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    Prologue : Un incident tragique

     

    Je suis une orpheline qui a dû apprendre à vivre par elle-même dans un monde sauvage. Mon village a été détruit par un monstre par un gigantesque monstre blanc. Je ne me souviens plus de mon nom, cela fait si longtemps que je n'ai plus personne à qui parler...

    A l'époque, je ne savais pas de quelle bête il s'agissait, et cela reste encore un mystère pour moi mais j'ai été à la fois charmée par sa beauté et horrifiée de sa puissance. Il avait détruit mon village, mes amis, ma famille en une minute à peine... Si je n'en avais pas fait qu'à ma tête ce jour-là, je n'aurais pas survécu moi non-plus, à ce dragon blanc.

     

    J'ai toujours eu cette attirance étrange pour la vie sauvage. Les monstres, les rumeurs que j'entendais d'eux et la peur qu'ils inspiraient à mes ainés m'ont empli de curiosité. Et cette curiosité, c'est ce qui m'a sauvé ce jour-là.

    D'après les rumeurs qui circulaient, un Rathalos d'une étrange couleur bleue cyan s'était aventuré aux alentours du village. Tout le monde s'était cloitré dans le village en conséquence par mesure de sécurité, mais je voulais voir à quoi ressemblait la créature.

    Ce Rathalos, je n'eus l'occasion de l'observer que quand il volait dans les cieux tandis que la pâleur des nuages m'éblouissait.

    Puis, l'être azur a commencé à fuir rapidement... Je me demandais pourquoi, bien sûr, mais quand j'ai vu une ombre blanche fondre dans des cieux qui s'assombrirent d'un seul coup dans son sillage, et quand j'entendis ce râle qui, si aujourd'hui je l'entendais de nouveau, je le reconnaîtrais entre tous, j'ai su que le sort du village était scellé.

     

    S'en suivit alors pour moi un long moment d'errance dans les contrées d'Erkam.
    La forêt, le fleuve qui coule en son sein, les plateaux et falaises alentours offraient tout un univers à découvrir. Un univers duquel j'avais si longtemps été préservée.

    Les monstres et les ressources s'y trouvaient par centaines. Et c'est à cette période que je pris goût pour la vie des espèces qui y vivaient. J'avais toujours sur moi un petit carnet dans lequel j'ai commencé à noter toutes mes observations et astuces, au point de les connaître tellement que je n'avais même plus besoin d'y jeter un œil.

    J'avais 15 ans quand j'ai dû me débrouiller par mes propres moyens sans possibilité de trouver de réconfort nulle part. J'ai appris l'art des combinaisons d'objets, et par la même occasion, l'art de la chasse, tout en entretenant mon langage écrit, ce précieux langage qui pouvait disparaître par manque d'interactions sociales.

    Au début, je n'avais que mes poings, mes pieds et des cailloux trouvés sur ma route pour chasser. Mes premières proies furent donc de petits animaux, tels que les Kelbi par exemple. À force d'exercice, je gagnais rapidement en endurance, même si dans mes débuts, l'épuisement se faisait sentir rapidement.

    J'ai appris à simplement les surprendre et les assommer sans les tuer pour mes besoins les plus basiques. Et sur ces bêtes, à l'aide d'une petite lame de couteau que j'avais repris des vestiges de chez moi, je récupérais peau, viande ou corne de l'animal.

     

    En parallèle, je ramassais tout ce que je pouvais prendre dans mes bras pour me faire un abri de fortune. J'avais établi mon coin près d'un grand arbre couvert de lianes. À l'endroit où son tronc se scindait en branches se trouvait un espace suffisamment large pour que je m'y installe.

    Ainsi, avec les ressources que je trouvais, je fis une structure en os ramassés près de nid de monstres abandonnés non loin de là, que j'avais solidifiés et rattachés entre eux avec du lierre et de la peau de Kelbi séchée préalablement au soleil.

    J'ai eus énormément de chance de ne pas avoir rencontré de prédateur pendant cette phase transitoire, car je n'aurais jamais pris le coup de la vie sauvage autrement.

    Mais la nuit, le danger rôdait dans la forêt, et je ne me sentais jamais vraiment en sécurité. Des monstres puissants passaient au pied de mon abri, et je pouvais les admirer à loisir sous réserve de ne pas attirer leur attention. De quoi faire quelques dessins d'observations de ces monstres majestueux.

    Je refusais simplement de tenter de les approcher de plus près car ils avaient l'air en quête de nourriture, et j'aurais été une cible facile pour tous les grands prédateurs que je reconnus. Parmi eux se trouvaient des wroggis et leurs chef, ainsi qu'un Tigrex teigneux, une Nargacuga furtive, et d'autres encore que je ne connaissais que d'apparence.

     

    Vivant ainsi à un rythme devenu une sorte de routine, je me risquais à commencer à explorer davantage les environs, mais le village le plus proche était à plusieurs dizaines de kilomètres de là, et le rejoindre à pied rimait avec une très longue et éprouvante expédition.

    En prévision de ce voyage, je fis en sorte de récupérer les matériaux nécessaires pour me fabriquer une armure sommaire de bois et de peau de Kelbi, ainsi qu'une sacoche en peau, une sorte de corde de lianes qui risquait de me servir au cas où je devais tenter des phases d'escalade et un frêle bouclier de bois.

    Je m'étais également essayée à la fabrication d'un arc, mais celui-ci était trop fragile pour faire de gros dégâts. Je me dis donc que je ne l'utiliserai que pour des cibles volantes, moins résistantes que celles au sol.

    Bien sûr, rien n'était de très bonne qualité, et ce voyage dans l'infortune ne pouvait qu'être difficilement mieux préparé dans de telles conditions.

    Quelques longs mois étaient passés depuis la destruction du village par ce monstre blanc gigantesque. Ce monstre intrigant, en y repensant, avait des airs mystiques. Je savais qu'un jour, je serai amenée à le recroiser... Je choisis donc de lui donner un nom : Kalys.

    Ce fut le premier nom qui me vint en tête pour le nommer. Kalys, le dragon blanc qui a détruit mon village... En réfléchissant à tout ça, et à mon départ prochain, je pris le temps de me rendre une dernière fois dans les ruines d'abord pour prier, puis pour jeter un dernier coup d'œil à l'endroit. Après tout, il se pouvait que la dernière fois, j'ai laissé quelques objets utiles et en bon état dans les décombres.

     

    Une petite demi-heure de marche sur une route que je ne connais que trop bien maintenant me permis de me rendre sur le lieu de mes prières. Je m'aventurai régulièrement dans les environs car le village était anciennement construit non loin du fleuve, mais je n'avais pas osé y remettre les pieds depuis si longtemps...

    Je ravalais mon angoisse pour retourner sur ce lieu, puis je choisis de m'arrêter devant ce qui devait être chez-moi avant l'incident. Je m'agenouillais donc puis pris le temps de me recueillir. Je priais pour que les âmes de tous ceux que je connaissais soient en paix, mais aussi pour qu'ils veillent sur moi lors de mon voyage pour rejoindre un endroit plus civilisé que ces terres sauvages.

    Une fois ma prière achevée, je me levais avec respect et contemplais une dernière fois les lieux avec attention et nostalgie. En tournant sur moi-même lentement, je détaillais chaque élément en repensant à son allure d'antan.

     

    Le village de Maihyl, dans les contrées d'Erkam était un village très modeste, isolé de toute autre civilisation par la faune sauvage qui la coupait du reste du monde. Nous n'avions jamais eu le moindre visiteur étranger, tandis que nous nous rendions parfois dans d'autres villages à des jours de marche de là pour y échanger les produits les plus utiles et réputés de nos régions.

    J'ai souvenir que notre village a toujours été en de bons termes avec les autres, même si personne n'avait jamais osé se confronter aux dangers de la forêt et des plateaux d'Erkam pour nous rendre visite.

    Notre village se débrouillait donc avec les ressources naturelles du coin. Nous ne repoussions jamais les monstres sauvages, vu qu'ils venaient par ici pour s'abreuver, mais aucun d'eux ne nous avait jamais vraiment attaqué depuis des décennies, malgré la crainte qu'ils nous inspiraient.

    Les maisons étaient faites de structures de bois ou d'os, et les charpentes et les murs étaient principalement composés de bois là encore, et de peau. Le troc était monnaie courante, et chacun organisait ses plans selon les ressources qu'ils s'échangeaient les uns les autres. Mais malgré ça, les expéditions inter-villages nous étaient tout de même nécessaires.

    En effet, nous n'avons pas assez de diversité d'ingrédients ici pour avoir une alimentation équilibrée. Les céréales et les légumes que nous faisions pousser venaient des graines que nous leur avions achetés. Hélas, depuis le carnage, seuls de rares plans de tomates ou de blé ont réussi à repousser parmi les décombres, mais rien de suffisant... même pour une consommation individuelle.

