il contre un peu mes plans...

    "- Ce serait une bonne idée, je trouve aussi. Serais-tu d'accord avec ça Vay ?" demanda naïvement le dragon noir, comme pour confirmer mon accord assuré avec cette décision... Mais je n'étais pas de cet avis.

    "- Je regrette, mais j'ai déjà une grosse mission de prévue dans quelques mois, et vous savez très bien que je ne peux pas partir dans ce type de mission si Nola n'est pas réveillé. Qui protégerait les orbes si nous sommes en sous-effectifs ? Non. Je suis navré, mais je maintiens mes plans." finis-je, déterminé à faire entendre mes envies.

    "- Tu sais, si ce n'est qu'une histoire de missions, nous pouvons toujours déléguer celle-ci une fois Noloy avec nous. Et puis, c'est pas comme si nous avions trois cent choses à gérer en même temps. D'autant que ça ne te ferait pas de mal de sociabiliser avec les villageois. Tu passes ta vie plongé dans le travail ! Prend l'air !" insista encore un peu plus Philias. Juste parce que je vois que lui seul tient particulièrement à me voir temporairement quitter mon poste, je préfère encore continuer les négociations.

    "- Hm... Je conçois que vous préfèreriez que je sois prêt à tout, mais je vous l'ai dit, je n'ai pas le choix. Par contre, je peux vous accorder une condition pour un potentiel assouplissement d'emploi du temps." hasardais-je. Ils sont suspendus à mes lèvres. Xélios acquiesce comme pour me dire de poursuivre. Je reprends donc... "La condition est simple. Je laisse ma mission à qui veut la prendre seulement un mois après le réveil de Nola, et je veux que le délai maximum de cette incursion soit de trois mois, et pas un de plus, de manière à ce que je puisse reprendre le cour normal de ma mission là où mon remplaçant me l'a avancée. Est-ce clair ?"; Tout le monde acquiesce avec plus ou moins d'enthousiasme à l'annonce de ce compromis. Seul ce fourbe de Philias se réjouit d'avance de prendre ma place. Il a eu ce qu'il voulait, et je me suis fait avoir... Mais s'il ne fait pas son boulot correctement, il sait à quoi s'attendre.

    "- Alors c'est entendu. D'autres remarques ?" finit D.Univers. Personne ne semblait vouloir ajouter quoi que ce soit, et je me résignai à conclure la réunion.

    "- Très bien. Alors c'est ainsi que je déclare la réunion... terminée. Vous êtes tous conviés à retourner vous occuper des affaires en cours. Et rendez-vous dans deux mois pour le prochain congrès. Je compte sur vous pour être présents." concluais-je finalement. Il était temps que je sorte de là...

    Pendant mon départ de la salle, Voltali et Vipélierre vinrent me rejoindre, et me regardaient avec inquiétude. Ils savaient ce que je ressentais, et que j'avais notamment eu l'impression d'avoir foiré mon coup... Mais je ne devais pas montrer mes impressions personnelles aux autres, j'en connais un qui ne m'aurait pas loupé sinon... Satané Philias... il ne perd rien pour attendre celui-là. Mais il peut s'estimer heureux. Je ne suis pas aussi cruel que lui, moi, au moins. Mais j'ai un peu peur de ce qu'il pourrait faire à Célia. Après tout, s'il commence à l'embrouiller avec ses délires et histoires abracadabrantesques, Elle ne saura plus qui croire... Hm... Qu'est-ce que j'ai fait...? Ai-je encore une chance de rattraper mon erreur...? ... Soudain, je sentis quelque chose se poser sur mon épaule. Les serres de l'animal étaient suffisamment enfoncées dans mon épaule pour permettre à l'oiseau de proie de tenir sans pour autant me faire mal. Quand je réalise enfin de qui il s'agissait, je ne pus m'empêcher de m'étonner:"Ho ! Tiens, Eagle ! Je ne m'attendais pas à te revoir avant un moment toi. Comment vas-tu ?"; L'aigle partiellement couvert de glace frotta sa tête froide contre ma joue en guise de réponse. Il était content de me revoir apparemment, et je n'étais pas le seul sous le choc de sa venue. Vipélierre salua chaleureusement le volatile. Nayru, quand à lui, ne connaissait pas Eagle. Après tout, cela faisait déjà des années qu'il était parti en tant que sujet d'étude avec Dréleste, Nayru nous ne nous a rejoins qu'entre-temps. Ça me fait penser que je devrai peut-être m'intéresser d'un peu plus près à l'avancée de leurs recherches. Peut-être que leur travail pourrait s'avérer utile ?

    Les jours passaient, mais je n'avais pas pu trouver le temps d'aller jeter un œil aux recherches de Dréleste avant bien deux semaines. Entre la paperasse, les expéditions, et les rapports de missions, je n'ai pas eu un seul instant à m'accorder. Aujourd'hui, j'avais prévu bien trois heures pour me rendre au domaine de Dréleste, et enfin savoir ce qu'il trafique avec ses chercheurs depuis tout ce temps. Emmenant avec moi le jeune renard et l'un des oiseaux de la maison, je m'en allais retrouver Eagle dans une salle d'étude. Tout ceci m'impressionnait. Même si le domaine de D.Univers et de Dréleste se situait dans un même lieu géographiquement parlant, j'étais dépaysé. Je trouvais surprenant de voir des salles si lumineuses alors que nous devions bien nous trouver à cent mètres sous la surface du sol ! Xélios était là lui aussi, et m'accueillit chaleureusement, comme à son habitude. Dréleste nous rejoignit vite, quittant temporairement son poste de superviseur, pour nous dévoiler les salles où ses sous-fifres menaient les recherches, avant de nous emmener dans une salle un peu plus au calme pour nous expliquer tout cela en détail. Cette fois, c'est moi qui prit place dans le public, et c'était le dragon vert qui menait la séance. Tout en reprenant les cas spécifiques étudiés dans les salles, il avait prit soin d'amener directement un spécimen pour démontrer ses recherches. Il lança donc dans ses explications.

    "- Comme vous pourrez le constater par vous même, le spécimen étudié ici présent a hérité de capacités particulières. Eagle, ou cas d'étude n°4, a en sa possession des pouvoirs qui se rapprochent de ceux de Draniolon. Ainsi, nous avons émis l'hypothèse que cet oiseau, selon une technique particulière, pourrait lui aussi fusionner avec l'élue de celui-ci. De cette manière, nous avons recherché tous les moyens possibles pour faire de cette hypothèse une réalité. A l'aide d'autres spécimens associés à d'autres dragons, et de spécimens témoins, nous avons conclu qu'à cent pourcent, notre solution fonctionnait sur les individus compatibles ! Néanmoins, nous n'avons pu tester ce moyen que sur un nombre limité de spécimens, par souci d'éthique. Et donc, nous ne savons pas s'il est sans risque pour le spécimen et l'élu en question de subir une fusion inadaptée."; Dréleste s'interrompit un instant. Il regarda le public avec intérêt, et essaya de voir si nous avions bien suivit.

    "- Cela ne nous dit pas comment vous vous y prenez pour arriver à cette fusion. Pouvez-vous expliquer le processus ?" demandais-je, intrigué. Je savais que l'on pouvait considérer comme inconcevable ce genre d'investigations, mais si nous ne trouvions pas un moyen efficace de contrer Draniolon rapidement, nous serions démunis face la menace, et ce serait la fin. Nous n'avions pas le choix.

    "- Et bien, le principe est assez simple. Tout d'abord, nous avons conçu à partir de roche provenant de l'antre de Nola des petits pendentifs à l'effigie de l'animal qui y sera ensuite contenu. Pour faire court, cette pierre a la particularité de retenir l'essence même de l'individu contenu, et permet ainsi, de part une volonté commune du spécimen et de l'élu concerné, de fusionner en un seul être. On qualifie cette roche de "cristaux d'éther". Préparez la démonstration avec le spécimen n°5 et Xélios s'il vous plait." commanda Dréleste, confiant.

    Suite à sa requête, une petite troupe de laborantins vinrent sur la scène pour amener un chien qui semblait avoir des pouvoirs météorologiques aux vues des quelques excroissances sur son corps rappelant principalement le vent. Xélios avança sur la scène aux côtés de son dragon associé et du spécimen, puis il tendit le pendentif à l'effigie de l'animal vers celui-ci. Ce dernier se transforma en une masse d'énergie, qui fut intégralement absorbée dans le pendentif. Une fois cela fait, Xélios mit à son cou le pendentif accroché à une corde. Puis, il se saisit du loup de pierre de toute sa main, et ferma les yeux, la tête rivée vers son collier. Semblant se concentrer, un puissant souffle sortit de Xélios qui rouvrit ensuite les yeux, forts d'une luminescence équivalente à celle de l'éther. Ses yeux sur-brillants me donnaient l'impression qu'il me fixait, alors que le vent redoublait en puissance. Dans un éclat blanc, mon ami n'était d'un coup plus le même. Quand enfin la transformation fut complète, le vent s'arrêta, et la lumière qui émanait de Xélios avait fait place à l'apparence chimérique de cette fusion contre-nature. Pourtant, ça lui allait bien. Les oreilles du spécimen lui avaient poussé sur la tête, et d'autres détails dans son apparence avaient changés. Cependant, il n'avait pas fini sa démonstration. Soudain, il se mit à nous montrer l'étendue de sa nouvelle puissance, et c'était fascinant de voir à quel point les deux êtres étaient en symbiose. Pour que tout cela échoue, il n'aurait suffit que d'une erreur de l'un ou de l'autre pour mettre fin à la fusion. C'était à présent clair qu'ils ne faisaient plus qu'un. Et pour nous le prouver, il prit ensuite une transformation complète. Xélios avait maintenant l'apparence du spécimen avant qu'il n'entre dans le collier. J'étais soufflé. Même Dréleste semblait agréablement surpris des talents de son élu.

    La démonstration prit fin après quelques instants, et une fois tout remis en place, je fis en sorte de me retrouver seul avec mon ami. J'échangeai d'abord mes impressions face à sa surprenante prestation, avant d'aborder un point qui m'intéressait davantage:"- Au fait, toi qui travaille sur le cas d'Eagle... Tu aurais moyen de me le laisser quelques temps ? J'aurai quelques petites choses à vérifier de mon côté..."

    "- Ha... Je sais pas si c'est très légal ce que tu me demandes, mais va falloir que je joue des coudes pour que Dréleste accepte. M'enfin, je peux bien faire ça pour toi ! Après tout, je te dois un service non ?" continua Xélios, mon ami de toujours.

    "- Il me semble, en effet." dis-je, le sourire aux lèvres.

    "- Ah, et aussi. On a trouvé récemment un spécimen qui pourrait fusionner avec toi. On est encore en train de voir pour la fabrication d'un pendentif pour lui, parce qu'il est particulièrement instable... Mais je pense que d'ici quelques semaines, voire quelques mois, on aura réussi à calmer le bestiau. Je te tiendrais au courant." poursuivit-il avec entrain.

    "- Je ne m'y attendais pas vraiment... mais merci. J'espère que ce ne sera pas trop tard par contre, haha." répondis-je.

    "- Tu veux dire... Pour le cas où il se décide à passer à l'action ?"; J'acquiesce, puis lui dis brièvement aurevoir.

    Une fois encore, les jours qui suivirent ne me laissèrent aucun répit. Au point d'arriver au jour de l'autre réunion sans même m'en apercevoir. Moi qui dormais paisiblement sur le lit à l'étage de la maison que j'utilisais comme domicile pour un temps, c'est Vipélierre qui se souvint à ma place de la réunion, et c'est elle qui me réveilla dans les temps. Ne comprenant d'abord pas pourquoi elle m'avait forcé à me préparer en ces jours encore froids de début de printemps, je suivais mon amie sans broncher. Nayru nous accompagna à nouveau, en plus du jeune renard pour une fois. En y repensant, je ne comprenais pas tout à fait pourquoi Célia tenait à ce point à le nommer "Foxy". Elle qui m'avait dit pour le coup qu'elle faisait référence à quelqu'un... Je ne saisissais là encore pas le moins du monde ce qu'elle me disait. Certes, elle avait déjà voyagé, mais peut-être saurai-je enfin à qui elle faisait honneur en lui donnant ce nom... Il faut juste que je sois à ses côtés au bon moment pour le savoir... Mais serai-je là en temps voulu ? Ou cet énergumène aura-t-il le privilège de rencontrer cet ami qui lui était si cher avant moi...? J'enrage d'avance... Ça me tue qu'il puisse me priver d'Elle comme ça. Mais où m'emmène Vipélierre ? Que veut-elle me dire...? ... Puis, Eagle, - qui avait finalement pu rester à la maison pour quelques semaines - vint à son tour, un bout de papier dans le bec. Il me suffit de survoler le message pour me souvenir:"La réunion !! Mince, encore un peu et j'allais définitivement la rater...";

    Me dépêchant d'ouvrir le portail vers le domaine de D.Univers, je me hâtais vers la salle où se trouvaient sûrement déjà les autres membres de l'assemblée. A mon arrivée, Philias se tenait sur le promontoire, et parlait mais... je ne comprenais pas. Inquiet et intrigué, je m'installai dans le public avec l'aigle de glace, le renard, le chien électrique et le serpent végétal en silence. Pour une fois, je l'écoutai d'une oreille attentive:"- ... Bien sûr, il va de soi que je m'en occupe moi-même. Je vous promets d'être à la hauteur. Le fruit de vos recherches nous seront forcément bénéfiques !"; Je remarquai qu'il semblait s'adresser à... Dréleste !? Lui qui n'assiste que rarement à ce genre de rassemblement, c'est étonnant de le voir ici. Peut-être est-il arrivé quelque chose pendant mon absence... Moi qui fus tant chargé ces derniers temps au point de ne pas avoir pris la peine de m'informer... En même temps, cette fois-ci, ce n'était pas mon rôle. Après cette intervention mystérieuse, le scélérat au sourire victorieux vint s'asseoir à côté de moi. "T'as rien compris, pas vrai ?" me dit-il sans transition. Passablement énervé, je ne fais que le regarder sans un mot. Il m'observe lui aussi, et sourit de plus belle. "T'inquiètes, tout ça sera clair dans quelques minutes..."; A son tour, D.Univers se rend sur la scène, et face à nous, il commence.

    "- Bien. Malgré cette intervention inattendue, il est temps que je déclare la réunion ouverte. Aujourd'hui, j'ai de bien fâcheuses nouvelles à vous annoncer. En effet, comme vous le savez sûrement, Adsis a récupéré ses pouvoirs, et nous ne sommes pas à l'abri de ses méfaits. Cependant, rien ne nous affirme qu'il ait un quelconque lien avec tout ça. Vous le savez, le conflit entre Draniolon et Adsis atteindra bientôt son paroxysme, et aucune raison apparente ne pousse l'un ou l'autre dans le conflit. C'est pourquoi nous avons lancé une enquête, mais ce fut bredouille que nous avons été contraints de séparer les deux ennemis de toujours à rester confinés dans leur domaine respectif. Néanmoins, cette mesure est peut-être celle de trop, et nous ne sommes pas encore tout à fait prêt pour nous occuper de la menace qui pèse sur nous depuis déjà un siècle maintenant. Nous espérons que vous avez des idées de protocoles d'urgences, car pour le coup, aucun des protocoles initialement prévus pour parer la menace ne fonctionnerait comme nous l'entendions... Draniolon est devenu instable, et je crains qu'il soit hors de question de continuer d'envoyer de potentiels élus le voir pour passer l'épreuve du Pic... Des suggestions ?"; C'est inhabituel, lui qui est d'habitude si calme, il a l'air presque terrorisé par ce qu'il dit. N'est-ce pas là une conduite dictée par la peur ? Xélios prend le parti du dragon, et commence à exposer ses idées.

    "- Je pense qu'il est effectivement préférable de mettre une pause définitive à cette histoire d'élu de substitution. Il faudra d'ailleurs s'occuper de sortir l'originale de son initiation, car les choses risquent de se corser sous peu. Et comme nous l'a si gentiment demandé Philias, ce sera lui qui se chargera de la replacer dans la grotte. De cette manière, Elle pourra enfin commencer la véritable épreuve qui l'attend. J'espère que tu n'y vois aucun inconvénient Vay..."; Il me demande ça avec l'air le plus désolé que j'ai jamais vu. Bien sûr que ça me dérange, mais vu que la décision a été prise quand je n'étais pas là, j'estime ne pas avoir mon mot à dire.

    "- Qu'il profite. Ce sera bien la dernière fois que je lui accorde une telle faveur." dis-je en lui jetant un regard franc. Il semble ravi, je ne sais même pas pourquoi cette fois.