     

    En fouillant près des anciens champs, je trouvais des morceaux de pots de terre cuite et d'argile peintes brisés. Et non loin de là, un objet scintillant attira mon attention. Tout le métal du village avait été importés d'autres endroits, souvent difficiles d'accès depuis les failles des plateaux.

    Cet objet scintillant, c'était un pendentif. La pierre saphir était cernée d'une sorte d'anneaux d'acier gravé de symboles. Je me demandais de quoi il pouvait bien s'agir, mais je choisis de pendre l'objet et de l'enfiler au bout d'une corde de lierre afin de m'en faire un collier. Peut-être me portera-t-il chance ?

    J'avais beau balader mes yeux dans tous les recoins, je ne vis rien de plus qui pouvait m'être utile d'une quelconque manière, et je choisis de retourner à mon abri. Le soleil déclinait déjà, et le lendemain allait devenir ma première véritable expérience dangereuse dans la terre d'Erkam.

    La nuit s'annonçait difficile, face à mon angoisse croissante... Comment tout ceci allait-il bien pouvoir se finir ? Pour me calmer avant que la nuit ne tombe complètement sur la forêt, je choisis de relire mes notes sur tout ce que j'avais appris depuis le début de mon séjour forcé ici en espérant pouvoir trouver le sommeil.

     


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    Story of Season – Trio of Towns : Oser faire le geste.

     

    Prologue : Trouver le courage

     

     

    Event : Déménagement ; Temps clair / pluvieux ; Jour : Fin Février.

     

     

    Sous le ciel fade et d'une journée d'hiver humide, une jeune femme âgée de dix-neuf ans était assise sur une souche d'arbre dans la forêt. Son carnet à dessin sur les genoux et un crayon de papier dans la main gauche, Jade contemplait le silence qui l'environnait.

     

    Elle était venue ici pour souffler après une journée qu'elle estimait bien trop tendue pour être normale. La jeune femme se doutait de quelque chose, car ses parents semblaient être sur les nerfs depuis ce matin.

     

    Prévoyante, Jade préférait fuir les tensions, attendant par cette excursion solitaire que les esprits se calment chez elle.

     

    Perdue dans ses pensées, elle restait figée à regarder l'horizon boisé.

     

     

    A-t-on besoin des autres pour exister… ? … Est-ce que ma vie me plaît ? … Et puis, qui suis-je vraiment… ? Qu'est-ce que je vais devenir ? Qu'est-ce que je fais de ma vie… ? soupira-t-elle longuement, déprimée et complètement perdue. Encore et toujours ces mêmes questions qui tournent dans ma tête. Il faut que je me ressaisisse. Ce n'est pas avec de la rhétorique que je vais comprendre ce que je veux vraiment faire… ! se sermonna-t-elle mollement.

     

     

    Elle posa les yeux sur son carnet ouvert. Sur la double page, des esquisses rapides de plantes et d'animaux y étaient représentées. Observant sans aucune fierté les lignes grises de ses dessins, pourtant fidèles à la réalité, elle fronça les sourcils.

     

     

    J'ai beau adorer dessiner, il faut que je me rende à l'évidence… Ce n'est pas avec ces trucs minables que j'arriverai à quoi que ce soit dans un monde aussi impitoyable… Je ne peux pas être une artiste… pensa la jeune femme, désœuvrée. Non, je ne peux pas vivre de mon « talent », si t'en est que j'ai eu un un jour, sans avoir de filet où me réceptionner. Il me faut autre chose…

     

     

    Jade : Peut-être l'écriture dans ce cas… ? murmura-t-elle sous son souffle, fermant son carnet avec rudesse. Non, c'est pareil. Ça ne mène à rien si je ne peux pas en vivre… Alors quoi ? Qu'est-ce que je suis censée faire, maintenant… ?

     

     

    Jade détailla les alentours avec bien peu d'entrain. Elle aimait cette forêt, elle s'était faite à cette vie ennuyeuse qui était la sienne, mais elle ne supportait que difficilement la vie avec ses parents. Elle songeait à partir, prendre son envol bientôt, mais pour cela, elle devait avoir un véritable projet de vie.

     

    La jeune femme réfléchissait depuis des mois à ce qu'elle pouvait faire avec ses passions, mais rien ne lui convenait. Elle était douée dans des domaines où la chance avait un grand rôle pour la réussite, et étant quelqu'un de sensible, elle savait que son moral ne tiendrait pas le coup face à la concurrence.

     

    Être artiste était un rêve qu'elle avait nourri à une époque révolue, s'étant résignée à n'en faire plus qu'un passe-temps. C'était la même chose pour l'écriture.

     

    Par le passé, ses professeurs lui soufflaient qu'elle avait un talent pour inventer des histoires, mais elle niait leurs remarques, ne pouvant décemment pas les croire.

     

     

    Après tout, elle passait ses journées couvertes de reproches, notamment par son père, Daryl, et sa petite sœur, Lynn, qui prenait systématiquement le parti de ses parents. Enfin, sa mère, Marlena, était plus douce que les deux autres, mais Jade la trouvait hypocrite sur certains points.

     

    En effet, elle avait pris pour habitude de se soumettre à l'avis de son mari sans aucune once de réflexion dès que le ton montait ; et comme Jade se rebellait souvent face aux espérances décadentes et fermées de son père, elle se retrouvait facilement seule contre tous.

     

    Cette situation, la jeune femme la vivait tous les jours, et ressentait de plus en plus le besoin de s'éloigner d'eux autant que possible.

     

     

    Je ne veux pas rentrer… Pas tout de suite… Je sais qu'ils vont m'annoncer quelque chose, encore une décision qui ne va pas me plaire… Et plus je tarderai à rentrer, plus je vais les mettre en rogne, mais… Je n'en ai pas l'envie… Pas ce soir, non, pas ce soir, s'avoua-t-elle, refroidie par ses impressions de la matinée.

     

     

    Jade : Non, il le faut. Je dois faire face ! se reprit-elle, perdue dans le même débat intérieur qu'elle tenait depuis des semaines déjà. Ce soir, je rentre ! Il est seulement 18h, le temps que j'arrive, je serai là à temps pour dîner, et ils ne pourront rien me reprocher. Oui, faisons ça…

     

     

    À ces mots, la jeune femme se leva lentement. Elle rangea son fidèle carnet dans le sac en bandoulière noir qu'elle portait par dessus un gilet assorti, à la seule exception des liserais blancs qui longeait la capuche et la fermeture éclair de la veste ample. Un collier d'aigle pendait à son cou par une corde qu'elle avait nouée elle-même il y avait des années de cela.

     

    Puis, elle plaça son crayon dans la petite poche où elle laissait les quelques fournitures dont elle se servait ; à savoir des stylos bics noirs et bleus, des crayons dont la mine était usée et une gomme entamée jusqu'à la moitié. Jade referma sa sacoche, la mine sombre.

     

    Son regard se posa sur le bracelet à son bras droit, visible parce qu'elle avait retroussé les manches de sa veste ouverte, et qui laissait voir un t-shirt gris avec une image de forêt et pour inscription : « Travel the World… and find your magical place ».

     

    Ce bracelet avait un sens particulier pour la jeune femme, dont elle contemplait les cinq perles qui le composait. Deux carrés bleus formaient l'extrémité, deux carrés rouges suivaient, et une perle ovale d'un violet sombre, presque noir, se trouvait au centre du bijou fabriqué à la main.

     

     

    Jade : Alexia… sourit la jeune femme en se plongeant dans des souvenirs heureux, … il faudrait que je te recontacte prochainement… J'ai besoin de te revoir bientôt, ça remonte déjà à plus d'un an la dernière fois qu'on s'est parlée sérieusement…

     

     

    Elle leva la tête vers la cime des arbres, un sentiment de vide au ventre. Jade voulait prendre des nouvelles de sa meilleure amie, passer du temps avec elle et se changer les idées. Après tout, c'était leur habitude que de ne se voir que très rarement, et donc de profiter de ces quelques occasions pour passer une journée toutes les deux, loin de tout.

     

    C'était dans cette forêt qu'elles s'étaient promenées la fois précédente ; un balade nostalgique à deux, qui leur rappelait les excursions dans les bois avec leur école primaire.

     

    Cela faisait longtemps que Jade n'avait plus remis les pieds ici, et pourtant, elle s'y sentait si bien. Cependant, elle devait faire face à la réalité, et se mettre en route pour affronter ses parents une fois de plus.

     

    Cette situation lui pesait tellement qu'elle hésitait à rester pour un temps dans cette forêt. Après tout, il y avait possibilité de survivre parmi ces bois quelques jours malgré les ressources rares de nourriture par temps d'hiver, mais Jade n'en avait que faire.

     

     

    S'il fallait vraiment qu'elle se réfugie quelque part, elle avait plusieurs options. La première, sa chambre, mais rien de bien efficace pour se tenir loin de son père colérique. La seconde, ici même, si près de la ville et pourtant si loin de tout en apparence. Et enfin, aller vivre quelques jours chez sa meilleure amie d'enfance.

     

    Cette dernière option n'était pas si envisageable que ça pour Jade dans le cas d'une fugue, puisque la mère d'Alexia connaissait bien la sienne, et même si elles ne s'étaient pas revues depuis des lustres, les maisons des deux amies ne se trouvaient qu'à 15 minutes de marche l'une de l'autre.

     

    Cette forêt, à un peu plus d'un kilomètre de distance, et s'étendant sur au moins 3 km dans un sens, et 1,5 km dans l'autre, était bien plus sûr de ce point de vue là. Dire que je l'ai fait une fois, déjà… Ils m'en savent parfaitement capable, songea-t-elle un instant.

     

     

    Jade : … Si jamais la situation empire encore, je repasserai par ici… J'irais dormir dans cet arbre, loin de ma famille pour quelques jours… Mais bon, je suis presque sûre qu'il va encore vouloir me ramener de force à la maison, quitte à appeler les flics pour me retrouver, comme la dernière fois, lâcha-t-elle froidement en parlant de son père.

     

     

    Elle soupira à nouveau, désespérée face à l'acharnement de Daryl à vouloir lui imposer des choix auxquels elle n'a nullement consenti, mais peu lui importait pour le moment. Je ferais mieux de me mettre en route, se dit-elle pour se décider à marcher vers chez elle.

     

    Jade passa deux minutes en dehors des sentiers le temps de rejoindre la rivière qui les longeaient. Au fil du chemin, elle observait les environs sans y prêter de sentiment heureux.

     

    Cette forêt est endormie… comme ma motivation finalement, songea-t-elle avec cynisme. Vivement que les beaux jours reviennent, je commence à me lasser de me morfondre comme ça… Enfin, si seulement je pouvais y faire quoi que ce soit…

     

     

    La jeune femme, sentant quelques gouttes tomber, mit sa capuche en plaçant ses longs cheveux châtains du côté gauche de sa nuque, et poursuivit sa route sans modifier son allure. Puis ferma sa veste avant de remettre ses manches sur tout la longueur de ses bras qu'elle plongea dans ses poches.

     

    Ses Converses noires aux liserais blancs foulaient la terre sablonneuse du chemin qu'elle suivait. À un certain arbre couvert de gigantesques champignons plats, elle s'écarta du chemin principal pour en rejoindre un plus escarpé.

     

    Ses jambes frottaient contre les feuilles de plantes telles que des ronces ou des orties sans broncher, grâce à son pantalon noir qui les couvraient jusqu'au bout des chevilles.

     

    Après de courtes minutes de marche sous la fine pluie qui s'abattait, Jade arriva à un pittoresque petit pont de bois, qu'elle emprunta pour passer un fossé jonché de végétation épineuse.

     

    Puis, en arrivant de l'autre côté, elle poursuivit sa route afin d'arriver dans une grande clairière qui menait à des petites maisons aux grands jardins.

     

     

    Enfin sortie des bois, la jeune femme n'avait plus qu'à rejoindre et longer la route nationale qui passait non loin de là, traverser deux carrefours régis par des feux et continuer jusqu'à faire face à son ancien collège.

     

    Cette partie du trajet lui prit environ vingt minutes, et il ne lui en restait plus que trois avant d'arriver devant le portail de son jardin.

     

    Cette rue qu'elle suivait, elle l'avait vu pendant si longtemps déjà. Voyageant tous les jours pour en rejoindre les deux bouts pendant ses toutes dernières années d'études, du lycée jusqu'à son Bac et jusque dans ses études supérieures.

     

    Jade avait suivi une L avec option arts plastiques en tant que spécialité et choix facultatif, ce qui lui offrait 7h dans la semaine de pratique artistique au sein de son lycée, mais cette décision avait toujours fortement déplu à son père.

     

     

    Après l'obtention du Bac avec mention, elle s'était tout d'abord tournée vers des études d'arts, qui étaient malheureusement très coûteuses, et ses parents n'acceptèrent que de payer la première année.

     

    Elle avait donc fait une prépa intégrée sur Paris, mais n'ayant pas eu le soutien de sa famille pour poursuivre, elle avait été contrainte d'abandonner cette voie et d'aller dans une fac d'art qui ne lui plaisait pas.

     

    Elle n'y pratiquait pas, n'assistant qu'à des cours sur des œuvres et des artistes dont elle se fichait bien pour la plupart : et la charge de travail en dehors avait beau être minime, Jade n'avait jamais le courage d'en arriver à bout.

     

    Depuis longtemps déjà, elle avait perdu l'envie de travailler pour elle-même et se contentait très bien d'être moyenne dans de nombreux domaines. La jeune femme refusa de retourner en cours après deux longs mois de souffrance, considérant cela comme une perte de temps puisqu'elle ne se satisfaisait pas de cette nouvelle formule.

     

     

    Depuis bientôt quatre mois, elle passait une partie de ses journées sur des puzzles, étant une grande amatrice de jeux de réflexion et de stratégie.

     

    Il lui arrivait de jouer du piano à ses heures perdues, sur le coup d'une inspiration qui repartait souvent aussi vite qu'elle était venue.

     

    Elle s'était également mise plus amplement à lire, notamment de la littérature anglaise, mais rien ne l'animait d'une passion quelconque.

     

    D'autres fois, elle reprenait ses vieilles consoles pour revivre l'expérience de ces jeux qu'elle adorait auparavant, mais qui l'avait lassée.

     

    Et le reste du temps, elle replongeait dans ses écrits ou ses croquis, méditant de longues heures sur ce qu'elle aurait dû changer dans sa vie pour être heureuse et s'épanouir. Mais rien n'y faisait, elle ne trouvait de réponse ni pour ce qu'elle aurait dû, ni ce qu'elle devait faire à présent.

     

     

    Elle arriva enfin chez elle vers 19h15. Jade ouvrit la porte d'entrée, se déchaussa en faisant glisser ses Converses tour à tour en appuyant du bout de ses doigts de pieds sur ses talons.

     

    Elle retira ensuite sa sacoche, qu'elle accrocha à la rambarde en bois de l'escalier, avant de la recouvrir de sa veste mouillée.

     

    La jeune femme entendait des voix s'élever dans le salon, qui parlaient une fois de plus de son cas.

     

     

    Daryl : C'est insupportable de devoir l'attendre à chaque fois ! Elle fait rien de ses journées, et trouve quand même le moyen de nous pourrir notre soirée ! Surtout à l'annonce d'une aussi bonne nouvelle, je n'y crois plus !!! râla son père, apparemment contrarié par l'absence de sa fille aînée.

     

     

    Marlena : Chéri, tu sais bien qu'elle n'aime pas l'ambiance de la maison… Par exemple, si elle rentrait à cet instant, je suis sûre qu'elle repartirait immédiatement… Comme cette fois-là, tu te souviens… ? plaida-t-elle pour tenter de l'apaiser.

     

     

    Daryl : Si elle est si bête que ça, et bien qu'elle parte ! Elle ne saura pas qu'on déménage, et ce sera considéré comme un abandon par sa petite sœur !! Mais qu'est-ce que c'est que cette remarque, enfin ! la sermonna-t-il.

     

     

    S'approchant du salon avec prudence, Jade sentait l'angoisse monter. Allez… un peu de courage… Tout ce qu'il peut te faire de pire, c'est te mettre dehors. Tu peux le faire, s'encouragea la jeune femme, toute penaude.

     

     

    Jade : … Bonsoir…

     

     

    Daryl : C'est que maintenant que tu rentres, toi !! s'énerva-t-il encore davantage en la voyant le saluer faiblement.

     

     

    Jade : … J'aurais pu rester dehors, si ça avait pu te faire plaisir. Mais apparemment, aucune des deux versions n'a l'air de te convenir, si j'ai bien suivi ce que tu viens de dire, affirma-t-elle à mi-voix, l'air maussade.

     

     

    Marlena : Bah alors, ma chérie ! Tu es toute trempée ! s'inquiéta sa mère en voyant le bout des longues mèches blondes de Jade qui avaient virés au brun avec l'eau.

     

     

    Daryl : C'est pitoyable ! Tu n'as donc aucun respect pour tes parents ?! Écouter ainsi aux portes !!

     

     

    Jade : … Ce n'est pas de ma faute si tu beugles comme un mufle, papa. On t'entend depuis le jardin, tu sais ? avoua la jeune femme avec froideur, sentant la colère monter progressivement.

     

     

    Daryl : Et à cause de qui à ton avis ?!