    "- Et comme il a été clair que Philias s'occupe de la mise en place dans la grotte, le tour de garde est accordé à Vay. Nous espérons que tu sauras nous renseigner tous les évènements à venir, et je précise, sans intervenir ! S'il s'avère que tu compromets cette mission en voulant simplement aider, tu seras retiré de la mission d'espionnage que tu défends corps et âme pour qu'elle reste tienne depuis tout ce temps. C'est compris ?" précisa D.Univers, l'air sévère. Je me doutais qu'il savait à peu près à quoi s'en tenir... Il n'y a bien que pour Elle que je peux devenir Héros d'un jour.

    "- Oui."; Je marquais une pause. J'avais moi-même quelques idées pour contrer Draniolon. "Et pour en revenir à notre problème, j'aimerai,- si ça ne vous dérange pas -, utiliser la méthode développée par les soins de Dréleste ici présent, et son équipe de chercheurs. La fusion pourrait être à notre avantage, et nous permettre de contrer avec un peu plus d'efficacité le dragon de glace. D'ailleurs, y a-t-il eu de nouvelles avancées de votre côté ?"; Xélios répondit le premier.

    "- Malheureusement, pas assez pour être sûr que ce sera suffisant. Le temps de la fusion maximal pour le moment n'a pas dépassé le seuil des cinq minutes, alors que nous savons pertinemment qu'un combat contre un dragon, et Draniolon en particulier, nécessite de garder une puissance constante pendant au moins une demi-heure pour les plus forts. Sinon, ça peut durer bien deux jours ! C'est trop risqué de tenter le coup pour le moment. Nous ne sommes pas prêts." déplora l'élu de Dréleste.

    "- Par contre, si les rares spécimens que nous avons fusionnent avec les quelques élus ici présents, nous aurions peut-être une chance de faire une percée efficace et repousser un moment la menace." ajouta Dréleste.

    "- Ce ne serait pas raisonnable de mettre en danger la vie de tous nos élus d'un coup, sachant qu'ils risquent d'en pâtir un minimum durant le combat. C'est trop risqué, et donc pour moi c'est un non. Cette option n'est pas envisageable." gronda D.Univers. Les deux dragons ne sont eux-même pas en accord l'un avec l'autre, mais avons-nous seulement le choix, là encore...?

    "- Moi, je suis prêt à tenter le coup s'il le faut !" clamais-je avec force. Xélios suivit le pas, après quelques réflexions.

    "- ... Oui, moi aussi. Je suis prêt à me battre. A nous tous, nous avons une chance." poursuivit-il d'une voix assurée.

    "- J'avoue que l'idée d'être un héros au moins une fois dans ma vie est loin de me déplaire." ajouta nonchalamment Philias, sur un ton volontairement provocateur. Quel idiot quand il s'y met celui-là...

    "- Eh bien... J'en conclus que vous avez fait votre choix... Toutes les fusions sont-elles prêtes ?" demanda D.Univers.

    "- Non, nous n'avons pas de chimères pour Oggas pour le moment. Et pour l'autre, ce serait impensable de l'impliquer dans ce combat de suite. De toute manière, nous savons très bien que les élus se réunissent naturellement. Il ne fait donc aucun doute que si nous cherchons Oggas, nous le trouverons avec Elle." continua Dréleste.

    "- Par contre, si je patrouille dans les jours qui viennent, vous voulez que je surveille quelle zone ?" demandai-je. Si je n'ai pas d'assignation particulière, je sais déjà où je compte me rendre.

    "- Ne t'en fais pas. Nous n'avons pas prévu d'être cruels avec toi, Vay. Tu es chargé d'espionner les agissement d'Oggas, et de ta petite protégée. Ils devraient se retrouver au village aux abords du Bois Dakalis. Tu sais, la forêt où trône un olivier millénaire en son centre..." précisa le dragon noir de jais.

    "- Parfait." dis-je, enchanté par cette petite victoire. Au moins ça, l'autre imbécile ne pourra pas me le voler. Je souris à cette pensée.

    "- Bien. Je pense que tout le monde sait ce qu'il a à faire. Dréleste, fais en sorte que tout soit prêt quand le moment viendra. Philias, tu viens avec moi. On a encore des stratégies à mettre au point pour préparer la riposte, tu t'occuperas de l'autre fille demain soir. Vay, je te laisse y aller. Bon courage. Et surtout n'oublie pas: Ne pas intervenir !" finit-il avec un clin d’œil. Cette remarque amicale, je l'encrais dans ma tête. Si je n'appliquais pas à la lettre cette recommandation, je serais sûr de voir me passer sous le nez ma mission. Je ne ferai jamais cette fleur à l'autre imbécile. Il ne le mérite pas.

    En sortant de la salle avec mes quatre compagnons de route, je ne pris même pas le temps de repasser déposer mes affaires. Aujourd'hui, je devais faire du repérage au village. Déjà, je pense que je vais faire un tour du côté du volcan. Avoir un aperçu surélevé du village me permettra d'avoir une bonne première vue d'ensemble. Ensuite, je pense aller sur le terrain cette nuit pour faire du repérage. Et demain, je ferai un petit tour dans la forêt alentour. Avec un peu de chance, je trouverai un endroit où Elle se rendra forcément. J'espère qu'elle ne m'a pas oublié... Dire que ça fait déjà trois mois que je ne l'ai plus vu. Le temps passe si vite... J'ai tellement hâte de te revoir. Vipélierre me sortit alors de mes pensées. Xélios vint me voir rapidement pour me dire que ma chimère ne sera pas prête avant trois jours. Espérons que l'Alliance arrivera à temporiser un jour ou deux s'il décide de se déchaîner demain... Je sens que le menace est proche. Et Adsis qui n'arrange pas les choses... Il va peut-être faire comme Philias, et prétendre n'avoir rien fait de mal pour s'attribuer les lauriers d'une victoire qui n'aurait pas eu lieu s'il ne l'avait pas engendrée... Je ne les comprends pas. Pourquoi cette recherche de reconnaissance...? Eagle, Foxy et Nayru se mirent à aider Vipélierre pour me sortir de mes songes. Ils avaient tous l'air inquiets pour moi... pourtant. Ils ne devraient pas.

    Ainsi, j'ouvris un portail après avoir expliqué mon plan à mes compagnons pour les rassurer. Ils avaient l'air d'être d'accord avec mes idées, et me suivirent sans broncher. Une fois la traversée terminée, je me retrouvai en plein cœur de la forêt, à quelques centaines de mettre du pied du  volcan. Voltali restait consciencieusement à mes côtés, avec Vipélierre et le jeune renard, tandis qu'Eagle nous laissait ensemble pour se retrouver seul à voltiger dans le ciel. La journée avançait vite, et ce fut déjà le début d'après-midi quand j'atteins enfin un spot intéressant pour surveiller le village. En soi, je ne voyais rien de transcendant à première vue. Les habitants faisaient tranquillement leur vie, sûrement inconscient du danger qui les menaçait. Cela dit, cet endroit a quelque chose de reposant... pour une fois que je peux souffler. Je pris place sur la montagne pour le reste de la journée, afin d'observer les citadins. Tout paraissait si paisible... Je me laissai enfin vaquer à mes pensées sans peur d'être interrompu. La brise était fraîche, mais agréable. Les fleurs commençaient lentement à s'épanouir, et le soleil déclinait tranquillement. Être là, comme ça, me rendait plus serein. Je me sentais bien. Mes amis à mes côtés semblaient eux aussi s'extasier devant ce spectacle. Mais quand le crépuscule nous illumina pleinement de sa lumière cuivrée, je me résolu à passer à le seconde phase de mon plan d'action. Ainsi, je descendis la montagne à pied, et le temps que je rejoigne le petit village, il faisait déjà nuit depuis un moment.

    Accompagné de ma troupe d'élite, nous délimitèrent ensemble chaque parcelle du périmètre. La lune de ce soir était au dernier croissant. Les étoiles étaient assez rares dans ce monde, comparé à notre bonne vieille Terre... mais bon. C'est bien mieux ici que là-bas. Et puis, ce n'est pas comme si elle me manquait vraiment. ... Non, il faut que je reste concentré. Je m'éloigne un peu du cœur du village pour m'approcher de la berge. De là, j'avais une vue lointaine du domaine de Draniolon. Le glacier du dragon devait être à trois ou quatre jours du village avec un bateau de pêcheur comme ceux d'ici... Si jamais Elle devait s'y rendre, ce serait clairement une perte de temps de la laisser y aller par ce biais... même si en soi, ça fait aussi parti de l'épreuve. Hm... En plus, je n'ai même pas le droit de l'aider pour l'instant. D.Univers me l'a répété à maintes reprises, donc il vaut mieux que je reste à l'écart pour le moment. Je vais simplement me contenter de la surveiller Elle et Oggas. Avec un peu de chance, je n'aurai même pas besoin d'être à deux endroits en même temps ! ... Bien, je pense avoir quelques repères maintenant. Je claque des doigts deux fois pour que mes compagnons me rejoignent de manière à réunir tout le monde, puis nous levions le camp sans plus attendre. Enfin de retour à la maison, je fermai les volets. Ici, quand il faisait nuit, c'était le jour de l'autre côté de Drania, et vice-versa. C'était toujours aussi perturbant d'avoir l'impression de dormir le jour et d'agir la nuit, mais c'était mon quotidien.

    Après ce repos bien mérité, je me réveillais avec difficulté. La fatigue des derniers jours me pesait, et une flemme me ralentit dans mon intention. Heureusement pour moi, j'avais des compagnons bien plus en forme que moi, et qui s'avéraient toujours près à me réveiller en cas de coup de barre. Cette fois, c'est Nayru qui se chargea de me réveiller. Ce Voltali un peu spécial avait un aspect un peu féérique avec son petit ruban brun, et était plutôt doué pour le combat, malgré ses airs gentillets. Il cachait bien son jeu, mais ce cher Nayru avait le don pour me faire sourire. Peut-être était-ce parce qu'il me rappelait Célia quelque part...? Hmm... tout ça me rend nostalgique. Mais aujourd'hui, je me charge d'explorer rapidement la forêt et je retourne au village pour voir comment elle s'en sort. J'espère qu'il ne lui arrivera rien... Vipélierre, fidèle au poste, cria de sa petite voix pour me sortir de mes pensées un peu trop intrusives ces derniers temps. Je descendis préparer de quoi faire tenir tout ce petit monde pour la journée à venir, puis je me préparais à repartir pour une autre journée éreintante. Je me demande où en sont les autres... J'espère que tout avance comme ils le souhaitent. D'ailleurs, si j'ai a lui parler, je ferai mieux de trouver un moyen de la contacter... Sûrement en lisant sur mon visage la pensée qui me traversait l'esprit, Nayru alla rapidement me chercher un bloc-note et un stylo noir. Je ne pensais pas qu'il était devenu si attentif à mes changements d'expressions... Une fois prêt, je pris soin de ne prendre avec moi qu'une sacoche pour ranger le peu de matériel dont j'avais besoin, et acceptai d'emmener seulement Nayru et Eagle. Nous nous devions d'être discrets. Être trop nombreux aurait pu nous faire repérer trop rapidement.

    Comme à mon habitude, à peine ouvris-je le portail que je me mis directement en route. Il faisait encore nuit, même si le jour commençait lentement à pointer le bout de son nez. Il devait être à peu près cinq heure. En avançant, Eagle choisit de mener la route pour nous permettre de me mieux nous y retrouver. Cette fois, mon objectif était de trouver un spot pas trop loin de l'arbre millénaire pour pouvoir être sûr d'avoir un point de rencontre déterminé. Après quelques minutes interminables de marche, me voilà enfin devant la bête. Un splendide olivier d'une bonne vingtaine de mètres de hauteur à vu de nez. Même dans les plus grandes villes que j'ai pu connaître, je n'avais jamais rien vu d'aussi haut - à part peut-être les monuments historiques, et encore... - mais je m'égare encore. En regardant un peu autour de ce majestueux végétal, j'aperçus Eagle perché sur une sorte de rocher à peu près camouflé par la végétation luxuriante des environs. Je me mis en tête de le rejoindre, tandis que Nayru, lui, s'acharnait à grimper les branches de l'arbre en sautant d'une à une autre. Une fois aux côtés de l'aigle de glace, je me rendis compte de l'avantage certain qu'avait Eagle: il pouvait voler. Lui seul pouvait se rendre d'un endroit à un autre comme bon lui semblait dans de notre petit groupe, et prendre de la hauteur sur tout, alors que moi et Nayru... étions cantonné enquêter au sol. Je l'enviai pendant un instant. Puis je me souvins d'un détail. En tant qu'élu, j'avais normalement accès à certaines des capacités de mon dragon associé... quand il est là, seulement. Triste... ça fait si longtemps que je n'ai plus volé comme Eagle... ça me manquerait presque. Mais qu'importe. Le jour prenait le pas sur la nuit, et je me résignai à reprendre ma route.

    En chemin vers le volcan, j'entendis les cris de Draniolon résonner au loin. Maintenant, je le savais... il s'est décidé. Pressant le pas pour rejoindre en vitesse le volcan, je vis Adsis prendre son envole vers les hauteurs d'un seul coup... Que faisait-il là à ce moment précis ? Que manigance-t-il encore ? Et pourquoi ici...? Sans prendre plus de temps pour y penser, je m'efforçai de l'observer en m'arrêtant complètement. Le dragon rouge semblait s'être réfugié dans son volcan. Il prépare quelque chose, c'est sûr. L'Alliance aussi a dû commencer à se rassembler... les choses se mettent en place. A mon tour de jouer mon rôle comme il se doit ! Je repris ma course, suivit de près par mes camarades. Gravissant tant bien que mal la roche encore froide de la montagne, je réussi enfin à atteindre mon spot. Néanmoins, j'aperçus au loin le dragon furieux ravager une partie inhabitée de la région... heureusement. Un puissant souffle glacé me frappa à nouveau, et dans un cri à devenir fou, Draniolon bifurqua furieusement en direction de l'Aire de Nola. Ne passant qu'à quelques centaines de mètres de là, je ne pus m'empêcher de remarquer quelques changements physiques du dragon: un corps noir de haine, un regard meurtrier, et un comportement inhabituel qui sautait aux yeux. Il n'était plus lui-même. Puis, à mon plus grand désarroi, j'entendis derrière moi Adsis sortir de son bain de lave pour s'élancer vers un point de rencontre entre lui et son frère. De cette manière, Adsis réussi à détourner la menace de son objectif, et à le maintenir à l'écart pour un moment...

    Quand je remis enfin les yeux sur le village, j'aperçus une fine silhouette s'avancer avec prudence dans la douce lueur matinale. Sans même me le demander vraiment, je la reconnue. Ces même bandages au vent, sa longue chevelure blonde, et cette démarche assurée malgré les circonstances m'en disaient long. Je la vis observer avec intérêt les maisons, et autres structures du village, avant qu'elle n'aille jeter un coup d’œil à l'estrade de bois au cœur du village. Soudain, elle posa un pied au centre du cercle blanc tracé au milieu du promontoire, et un souffle apparemment puissant la déséquilibra. J'avais beau m'inquiéter, je m'efforçai de me rappeler les paroles de D.Univers, et pour les appliquer, je me mis à les murmurer sans relâche:"Ne pas intervenir... Ne pas intervenir... Ne pas intervenir...!"; Je regardai avec attention ce qui se déroulait sous mes yeux, mais je ne compris pas. Une sorte de chien de fumée se tenait-là, devant elle. Puis, dans un hurlement de loup, une boule de lumière se forma d'un coup à la place du chien fantôme, pour prendre une forme plus petite mais bien réelle. A présent, c'était un chien qui se trouvait-là, et j'avais beau essayer de voir sa réaction, je ne la vis pas bouger. J'étais trop loin... Je ne comprenais pas vraiment ce que faisait l'animal, mais je perçus tout de même son aboiement. En très peu de temps, toute une ribambelle d'homme du village encerclèrent Célia... Si seulement je pouvais faire quelque chose... Je serai les dents, me concentrant uniquement en tant que spectateur sur la scène qui se jouait devant moi.