     

     

    La jeune femme lui lança un regard austère. C'est vraiment à moi qu'il demande ça… ? Pfff… je sais très bien que c'est moi le centre de leur débat à chaque fois, c'est pas la peine de me le reprocher, répondit la jeune femme par la pensée, conservant celle-ci à l'abri des oreilles de son père.

     

     

    Jade : … Et donc, vous parliez d'un déménagement ? poursuivit-elle, toujours focalisée sur le regard furieux de son père.

     

     

    Son paternel la toisa, son cœur probablement empli de dégoût pour ne pas avoir vu sa réaction en face. La vérité était qu'elle s'en fichait bien, tant qu'on lui laissait le choix de venir ou non.

     

    Cette liberté, c'était tout ce qu'elle voulait, et Jade savait pertinemment que les suivre ne ferait qu'empirer son calvaire. Sa décision était déjà prise.

     

    Daryl soupira longuement, lâchant un grondement mécontent au passage.

     

     

    Daryl : … Oui, on déménage. … Je sais ce que tu vas me dire : « Laisse-moi au moins le droit de choisir ! » ; alors voilà ce que je te propose : si tu refuses de venir, tu peux rester ici à crever de faim si ça te chante, mais je ne veux pas de tire-au-flanc comme toi sous mon toit !

     

     

    Jade : … Donc, si je comprends bien, tu « veux » que je vienne avec vous pour bosser ? Et que si je reste, c'est par fainéantise, c'est ça ? évalua-t-elle, tentant de déceler d'éventuelles incohérences dans le discours de son père.

     

     

    Daryl : Ce n'est pas ce que j'ai dit ! s’exclama-t-il en serrant les poings.

     

     

    Jade : … C'est pourtant bien ce que ça veut dire. Tu penses que je ne fais rien de mes journées ? C'est vrai que ce n'est rien de lucratif, mais je sais que si j'en avais eu les moyens – que tu ne m'as d'ailleurs jamais donné – j'aurais peut-être réussi à faire de l'une de mes passions mon métier, répliqua-t-elle, lui avouant enfin ce qu'elle lui reprochait depuis des années.

     

     

    Daryl : Je t'ai soutenue ! Tu ne nous l'as jamais rendu à sa juste valeur ! Tu ne te rends pas compte de ce que c'est que d'avoir une bouche à nourrir qui pèse comme un fardeau sur mes factures ! Tu es sous mon toit, et donc sous ma responsabilité ! Si tu n'en veux plus, alors pars à la campagne élever des vaches et des carottes comme ton oncle !

     

     

    Jade : Me soutenir une fois dans toute ta vie, c'est pas quelque chose que je peux te rendre « à sa juste valeur » puisque tu es mon père ; tu n'as jamais été un bon père pour moi, alors tu n'as aucun droit sur moi ! Même le respect que tu penses t'être dû n'a aucune valeur venant de moi ! Ce n'est qu'un masque, rien d'autre qu'une illusion que tu ne cesses de briser en haussant le ton ! Si tu tiens vraiment à faire de moi « ta petite fille adorée et parfaite » comme Lynn, il aurait suffit que tu te la fermes un peu et que tu me supportes un peu plus dans mes projets ! répondit-elle violemment, excédée par l'art de son père à se dévier des reproches qu'elle lui adressait pour l'attaquer sur d'autre point.

     

     

    Marlena : Allons, pensez un peu à Lynn qui travaille dans sa chamb- !

     

     

    Daryl et Jade : Peu importe !! lui hurlèrent-ils les deux teignes en furie, tandis que Lynn descendait dans le salon pour participer au débat.

     

     

    Lynn : … Je vois que vous êtes tous motivés, ce soir ! s'exclama-t-elle, heureuse.

     

     

    Jade : … Désolée, petite sœur, je ne voulais pas m'engueuler avec papa… Apparemment, c'était encore une idée stupide de ma part d'espérer que ça puisse être possible un jour, souffla-t-elle, observant toujours son paternel en chien de faïence.

     

     

    Lynn : Alors, t'es au courant ? sourit-elle, ravie. On va enfin partir d'ici ! Je suis si contente !

     

     

    Les parents restaient silencieux, attendant que ce soit Lynn qui raisonne Jade. Mais ils la savaient bornée, et se doutaient que cette tentative était vaine.

     

     

    Jade : … Je suis au courant oui. Mais je ne viens pas avec vous, affirma-t-elle en se tournant vers l'enfant de 9 ans aux cheveux roux nattés.

     

     

    Lynn : Quoooiii ??? répondit-elle, prenant un air triste. Non ! Tu ne peux pas partir, grande sœur ! Tu n'as pas le droit !

     

     

    Jade : C'est justement parce qu'on cherche à m'imposer une vie qui n'est pas la mienne que je pars, Lynn. Je défie jusqu'à ton autorité, pour mon propre bien-être. Est-ce que tu peux le comprendre ? répondit-elle, adoucissant le ton de sa voix.

     

     

    Lynn : … Mais… Qu'est-ce que tu vas faire, alors… ? l'interrogea-t-elle, presque les larmes aux yeux.

     

     

    Jade : … Je pense que je vais écouter papa pour une fois, affirma-t-elle en se retournant vers lui avec défiance. Je vais rejoindre mon oncle, et devenir fermière puisque c'est ce qui a été imposé en cas de refus. Mais je n'aurais qu'une seule et dernière condition.

     

     

    Elle était sincèrement sérieuse et sa voix à la fois lente, calme et froide ne pouvait qu'appuyer la stupéfaction de Daryl.

     

     

    Daryl : Tu n'es pas sérieuse ! lâcha-t-il, complètement choqué. Mais enfin, j'ai dit ça sous le coup de la colère ! Tu n'es pas faîtes pour être fermière !!! gronda-t-il, avec bien plus de véhémence encore.

     

     

    Jade : Ma condition est la suiv-

     

     

    Marlena : Non, je m'y oppose aussi ! Ce métier est bien trop rude pour la jeune fille délicate que tu es ! Ma chérie, restes, je t'en prie… ! supplia-t-elle, interrompant sa fille dans son élan, ce qui la mit hors d'elle.

     

     

    Jade : Ahah ! … Ahahahaha !! Moi, délicate ? DÉLICATE ??? Vous vous fichez de moi !! Est-ce que je pourrais avoir au moins UNE SEULE FOIS la possibilité de m'exprimer sans qu'on en me coupe la parole avec de telles inepties !?! … Je disais donc, ma seule et unique condition, papa, c'est que tu me laisses libre de vivre comme bon me semble là-bas ; fait comme si je n'existais plus, parce que tout ce que JE VEUX, c'est UNIQUEMENT que tu me foutes. LA. PAIX. À présent, vous m'excuserez, mais j'ai des valises à faire, finit-elle en ajustant ses lunettes noires, avant d'avancer furieusement vers les escaliers.

     

     

    Daryl : Misère, mais c'est donc pas bientôt fini ?!? s'égosilla-t-il férocement tandis qu'il se mit en tête de la rattraper.

     

     

    La rage envahissait Jade alors qu'elle entendait les pas assourdissants de son père gravir les marches, tel le tic-tac funeste d'une horloge qui irait plus vite que la normale.

     

    Elle se hâta dans sa chambre, la haine se nimbant brusquement d'angoisse alors qu'elle barricada comme elle le put sa petite chambre.

     

    La jeune femme se saisit de sa valise, l'ouvrit en quatrième vitesse, et s'empara des premiers vêtements qu'elle trouvait dans sa penderie ; ne prenant pas le risque potentiellement mortel de chercher à les trier.

     

    Son père était déjà à sa porte, appuyant sur la poignée avec force mais sans réussir à entrer. Elle avait réussi à gagner du temps.

     

    Aussi vite qu'elle le put, elle referma la valise tandis que Daryl frappait de son épaule pour enfoncer la porte de sa chambre en hurlant à quel point elle était stupide, inconsciente, et irresponsable.

     

     

    Alors qu'elle jeta un coup d’œil par la fenêtre pour s'apercevoir de la hauteur à laquelle elle se trouvait par rapport au sol, elle réalisa qu'elle était coincée.

     

    Elle pensa alors immédiatement à se faufiler sous son lit sur-élevé où elle pouvait encore se glisser, mais il était déjà trop tard.

     

    En un grand fracas, Daryl enfonça la porte, et sa fureur n'en était que plus grande de voir sa fille le craindre.

     

    Jade tenta de fuir dans sa planque et se mettre à l'abri du courroux de son père, mais il l'attrapa par le bras, la fit valser si violemment qu'elle en tomba en sol, puis vint lui asséner le coup de grâce.

     

    En une puissant claque sur la joue, Daryl fit exploser sa colère. Cependant, il regretta à l'instant même où sa main toucha la joue de sa fille, ne mesurant pas sa force.

     

     

    Jade gisait au sol, n'osant pas gémir, encore trop sonnée par la puissance de cette agression. Tremblante de tout son corps, les larmes coulèrent de douleur et de haine.

     

    Elle avait du mal à respirer, sujette à la panique, alors que son père resta figé devant ce misérable spectacle qu'il avait engendré.

     

    Entre deux sanglots, la jeune femme réussit à souffler ces mots : « Seuls les tyrans ont besoin de recourir à la force pour se faire respecter. » ; avant de perdre connaissance.

     

    Sous le choc, son père s'agenouilla à ses côtés, prenant conscience de l'absurdité de son acharnement. Il n'osa pas l'avouer, mais il avait été injuste avec elle, et depuis tout ce temps, il reportait la faute sur elle alors que c'était lui qui était en tort.

     

    Quand il le comprit enfin, il murmura, les larmes aux yeux : « Qu'est-ce que j'ai fait… ? »

     

     

    Derrière lui, Lynn et Marlena vinrent voir ce qu'il se passait, n'entendant plus le moindre éclat de voix depuis bien deux minutes.

     

     

    Marlena : … Tout va bien chéri… ? M-M-Mais !!! Que … ! souffla-t-elle, estomaquée de comprendre ce qu'il venait de se passer. Non, tu ne l'as pas… ! Si… ? murmura-t-elle les larmes aux yeux, la croyant morte.

     

     

    Lynn : … Qu'est-ce qui lui prend, à Jade… ? demanda la fillette innocemment, ne comprenant pas le fond du problème. Elle fait dodo déjà ? Pourtant c'est pas l'heure !

     

     

    En l'entendant, Marlena pleura de plus belle. Son mari se retourna vers sa famille et leur annoncer, la mort dans l'âme, ses profonds regrets.

     

     

    Daryl : Rassurez-vous, elle est vivante… Mais… C'est de ma faute, tout est de ma faute ! Je n'aurais jamais dû lui imposer tout ça… ! Je… suis désolé d'avoir eu besoin de … faire « ça » pour le comprendre…

     

    ***

     

    Quand Jade revint à elle, un étrange sentiment de colère froide l'animait encore, mais elle ne comprenait pas pourquoi ; elle n'avait plus en tête les événements de la soirée précédente.

     

    Elle ouvrit les yeux et eut l'impression qu'il s'agissait d'un matin comme les autres au premier abord, mais quand elle posa les yeux sur le carnage de sa chambre, elle eut comme un choc.

     

    Réalisant que ce n'était pas un simple cauchemar, elle se figea. Son corps se mit à trembler de plus en plus fort, l'angoisse se lisant dans les yeux de la jeune femme qui commençait une crise de panique.

     

    Examinant son état émotionnel et physique avec effroi, ses larmes brouillèrent sa vision. Elle avait mal, aussi bien au corps qu'à l'âme, elle souffrait terriblement.

     

    Sa respiration saccadée se fit plus difficile et plus forte, angoissant encore davantage à l'idée que qui que ce soit la voie dans son état.

     

     

    Le simple fait d'entendre que l'on frappait à la porte à cet instant faisait qu'elle préférait mourir si elle le pouvait plutôt que d'affronter cet inconnu.

     

    La petite voix qui filtrait à travers la porte avec bienveillance et inquiétude était une voix qu'elle n'avait plus entendue depuis des lustres.

     

    Comprenant alors que quelqu'un avait demandé à ce que sa meilleure amie vienne la consoler, une perplexité s'empara d'elle. Mais elle chassa cette idée, l'invitant à entrer dans la pièce.

     

     

    Jade : … E-Entre…

     

     

    Alexia : … Bonjour Jade… souffla-t-elle alors qu'elle prenait tout à coup conscience dans l'état dans lequel la jeune femme se trouvait.

     

     

    Sans hésiter, elle vint la voir et lui offrit un câlin tendre et chaleureux.

     

     

    Alexia : Ma pauvre… C'est ta sœur qui m'a dit, elle tenait absolument que je vienne te voir, expliqua-t-elle d'une voix apaisante. Je n'aurais jamais pensé te trouver aussi mal en point, souffla-t-elle, affectée par la détresse de son amie d'enfance.

     

     

    Jade : J-Je… J'aurais voulu… que ce soit d-d-différent… marmonna-t-elle, d'une voix chevrotante.

     

     

    Alexia : … Moi aussi, Jade… moi aussi, soupira-t-elle, renforçant son étreinte.

     

     

    La jeune femme en larme rendit avec émotion ce câlin amical si important pour elle. Jade posa sa joue contre celle son amie, laissant ses pleurs se calmer peu à peu.

     

    Après un long moment passés ainsi, Jade se retira de cet échange, se sentant enfin prête à affronter cette histoire.

     

     

    Alexia : … Raconte-moi tout… Qu'est-ce qui t'a mise dans cet état… ? demanda-t-elle avec douceur pour qu'elle se confie.

     

     

    Jade : Et bien… C'était hier… je rentrais, et comme d'hab', mes parents étaient en train de se monter la tête parce que je n'ét-tais pas en-core r-rentrée… E-et…

     

     

    Elle s'interrompit, sentant ses larmes revenir au galop. Jade les essuya d'un revers de la main, reniflant beaucoup, et finit par reprendre tant bien que mal ses explications.

     

     

    Jade : … Et je… Enfin, mes parents déménagent…

     

     

    Alexia : … Tu l'as appris hier ? murmura-t-elle, attentive ; Jade hocha la tête en guise de réponse.

     

     

    Jade : … J'ai refusé… refusé de partir avec e-eux… Alors mon père m'a… m'a encore imposé ses choix… ! J'ai pris sa remarque au pied d-de la lettre, e-et je lui ai dit que j'i-irais vivre chez mon oncle. Il est fermier… poursuivit-elle, avant de respirer profondément pour parler plus clairement. …Et j'ai imposé une condition…

     

     

    Alexia : …Laquelle ?

     

     

    Jade : Qu'il arrête de contrôler ma vie, … voire qu'il m'oublie, complètement. Et je ne lui ai pas laissé le temps de répondre, avoua-t-elle, regardant par la fenêtre, prête à pleurer à nouveau à tout instant.

     

     

    Alexia : … Il est monté jusqu'ici, j'imagine, soupira-t-elle, cette histoire lui en rappelant tant d'expériences similaires qu'elle avait vécu avec son propre père.

     

     

    Jade : J'ai bloqué la porte… et quand il a réussi à entrer, il m'a… il m'a !

     

     

    Emportée par l'émotion bien trop intense et récente du souvenir qu'elle en avait, Jade fondit en larmes une fois de plus, sa crise du réveil la frappant à nouveau.

     

    Tout aussitôt que les pleurs revenaient, Alexia la ramena contre elle pour l'apaiser.

     

    Pendant des heures, elles restèrent ainsi à discuter, s'étreindre, partager leurs expériences négatives et les mettre en commun, pour avancer, relativiser, et objectiver ce qu'elles avaient vécu.

     

     

    Jade : … J'ai pris ma décision, affirma-t-elle, la mine sombre. Je pars, moi aussi. Mais pas avec eux, souffla-t-elle. J'étais sérieuse hier, j'irais chez mon oncle.

     

     

    Alexia : Tu y as bien réfléchi… ? demanda-t-elle, à la fois rassurée et attristée par la réponse approbative de sa meilleure amie. Tu vas tellement me manquer, poursuivit-elle en la prenant dans ses bras comme un adieu. …C'est loin d'ici… ?

     

     

    Jade : Un peu, oui. Au moins à trois heures de route… soupira-t-elle, alors que ses yeux laissèrent quelques larmes couler. J'essayerai de t'envoyer des lettres, ils n'ont pas de réseau là-bas… Et puis, tu pourras toujours venir me voir un de ces jours, pas vrai ? sourit la jeune femme timidement.

     

     

    Alexia : Pendant les vacances, oui… Je demanderai à ma mère de passer une semaine chez toi. Mais… Tu pars bientôt… ?

     

     

    Jade : Si je peux partir dans la semaine, alors j'irai… Le plus tôt sera le mieux comme on dit. La ville de Westown est petite, si tu passes là-bas, tu devrais normalement n'avoir aucun mal à trouver ton chemin en te baladant un peu…

     

     

    Alexia : … Je vois. Ça va me faire bizarre de me dire que… on ne se croisera plus, souffla-t-elle avec un petit rire triste.

     

     

    Jade : Moi aussi… ! Tu vas tellement me manquer… ! répondit-elle, en renforçant leur étreinte.

     

     

    Néanmoins, Alexia ne put pas rester trop longtemps, et reparti en milieu d'après-midi ; laissant une Jade encore maussade, mais apaisée et résolue derrière elle.