    Bientôt, c'est Oggas qui vint à son tour. Lui aussi je le reconnus du premier coup d’œil. En même temps, il est en décalage complet avec le reste des villageois: entrepreneur, parfois stricte mais toujours aussi tête brûlée quand il s'agit d'aller au front pour protéger ceux qu'il aime. Un vrai barbare au grand cœur. Heureusement qu'il savait être plus doux quand tout autour de lui était paisible. Lui n'est pas comme Philias, il sait quand s'arrêter, et partager. Cette expérience a dû lui être bénéfique ! J'ai l'impression qu'il veut convaincre ses paires de quelque chose... ...? Nan mais qu'est-ce qu'il fait ?? Pourquoi attaquent-ils ?! ... Le duo que formait Célia et l'animal fraîchement apparut semblait se comprendre parfaitement. C'était assez impressionnant de voir cette danse au milieu des hommes qui se faisaient repousser si simplement vu d'ici. La fierté traversa mon esprit en voyant ce spectacle. Son initiation était complète. Elle était prête à passer l'épreuve à présent, j'en étais certain. Une fois tous les villageois plus ou moins étendus au sol, je vis Célia s'avancer de quelques pas vers eux. Sûrement en train de leur demander des comptes... Oggas est le premier à se relever, suivit de près par le chef du village. Un moment de silence parut s'imposa de lui-même, alors que le chef se mit en tête de finir ce qu'il avait commencé. Il bondit sur la jeune fille, qui n'eut le temps de rien faire, puis Oggas fit de même avec le chien. Le duo complètement impuissant se laissa faire... J'aurai tellement aimé pouvoir la défendre. Oggas, qu'est-ce qui te prends...? Tu travailles de même mèche avec ton dragon, ou c'est pour toi-même que tu fais ça...? J'aurai à te parler, toi aussi... en temps voulu.

    Je réfléchis un instant à voix basse:"D.Univers m'a demandé de ne pas intervenir pour le bien de Célia... Mais j'ai encore moyen de contacter Oggas ! On devrait d'ailleurs le sortir de sa mission dans les prochains jours... Ça fera un an jour pour jour qu'il sera resté dans ce village. Ce doit être la deuxième fois sur un siècle qu'on l'envoi dans le même village... En même temps, c'est lui qui demande à agir sur le terrain, alors on lui donne ce qu'il demande. Et puis, comme ça, il n'a pas tant que ça la possibilité de comploter avec Adsis, ce qui nous permet de l'écarter des soupçons. Mais... si son comportement reste étrange d'ici les prochains jours, je préviendrai D.Univers. Il saura quoi faire de lui. J'insiste sur la nécessité de le voir. Tant pis si les membres du congrès m'incendient pour ça, je dois le faire, c'est tout."; A présent déterminé à prendre contact avec l'élu d'Adsis, j'interrogeai brièvement Eagle sur le lieu le plus probable de notre prochaine rencontre. Sans attendre, il pointa du bout de son aile un endroit bien précis: l'olivier millénaire. Nayru acquiesça également. Le Voltali se permit au passage d'ouvrir ma sacoche, et de se saisir du bloc-note et du stylo avec ses crocs pour me les tendre. "Bonne idée. Je vais écrire une lettre adressée à... non. Car si Célia la lit, c'est elle qui viendra, et non Oggas... Comment faire...?"; Nayru secoua sa tête de dépit. Il insistait pour que je ne mette pas de destinataire à proprement parlé, et je me mis à écrire en consignant: lieu du rendez-vous, intervalle de temps maximum pour me rencontrer, et conditions pour venir. Tout était fin prêt.

    La journée avait bien avancée, et quand je relevai les yeux de ma lettre, j'aperçus Célia discuter avec Oggas, tous deux tranquillement installés sur la plage. Elle était complètement libre de ses mouvements, et l'animal aussi se trouvait-là, endormit paisiblement. Je ne compris pas. "J'ai raté un épisode...?" demandai-je, déconcerté. Eagle et Nayru acquiescèrent à l'unisson. Malheureusement pour moi, leur mutisme commun leur empêchait de me dire quoi à proprement parler... Puis, un grand bruit mêlé de cris retentissants attirèrent rapidement mon attention. Au loin, l'Alliance s'était joint à Adsis pour contrer le dragon enragé. Dréleste, D.Univers, et Phylasis manquaient à l'appel, ainsi que les autres élus, bien entendus occupés à préparer la contre-attaque. Néanmoins, qui était de garde à l'Aire de Nola aujourd'hui...? J'ose espérer qu'ils n'ont pas laissé les orbes sans surveillance... sinon ça risquerait d'aggraver encore un peu plus la situation déjà critique... Heureusement, la force commune de l'Alliance et d'Adsis semblait suffisante pour contenir Draniolon pour le moment. Le combat avait beau être acharné, les dégâts et les pertes étaient minimes par rapport à nos estimations initiale. Peut-être l'avions-nous sur-estimé...? Non, j'en doute. La véritable particularité de Draniolon est de croître en puissance à mesure que le combat dure, et qu'il se déchaine encore un peu plus sa force dévastatrice. Si le conflit dure assez longtemps, il n'aura même plus besoin des orbes pour détruire Drania... c'est un véritable monstre dans ces moments-là. Je prie pour que Noloy nous revienne bientôt... ça risque de dégénérer plus vite encore que nous le pensions, si ça continue...

    Même si d'un côté, mon attention était prise par le combat de titans là-bas, Eagle, lui, restait concentré sur la mission. D'ailleurs, pendant que j'étais ailleurs, Oggas avait disparut avec Célia et le chien. L'oiseau de glace me sortit donc de mes pensées en s'emparant brusquement de la lettre que j'avais dans les mains à grand coup de bec, avant de s'envoler vers le grand olivier. Nayru, quant à lui, me signifia de me relever pour me diriger également vers le végétal gigantesque. Je ne saisi pas tout de suite, et après avoir jeté un œil rapide au village désert, je compris. La nuit commençait à tomber, ce qui n'était pas pour nous faciliter la tâche. De son côté, Eagle arriva en quelques vigoureux battements d'ailes sur le lieu du rendez-vous. Se posant sur le sommet du tronc - juste avant la séparation des branches -, il se mit à patienter, le message dans le bec. En entendant des pas précipités dans sa direction, il savait qu'il avait fait le bon choix. Il s'impatientait de voir lequel des deux aura lu le message le premier. Sans grande surprise, et à son grand soulagement, c'est Elle qui vint la première à sa rencontre. Quand elle l'aperçut, elle ne dit mot. Le chien avec elle ne grogna même pas. La jeune fille accepta le message qu'Eagle lui tendait, et quand elle le parcourut rapidement, il la vit s'arrêter sur le dernier mot de la lettre. "Vay". Elle sourit à cette vue, et plia le bout de papier de manière à ce qu'il tienne dans son poing fermé. Puis, elle fit signe au rapace de partir discrètement. En effet, si c'est Elle qui a lu le message, l'autre en bas ne devait pas savoir ce qui se manigançait là-haut.

    En faisant attention à ne pas faire de bruit, Eagle se retourna complètement, et prit silencieusement son envol dans la direction opposée d'Oggas. Une fois à une distance qui le rendait insoupçonnable, l'oiseau de proie entama un large demi-tour afin d'atteindre le morceau de roche qu'il avait repéré plus tôt. Bientôt, l'aigle de glace jeta à nouveau un œil bienveillant sur la jeune fille à travers la verdure, et pus voir son talent pour feindre le sommeil devant Oggas. Vay ne tarda également pas à venir, et en se faisant le plus discret possible, il s'en alla rejoindre son ami à plume. "Enfin, je la revois" pensa le jeune homme. Voltali me regardait avec intérêt, il attendait mes directives. "Vas-y. Donne-lui le signal." ordonnai-je sous mon souffle par peur de me faire entendre. Nayru s’exécuta alors, et se mit à gravir de branches en branches le tronc de l'arbre. Une fois à côté de la belle endormie, Voltali utilisa ses rubans pour la réveiller en douceur. A ce contact, elle reprit lentement ses esprits. Le chien assoupit non loin de là semblait trop absorbé par ses rêves pour percevoir ce qu'il se passait autour de lui. Ce fut la même histoire avec Oggas. Ainsi, Célia ouvrit les yeux, et vit la créature jaune devant elle. Apparemment, la jeune fille n'eut pas peur, et en rouvrant sa main, elle aperçut un bout de papier qui sembla frapper son esprit d'une évidence. Puis, elle chercha quelque chose dans les alentours du regard. Ses yeux vinrent se poser sur moi au travers des feuillages, et son expression devint d'un coup plus joyeuse. Serait-elle heureuse de me revoir...?

    A suivre...


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    Chapitre 1 :

    Partie 2: En quête de réponses

     

    Quelques heures avant les évènements au village, un dragon azuré se torture l'esprit. Sur le pic de son glacier, il tourne en rond, et marmonne sa colère:"Tout ce temps... Tout ce temps à la recherche d'un élu, et rien ! Ce n'est pas ce poltron qui remplacera Ethelle. Jamais. Dire que je n'ai rien pu faire pour la sauver de la mort, une fois encore... En reste-t-il seulement une ? Ou puis-je espérer trouver un jour un remplaçant digne de ce nom ? ... J'en doute. Cent ans déjà. Une décennie que la septième n'est plus... Haaaa... Tous ces efforts, tout ça, pour rien !?! J'en ai marre. Je n'ai pas besoin d'elle pour s'occuper de mes pouvoirs !!! Et puis, c'est pas comme si j'allais tout détruire !! Depuis le temps que je contient ma colère... Et puis... Après tout, se défouler une seule fois, ça ne fait pas de mal de temps en temps si...? Juste une fois... Oui, juste une fois. Hahahahahaha... Je me délecte d'avance !! Cette puissance n'est pas vouée à rester passive !!! Il est GRAND TEMPS qu'elle se réveille !!!!!! RHYAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !!!!!!!!!!!!!!!!!!!"; En un simple cri qui résonna sur toute la partie nord de Drania, le dragon vit ses écailles changer de couleur. Habituellement d'un bleu saphir, elles devinrent d'un noir si profond qu'on ne pouvait plus les voir dans la nuit. Seules les orbes, l'acier et l'or du dragon contrastait avec la nouvelle obscurité dans le cœur du reptile. Ses yeux, et ses orbes, elles qui sont habituellement d'un splendide violet améthyste, tenaient maintenant davantage du rouge sombre que de la pureté de la pierre précieuse. D'un battement d'ailes furieux, Draniolon s'envola au large de son domaine glacé, pour se rendre dans les terres tempérées et centrales de Drania.

    La haine qui poussait le Dieu enragé à déchainer sa folie tenait plus de la frustration que d'une volonté propre de nuire. En arrivant à l'abord des rives boisées du centre, le reptile se mit à concentrer ses pouvoirs autour de son corps. Il n'avait même pas pris la peine d'utiliser son orbe, il n'en avait pas besoin. La force de cette frustration lui suffisait pour rendre ses attaques glacées dévastatrices. Il concentra une partie de sa glace autour de son corps, pour créer une enveloppe protectrice, et détruisit les blocs ainsi formés pour répandre dans les alentours plongés dans la nuit une tempête de neige torrentielle. Puis, en concentrant son pouvoir dans sa gorge, le reptile obsidienne projeta toute sa puissance dans un puissant laser cristallisé. En s'abattant sur le sol, le rayon créa une raie de cristaux de glace gigantesques, ce qui eut le même effet qu'une explosion: un surpuissant souffle gelé sortit de la base de la muraille, et projeta de part et d'autre tout ce qui se trouvait à proximité. Heureusement, aucun village n'était dans le coin, et donc par conséquent, aucune victime en prévision. Toutes les bestioles de la région savaient depuis un moment que les tensions devenaient explosives entre les différents Dieux. De plus, les quelques tremblements de terre qui avaient lieu en ce moment n'arrangeaient pas la vie des êtres de ce monde. D'ailleurs, un nouveau tremblement de terre fit peu à peu rage, et les cristaux de glace fraîchement apparus se mirent à se fissurer.

    "Hmm... Il se réveillera bientôt, c'est ça ? Et bien vas-y Noloy ! Je n'attends que toi pour prendre ta place !! Hahahaha !!! Aucun de tes sbires n'aura la puissance de m'arrêter ainsi. Il suffirait que je prenne leurs orbes, ainsi que la tienne, pour devenir l'être suprême !!!! N'est-ce pas merveilleux d'être si naïf ? Toi qui pensait que nous aurions tous la bonté de faire en sorte que les choses restent en ordre, je n'ai plus envie qu'elles soient ainsi... PLUS JAMAIS!!!!!!!!!" pensa le dragon plongé dans sa fureur. La violence de ses propos influèrent ses actes, et dans une rage encore plus folle, le reptile redoubla de violence. Il bifurqua vivement vers l'Aire de Nola, mais il savait... Il savait qu'il ne serait plus seul pour longtemps. Son cri avait dû alerter l'un de ses congénères, et ce dernier aura sûrement la bonté d'appeler les autres en renfort... Mais il n'avait qu'une seule hâte: "Vous ne vous doutez pas à quel genre de monstre vous allez devoir faire face... Et ce danger... il sera... SUR-PUIS-SANT!!!!! VOUS SAUREZ ENFIN QUI MÉRITE CETTE PLACE!!!!!" tonna le dragon dans un cri qui déchira le silence nocturne. S'éloignant petit à petit des lieux qu'il venait de détruire, Draniolon fonçait au cœur de la tempête qui se calmait à son tour, tout en arborant un sourire malsain aux lèvres. Cependant, un peu plus loin, dans une forêt voisine, un petit amphibien avait remarqué des changements brusques qui le fit fuir vers les autres membres de l'Alliance.

    Fonçant à toute allure vers ses confrères, il retrouva d'abord deux grands dinos qui crièrent alors au rassemblement de leurs voix roques et portantes. Sans se faire attendre longtemps, les autres membres virent se joindre à eux pour un conseil d'urgence. Un chien de feu prit tout d'abord la parole:"- Vas-y Orysis, dit-nous ce que tu as vu."

    "- Il s'est enfin décidé. Draniolon a commencé à devenir fou, et détruit tout sous le coup de la colère. Sa puissance n'a plus d'égale, et nous ne pourrons l'arrêter à nous seuls."

    "- J'entends bien, mon cher. J'entends bien." continua le canidé enflammé.

    "- Ça nous pendait au nez depuis des jours ! Vous en doutiez peut-être ?" s'insurgea le phœnix dans l'assemblée. "Adsis vous avait prévenu, et vous n'avez pas voulu l'écouter !"

    "- Ferme-la avec Adsis, on sait tous très bien qu'il est impliqué dans l'état de Draniolon !! Si son élue n'est plus, nous savons tous pourquoi !!" répliqua la fille de Flamacier.

    "- Un peu de calme je vous prie." ordonna calmement le griffon feuillu. "Nous aurons besoin de D.Univers, Dréleste ET d'Adsis. Alors inutile de s'affronter pour un fait aussi vieux, ne pensez-vous pas ?"

    "- Si seulement Noloy pouvait nous venir en aide... Il n'aurait aucune chance !" déplora Xyros, l'un des dinos.

    "- Avec des "si", on referait le monde, tu sais." ajouta son frère sur un ton exaspéré. "Néanmoins, j'ai cru comprendre que son réveil était imminent. Vous pensez que...-?"

    "- Non, il ne sera pas opérationnel à temps, à moins de trouver un moyen efficace pour ralentir la progression de la menace. Des idées ?" suggéra Flamacier.

    "- Laissez-moi m'occuper de prévenir Dréleste, il se chargera d'informer les autres. Quand à vous, il vaudrait mieux que vous vous rendiez rapidement vers l'Aire de Nola. C'est bien vers là-bas qu'il se dirigeait, Orysis ?" demanda le griffon vert.

    "- Oui. Il est temps que nous nous mettions tous en route je pense." acquiesça le petit amphibien aux yeux verts.

    "Allons-y." ordonna finalement Flamacier.

    Ainsi, Phylasis s'en alla prévenir Dréleste des évènements, tandis que le reste de l'Alliance se mit en route vers l'aire de Nola. Certes, ils n'avaient pas de plan à proprement parler, mais avec des êtres aussi imprévisibles que des Dieux, il valait mieux s'attendre à tout, et aviser ensuite.

    De son côté, Oggas se lève. Il faisait encore nuit quand il sentit un souffle froid inhabituel caresser sa peau endolorie par un sommeil agité. Il sortit de sa chambre, et se souvint des paroles de son maître:"J'ai à te parler. Retrouve-moi ce soir au pied du volcan, et vient seul."; Puis, il s'attela à sortir discrètement de la maison, pour ne pas réveiller son père. Les animaux dans le salon, eux, étaient tous paisiblement assoupis. Il regretta de ne pas avoir pu emmener son fidèle camarade à plume, mais il préférait respecter la demande de son associé. Ainsi, en tenue de patrouille, il partit traverser la forêt à vive allure pour rejoindre le point de rendez-vous indiqué au plus vite. Cette nuit était une des plus sombres de toutes. Des nuages d'encres cachaient les étoiles, tandis que la lune brillait par son absence de blanc. La forêt était donc devenue, sans la douce lumière de l'astre nocturne, un véritable parcours du combattant. Un pas de côté, et c'était l'écorchure garantie. Malgré la présence d'un étroit chemin entre les broussailles, il restait mal-aisé pour Oggas de franchir tous les obstacles sur sa route à l'aveuglette. Enfin arrivé sur le lieu donné, il retrouva son maître. Un reptile ailé se trouvait là, et se tenait fièrement sur une excroissance rocheuse sortant des parois du volcan derrière lui. Il l'observait d'un air interrogateur, et sans un mot. Oggas su dès lors le motif de sa venue. En effet, un vacarme transcenda le silence, et une nouvelle vague de froid s'abattait sans crier gare, suivit d'un cri caractéristique quelques secondes plus tard.

    "- Il est l'heure. Laisse-moi te dire ce qui motive mon frère de sang." commença le dragon rouge, en souriant de toutes ses dents.

    "- Adsis... Aurais-tu quelque chose à avoir avec tout ceci ?"

    "- Bien sûr !! Et pas qu'un peu pour tout te dire. Tu te souviens de l'histoire que je t'avais raconté à propos d'un être capable de devenir surpuissant à l'aide des pouvoirs de l'être Originel ? Et de la manière dont les âmes en proies à un malheur me sont si simples à manipuler ? Et bien, voilà où nous en sommes !! En soi, il ne reste que deux étapes avant l'issue fatidique: le rassemblement de toutes nos forces pour contrer la menace, et le combat acharné qui s'en suivra."

    "- Mais pourquoi fais-tu ça ?! Pourquoi cherches-tu à détruire notre monde ?!"

    "- Hahahaha !!! Ce n'est pas moi qui le détruira ! C'est mon frère. Et puis... ne trouves-tu pas que la vie sans un peu de piment n'a pas de saveur ? Ou simplement celle de la lassitude, de l'ennui, et d'un sentiment de tourner en rond abominable ? Je hais ce sentiment. Et pourtant, ce sont bien les périodes de paix qui me les apportent !! Alors comment remédier à ces défauts d'une routine si parfaite ? Et bien rien de plus simple: faire en sorte qu'un drame se produise."

    "- Je ne comprends pas..."

    "- Tu avais pourtant l'air de comprendre quand je te l'ai raconté la première fois... Et tu avais toi-même été d'accord sur le principe !"

    "- Non. Ce n'est pas ça que je ne comprends pas."

    "- Et qu'est-ce donc, élu ?"

    "- ... Pourquoi ne pas être l'acteur de ce trouble ? Aurais-tu peur des représailles ?"

    "- Hahaha!! Pas de ça avec moi ! Les représailles, c'est moi, et moi SEUL qui les fournis. C'est grâce à moi que le mal reste là, quelque part... S'il n'existait pas, tout serait certes "paisible", mais d'un ENNUI!!! Je te raconte pas, hahaha ! Ha... Et aussi, c'est surtout parce que je préfère apprécier le spectacle à distance. C'est bien plus distrayant et amusant de voir les autres subir à ta place. D'autant que c'est moins cher en efforts et en énergie dépensée ! Il m'est bien plus facile de laissé mon venin faire son chemin et ses dégâts par le biais d'une simple manipulation, plutôt que de tout prévoir, et de voir ses convictions échouer quatre fois sur cinq juste avant la fin !! Tu parles d'une frustration..."

    "- ...Et... Pourquoi lui, et pas un autre cette fois-ci ?"

    "- Il m'a saoulé. La dernière fois, c'est lui et son élue qui m'ont arrêté, et jugé pour mes actes. Donc c'est une forme de vengeance. D'autant que leur sanction n'était pas vraiment "équitable" pour le coup..."

    "- ...? Et en quoi n'était-ce pas "équitable" ?"

    "- Héhéhéhé... Je n'avais "que" contrôlé l'esprit d'un élu, pour le fun, comme ça... Et cet élu s'est avéré hyper-réceptif. Effet immédiat: dès qu'il a fusionné avec son dragon associé, il s'est mit à dérégler la météo, parce qu'il n'avait rien de mieux à faire, hahaha!! Un clin d'œil, et paf, un éclair ! Un sourire, et paf, une tornade ! Et ainsi de suite !! Tu aurais vu la panique crée chez les sous-fifres de Dréleste, ils étaient sous le choc ! Mais il a fallu que cette ordure s'en mêle... C'était rien de bien méchant pourtant !! Du coup, je lui en veux. Il m'a fait comparaître devant l'Alliance, et les autres... j'ai été jugé coupable, et j'ai subi une restriction importante: perte de mes pouvoirs pour un siècle. Tu parles ! Un siècle d'ennui pur et dur... Si Draniolon n'avait pas subit la perte de son élu, peut-être aussi par ma faute malgré tout, j'aurai pas tenu !"

    "- Haha... Tu es diabolique quand tu t'y mets."

    "- Merci du compliment. Mais pour l'instant, nous avons un fou furieux à gérer, et ça ne sera pas une mince affaire... je le connais le bougre. Toujours plus puissant au fil des ans. Tsss..."

    "- Et donc, quels sont tes ordres ?"

    "- Je ne sais pas trop pourquoi il ne s'est réveillé que maintenant celui-là, mais je pense que s'il s'est enfin décidé à prendre la route, c'est qu'il a dû sentir qu'un truc se préparait. Je veux que tu enquêtes sur la source de l'anomalie à l'origine de son changement de comportement, et me fasse un compte-rendu sur les infos que tu auras pu obtenir d'ici cinq nuit tout au plus. Compris ?"

    "- C'est entendu."

    A ces mots, Oggas prit congé d'Adsis, et s'en retourna dans la forêt. L'aube se levait doucement, mais la menace planait au dessus de lui. A peine quelques minutes après avoir commencé sa route, un cri bien plus proche se fit entendre. Le coup de froid suite au passage du dragon en furie juste au dessus de lui l'immobilisa un instant:"Alors comme ça... Il dévoile enfin sa colère...? Mais il a l'air de prendre son temps malgré tout ! Moi qui l'ait déjà vu voler bien plus vite pour venir à la rescousse de sa paaaauvre protégée... Hmm, si tu avais vu sa tête, Adsis... tu aurais su à quel point s'était navrant de la voir succomber juste sous ses yeux. Mais bon, il ne reste plus qu'un minable aujourd'hui ! Ce n'était pourtant pas si compliqué de la retenir, si ?"; Sur son ton suffisant, il reprit sa route, et revint aux abords du village, quand il entendit un hurlement de loup ou de chien briser le calme du matin, une fois de plus. Il s'empressa alors de courir vers la source du son, et s'étonna à peine de voir ses confrères sur le pied de guerre. "Serait-ce... l'anomalie...?" pensa-t-il. Prenant les devants de la troupe, il se mit à parler:"- Attendez. Regardez-la ! Elle était sur l'autel, donc celui qui l'accompagne est forcément un esprit ! Jamais ce genre de chien supporterait la vie sauvage dans nos contrés... Il s'agit donc forcément de Lunol: l'enfant de la lune."

    "- Ce n'est pas une raison !! Elle a beau avoir la bénédiction des esprits, elle vient profaner notre village de sa présence ! Son aura est... est..." s'insurgea père.

    "- Je vois ce que tu veux dire... Je ressens la même chose. Mais n'est-ce pas étrange qu'elle apparaisse pendant que les dieux s'affrontent là-haut ?" poursuivais-je. J'essayais de rejoindre mes soupçons à la situation. Se pouvait-il qu'il s'agisse vraiment de ce dont m'a parlé Adsis...?

    "- Fils, je ne suis pas certain qu'il s'agisse d'une élue. Elle n'a rien qui nous prouve qu'elle est liée à tout ça !" continua père. Mais je me persuadais du contraire. Elle l'était forcément. Après tout, je ne trouve rien de familier en elle, excepté cette aura particulière.

    "- Et que dirait Adsis si nous ne lui rapportons que nous avons laissé échapper une potentielle élue ? Faisons-là prisonnière. Il s'occupera d'elle bien mieux que nous." ajouta Oggas. La menace divine faisait toujours son petit effet sur mon père.

    "- Qu'est-ce que tu peux être borné Oggas..." soupira le chef du village. "Mais c'est d'accord. Attrapez-la!!!" ordonna mon père. Toujours aussi autoritaire, les hommes ne se firent pas prier pour obéir.

    Tout en me lançant dans le conflit, j'essayais d'analyser celle que je suspectais être l'objet de ma quête:"Là. Pourquoi semblait-elle si distante depuis tout à l'heure ? Si muette, impassible... Et puis, tous ces bandages, d'où sortent-ils ?? Et pourquoi ce clébard la protège ?! C'est tellement agaçant de ne rien comprendre !! Argh... et quelle force !"; Je me fis violemment repousser par le chien enragé, alors que j'observai la fille avec un étrange sentiment d'admiration. "Comment peut-elle... être si forte...? Et si... s'il s'agissait vraiment d'une élue...? De l'élue...?? Son visage... il..."; En regardant en détail le visage de la jeune fille balafré et recouverte d'un rien par ce froid, un vague souvenir me revint soudainement en mémoire. "Serait-ce... E-Ethelle ???" me demandais-je pensivement, sans pour autant marquer cette idée de la moindre expression faciale qui pourrait me trahir. Puis enfin, la mystérieuse fille parla:"Dites-moi... Que me vaut l'honneur de cette attaque ? Je ne suis pas sûre de saisir."; Puis, déterminé à trouver le fin mot de l'histoire, je me relevai rapidement, et la toisai tout en réfléchissant:"Sa voix... Cette voix... Aucun doute. C'est elle ! Mais je croyais... qu'elle n'était plus... A moins que... non. Aurait-elle survécu ? Impossible. Alors serait-ce... "l'originale" ? la huitième ? Vraiment, là, devant moi !? J-je... J'en tombe des nues... Mais pourquoi ? Pourquoi n'apparait-elle que maintenant ? Et puis..."; Je repris mes esprits pour parler à mon tour:"Toi... pourquoi es-tu ici ? Et pourquoi Lunol prend-il ta défense ? Il a toujours été des nôtres!"; L'animal fusilla le jeune homme du regard, et lui répondit:"Je ne l'ai jamais été. Tu te méprends. Je ne suis pas avec Adsis, moi."

    Un silence lourd de sens s'imposa alors... "Elle... elle a l'air étonnée, et confuse. A cause de son nouvel allié sûrement. Tss... peu importe. Qu'il s'agisse d'un traitre ou non, ce n'est pas lui qui m'intéresse. Je me demande ce qui peut bien lui passer par la tête... Ethelle... Cela faisait tellement longtemps que je n'avais plus songer à tout ça. Un siècle que ton nom évoquait une souffrance endormie. Et maintenant, te voilà de retour comme une fleur, dans une nouvelle vie... Tout ça est tellement perturbant."; Mon père s'était relevé pendant ma longue réflexion. Cent ans... Dire que cela faisait déjà cent ans qu'elle n'avait plus foulé ces terres me paraissait surréaliste. Et pourtant, c'était elle. Ces blessures que cachent ces bandages, si ce n'était pas moi qui les lui avaient infligés, alors qui ? Qui lui aurait fait du mal ? Soudain, père me fit à demi sursauter de sa voix imposante:"Qu'importe. Il ne nous offrait rien de toute façon. Reste concentré sur l'objectif, fils."; Je pensai alors:"Concentré ? En effet, je devrai, haha..."; En voyant père prendre l'offensive, j'entrepris de retenir la bestiole qui m'avais donné tant de mal quelques instants avant. L'effet de surprise avait marché à merveille, c'en était presque trop facile pour ne pas être un piège, mais apparemment, aucun d'eux ne riposta. Sans relâcher mon étreinte, père et moi-même nous attelèrent à amener ces deux-là dans ma chambre , soit la seule chambre verrouillable de la petite maison boisée. Puis, je choisi de rester quelques instants à côté de la porte, pour percevoir la réaction "d'Ethelle". Je ne fus pas déçu d'entendre la voix de ma prisonnière - voix que je me surpris à apprécier. Mais, en entendant le silence s'installer après un moment, je sortis prendre un peu l'air.

    Les cheveux noirs au vent, j'allais me poser à quelques centaines de mètres de la maison, et pris place sur un rocher en regardant la mer, l'esprit ailleurs. "Que faire... Après tout, je ne sais pas s'il s'agit de l'une ou de l'autre Ethelle... Dans un cas, elle aurait dû me reconnaître, à moins d'être devenue amnésique... Dans l'autre, elle vient d'ailleurs. Dans les deux cas, si elle s'est retrouvée dans un autre monde avant celui-là, et qu'elle considère le nôtre comme "étranger", alors il me sera impossible de connaître la vérité... Je devrai sûrement demander conseil à Adsis, mais je ne pourrai lui parler avant ce soir. Il ne m'attend pas avant. ... Haaa... Que dire de plus ? ... Que... qu'elle m'a... manqué...? Peut-être un peu...? Mais... ce n'est pas comme si je devais avoir des remords. Il était trop tard. Elle était corrompue, je n'avais d'autres choix que de l'achever, pour le bien de tous. Même si... ça me fend le cœur de l'avouer mais... j'aurai aimé n'avoir jamais eu à lui faire subir ça. Et puis, ce n'est pas comme si c'était la première fois... Je veux dire... Pour que Draniolon ait eu sept élues jusqu'à maintenant, et sachant qu'il est extrêmement sélectif et prévoyant, il s'agissait forcément de clones, ou de pâles copies...? Mais... comment s'y serait-il prit pour ce faire ? Je... attends... Les orbes. C'est ça, le pouvoir des orbes est incommensurable ! Et... non. Nooon, il n'aurait pas osé... si...? Et si... Et s'il voulait posséder toutes les orbes ?? Ça concorderait ! Mais ça va trop loin !!! Il va faire pire que détruire Drania si on le laisse faire !! Absolument tout va... j-je...-".

    "- Alors, fiston. Tu rêvasses ? Au fait, que faisais-tu dehors de si bonne heure ce matin ?" demanda amicalement mon père.

    "- Hein ? J-je... oui. Enfin non... Et... j-je... Je peux te parler d'un truc...?"; Je le regardai avec une mine dépitée, ce qui était loin d'être chose courante chez moi.

    "- Holà mon grand, ça a pas l'air d'être la super forme. Qu'est-ce qui te tracasse ?"; Il s'assit à mes côtés, prêt à m'écouter. Je lui racontais donc mes soupçons, en m'appuyant sur les propos d'Adsis lors de notre conversation le matin-même, sans préciser de quand datait les propos rapportés pour ne pas alerter mon père. S'il apprenait que je sortais sans son accord, je serai mort depuis des années déjà. Je m'en veux un peu de lui mentir... D'autant que...

    "- Ah, et... il faudra aussi que je te parle d'un truc..." continuai-je.

    "- Vas-y tout de suite, comme ça s'est plié !" dit-il, enthousiaste. "T'es amoureux c'est ça !? Hahahaha! Tu peux tout me dire mon garçon !"; Vu la mine réjoui qu'il abordait, je me gardais bien de la lui arracher avec cette terrible vérité.

    "- Hahaha, ne désespère pas, père, ça viendra ! Mais non. Comme tu le sais, c'est bientôt mon 19ième anniversaire, et..."

    "- Hep hep hep! Je te vois venir avec tes grands sabots ! Tu veux un truc dur à obtenir, ou qui est hors de mes moyens, c'est ça ?"

    "- Hahahaha !! Non, ne t'en fais pas, mais laisse moi finir. Donc, pour l'occasion... Je me suis dit qu'il serait temps que je t'avoue quelque chose. Quelque chose qui te parait peut-être inattendu, mais il s'agit pourtant de la vérité..."

    "- Ha... Bah, si c'est une annonce de ce type, ça attendra le jour de la fête ! Tu ne penses pas que ce serait plus approprié ?"

    "- ... Si tu le dis." répondis-je froidement. Je doute qu'il préfère entendre ça un jour de fête.

    "- Tu as l'air de te morfondre... C'est le coup de ce matin qui te met dans cet état ?"

    "- J-je... je ne sais pas. J'ai des remords je crois."

    "- Et pourquoi ? Tu n'as rien à te reprocher pourtant ! Tu es mon fils, et je suis fier de compter parmi les miens quelqu'un d'aussi doué que toi !"

    "- Hm... Merci."; S'il savait... Si seulement il savait... Il ne serait pas si confiant.

    "- D'ailleurs, je te suggère de faire prendre un peu l'air à nos deux prisonniers. Je doute qu'ils supportent l'obscurité, la solitude et le renfermé trop longtemps, haha."

    "- Ouais... ouais. J'y vais du coup... A toute."; Mon père me salua à son tour, et je me rendis lentement vers ma maison.