     

    La jeune femme n'avait pas faim, et aucunement l'envie de sortir de sa chambre. Elle avait trop peur de descendre dans le salon si c'était pour encore subir les foudres de son père.

     

     

    À la place, Jade feuilleta ses vieux carnets à croquis qui traînaient dans un tiroir qu'elle n'ouvrait jamais. En les sortant, une puissante vague de nostalgie la domina, mais elle tint bon et survolait les pages de ses anciens cahiers de cours ou de texte qu'elle avait customisé.

     

    Quand elle arriva au bout du dernier petit livre, elle savait au moins une chose. C'est la dernière fois que je vous vois, se dit-elle avec un brin de frustration dans la voix. Je ne peux pas vous garder, plus maintenant. Ils ne sont plus représentatifs de la vie que je veux, et tous ces souvenirs… Non, je ne peux pas.

     

    Jade empila les carnets les uns sur les autres, et les posa dans un coin de la pièce. Elle rangea ensuite son bureau, qu'elle n'avait plus cherché à nettoyer depuis qu'elle vivait tous les jours chez elle.

     

     

    Durant cette étape, la jeune femme retomba sur ses livres de cours, son trieur presque vide, et des photos d'enfance. L'une d'elle attira particulièrement son attention : elle, sous ses traits d'enfant de quatre ans, figurait avec Alexia, trois ans, sur l'image. Leur complicité radieuse illuminait la photo ; ce qui la touchait profondément. Je vais la garder, songea-t-elle dans sa contemplation.

     

    Elle plaça la petit format rectangulaire dans la poche arrière de son pantalon, et se saisit de ses livres. Je ferais mieux de descendre ça et demander à maman de les remettre à la fac… Je n'ai pas envie d'y remettre les pieds, pensa-t-elle un instant.

     

     

    Il devait être 17h quand elle mit enfin les pieds hors de sa chambre, pour descendre les 14 marches de l'escalier de sa maison avec peu d'entrain.

     

    Jade tendait l'oreille, s'inquiétant d'une éventuelle présence dans le salon. À sa grande surprise, ce n'était pas des éclats de voix qui lui parvinrent, mais les gémissements et sanglots de sa mère.

     

    Soucieuse, la jeune femme fit le moins de bruit possible, se doutant que Marlena aurait quelque chose à lui dire. Pour autant, Jade détestait la voir dans cet état.

     

    Trouvant le courage, elle avança dans le salon à pas feutrés.

     

     

    Jade : … Bonjour, maman…

     

     

    Marlena : J-Jade !! s'exclama-t-elle, surprise de découvrir sa présence alors qu'elle était dans un état si pitoyable. Enfin, tu n'as rien mangé aujourd'hui ! Et ces livres… ne me dis pas que tu as pris ta décision… soupira-t-elle les larmes aux yeux, redoutant la réponse de sa fille aînée.

     

     

    Jade : … Il faudra que vous les rendiez à la fac… Je n'en aurais plus besoin, affirma-t-elle la mine sombre, alors qu'elle posait les manuels sur la table. … Je suis désolée maman, mais c'est pour mon bien, et pour le vôtre… Si je reste, toi et Lynn aurez à subir nos conflits ridicules pendant encore bien longtemps… Je ne peux pas vous laisser endurer ça par ma faute. Je sais que c'est dur pour tout le monde, mais j'ai pris ma décision, oui

     

     

    Marlena : … Oh, Jade… souffla-t-elle en un murmure incertain. Pourquoi devons-nous toujours en arriver aux extrêmes… ? …Je suis sûre qu'il y a une autre solution, et-

     

     

    Jade : Tu ne cesseras donc jamais toi non plus ? demanda la jeune femme, désespérée. Je sais ce que je veux à présent, et je n'en démordrais pas. Alors ne gaspille pas ta salive à essayer de me suggérer des idées que je ne validerai pas, répliqua-t-elle, oscillant entre froideur et compassion face aux pleurs de sa mère. …Viens par là…

     

     

    Jade s'approcha avec douceur de Marlena, l'étreignant un instant tendrement. Ce petit geste, elle ne le faisait que très rarement, et c'était souvent sa mère qui voulait lui en donner, mais elle refusait toujours.

     

    La jeune femme n'avait plus assez d'estime pour l'amour de sa famille, qu'elle rejetait donc dès qu'on voulait le lui montrer. Un simple câlin suffisait pour qu'elle se rebique et fasse passer à la famille une mauvaise journée. Il est temps que tout ça change, songea-t-elle alors qu'elle relâcha sa mère.

     

     

    Jade : … Je partirais le plus tôt possible, je ne veux pas qu'une tension plus intense encore prenne le dessus sur l'ambiance déjà explosive qui perdure ici depuis trop longtemps. Mais… j'imagine que tu as des choses à me dire, n'est-ce pas… ?

     

     

    Jade prit place en face de Marlena, disposée à discuter sérieusement avec elle.

     

     

    Marlena : Oui, j'en ai des millions… ! …Mais je vais me contenter de l'essentiel, puisque ton père ne va pas tarder.

     

     

    Jade : Vas-y, je t'écoute…

     

     

    Marlena : … Le plus important, ma chérie, c'est que tu te plaises dans la voie que tu as choisi, souffla-t-elle en séchant ses larmes, la voix chevrotante. Même si ton père t'impose ses décisions, il est prêt à changer… Tu l'aurais vu hier…

     

     

    Jade : Hier… ? Tout ce que j'ai vu hier, c'est qu'il a osé lever la main sur moi… C'est un monstre tyrannique qui n'a plus ni l'âge, ni la maturité pour se remettre en question, lâcha-t-elle avec froideur en repensant aux événements de la veille. Je suis désolée, mais c'est la vérité.

     

     

    Marlena : … Il est parti ce matin pour rendre visite à ton oncle… pour toi.

     

     

    Stupéfaite, elle analysa à nouveau cette phrase qui lui semblait si incohérente dans sa tête. Depuis quand il fait des choses pour moi ? C'est sûrement un piège… Il a dû se rendre à Westown pour inciter Frank à refuser que je vienne, le convaincre que je suis incapable d'être une fermière, et que…

     

    Soudain, la porte d'entrée s'ouvrit. Daryl venait à peine de rentrer qu'il soupira longuement, l'air sévère.

     

    Néanmoins, quand il aperçut Jade qui discutait paisiblement avec sa femme, un vague sourire remplaça sa frustration.

     

    La jeune femme n'en revenait pas de voir son père afficher une telle expression, et sentait la crainte monter en elle.

     

     

    Daryl : Bonsoir, chérie. Jade… commença-t-il par les saluer. Je ne sais pas si tu es au courant, mais je reviens de Westown.

     

     

    Jade le dévisageait, attendant avec incompréhension et appréhension la suite de son monologue.

     

     

    Daryl : Tu pars demain. Ton oncle est déjà en train de répandre la nouvelle dans toute la ville. J'espère que tu es contente… ! expliqua-t-il gentiment, pensant réussir à faire plaisir à sa fille.

     

     

    La jeune femme n'en revenait pas, et avait le sentiment qu'il lui cachait quelque chose, ou qu'il avait omis des détails.

     

     

    Jade : … Je ne suis pas sûre de bien saisir… souffla-t-elle, dubitative.

     

     

    Daryl : C'est pourtant simple, c'est bien ce que tu voulais, n'est-ce pas ? lui répondit-il, son sourire commençant à disparaître.

     

     

    Jade : … Oui, mais… C'est étrange… Hier, tu étais parfaitement contre cette idée, et aujourd'hui, tu reviens sur ta décision, marmonna-t-elle, lui lançant un regard perplexe. Tu as souvent tendance à dire tout et son contraire, mais…

     

     

    Blessé par cette dernière remarque, Daryl se sentait bouillir, mais essaya de se calmer tant qu'il le pouvait encore.

     

     

    Jade : Enfin… ça m'étonne de toi, papa. …Et à vrai dire, je me demande si… tu n'es pas heureux que je m'en aille, en fin de compte, soupira la fille aînée, en détournant les yeux tristement.

     

     

    Daryl : Qu'est-ce que tu racontes, enfin ! Jade ! Tu es ma fille, bien sûr que je ne veux pas que tu partes, mais c'est dans l'ordre des choses, plaida-t-il, sentant qu'il arrivait en terrain miné. J'aurais préféré que tu restes, mais tu as fait ton choix…

     

     

    Marlena : Enfin, Daryl ! Elle l'a fait hier suite à ta remarque ! Elle n'y a absolument pas réfléchi ! ajouta-t-elle hypocritement selon Jade, alors qu'elle lui avait souhaité de réussir quelques minutes auparavant.

     

     

    Daryl : Ne te mêle pas de ça, Marlena… C'est déjà bien assez compliqué de tenir une conversation normale avec elle sans tes commentaires, gronda-t-il sa femme. Je sais ce qu'elle a fait hier, j'étais là moi aussi.