    Sur le trajet qui me parut une éternité, je me remis à penser:"... Qu'espère-t-il de moi...? Ce n'est même pas mon père... Un anniversaire ? Tu parles. Un anniversaire chez eux, c'est une fois par an... Moi, c'est une fois par siècle. Comment peut-il espérer que je sois son véritable fils ? Comment réagira-t-il quand il saura que je suis... l'élu d'Adsis...? ... J'ai beau faire ce que je peux, rien ne dis qu'il m'acceptera ensuite... Et si c'est pour me faire jeter comme l'a fait son arrière-arrière-grand-daron il y a de ça un siècle, non merci... D'autant que lui a su pour Ethelle... Et lui m'en a voulu au point de me bannir. Dire que nous étions si proche avant ça... C'est regrettable."; Arrivé devant ma propre chambre, j'ouvris doucement la porte pour voir les deux êtres profondément endormis. Lunol était là, la tête posée sur les jambes de la jeune fille. Ethelle, quant à elle, avait l'air paisible, malgré sa posture qui la faisait ressembler à une marionnette inerte. Je me dis alors:"Tous ses bandages, ça me fend le cœur. Mais tout n'est pas de moi. Seule une ou deux blessures correspondent vraiment à ce que j'avais pu lui infliger par le passé... Donc ce n'est pas celle que j'avais connue. C'est sûr à présent. J'ai donc une Ethelle toute neuve devant moi. ...Étrange... Je suis partagé... D'un côté, ça me rassure d'avoir une nouvelle chance avec elle, mais en même temps, ma conscience me pèse. Je ne sais pas si j'arriverai à un résultat ou à un autre à la fin... j'ai un peu de mal à choisir...";

    Puis, je renonçai à la réveiller maintenant. A part lui accorder une semi-liberté pour lui faire prendre l'air, je n'avais aucune raison d'aller la voir. Je choisi donc de me mettre aux fourneaux, et préparer aux deux un petit quelque chose qui leur permettrait de tenir la journée. En passant dans le salon, je retrouvais mon cher camarade à plumes. Il semblait intrigué par mes actions du jour, au point d'en avoir oublié de me dire bonjour en rentrant. Pour rattraper notre oubli mutuel, je me remis en quête de condiments, pour les donner à Naya, ma douce colombe. Elle était là, à m'observer, mais je ne rechignais pas. En la faisant monter sur ma main, je tendis les graines à l'animal qui s'en saisit volontiers. Tout en caressant sa robe nacrée, je lui murmurai:"Alors, tu te sens prête à revoir une vieille amie ? Laisse-moi le temps de lui préparer quelque chose et tu pourras la voir."; Ma colombe roucoula soudain, et retourna se poser sur son perchoir adoré, me laissant ainsi libre de mes mains. Après un moment, tout était fin prêt à être servi, et avant d'oser retourner dans la chambre, Naya vint se poser sur mon épaule, tandis que je tenais un plateau de nourriture dont j'avais le secret. A peine entre-baillai-je la porte que je vis se poser sur moi les yeux à moitié fermés de la jeune fille. Elle était si belle ainsi... et pourtant si vulnérable. Le clebs, lui, m'observait d'un air mauvais. Malheureusement pour lui, cette fois, je n'avais pas l'intention de leur nuire.

    Naya, en reconnaissant le visage familier de la demoiselle, vint d'elle-même à sa rencontre. Tout en roucoulant, la colombe se posa sur le genou d'Ethelle, et passa à quelques centimètres de l'esprit de chien à ses côtés sans sourciller. "- Je crois qu'elle t'aime bien, haha." dis-je d'un ton amical. Je me mis à sa hauteur pour mieux l'observer. Elle était concentrée sur le volatile blanc, la voir ainsi intriguée me rendit un peu nostalgique. Pourquoi ai-je été obligé de... le faire une fois de plus...? Me rapprocher, pour mieux se quitter... Pourquoi toujours le même schéma ? Son regard se déporta vers moi:"- Elle t'appartient ?"

    "- O-oui. C'est Naya, ma colombe. Elle est toujours avec moi quand je vagabonde ou que je patrouille d'habitude."; Prit un peu au dépourvu, j'eus un peu de mal à trouver mes mots au début.

    "- Je vois... Hm...?"; Elle me regarde intensément. Je dois sûrement tirer une de ces têtes ! Vite, trouve quelque chose à dire... On va pas se regarder des heures dans le blanc des yeux non plus !

    "- J-je... je vous ai apporter ça." dis-je en tendant le plateau vers elle. "Il peut se servir aussi si il a faim." continuai-je en désignant le chien d'un mouvement de tête. Dans un geste lent, elle caressa avec douceur la tête de l'animal, et lui demander ensuite s'il en voulait, mais il déclina.

    "- Je vois." répondit-elle à la bestiole. Puis elle se tourna à nouveau vers moi:"Me permets-tu...?"

    "- Sers-toi, je t'en prie. Je les ai fait spécialement pour vous après tout." poursuivais-je, en lui servant mon plus beau sourire. Elle s'empara de l'une des victuailles avec délicatesse, et semblait hésiter. Manger devant moi la dérangeait-elle ?

    Puis, elle se résigna à gouter ce qu'elle avait prit avec une certaine précaution. La mine réjouie qu'elle arborait alors me permit de deviner ce qu'elle comptait me dire ensuite:"Je... je dois bien avouer que j'ai rarement mangé quelque chose... d'aussi surprenant. Je ne crois pas avoir été habitué à ce type de saveurs... Tu les as fait avec quoi ?"

    "- Oh, rien de bien méchant. Juste une part infime des récoltes du village, et quelques herbes aromatiques du coin. Tu aimes ?"; Elle me souriait sincèrement, et j'en eus presque un pincement au cœur, même si je ne pus m'empêcher de sourire bêtement malgré tout. Pourquoi mes sentiments me dominent-ils...? Je ne me comprends pas...

    Ethelle hocha la tête positivement en guise de réponse. Je ne savais pas si elle était vraiment ouverte au dialogue, ou si elle préférait le silence, mais si tant est qu'elle préfère rester muette, je ne vais tout de même pas rester planté là pour elle. Je lui propose donc:"- Mon père sait ô combien comme c'est angoissant de rester dans une pièce confinée et sombre trop longtemps. Ça te dit de prendre l'air un instant ?"

    Suite à ma question, je la vis se fermer sous mes yeux. Et d'un ton bien plus glaçant, elle me demanda en échange:"- ... Serait-ce un piège...?"

    "- N-non ! Pourquoi penses-tu ça ?"

    "- Peut-être parce que vous nous capturez, vous ne nous ligotez même pas, et vous avez comme simple sécurité anti-évasion un verrou sur une porte en bois. Je trouve ça... léger, comme restrictions. C'est tout." fini-t-elle sur un ton plutôt froid, et en me jaugeant du regard.

    "- ... Je n'ai aucun intérêt à ce que tu partes. Donc j'essaye de ne pas te donner de motif de fuite." dis-je d'instinct. Mais quel crétin ! Que va-t-elle penser de moi après ??

    "- ... Étrange. ... C'est effectivement un point de vue intéressant... mais peu commun." rétorqua-t-elle, en adoucissant son expression.

    "- Et puis, prendre soin de tout le monde, c'est aussi prendre soin de nos prisonnier, n'est-ce pas ?" renchéris-je avec un sourire timide. "Vous venez ?"

    La jeune fille se redressa en un geste après avoir demandé à Lunol de sortir de sa torpeur. Naya, quant à elle, retourna se placer sur ma main, et je retournai à la cuisine déposer le plateau avec encore une grande partie de la nourriture laissée de côté. Je sentais le regard perçant d'Ethelle me suivre à chaque instant. Elle s'était posée contre un mur, tout en m'observant le temps que je finisse de ranger. Puis, quand je revins vers elle, elle fit demi-tour vers l'accès à la place du village. Me postant à ses côtés, et accompagné de ce cher Lunol, je l'emmenai du côté de la plage. Là même où je me lamentais quelques instants auparavant. Dans un silence de mort, je la laissai prendre place sur la plage, et je fis en sorte de rester en retrait pour l'observer. Son regard plongea dans les vagues, et je me demandais à quoi pouvait-elle bien penser, ainsi adossée à un arbre, le regard rivé vers l'horizon. L'incarnation de l'enfant de la lune, lui, s'était confortablement mis en boule à ses pieds, et fermait paisiblement les yeux. Moi-même, devant ce spectacle, je me retrouvais songeur, une fois de plus:"... Une brise légère, c'est bien agréable par ce temps. Dire que le monde menace de s'effondrer, et nous restons là, tranquillement plongés dans nos rêveries... Ethelle... Quel destin t'attend par-delà le temps...? Et s'il s'avère que tu es bien l'élue de Draniolon... se pourrait-il que je te perde à nouveau... comme à chaque fois...? Hm... Juste pour qu'enfin une fois, tout se passe bien, j'ai envie de prier. De prier Noylan, et la promesse de son éveil prochain pour que tu sois sauvée. Tu ne mérites pas de disparaître, contrairement à d'autres... comme moi."; Je soupirai à chaque pensée fataliste qui concernait cette fille.

    "- Dis-moi... Que sais-tu de tout ça...? ..." demandais-je maladroitement, avant de reprendre suite à une absence de réponse. "E-enfin... que sais-tu à propos des évènements récents qui nous frappent...?"; ... Silence... M'écoute-t-elle au moins ?

    "- ... Je n'ai rien à savoir. Ça ne me concerne pas... Si...?"; Mince... que dire ou que faire pour ne pas qu'elle se doute de quoi que ce soit...? Je suis coincé, nan...?

    "- ... j-je... hm..."; Je suis incapable de lui dire quoi que ce soit... Misérable ! Je suis pitoyable...

    "- ..."; Apparemment intriguée par mon silence, elle me jeta un regard franc du coin de l’œil, les mains dans le dos, les cheveux et bandelettes flottant sous la brise salée. J'étais sans voix. Je ne sais s'il s'agit d'une peur, ou d'une réaction à la vision enchanteresse devant moi... J'étais... charmé. "Hm..."; Puis elle replongea son regard vide vers la mer, détournant son attention de moi en apparence. "Tu sais... si tu as quelque chose sur le cœur, dis-le. Tu seras libéré de tes sombres pensées comme ça."

    "- ... J-je... je ne sais juste pas si..." hésitai-je.

    "- Si ?" insista-t-elle sans porter son regard vers moi pour autant.

    "- ... S'il est vraiment nécessaire que je t'en parle." hasardai-je, m'essayant une fois de plus au tact, en vain. Sans crier gare, elle se braqua alors instantanément.

    "- A ce moment-là, ne dis rien." fini-t-elle sur un ton dur à entendre pour moi.

    "Quel violence dans ses mots... Je m'en remet pas... Mais aussi, c'est quoi ces tentatives foireuses ?? Je fais n'importe quoi depuis tout à l'heure et... J'essaye... mais sans succès. Suis-je vraiment méprisable à ce point...?" pensai-je, déprimé par ce coup de poignard. Puis, sans que je m'en aperçoive tout de suite, je perçus sa mélodieuse voix marmonner un air. C'était... le parfait reflet de ce que je ressentais, j'étais pétrifié. Une voix si harmonieuse qui interprète mon humeur en chanson sans même en savoir l'origine, je suis béa. Je la vois, je me concentre sur elle et sur rien d'autre. Elle ferme les yeux, et se laisse emporter par la musique, dans un air mélancolique mais magnifique. Comment résister...? Je me laissais emporter à mon tour par l'air d'Ethelle, fermant les yeux. Je ne sentais plus l'air frais autour de moi, ni même mon corps en contact avec la roche gelée. Elle captivait mon esprit, et s'emparait de toutes mes pensées. Comment fait-elle ? Puis, je laissai échapper mes mots:"- Tu as une voix magnifique..."; Elle s'arrêta instantanément. Pourquoi ai-je parlé !? J'aurai mieux fait de me taire... Je rouvris les yeux, et je vis qu'elle m'observait d'un œil mauvais.

    "- ... Merci ? Je suppose..."; Son regard transperçait mon âme de part en part. J'étais pétrifié... et je n'avais aucun moyen pour arrêter ça. Mais pourquoi arrêter après tout ? "Dis-moi..." reprit-elle, et pivotant légèrement vers moi pour me faire face.

    "- ...Hm...?"; continuai-je, pour lui faire signe de mon attention à son égard.

    "- Qui es-tu dans tout ça ?"; Son expression était neutre, et sa posture assez... simple. Bras croisés, pied droit contre l'arbre derrière elle, l'autre jambe tendue. La longue mèche devant son œil gauche la rendait encore plus mystérieuse qu'elle ne l'était déjà. Était-ce dans une volonté d'être fui par les autres, ou juste un choix artistique ?

    "- Explique-toi..."; Suite à ma requête, elle soupira puis leva les yeux aux ciel.

    "- Et bien... Quel rôle joues-tu vraiment dans tout ça ? En gros, es-tu un ennemi, ou un allié ?"; Une fois sa phrase terminée, elle me toisa à nouveau, et son regard perçant me mis mal à l'aise. C'est vrai ça... Étais-je de son côté, ou pas du tout...?

    "- ... J'avoue que... tout dépendra des évènements à venir..."

    "- Comment ça ?" demanda-t-elle, visiblement étonnée. Son visage, sous le coup de la surprise était enfin à découvert, et ses yeux appuyaient cette impression.

    "- Je suis ravi de voir que tu n'es pas si fermée..." dis-je pensivement. Me rendant vite compte de mon erreur, je me mis à regretter mes mots, et elle le comprit bien vite...

    "- ... Je... hm..."; Ethelle détourna le regard, et semblait embarrassée. A quoi pensai-t-elle ?? Je donnerai tellement pour le savoir...

    "- A quoi tu penses ?" demandais-je, déterminé à obtenir ce que je voulais. Sur le coup, elle leva à nouveau les yeux vers moi une seconde, pour regarder une fois de plus le sable en se tenant le bras, la mine sombre. "Quelque chose ne va pas...?" continuais-je plus gentiment. L'avais-je blessée...?

    "- Non, ça va... Je repensai juste à... à..." balbutia-t-elle. Pourquoi semblait-elle si torturée ? Elle qui était si assurée tout à l'heure ! Pourquoi ce changement si soudain...? Puis, après un soupir, elle se redressa pour à nouveau me faire face, apparemment gêné. "T-tu dois me trouver tellement étrange... tu t'inquiètes pour moi, c'est ça ?"

    J'acquiesce d'un mouvement de tête. La voir si morose me torture, je ne comprends pas ce qu'elle vit, et ça m'agace ! Si seulement je pouvais l'aider d'une quelconque manière... "- Je n'aime pas te voir si tris...-"; elle m'interrompt.

    "- Ne dis pas de bêtise... Ton visage trahit tes sentiments. Je ne suis pas certaine de bien saisir à quel jeu tu joues, mais... tu ne m'as pas l'air d'être le geôlier que tu t'es vu devenir ce matin même. Alors, pourquoi nous avoir capturé ? Pour cette histoire d'élu ?? Ou alors d'Adsis ? ... Et au fait, quel rapport entretiens-tu avec ce... dragon ?" rétorqua-t-elle. Certains de ses mots sonnaient faux venant d'elle, je savais qu'elle ne savait pas à quoi renvoyait tout ce qu'elle disait... pourtant.

    "- ... Je ne peux rien te dire. Je ne sais moi-même pas ce qu'Adsis pourrait faire de toi, et encore moi si c'est vraiment toi qu'il recherche. Par contre, je peux te dire que oui, j'ai effectivement un lien avec Adsis. Sinon, pourquoi aurai-je prétendu t'avoir capturé pour t'amener à lui si je n'avais aucun moyen de le rejoindre ?" argumentais-je avec appréhension. Tout ne tenait qu'à la confiance qu'elle voulait bien m'accorder. Si elle ne veut pas de ma présence, elle profitera de cette excuse pour fuir, je le sais.

    "- ... Ça se tient..." se résigna-t-elle.

    "- C-comment ??"

    "- Je ne pense pas avoir dit quelque chose d'aberrant pourtant... Je dis juste que ton argument se tient." dit-elle placidement. Puis, elle se laisser glisser le long du tronc pour s'asseoir sur le sable frais, le vent de face. En tailleur, elle posa ses coudes sur ses genoux, et en courbant un peu le dos, elle vint poser son menton sur ses poings. Elle ferma les yeux, et après une grande respiration, elle me lança un regard assez... touchant. "Au fait... que sais-tu sur... Lunol ?";

    "- ... euh... P-pas grand chose en faite... Nous avons pour coutume dans le village de vénérer un esprit qui répond au nom de Lunol, et lors de ses apparitions pendant ses entretiens avec l'oracle, il se présente sous la forme d'un chien de fumée... On nous rabâche les oreilles depuis des siècles que les esprits sont des âmes qui renferment un important pouvoir, et de nombreuses légendes font part de leurs apparitions sous forme physique peu commune, ou encore, de miracle dus à leur bonne grâce..." répondis-je.

    "- Et tu crois à ces mythes ?" poursuivit-elle.

    "- Non. Pas le moins du monde. Mais je ne saurai dire pourquoi j'en suis si persuadé, aux vues des nombreuses preuves qui auraient dû me convaincre du contraire..." finis-je froidement.

    "- Tu ne l'aimes pas, pas vrai...?" continua-t-elle cyniquement, avec un sourire narquois aux lèvres, et un regard qui renforçait le tout.

    "- ...Non. Comment le pourrai-je ? Il n'est même pas reconnu par les Dieux, alors dire qu'un esprit est à l'égal d'un Dieu, ça passe pas pour moi." répondis-je presque férocement. Ethelle se décomposa sous mes yeux. Clairement abasourdie par ma réponse, elle ne dit plus mot, et semblait me jauger des yeux. C'était presque plaisant de savoir que je l'intriguai. "A mon tour d'être mystérieux, hein ?"

    "- ...? ... J-je..." marmonna-t-elle rapidement. Son regard devint d'un coup faussement agacé. "Mystérieux, hein...? Tu te crois intéressant peut-être ?" rétorqua-t-elle d'un ton provocateur. ... Un point pour elle.

    "- Haha... peut-être, qui sait..." dis-je, prit de court.

    "- Bah toi ! Qui d'autre ?" dit-elle d'un air victorieux, avant de rire comme une enfant à une simple blague. Je souris à cette idée. Après tout, Ethelle aussi était un peu réservée et mystérieuse... mais elle, a ce petit truc en plus qui me fait sourire. D'ailleurs, j'y pense mais...

    "- Au fait, tu ne m'as même pas dis ton nom..." dis-je sans transitions. Elle sembla réfléchir une seconde, puis enchaîna avec ce même sourire moqueur.

    "- Pourquoi ? C'est nécessaire ?"; Elle se mit à rire plus vivement encore, me regarda ensuite d'un œil attendrit. "Toi, c'est Oggas, c'est bien ça ?"; Choqué, j'en perdis mes mots. Elle avait retenu mon nom, alors que j'étais encore un inconnu pour elle ! J'étais... soufflé. Littéralement.

    "- ... J-j'ai du mal à croire que...-" balbutiais-je, mais elle m'interrompit pour finir ma phrase à ma place...

    "- J'ai retenu ton nom... Comme si c'était compliqué de retenir les rares noms que j'ai pu entendre aujourd'hui ! J'ai beau avoir des défauts de mémoire, je ne suis pas handicapée non plus !" souriait-elle, radieuse. Je ne pus retenir un rire suite à cette satire cynique.

    "- Tu ne réponds pas à la question..." ajoutai-je en me laissant rentrer dans son jeu.

    "- Haha, c'est vrai. Et c'est sûrement l'un de mes pires défauts vu le nombre de fois où on a dut me le faire remarquer !"

    "- A ce point, vraiment ?"; Elle acquiesça le sourire aux lèvres. Néanmoins, ce moment de complicité se finit assez brusquement. En effet, un violent cri résonna au large, et des explosions se mirent à résonner. Intrigués, nous cherchions l'origine de ces bruits, et il sembla qu'elle en trouva la source avant moi.

    "- Ça vient de là-bas. Attends... Qu'est-ce qu'il se passe ??" demanda-t-elle sur ses gardes. Elle s'était relevée d'un bond, et Lunol aussi par la même occasion. Naya, elle, était sortie de ma tête depuis trop longtemps pour que je sache si elle avait fuit pendant la conversation ou suite à l'intervention divine.

    "- Sûrement l'Alliance qui tente de retenir la bête... Et pour le coup je leur donne raison, si ça continu comme ça, à ce rythme-là, demain, Drania n'existe plus ! Donc si personne n'intervient, on court à notre perte..." dis-je d'un ton grave. Choquée, la jeune fille se retourna vers moi et me fusilla du regard. Je restai impassible... Pour une fois que ce n'était pas de ma faute !

    "- ... Vous avez tous l'air si serein... Pourtant, c'est bien un danger imminent là... Pourquoi sembles-tu si... détaché de ce qu'il se passe ?"

    "- Peut-être parce que je sais que certaines personnes vont ralentir la menace, jusqu'à la rendre complètement inoffensive. Pourquoi ? Ça te fais peur ?"; Je crois que je l'ai blessée, elle s'est énervée d'un coup, et ne dis plus un mot.

    Observant avec attention la scène, la demoiselle se rapprocha un peu plus du rivage, accompagné par le clebs de tout à l'heure. Je pris sur moi sa réaction, j'aurai dû être plus fin... Je m'avance vers elle sans un bruit, elle ne remarque rien. Au loin, le combat est féroce. Tirs de glace et violentes ripostes de Draniolon face à l'assaut commun de l'Alliance. Même Yorys, Xyros, et Orysis - le trio qui se bat le moins du groupe - se battait avec vélocité. Pour le coup, je remarquai l'absence de Phylasis, sûrement partit prévenir Dréleste... Et là-bas, Gimber venait d'arriver avec Adsis. Que complotait-il encore tout les deux...? Draniolon s'en sortait bien, et à lui tout seul, il combattait avec aisance et sans trop de difficultés, il réussit à maintenir le groupe à force égale, malgré l'infériorité en nombre de son côté. Devant moi, la jeune fille semblait prendre le dragon devenu obsidienne en compassion. Elle voulait savoir ce qui le rongeait, et le rendait si violent. Peut-être se reconnait-elle en lui...? A moins qu'elle ne sente qu'un lien les unisse...? Peut-être... Les coups surpuissants des forces de la nature provoquaient des perturbations météorologiques, et de violentes bourrasques s’abattirent sur la berge pour nous frapper de plein fouet. Cette force, elle est pleine de haine... je le sens. A quel moment peut-on sombrer à ce point dans la folie, tout en gardant - j'en suis sûr - une part de bon sens...? Si je lui amène cette... fille, qui semble si proche d'Ethelle, peut-être aura-t-il une raison pour arrêter ce désastre...?

    Sans m'en être aperçut, la fille s'était retournée vers moi, et me toisait sévèrement. Encore en train de penser, je ne compris pas ce qu'elle me dit tout d'abord, et quand je saisi sur le fil ce qu'elle me dit, je n'en revins pas:"- ... donc je vais te le dire... Je ne sais pas comment je m'appelle. Je ne sais même pas ce que je fais là, et je suis à la recherche de réponses. Tu penses pouvoir m'aider ?";

    "- Attends... T-t'aider ?? Mais pour faire quoi ??"; Visiblement agacée, elle se referma encore un peu plus, et d'un ton renfrogné, elle reprit...

    "- Pardonne-moi. Tu ne m'écoutais pas... Ha... Écoute. La seule chose que je te demande, c'est de m'aider à obtenir des réponses. Mais, à la seule condition que tu m'assures d'être de mon côté, et de ne pas retourner ta veste à la moindre complication. Compris ?"

    "- ... Et pourquoi t'aiderai-je ?" demandai-je naïvement.

    "- Tss... N'est-ce pas toi qui s'inquiétait pour moi il n'y a pas cinq minutes ?" rétorqua-t-elle, esquissant un sourire sarcastique.

    "- Haaa... On peut rien dire avec toi ! T'as vraiment l'art d'arranger les choses à ton avantage... je me trompe ?" répondis-je, défait par un manque cruel d'argument.

    "- Haha, j'en connais un qui ne sait pas dire non ! C'est d'accord donc !" finit-elle, enthousiaste. Cependant, elle s'arrêta net, et se retourna brusquement vers le volcan et s'immobilisa visiblement à la recherche de quelque chose. En vain. Elle secoua la tête latéralement comme pour se convaincre qu'il n'y avait rien tout en se tournant vers moi de nouveau, et enchaîna. "Viens, allons-y."; Sans que je ne comprenne vraiment, elle se saisit de mon poignet et m'entraîna dans sa course. Lunol suivit le mouvement, sûrement par peur de la laisser seule. Mais, qu'est-ce qui avait attiré son attention là-haut ? C'est vrai que j'ai comme l'impression... d'être observé. Me faisant sortir de mes pensées, Naya nous rejoins à tire-d'ailes, sans que je ne comprenne pourquoi. En regardant tout autour de moi, je ne voyais personne dans le village. Où m'emmenait la fille ?? Que faisait-elle ? Pourquoi se rendre dans la forêt maintenant ? Il fera bientôt nuit, le danger n'est pas loin, mais que fait-elle...? ... Je... finalement, ce n'est pas si désagréable de se laisser guider... certes vers l'inconnu, avec une inconnue, mais agréable. Je sens sa délicate emprise autour de mon poignet. Ses bandelettes la ralentissent, le froid aussi sûrement. J'aurai bien la force de la freiner si je le voulais, mais je préférai que cet instant dure, reste gravé dans ma mémoire. C'était grisant... cela faisait tellement longtemps que je n'avais plus ressentit ça que ça m'arracherait le cœur qu'on interrompe ce moment.

    Ainsi, nous nous rendîmes en forêt, alors que le jour déclinait. Nous étions peut-être perdus, je ne reconnaissais pas ce coin. Peut-être le connaissait-elle...? Ou était-ce son instinct qui la guidait...? Je perdis la notion du temps, tout devenais flou à ses côtés, et je n'aurai pu dire combien de temps nous avions passé dans les bois, mais elle s'arrêta enfin de courir à l'approche d'un arbre au tronc gigantesque et à la cime indéterminable vu de sa base. Quand elle lâcha enfin mon bras, elle prit Lunol dans ses bras, et se mit à gravir le tronc de branche en branche, tel une fille des bois. Une fois encore, j'étais impressionné par ses compétences. Forte et agile, elle gravissait l'arbre avec aisance, même avec le clébard sur son épaule. Je l'observai sans bouger, encore transi par l'instant d'avant. J'aurai pu rester des heures à la regardait ainsi faire, mais Naya me ramena à la réalité, une fois encore. La colombe frotta son corps frêle contre ma joue, et s'en alla se poser sur la deuxième branche en partant de la base du tronc pour m’inciter à la rejoindre. Je m'exécutai sans attendre. Une à une, je suivis le chemin tracé par Ethelle, et la rejoins après quelques minutes d'acharnement. J'avais beau m'être fait entrainer par père, j'étais toujours aussi doué pour l'escalade... c'est à dire, aussi gracieux qu'un Feather de deux mois qui s'essaye à la tâche... Néanmoins, je parvins tout de même au bout du voyage. Une fois arrivé sur l'espace assez restreint que formait la séparation du tronc en branches, je trouvais Ethelle assoupit, Lunol une fois de plus endormis avec elle. C'était rageant de le voir si proche d'elle, mais je contins ma haine pour essayer de trouver le sommeil à mon tour. La nuit s'annonçait fraîche et mouvementée, malgré la distance prise avec les combats...

    J'espère que ça ira. Par contre, je ne sais toujours pas pourquoi elle m'a amené ici. Et tant qu'elle se repose, je ne me vois pas la réveiller pour une question si... évidente. Elle m'en parlera sûrement d'elle-même demain ! Enfin... si elle le veut bien. Je repensai ensuite à ces quelques moments passés il y a un siècle de cela avec l'autre Ethelle. Et surtout, la fin... quand elle était devenue d'une froideur sans nom envers tout le monde. Plus un sourire, plus la moindre gentillesse de sa part... elle renfermait en elle une force endormie qui n'aurait plus tarder à s'éveiller si nous n'avions rien fait. Dire qu'à ce moment-là, Draniolon était encore l'un des plus sages d'entre les Dieux... Tout ça parce qu'il ne craignait rien. Il en avait déjà perdu six avant elle, et jamais ça ne l'avait traumatisé. Il avait forcément tout prévu !! Mais quand la septième l'a laissé, là, il a moins fait le fier d'un coup... Quel hypocrite. Je suis sûr que s'il voit celle qui est devant moi, il ne sera même pas reconnaissant. J'hésite. Devrai-je plutôt la livrer à Adsis, comme il me l'a demandé, ou la laisser aux bons soins de Draniolon...? Et puis, n'y a-t-il pas une autre solution ? Je crois me souvenir d'une assemblée qui travaille sous la coupe de D.Univers quand Noloy en est incapable... Cela remonte à si longtemps maintenant... Peut-être la protégeront-ils mieux que moi ? Après... comment les contacter...? Là réside le problème. Je n'en ai pas les moyens... Je m'allongeai tranquillement sur une branche, et ferma les yeux tout en réfléchissant. Me confondant dans mes songes par la fatigue, je la laissai me gagner, enfin. J'attendais maintenant de voir demain.

     

    A suivre...


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    Chapitre 1:  

     Partie 1: Un combat, un allié

     

    "Enfin, me voici." pensai-je. Peut-être était-ce une mauvaise idée, mais je maintenais mon objectif, et avançais dans ce village avec prudence. Après tout, il faisait encore un peu nuit, malgré l'aube qui laissait place à un splendide ciel azuré. Cela dit, personne ne semblait s'être encore activé, et je me risquai à aller plus avant parmi les maisons. Elles étaient faites de bois, et l'ensemble du village faisait en sorte que toutes les structures en bois s'organisent autour d'un même point central. "Sûrement la place où les échanges pouvaient avoir lieu." poursuivais-je dans mon analyse. En y regardant d'un peu plus près, j'aperçus quelques particularités propres à ce village, comme des maisons exclusivement faites de rondins bruts, assemblés bout à bout par des cordages, pour former charpentes, murs, et toits. Seules les portes, les fenêtres et les marches devant la maison étaient taillées à même le bois pour une coupe plutôt approximative, mais pas déplaisante pour autant. Tout autour de cet agglomérat de maisons, je voyais une forêt foisonnante, et des buissons fleurissants là où je me trouvais quelques instants avant. Le vent était doux, et peut-être salé. Après tout, la mer n'était pas loin, car son odeur caractéristique vint rapidement effleurer mes sens. Néanmoins, même si la pêche devait être une activité importante pour les habitants du coin, il me suffisait de parcourir des yeux les différentes installations pour me rendre compte de la variété de leurs activités. Agriculture abondante, un élevage méthodique et régulé de créatures qui m'étaient jusque là inconnues, et une chasse possiblement contrôlée devant leur apparent respect pour la nature. Cependant, l'estrade de bois au cœur du village m'interpella. A quoi pouvait-elle servir ? Et quelles étaient les inscriptions gravées sur sa bordure ?

    Je fis quelques pas pour me placer sur le promontoire, et à peine j'eusse mis un pied dans le cercle blanc tracé au centre de celui-ci qu'un violent souffle me força à reculer. Je mis mes bras devant moi pour parer le vent, mais une voix effacée attira mon attention. Une voix grave mais légère me parlait, même si je ne comprenais pas le sens de ses mots. Quand j'essayais de voir qui s'adressait à moi, je ne vis d'abord personne, puis je distinguais des volutes pâles dans l'air. "Un esprit...?" me demandais-je. Il me suffit dès lors de regarder un peu plus haut pour distinguer clairement une tête de chien, qui me fixait avec insistance. "Que me veux-tu...?" lui demandais-je. Son regard se durcit alors un peu plus, et sans attendre, l'esprit hurla dans un écho, tandis que son apparence laissa place à une boule lumineuse. Une puissante bourrasque me frappa de plein fouet, me donnant du fil à retordre pour rester debout. Puis, sans que je ne comprenne vraiment comment, la boule de lumière devint un chien bien réel, d'apparence encore dorée et spectrale. Des petites sphères de lumières s’échappèrent de cette forme à demi-charnelle, avant que l'animal ne devienne purement réel. Ce chien avait l'apparence d'un bouvier bernois, même s'il semblait trop jeune pour être adulte. Sa grande taille me déstabilisait, malgré son sourire radieux et sa mignonne petite bouille. D'un regard brillant, il me fixait avec attention. L'animal se rapprocha de quelques pas vifs de moi, alors qu'il se mit à m'encercler de tout son corps, tout en ne me lâchant pas d'une semelle. Il laissa échapper un aboiement roque, ce qui risquait d'attirer l'attention des citadins... et ce fut le cas.

    Bientôt, une dizaine d'hommes armés du village sortirent en trombe à la rencontre de l'origine du jappement. Je n'eus que quelques secondes pour comprendre ce qu'il se produisait, et prise de panique, je regardais les hommes m'encercler sans un geste. J'étais paralysée aussi bien de peur que d'incompréhension. Y avait-il quelque chose de mal à ma présence ici ? En tout cas, l'animal se plaça devant moi, et dissuadait les hommes d'approcher. Je me surpris alors à les détailler: ils étaient tous couverts de vêtement assez rustres, et confectionnés à la main. Comme arme, ils avaient tantôt arcs et flèches, tantôt poignards et lances. Moi, je n'avais que mes compétences pour me défendre... enfin. Il semblait également que le chien soit de mon côté. En effet, cette matérialisation d'esprit me laissait perplexe. Pourquoi s'était-il transformé devant moi ? Et qu'est-ce qui le poussait à me protéger ? ... Les cris et menaces des citadins me sortirent de mes pensées, ils étaient sur le point de lancer une offensive. Mais un autre d'entre eux sortit de la forêt, accourut vers le groupe en cercle, et ralentit brusquement pour hausser la voix. Était-ce leur chef ? J'en doute. Il était bien plus jeune que le reste de la bande, malgré ses cicatrices, et ses plaies ouvertes qui le grandissaient un peu. Je ne dis mot depuis ce matin. Ce silence, ils l'avaient remarqué, et ça leur faisait peur. Tenue étrange, animal particulier, et muet comme jamais, ils avaient sûrement raison de se méfier. Après tout, si je me mettais devant moi-même, je me méfierais aussi, alors je peux les comprendre...