     

    Jade : … Je n'aime pas beaucoup ce que j'entends, soupira-t-elle avec froideur alors qu'elle ferma les yeux en sentant le ton monter. … Mais pour en revenir aux faits, c'est vrai que j'ai décidé sous le coup de la colère, mais je ne pouvais être plus sérieuse, affirma-t-elle en posant ses yeux bruns dans les iris bleues de son paternel.

     

     

    Daryl : … Je sais bien, Jade, marmonna son père en repensa à la culpabilité d'avoir osé la violenter pour des mots qu'il pensait tout d'abord irréfléchis. …Je vois que tu as descendu tes manuels… tu as commencé à t'organiser… ?

     

     

    Jade : Effectivement, j'ai commencé, répondit-elle en retrouvant un peu de douceur dans sa voix.

     

     

    C'est à ce moment-là que sa sœur entra dans le salon en furie, écoutant la conversation depuis l'entrée depuis tout à l'heure.

     

     

    Lynn : Nooon !!! Jaaade ! Tu peux pas partir ! chouina-t-elle. Je veux pas que tu partes !!

     

     

    Voyant la petit fille foncer vers elle pour la prendre dans ses bras, Jade se leva immédiatement et fit un pas de côté.

     

     

    Jade : Je te l'ai déjà dit hier, Lynn ! Et ne t'approche pas, s'il te plaît.

     

     

    Lynn : M-Mais… Pourquoi tu m'aimes pas ?? pleurnicha le fillette de neuf ans, dévisagea la jeune femme avec un air de chiot abandonné.

     

     

    Jade : … Je n'aime pas ton insistance et ton immaturité, Lynn, mais je ne peux pas te le reprocher, tu es encore trop jeune, soupira la jeune femme froidement.

     

     

    Lynn : Mamaaan, Jade elle est méchaaante avec moooiii… !! rétorqua-t-elle, fuyant dans les jupons de sa mère.

     

     

    Daryl : Tu peux arrêter d'être associable deux minutes, Jade ?! réprimanda son père avec hargne.

     

     

    Jade : Si nous n'étions que deux à intervenir, je le serais probablement bien plus, répondit-elle avec rancœur, se sentant une fois de plus accusée sur un point qui n'avait pas sa place ici. Et puis, qu'est-ce que ça peut bien changer ?! D'accord, tu es allé voir Frank, je pars demain, super ! Bonne nouvelle ! J'en ai marre de ces conflits, à chaque fois tu me reproches quelque chose !! Vivement demain !!! s'exclama la jeune femme, se laissant emporter par sa colère.

     

     

    Daryl : Je t'interdis de partir d'ici tant que tu n'as pas mangé une dernière fois avec nous ! Jade !! Jade !!! s'égosilla son père en la voyant partir comme une furie vers sa chambre, en emportant sa veste noire et son sac avec elle en passant.

     

     

    Jade : Je n'ai pas faim, de toute façon !! Foutez-moi la paix et passez une bonne soirée tous les trois !! J'ai des choses à faire, pour une fois !! répondit-elle en haussant la voix alors qu'elle claqua violemment la porte de sa chambre.

     

     

    Daryl : Bon sang… On arrivera à rien dans ces conditions, soupira-t-il en se rendant à l'évidence. … Elle a besoin d'air… Oui, elle a fait le bon choix.

     

     

    Marlena : Comment tu peux dire ça ?! C'est notre fille ! Je refuse de la voir si loin, si c'est seulement sur un coup de tête ! Enfin, Daryl, rends-toi bien compte ! argumenta-t-elle tant bien que mal.

     

     

    Daryl : Il suffit !! Le débat est clos, elle partira demain. À présent, si vous me le permettez, j'ai besoin d'air moi aussi ! répliqua-t-il avant de sortir de la maison, sur les nerfs.

     

     

    Lynn : … Et beh, qu'elle soirée… souffla la fillette, perdue face à la scène qu'elle venait d'assister.

     

     

    Jade, de son côté, tria ses affaires, choisissant minutieusement ce qu'elle emporterait là-bas. Elle glissa la petite photo dans une poche de sa sacoche, en y rangea son portable et un peu d'argent – à peine plus 450 euros, qu'elle avait accumulée avec les anniversaires et fêtes de noël de ces cinq dernières années. C'était bien peu, elle le savait, mais c'était tout ce qu'elle avait.

     

     

    Ensuite, elle ajouta à sa valise le seul livre qu'elle aimait bien. Un certain ouvrage qu'elle avait découvert dans la librairie de sa ville ; Luctus, écrit par une jeune écrivaine, Elincya de son pseudonyme.

     

    C'était une histoire qu'elle ne se lassait jamais de lire encore et encore, imaginant les personnages attachants du récit dans des scènes loufoques et délirantes à chaque fois que l'intrigue lui inspirait.

     

    Jade avait dessiné quelques parodies de cette histoire dans son carnet, tellement ce livre lui tenait à cœur, et c'était bien le seul qu'elle avait envie d'emmener.

     

    C'était parce qu'elle trouvait les protagonistes principaux touchants et que leurs malheurs lui rappelait les siens qu'elle y accordait autant d'importance.

     

    Cet ouvrage était pour elle comme un guide, un support sur lequel fonder l'espoir d'une vie meilleure par ce nouveau départ

     

     

    Quand elle pensa ses valises faîtes, Jade alla se laver les cheveux, puis rejoignit son lit. Sa nuit était tourmentée de cauchemars et d'insomnies. Elle avait pris l'habitude de ne dormir que très peu, mais les rêves qu'elle faisait n'avaient jamais été aussi traumatisants.

     

    Elle se réveillait plusieurs fois en sursaut, incapable de se rendormir avant plusieurs heures. La jeune femme perturbée passa ces longues minutes dans le noir, attendant patiemment que le sommeil la reprenne, jusqu'à matin.

     

    Vers 5h, elle abandonna l'idée et descendit ses valises dans l'entrée, après avoir enfilé un t-shirt bordeaux qui traînait sur son bureau.

     

    Passant ensuite par le salon, elle remarqua sur la table des vêtements beiges pliés, ainsi qu'un chapeau de paille surmonté d'un nœud bleu ciel.

     

    Intriguée, elle s'approcha pour y découvrir un petit mot : « Ta tenue de fermière, pour ton futur métier :) Daryl »

     

     

    Jade soupira, à la fois offusquée par la tenue, et touchée par l'attention. Ils le savent, pourtant, que je ne mettrais jamais ce truc… songea-t-elle, en fronçant les sourcils. M'enfin, autant l'essayer…

     

     

    Se sachant pertinemment seule à une heure si matinale, Jade se changea rapidement. Puis, elle se rendit devant un miroir pour constater son état. Mh… Peut-être si je retire mes accessoires, j'aurais moi l'air d'une idiote… soupira-t-elle, en enlevant tour à tour ses lunettes, son bracelet et son collier d'aigle. Moui, c'est déjà mieux mais… Peut-être si je natte mes cheveux… ? Erk… je sens que je vais me haïr après ça, se plaignit-elle en imaginant déjà la désagréable sensation d'avoir ses cheveux attachés.

     

     

    Jade retira le chapeau de paille, enfila les bottes western qui allaient avec la tenue, mis la lanière sur son épaule droite de façon à ce que son sac pende sur sa hanche du côté gauche, y plaça les accessoires qu'elle venait d'enlever, puis trouva deux élastiques dans la petite salle de bain du bas.

     

    Pendant presque vingt minutes, Jade peigna et tressa ses cheveux blonds et propres. Puis, elle revint dans le salon pour s'équiper du chapeau de paille, et se regarda à nouveau dans le miroir.

     

     

    Jade : … Wow… C'est pas moi, ça, si… ? constata-t-elle, ne se reconnaissant qu'à peine.

     

     

    Daryl : Je savais que ça t'irait.

     

     

    Jade : … ! Papa… je…

     

     

    Daryl : Dur de dormir, tu ne trouves pas… ? souffla-t-il, un sourire maussade aux lèvres et les yeux fatigués.

     

     

    Jade : … Tu as l'air d'avoir fait une nuit blanche… Tu te sens bien ? s'inquiéta-t-elle, malgré la réserve de son esprit méfiant.

     

    Daryl : Tu es toujours aussi perspicace, à ce que je vois, marmonna faiblement son paternel.

     

     

    Jade : … On part vers quelle heure… ? Enfin, je pars. J'imagine que tu ne viens pas, se reprit-elle en le jaugeant attentivement.

     

     

    Daryl : Non, je ne viens pas… Un taxi arrivera vers 6h, il te fera descendre un peu avant les grands massifs, et tu devras poursuivre ta route en calèche, affirma-t-il, un peu inquiet.