    Ainsi, un dénommé Oggas - le jeune homme qui a accouru - prit la parole:"- Attendez. Regardez-la ! Elle était sur l'autel, donc celui qui l'accompagne est forcément un esprit ! Jamais ce genre de chien supporterait la vie sauvage dans nos contrés... Il s'agit donc forcément de Lunol: l'enfant de la lune.";

    Un autre un peu plus âgé s'insurgea:"- Ce n'est pas une raison !! Elle a beau avoir la bénédiction des esprits, elle vient profaner notre village de sa présence ! Son aura est... est...";

    "- Je vois ce que tu veux dire... Je ressens la même chose. Mais n'est-ce pas étrange qu'elle apparaisse pendant que les dieux s'affrontent là-haut ?" poursuivit Oggas.

    "- Fils, je ne suis pas certain qu'il s'agisse d'une élue. Elle n'a rien qui nous prouve qu'elle est liée à tout ça !" continua l'autre.

    "- Et que dirait Adsis si nous lui rapportons que nous avons laissé échappé une potentielle élue ? Faisons-la prisonnière. Il s'occupera d'elle bien mieux que nous."

    "- Qu'est-ce que tu peux être borné Oggas..." soupira son père. "Mais c'est d'accord. Attrapez-la!!!" ordonna alors d'une voix de stentor l'homme bourru.

    Son air mal léché me laissait deviner qu'il ne serait pas tendre... Je choisis donc de me défendre. En une masse uniforme, les guerriers s'élancèrent d'un bond dans la bataille. J'entrepris d'analyser leurs attaques, pour mieux riposter ensuite. Néanmoins, je n'étais définitivement pas seule, et l'esprit s'était synchronisé avec mes gestes. Un coup, il m'envoie un homme que je finis, un coup, je me débat avec un autre et il me délivre de ce combat incertain. A chaque fois, nous nous entraidions. Sans même nous connaître vraiment, j'avais l'impression que je pouvais compter sur lui, et j'apprenais en même temps comment il se battait à mes côtés. A nous deux, nous repoussâmes l'ensemble des guerriers. Malgré mes bandages, et blessures latentes, mon énergie était encore suffisante pour remporter cette victoire. Puis, comme tous étaient plus ou moins à terre, je choisis de me tenir nonchalamment devant eux pour leur demander:"Dites-moi... Que me vaut l'honneur de cette attaque ? Je ne suis pas sûre de saisir."; A mes côtés, Lunol - comme l'a nommé Oggas - se tenait fièrement devant eux. Il me lança un bref regard satisfait, doublé d'un hochement approbateur de tête. Rapidement, Oggas se redressa, et me fit face. A bonne distance, il me toisait sans un mot. Son regard était indescriptible. Je ne saurais dire s'il s'agissait de stupeur, ou d'aigreur sur son visage. Puis, après un silence, il parle:"Toi... pourquoi es-tu ici ? Et pourquoi Lunol prend-il ta défense ? Il a toujours été des nôtres!". Lunol le fusilla du regard. Étrangement, il se mit à parler à son tour:"Je ne l'ai jamais été. Tu te méprends. Je ne suis pas avec Adsis, moi.";

    Trop de questions surgirent dans ma tête en quelques secondes. Qui était cet Adsis dont ils parlaient tous ? Comment un chien - ou plutôt un esprit - pouvait-il parler... et pire ! prendre une forme charnelle !? Je me perdais dans mes songes une fois de plus, et le silence regagna la scène. Le père d'Oggas, qui avait eut le temps de se relever lui aussi, poursuivit durement:"Qu'importe. Il ne nous offrait rien de toute façon. Reste concentré sur l'objectif, fils."; A ses propres mots, la brute piqua en sprint dans ma direction, et me prenant totalement au dépourvu, je me fis plaquer au sol dans un grand fracas. Immobilisée au sol, je le regardais, abasourdie par l'action soudaine. Lunol n'avait, lui non plus, pas vu le coup venir, et avant qu'il ne puisse réagir, Oggas le captura à son tour. Nous n'avions rien pu faire de plus. Ainsi, les guerriers nous prirent pour captifs, et nous fûmes emmenés dans l'une des maisons. Enfermés dans une chambre sombre, par absence de fenêtre pour filtrer la lumière grandissante du jour, je me remettais difficilement de ce qu'il venait de se passer. "Lamentable..." dis-je. "J'ai été lamentable... C'est pas comme ça que je vais comprendre ce qu'il se passe. Prisonnière après même pas 20 minutes... quel exploit ! Tsss... Et puis..." poursuivais-je en baissant progressivement la voix. Un souffle autre que le mien me rappela la présence de Lunol avec moi. Lui aussi était contraint à rester ici, et pour quoi faire ? Je n'en savais rien. N'étant même pas ligotée, je pouvais me mouvoir librement dans cet endroit restreint.

    Dans l'obscurité la plus totale, je ne percevais rien par la vue, et me mis à voir mon environnement par le touché. Je n'osai pas me lever de suite, de peur de rentrer dans quelque chose, ou de blesser Lunol sans le vouloir. Ainsi, en fermant les yeux, je tâtonnais le sol autour de moi, et avançais ma main pour la faire glisser sur le bois. Sous mes doigts, je percevais à peu près tout. Les vibrations du sol sous les pas des habitants de la maison, la fine pellicule de résidus sur la surface boisée, ou encore les volutes des cernes des morceaux de bois taillés à vif. Puis, en élargissant le périmètre de fouille, je sentis près de moi la rassurante présence pleine de chaleur d'une boule de poil. "Lunol ?" murmurai-je doucement. Je savais qu'il levait ses yeux vers moi. Je repensais à son regard en plein jour, à sa transformation, et à notre combat commun. Encore en train de m'interroger, je me souvins qu'il pouvait parler. Peut-être pouvait-il m'éclairer sur certains points ? Je marmonnais:"- Je suis un peu... perdue par tout ça... Accepterais-tu de... répondre à quelques questions...?"

    "- Tu n'es pas d'ici, n'est-ce pas...?" ajouta-t-il d'une voix sobre et masculine.

    "- C'est certain, oui. Mais... pourquoi m'aides-tu au juste ?"

    "- J'ai mes raisons...". J'aurais pu jurer qu'il avait détourné le regard... "Par contre... leur acte m'est... incompréhensible. Je ne sais vraiment si tu es une élue ou non, mais tu as l'air de les intéresser...". Continua-t-il d'un ton narquois.

    "- Et sinon... Où sommes-nous exactement...?" hasardai-je. J'étais presque sûre qu'il aurait été surpris par la question, et pourtant...

    "- A part dans un village paumé parmi la végétation et l'isolement... sur Drania. J'ai le sentiment que tu ne connais rien d'ici... C'est assez perturbant." finit-il.

    "- J-je... non. Je ne connais rien. Et c'est bien là le problème je crois. Y'a moyen de me faire un petit topo de ce qu'il se passe ici ? Ou...-"

    Trop tard pour la discute... Quelqu'un frappa violemment la porte et nous interrompit:"- Un peu de silence là-dedans ! Ou on vous envoie dès maintenant comparer devant l'Alliance."

    "- L'Alliance...??" pensai-je. "Mais qu'est-ce que c'est encore !? Des Dieux, l'Alliance, ... et puis quoi encore... une milice peut-être !? Nan mais on est où là...?" m'insurgeai-je en silence.

    Une fois notre geôlier parti, Lunol reprit la conversation sous son souffle:"- Je vais t'expliquer oui... Déjà, pour faire court, il y a les Dieux : cinq en tout. Après, on retrouve les demi-dieux. Se sont eux qui forment l'Alliance. Et enfin, il y a les esprits. Des sortes d'êtres spirituels puissants qui veillent sur les villages, comme moi en somme. Normalement, les dieux eux-mêmes ne sont pas au courant de notre existence... car nous sommes en quelque sorte des "dieux cachés"... Ou juste des êtres nés des croyances des gens. Personne ne sait vraiment."

    "- Attends, attends... Tu es en train de me dire que tu ne sais pas d'où tu sors, c'est ça ?"

    "- C'est l'idée... Mais au moins on est dans le même bateau tout les deux, hahahaha !!"

    "- ... Moui, on peut dire ça..." poursuivis-je. "Néanmoins, je ne comprends toujours pas cette histoire "d'élu" dont vous parlez tous... Ça consiste en quoi ?"

    "- Version courte ou version longue ?" sourit Lunol.

    "- Au plus court. Pas besoin de s'encombrer de détails inutiles."

    "- Je comprends. Donc... pour en revenir aux Dieux... Pour qu'ils maîtrisent leurs pouvoirs, et ne pas accessoirement sombrer dans la folie, ils ont besoin d'êtres assez puissants pour être capable de contenir une partie de leur pouvoir, et de maintenir un certain équilibre. Les êtres ainsi choisis et entraînés par ces même Dieux sont nommés "élus". Voilà l'idée. Tu commences à saisir, ça va ?"

    "- Oui, ne t'en fais pas. Tu es assez clair." répondis-je en lui souriant timidement. "... Mais..."

    "- Mais ?"

    "- ... Je me demande juste... En quoi cette histoire d'élu a un rapport avec moi. D'autant qu'ils ont aussi parlé d'un conflit entre les Dieux si je ne m'abuse..."

    "- Ah, ça... Je ne sais pas toute l'histoire, moi non plus. Pourtant... J'ai l'intime conviction que tu es liée à eux, toi aussi. Tu n'as beau pas le percevoir, ni le comprendre, je pense qu'ils ont raison."

    "- ...? Explique-toi..."

    "- Et bien... Cette force que tu dégages. Elle est inhabituelle pour un "simple humain"... donc j'en déduis que tu as quelque chose qui te rend importante, même si tu n'en as pas conscience. Ensuite, ta "tenue" est également... spéciale. C'est presque comme si tu sortais d'un soin intensif, ou d'un combat féroce, alors que tu as l'air d'aller bien. Troublant, non ? Subir autant de dégâts et rester debout malgré tout, ça a quelque chose d'impressionnant... Tout ça pour dire que tu attires sur toi un œil qui force la crainte, ou l'admiration... comme les Dieux de notre monde. C'est cette impression-là qui nous dit à tous que vous avez quelque chose en commun."

    "- Et quel est le rapport avec conflit inter-déité dans cette histoire ?" rétorquai-je, intriguée.

    "- ... Si j'ai bien saisi l'histoire... Draniolon, ou la "bienveillance incarnée" si tu préfères, a décidé de ravager certaines parties de Drania. Je ne sais même plus depuis combien de temps il a perdu son élue, et donc, ça me surprend un peu qu'il ne se révolte que maintenant... Et puis, toi qui arrives comme une fleur le lendemain des premières attaques de Draniolon, c'est suspect. Si tu veux mon avis, il a senti que tu viendrais et est à ta recherche... Ou alors..." s'interrompt-il.

    "- Ou alors...?"

    "- Ou alors il ne fait que se diriger vers l'Aire de Nola pour retrouver des forces, et poursuivre son massacre, en faisant le plus de dégâts possibles sur sa route... Même sans l'aide des autres Dieux, il est en train de refaire le monde ! Mais pas pour le meilleur malheureusement."

    Cette fatalité vint alors me frapper de plein fouet. Je n'avais pas encore pu voir par moi-même la puissance de ces "Dieux" si redoutés, et le fait de savoir que tous ceux que j'avais croisé jusqu'à maintenant dans ce monde m'associaient à celui qui détruisait ces terres m'horripilait. J'étais bien incapable d'une telle chose, alors avoir un lien plus ou moins étroit avec une divinité vivante aussi destructrice était bien loin de me réjouir. "Et Vay... J'y repense maintenant, mais il avait dit qu'il serait là en cas de besoin... Vu la situation, je ne sais pas s'il compte vraiment tenir parole, ou s'il s'est joué de mon ignorance... Tu me diras, quand je ne sais rien de quelque chose, on pourrait me faire croire n'importe quoi avec quelques arguments, ou quelques "preuves" concordantes. Je suis crédule quand je m'y met... Après tout, qui me dit que c'est la vérité ? Je n'ai rien vu qui ressemblait à un Dieu ou à autre chose, et à part Lunol devant moi, je ne saurai dire si tout se tient vraiment. D'ailleurs, j'ai oublié de demander..." pensai-je pendant un long moment de silence dans l'obscurité de la petite pièce. Puis je repris le fil de mes pensés et la conversation par la même occasion:"- Au fait... J'ai oublié un détail, mais... à quoi ressemble ces Dieux au juste ?".

    A peine étonné de la question, il murmura:"- A des bêtes mystiques. Tu t'attendais peut-être à des humains, mais les Dieux sont des dragons, les esprits des animaux, et les demi-dieux sont des chimères. On retrouve dans le lot Griffon, Phoenix, et j'en passe. Bref, attends-toi à être surprise."

    "- ... Et comment je fais pour savoir si tout ce que tu m'as dit est vrai...?"

    "- Tu n'as qu'à attendre. Je suis certain que tu trouveras bien vite des réponses. Maintenant, ce n'est plus qu'une question de patience."

    "- Tu crois qu'ils viendront nous chercher dans combien de temps à peu près ?"

    "- Aucune idée, désolé. Je perds la notion du temps dès que je perds le soleil de vue..."

    "- Haha, c'est tout à fait moi, ça ! Même s'il ne me faut pas grand chose pour ça en fait... Rien que maintenant, je ne sais si ça fait déjà des jours que nous sommes enfermés, quelques heures seulement, ou quelques minutes interminables... C'est dire !" poursuivais-je.

    "- Et beh, sur qui suis-je tombé pour qu'il soit possible d'être pire que moi ?" ajouta-t-il hilare.

    "- C'est à toi de me dire pour le coup, hahaha !" fini-je.

    Puis, me revint à l'esprit ce dénommé Oggas. En laissant dériver mes pensées, je me suis même retrouvée à le détailler sans un mot : "Ce jeune homme, tout à l'heure... aux cheveux noirs et aux yeux bruns perçants... à quoi ressemblait-il à peu près...? Avec ses épaules droites, un bon port de tête, et un corps plutôt équilibré... En plus d'un tatouage qui s'étendait de son bras doit à sa joue, et des nombreuses cicatrices qui lui parcouraient le corps... Il avait des plaies fraîches également... Mais... Comment s'est-il fait ça ? Les plus récentes doivent dater de ce matin, mais qu'était-il parti faire...? Chasser peut-être...? Ou alors... je n'en sais rien en fait. D'ailleurs, que fait-il depuis tout à l'heure ? J'aimerai bien le savoir. Au moins, ça aurait pu me permettre de savoir dans combien de temps il nous sortira de là... Mais bon." Sortant de mes songes, j'observais tant bien que mal la petite boule de poil devant moi. Pendant mon silence, Lunol s'était allongé sur le sol, et se servait de mes jambes comme oreiller. "J'imagine qu'il veut juste se reposer..." Le laissant faire, je me permis de caresser son poil doux, et plutôt court pour un chien de son espèce. Puis, laissant l'atmosphère calme s'emparer de moi, je refermai les yeux, et m'assoupis un moment.

     

    A suivre...


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    Prologue :

     

    "Hmm...... suis-je...? Que... Ah, je me sens si... vide. Pourquoi suis-je ici...? Et surtout... Qui suis-je...? ... Cet endroit... c'est..."; Perdue, déboussolée, et en proie à l'incompréhension, une jeune fille se réveilla, allongée sur la roche froide d'une petite grotte, avec le sentiment de ne rien reconnaître... Pas même elle-même. Obscur lieu où s'illuminait quelques écritures dans une langue qui lui était inconnue, ou du moins, s'était ce qu'elle pensait. Se redressant lentement, partiellement assommée par l'impression pesante d'avoir dormit durant des siècles, la demoiselle observait autour d'elle le moindre détail. Ainsi, elle regardait la roche sombre, tâtait de ses pieds nus le sol glacial, et dans un frisson, fit l'effort d'avancer jusqu'à la paroi aux étranges écritures bleuâtres. Qu'est-ce que cela pouvait bien raconter ? Elle avait la vague impression de l'avoir su, il y a fort longtemps. Savait-elle au moins ce qui avait pu lui arriver...? Restant un moment à contempler les symboles intraduisibles, elle se décida finalement à sortir de la pièce, guidée par une faible lueur. Elle supposa que celle-ci devait indiquer la lumière extérieure, mais quelle fut sa surprise en trouvant un endroit désert, grisâtre, et sans soleil ! Seuls les nuages parcouraient le ciel, et leurs variantes ténébreuses n'étaient pas des plus rassurantes. Jetant un œil un peu plus attentif aux alentours, elle s'aperçut qu'elle se trouvait quelque part, en pleine forêt, et qu'un long chemin sinueux et peu engageant se dessinait devant elle. Repoussée à l'idée de s'y aventurer de suite, la jeune fille préféra d'abord rester un moment, et se jauger elle-même. Elle pensa:"Suis-je même capable de me débrouiller...? Et mon corps, dans quel état est-il...?";

    S'examinant sous toutes les coutures, la demoiselle se rendit bien vite compte de l'état dans lequel elle se trouvait. Ne portant rien de plus qu'un vêtement déchiré au niveau des genoux pour lui servir de pantalon, et étant en partie recouverte de bandages aux bras, aux jambes, et au torse, elle sentait le froid caresser sa peau de son doux baiser, et la faire trembler imperceptiblement. Ses longs cheveux blonds, d'une allure plutôt sales, très peu entretenus, et fourchus au niveau des pointes, se laissaient porter par ce vent léger, ainsi que le bout des bandelettes qui le pouvaient. L'heure était au crépuscule, et le ciel grisâtre commençait à se mêler à l'orange. Les teintes brumeuses flottaient devant elle, et cette sensation de gèle la prit d'un coup. Ses joues se mirent à se contracter, et deux fentes sur celles-ci la faisaient souffrir en silence. Elle passa un doigt sur sa joue droite là où elle sentait la brûlure, et perçut cette fine coupure qui lui fendait sa peau pâle et fraîche. Inquiète, elle fit de même pour son autre joue, et fit le même constat. Inconsciemment, elle commença à jurer en silence, et pensa:"...Mais comment ? Comment me suis-je fait ça ? Et pourquoi surtout ! Je..."; Puis, réalisant que le temps la pressait un peu, elle se mit à marcher, sans le vouloir vraiment. "Qu'est-ce que je fais...? Qu'est-ce que je risque à faire ça...? Et s'il m'arrivait malheur ? Enfin... il ne faut pas partir perdante après tout. Commençons déjà par trouver un endroit où passer la nuit à l'abri du vent, à ce rythme, je ne tiendrai pas d'ici demain..."; Ainsi, la jeune fille se mit en quête d'un lieu pour dormir, sans être dérangée, ni par le temps, ni par personne. Au sein de cette lugubre forêt, nombre d'animaux dangereux pouvaient se cacher. Pourtant, elle ne ressentait aucune crainte, plus aucun doute là-dessus. Elle avait un but, un premier objectif: elle voulait savoir. Pas même un Dieu n'aurait pu l'arrêter dans son élan à ce stade. Et puis, pourquoi faire ?

    S'avançant plus profondément dans la forêt aux allures cauchemardesques, elle n'entendait que le bruit régulier de ses pas, marchant tantôt sur les feuillages d'automne, tantôt sur les branchages secs qui parsemait la route terreuse, tantôt sur le sol humide et boueux. N'ayant pas forcément le choix d'y poser les pieds, ces derniers la ralentissaient, la frigorifiaient, et l'handicapaient plus qu'ils ne l'aidaient. En effet, cette terre froide, et gorgée d'eau, à cause des températures qui ne tarderaient pas à atteindre le zéro, se cristallisaient directement sur elle, l'engourdissant encore un peu plus qu'elle ne l'était déjà. Sans refuge, sans vêtements secs, et déjà bien amochée, elle n'avait d'autres choix que d'avancer. Si elle s'arrêtait, elle serait perdue, aussi bien physiquement que fatalement. Peut-être les créatures qui peuplaient ces bois l'aideraient ? A moins qu'ils ne la dévoreraient ? Que savait-elle vraiment de ce monde ? C'était déjà un miracle qu'elle soit en vie ! Amnésique, blessée, à la recherche d'un logis, mais bien en vie ! et c'était ça, le plus important. Elle ne pouvait pas mourir maintenant, trop de questions étaient en suspens, et traversaient son esprit sans relâche. Cela faisait à présent une heure qu'elle suivait ce sentier. Sans savoir où elle se rendait, mais malgré ça, elle continuait. Puis, quand une voix qui semblait si lointaine, si irréelle, l'interpella, elle crut être devenue folle. "Toi... Eh, toi. Jeune fille des bois ! Regarde-moi, je suis là!"; Cherchant désespérément d'où cela provenait, la demoiselle regarda autour d'elle, sans lever le nez plus haut que l'horizon de son regard affaiblit par la nuit. Dans un bruit, qui semblait être celui d'une aile, ou d'une cape, quelqu'un se précipita vers elle, dans une course mesurée. Les pentes jalonnant la route étaient risquées, et une glissade suffisait pour se retrouver nez à nez avec un arbre, ou un fossé.

    Son interlocuteur n'attendit pas qu'elle réagisse, et déposa sa longue veste noire sur les épaules de la jeune fille accablée par le froid, la fatigue et la faim qui commençaient sérieusement à se faire sentir. Il dit ensuite sur un ton calme, malgré son inquiétude palpable:"Ça va aller. Laisse-moi t'apporter  mon aide, tu sembles en avoir grand besoin. Regarde-toi... c'est à peine si tu tiens debout. Viens."; Ne lui laissant que le temps de hocher timidement la tête, l'inconnu la plaça sur son dos, et la transporta avec quelques difficultés un peu plus loin. Pendant le trajet, il ne dit pas un mot, trop concentré à regarder où il mettait les pieds afin de ne pas trébucher, et tentait consciencieusement de conserver un équilibre dans cette posture instable et désagréable pour lui. Se laissant bercer par la marche régulière du jeune homme, la jeune fille s'endormit tranquillement sur ses épaules, la tête posée contre la sienne. Et tandis que son esprit perdait de clarté, elle entendait d'autres bruits de pas de part et d'autre d'elle, beaucoup plus légers, plus effacés encore. Comme une garde rapprochée, une escorte silencieuse, et qui faisait en sorte de se faire oublier. Ne prêtant pas plus attention à cela, elle se trouvait déjà dans les bras de Morphée quand ils furent enfin arrivés. L'inconnu la fit entrer dans une cabane de bois, et l'allongea dans le lit à l'étage, pour la laisser dans son sommeil paisible, alors qu'il prenait soin d'elle. Des heures durant, il était là, à son chevet, à l'observer, à marmonner quelques mots, à espérer, et attendre patiemment que sa patiente se réveille. Et ce fut aux premières lueurs de l'aube qu'elle ouvrit enfin les yeux.

    A son réveil, elle ne reconnut rien à nouveau. Mais cette fois, elle ressentait une sensation de bien-être. Elle ne souffrait plus, et se souvint rapidement des heures d'avant. Ainsi, elle regarda autour d'elle, d'abord immobile, pour voir un toit de bois, une lumière chaleureuse éclairer la pièce de ses teintes rosées, et sentait le doux parfum qui flottait dans l'air lui ravir le palais. A qui appartenait-il ? Jamais elle n'eut sentit cette odeur avant... avant... Puis cette certitude se flouta, jusqu'à ne devenir qu'une hypothèse indéfendable à ses yeux. En tout cas, cela lui évoquait un sentiment familier, et lui donnait l'envie de rester ici pendant encore un moment, sans rien faire. Puis un bruit de patte qui tape le planché, son qu'elle ne connaissait que trop bien, pour des raisons obscures, la fit se relever d'un bond. Puis, se retournant vers une pièce pourtant vide à première vue, elle s'interrogea:"Hm...? J'aurais pourtant juré que... Non, j'ai dû rêver."; Jetant un œil à la chambre, elle s'assit en tailleur sur le lit, et s'aperçut que l'homme qui l'avait aidé hier était là, assit sur une chaise à côté du lit, la tête dans les bras, qui eux, étaient posés à quelques centimètres de là où elle se trouvait quelques instants avant. Il ne portait qu'une fine tenue de coton noir, ce qui le faisait ressembler à un membre de société secrète. Il déteignait complètement avec l'intérieur de ce qui semblait être sa propre maison. Mais après tout, à quoi bon juger un sauveur ? La jeune fille reprit la veste sur laquelle elle avait dormit, la plaça avec lenteur sur les épaules de l'inconnu. Sûrement à cause du bruit, du vent créé, ou de sa phase de sommeil, l'action le fit sortir de sa torpeur. Et dans un faible gémissement, se redressa, s'étira, et regarda la demoiselle d'un regard somnolent. Une fois qu'un éclair semblait avoir frappé son esprit, il semblait gêné, et incapable de parler le temps de quelques secondes. Puis la parole lui revint, et commença à converser avec sa protégée:"- B-Bonjour... Tu te sens mieux...?

    - Oui. Mais... Pourquoi m'as-tu aidée...?

    - Oh... Et bien je... enfin, c'est mon devoir, voilà tout.

    - Comment ça...ton devoir?

    - J-Je... je ne pense pas que tu comprennes... Il est encore bien trop tôt pour ça. Mais, tu dois avoir faim, non ? Viens, rejoins-moi à la cuisine dans quelques minutes, le temps que je te prépare quelque chose. Tu veux bien ?

    - Volontiers.";

    Le sourire qu'arborait le garçon paraissait étrange pour la jeune fille, et tandis qu'il sortit de la chambre en silence, elle le dévisagea avec une question en tête:"Comment ça...? D'où est-ce trop tôt ? Et puis, je...-". Soudain, une bébête poilu s'engouffra dans la pièce à la vitesse de l'éclair avant de lui bondir dessus sans prévenir. L'animal roux lui lécha frénétiquement la joue, et malgré sa faible corpulence, il avait réussi à la déséquilibrer. Trônant au-dessus d'elle, le renard au regard vif et plein de vie semblait vouloir jouer avec elle. Ses pattounes dansaient sur le lit, et dans leur course folle, déroutaient encore davantage la jeune fille:"Mais qu'est-ce que tu fais !?"; Puis, sans vraiment comprendre pourquoi, elle se mit à rire bêtement, et à prendre part au jeu proposé par l'animal. A peine quelques secondes après le début de la "partie", une sorte de serpent vert feuille, de petite taille, aux yeux démesurés, entra dans la chambre, et commença à faire la leçon au jeune renard à grands coups de:"Vipé, Vipélierre! Vipélierre!! Vi-Vi, Vipé!"; L'animal roux capitula complètement quand la créature mystérieuse sortit deux lianes de son col de lys avec un air menaçant. Quel étrange spectacle était-ce là ! La petite chose verte emmena ainsi le renard avec elle, et invita la demoiselle à la suivre par la même occasion, se qu'elle fit sans broncher. Descendant prudemment les marches étroites, elle se rendit à la cuisine, qui avait des airs de lieu fantastique, tellement tout ceci lui paraissait farfelu. Des peluches sur le haut des meubles, comme dans la chambre, des découpes décoratives du bois, faites de volutes et de ces même symboles étranges que ceux qu'elle avait vu dans la grotte le jour d'avant. Un endroit pour entreposer un chaudron, quelques belles plantes pour décorer les vases, fenêtres et murs, une table à peine suffisamment grande pour manger à plus de deux, et de nombreuses sculptures en bois disposées un peu partout dans les quelques vitrines visibles.

    Certains murs étaient également recouverts de peinture, peintures qui formaient des fresques féériques; quelques dragons, quelques autres créatures, et quelques humains, que je ne reconnus pas au premier abord, étaient mis en scène dans ces petits dessins. Alors que j'observais intensément cette œuvre qui me faisait écho, pour je ne savais trop quelle raison, le jeune homme me sortit de mes pensées:"- Je vois... Cela te rappelle quelque chose ?

    - C-comment ça...? Ça devrait ?

    - Sûrement... Étant donné que ces fresques sont de toi. Et... En fait. C'est pire que ça...

    - J-je... je ne suis pas sûre de bien tout saisir là...

    - Et pourtant. Cette maison, cette décoration, cette fantaisie, c'est la tienne.

    - Mais... comment ? Et dans ce cas là, qui es-tu ?

    - En voilà une bonne question... Mais est-ce vraiment raisonnable de te le dire maintenant...?

    - Quel était ton but en m'aidant ? Et pourquoi m'avoir amenée ici ? Que m'est-il arrivé ?

    - Trop de questions d'un coup... Tu sembles bien trop perdue pour l'instant, alors je vais te poser une question. Une simple question.

    - ... Je t'écoute.

    - Si tu devais découvrir un monde... voudrais-tu aller ?

    - Et pourquoi une telle question ? C'est absurde !

    - Réponds-moi, s'il te plaît. Du moins, juste . Et si tu n'en connais pas le nom, décrit moi l'endroit.

    - Et bien... Je ne suis pas du genre à aimer rester trop longtemps au même endroit... La routine, j'évite.

    - Donc, tu veux vivre des aventures, explorer, voyager, découvrir par toi-même, et...

    - Tu m'ôtes les mots de la bouche. Mais pourquoi cet air contrarié ?

    - Pour rien. Disons qu'il reste une chose... Quel serait ton but ?

    - Mon but ? Et bien... Sachant que je ne sais rien sur quoi que ce soit pour l'instant je...

    - C'est ce que tu crois... Mais tu renfermes bien des choses, plus ou moins belles, au fond de toi. Désirerais-tu t'en souvenir ?

    - Q-Quelles choses...? Et... comment le sais-tu ?

    - Je sais beaucoup de choses, mais ce n'est pas vraiment une chance. Disons que... c'est un devoir. Et donc, je dois savoir comment te guider au mieux. Alors, acceptes de coopérer, je t'en prie.

    - Croire un inconnu qui m'a sauvée du froid, et qui semble en savoir bien plus sur moi que moi-même, j'ai un peu de mal, j'avoue.

    - Alors... veux-tu aller ?

    - En fait, je m'en fiche du moment que je ne suis pas contrainte à vivre sous le joug de quelqu'un. Et même si mes devoirs me forcent à obéir à quelqu'un, je ne veux pas avoir à lui rendre de compte. Ce qu'il serait plus simple, c'est que je sois cette personne, à qui je devrai rendre des comptes, de manière à suivre mon aventure comme bon me semble ! Voilà. Ça te va, c'est bon ?

    - Tu ne devrais pas t'énerver pour ça... Bien. Maintenant que j'ai toutes les infos nécessaires, tu veux partir quand ?

    - Maintenant. Pourquoi attendre ?

    - ... Comme tu voudras... Mais, je vais juste te dire une chose. Tu reviendras un jour, sois-en assurée. Et même si tu oublies ce détail, n'oublies pas une simple chose: Moi, Vay, je garderai toujours un œil sur toi. Ne l'oublie jamais.";

    D'un coup, en une simple incantation, le jeune homme tendit la main vers moi d'un mouvement violent, et je fus transportée dans un monde qui me parut inconcevable. De la même manière que je me retrouvais quelques heures avant sur un socle de pierre dans une grotte bordée de forêt, c'était surprenant de voir à quel point c'était identique. Néanmoins, les symboles, cette fois-ci, n'étaient pas les mêmes. Ceux-là, je pouvais les lire:"Toi, qui t'es vu pousser des ailes. Va, vole parcourir ces terres, et découvre ce qu'elles recèlent, ce qu'elles te cachent, ce qui te lie à elles jusqu'à la fin de ton passage ici-bas. Suis ton cœur qui mène tes pas, et écoute ton destin. Ton passé ressurgira enfin, du fond des âges, du fond des âmes, du fond des abîmes des vies qui peuplent ce monde. Et ne te perds pas en chemin. Nous te souhaitons bon courage, tu en auras besoin."; Répétant les mêmes gestes, je me rendis enfin dehors, et constatais une très nette différence entre les deux mondes si similaires: le ciel était d'un bleu azur, et la forêt d'un vert printanier. J'avais peine à croire que cette téléportation avait pu être instantanée. Toujours dans le même accoutrement inapproprié pour ce monde, je me mis en route d'un pas assuré. "Peut-être cette fois pourrai-je obtenir les réponses que j'attends. Et... me changer, aussi...". J'avançais, sans vraiment savoir où je me rendais, traversant le sentier forestier fleuri et enchanteur. Combien de détails m'avaient ralentit ? Combien de choses m'avaient émerveillées, attirées, retenues un instant, le temps que je les observe d'un peu plus près le long du chemin ? Cela ne m'importais que peu. Au moins, j'arrivais finalement quelque part. Ce qui me parut être un petit village, peut-être de pêcheurs, mais sûrement d'humains. Que pourrai-je bien trouver là-bas ?


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