     

     

    Jade : En calèche ? répéta-t-elle, surprise et déçue à la fois. C'est triste, j'ai un galop II, et je peux même pas y aller toute seule à cheval… marmonna-t-elle en plaisantant.

     

     

    Daryl comprit la boutade, ce qui lui rendit un sourire plus rassurant.

     

     

    Daryl : Ne t'en fais pas, tu pourras avoir ton cheval là-bas, vu que tu passeras tes journées à t'occuper de tes champs et de tes animaux. Mais il ne faut pas que tu te surmène, Jade. Le métier de fermier est rude, et ce n'est pas en restant une feignasse que tu vas réussir.

     

     

    Jade soupira, exaspérée. Sympa, comme d'habitude… Je sais qu'il m'en croit incapable, mais je sais comment me débrouiller avec les animaux. Et pour les plantes, il suffit de leur apporter l'eau et le soleil nécessaire à leur bien-être… rien de bien compliqué en soi, songea-t-elle.

     

    Dans la rue devant la maison, une voiture s'arrêta. Le chauffeur sonna à l'interphone. Daryl répondit, affirmant que sa fille arrivait dans quelques instants.

     

     

    Daryl : Je sais que Marlena et Lynn vont m'en vouloir que tu ne leur ais pas dit au revoir, mais je préfère ça plutôt que de te stresser avant ton départ, dit-il simplement. Je te souhaite bon voyage, Jade.

     

     

    Jade : … Adieu.

     

     

    La jeune femme sortit dans le jardin sans se retourner, avançant avec sa valise à roulette vers le taxi qui l'attendait.

     

    L'inconnu la salua, prit soin de charger ses bagages, puis ils se mirent en route pour plusieurs heures.

     

    Déjà épuisée à cause de sa nuit chaotique, Jade se laissa bercer par le paysage qui défilait jusqu'à s'endormir pour le restant de cette partie du voyage.

     


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    Dans le cœur d'un royaume qui gouvernait les collines et la plaine de la contrée de Damal, une jeune princesse était partie seule pour se cacher de ses assaillants. Une guerre menaçait le royaume, et les trajets à cheval de la princesse ne pouvaient être plus incertains.

    Au cours de sa fuite, elle arriva dans une grotte immense ; il s'agissait de la demeure d'un être malfaisant qui avait pour coutume selon le mythe, de maudire quiconque osait le regarder. Cependant, la princesse n'avait d'autres choix que d'y entrer pour échapper à ceux qui voulaient sa tête.

    Approchant du fond, la princesse descendit de son cheval pour faire le moins de bruit possible. Hélas, ses poursuivants l'avaient toujours en chasse, et tandis que les flammes des torches dansaient à l'entrée de la grotte, un râle résonna non loin d'elle.

    Les meurtriers courraient vers le bruit alors que leurs lumières permettaient de distinguer une forme sombre dans les tréfonds de la caverne profonde. Cette masse se rua vers les ennemis hurlant pour la princesse, tandis que ces derniers périrent sous le poids de l'étrange créature.

     

    Intriguée, la princesse osa jeter un œil vers celui qui l'avait sauvée. Les lueurs flamboyantes des torches permirent à la princesse de voir la masse informe, qui se rendit compte du regard de la dame posé sur lui. Inévitablement, le monstre lui lança un sort qui le transforma progressivement avant d'éteindre les flammes d'un revers de patte.

    Paniquée et en pleine métamorphose, la princesse prit son cheval et grimpa sur son dos pour sortit de la caverne et découvrir sa nouvelle apparence.

    Deux bras venaient d'apparaître sur son corps de son côté gauche en plus de celui déjà existant dans une douleur atroce. Sa peau devenait grisâtre, tandis que ses cheveux au vent prenaient une teinte bleue.

    Ses jambes, qui ceinturait le torse du cheval apeuré qu'elle montait, se multipliaient avant de progressivement se transformer en de gluants tentacules rouges ; détruisant une partie de sa sublime robe verte au passage. Son bras droit, quant à lui, passait d'une peau pâle et lisse à un tentacule rouge-orangée visqueux.

     

    Peut-être était-ce à cause du vent ou de la souffrance, mais des larmes coulaient le long de ses joues. Elle ferma l’œil gauche tandis qu'elle s'aventurait plus avant sur la montagne enneigée : lieu redouté par le peuple de Damal.

    Elle savait qu'elle devait s'isoler pour échapper à ses assaillants, et n'ayant plus que cette pensée en tête, elle choisit de suivre ce que son cœur lui dictait. En effet, il existait sur cette montagne une immense demeure gothique au sombre passé. La princesse savait ce lieu inoccupé depuis des décennies.

    Une tempête de neige menaçait la princesse alors qu'elle entra dans la demeure par une immense porte qui donnait sur une cour extérieure. Elle attacha son cheval un peu plus loin, lui qui semblait pétrifié par sa présence. Était-elle devenue si monstrueuse ?

     

    L'endroit était à l'abri du vent, pourtant la jeune femme sentait ses cheveux comme attirés par le ciel, et elle ne s'y trompait pas. Ses longs cheveux bleus pointaient vers le ciel en formant une sorte de bulbe aérien depuis la base de son crâne.

    Elle se rendit également compte qu'elle n'arrivait plus à ouvrir son œil gauche. Elle se dit naïvement que c'était le froid ambiant qui l'avait figé ainsi.

    Sur le sol, une flaque d'eau ondulait parmi une mousse verte qui couvrait les dalles pavées. Elle s'en approcha pour s'en servir comme d'un miroir.

    Elle y vit sa nouvelle apparence dans toute sa laideur. Une laideur qu'elle n'admettait pas. Elle se souvint de sa grande beauté passée, une qui avait faite tomber tant de cœurs autrefois.

     

    Elle releva la tête, et vit quatre statues s’apparentant à des gargouilles à tête d'oiseau cornus qui entouraient la place, et semblaient observer quelque chose dans une immense tristesse. Tout ceci était si morne, et pourtant si beau.

    Son regard fut ensuite attiré par l'objet de leur chagrin. La blancheur de l'arbre qui trônait au milieu de la place était si pure, surréaliste, et hors du temps que la princesse se sentait irrésistiblement attirée par elle.

    S'avançant avec précaution vers l'objet de ses désirs, elle ne s'aperçut pas de l'apparence changeante de son reflet dans l'eau. Plus son cœur désirait s'approcher de l'arbre, et plus son double s'emplissait de noirceur.

     

    Le temps sembla s'arrêter alors que la jeune femme métamorphosée posa ses trois mains gauches sur le tronc d'une pâleur fantomatique. Soudain, tout s'assombrit autour d'elle, et une vision la frappa : elle allait mourir par son action.

    Elle voyait son double, revêtant son ancienne apparence, retourner un sablier en lui énonçant ces paroles : "- Quand cet arbre aura totalement disparu, tu périras avec moi. A moins que tu ne m'arrêtes avant ?" ;

    La princesse revint à elle, assise sur ses tentacules qui étaient autrefois ses jambes et le cœur battant. Tout autour d'elle s'était assombrit d'un seul coup. L'arbre blanc s'était teint de rouge sur quelques feuilles, et cette couleur s'étendait lentement, comme une épidémie qui frappait les feuilles les une après les autres.

     

    L'eau cristalline dans laquelle elle s'était examinée quelques minutes plus tôt revêtait la couleur du sang, tandis que son propre reflet l'observait d'un air malsain, les yeux écarquillés, un large sourire aux lèvres, alors que le reste provenait de son corps d'avant.

    Terrifiée, la jeune femme se redressa brusquement, reculant pour mieux observer les alentours. Elle remarqua alors que les gargouilles la fixaient, l'air furieux et les yeux ensanglantés. Que venait-elle de faire ?

    Derrière elle, elle sentit une présence. Elle se retourna alors pour découvrir son double qui l'observait avec cet air démoniaque qui ne la quittait plus. Emplit soudainement d'une furieuse envie que tout s'arrête, elle ferma son œil encore ouvert et tendit ses trois mains vers la menace.

     

    En jetant un œil rapidement après ça, elle s'aperçut que son double avait disparut alors que des os sortaient du sol perpendiculairement sur la trajectoire indiquée par ses membres tendus. Se pouvait-il que ce pouvoir vienne d'elle ?

    Elle observa à nouveau rapidement les alentours de son seul œil ouvert pour se rendre compte qu'aussi bien les quatre gargouilles que son cheval s'étaient également volatilisés. Le sang qui teintait l'eau s'était fait moins intense, tandis que l'arbre blanc prenait encore un peu plus des airs d'automnes.

    Un doute lui vint alors ; pouvait-elle vraiment mourir si cet arbre disparaissait ? Elle ne croyait plus en rien, et désespérée, elle s'adossa au tronc de l'arbre auquel elle était à présent reliée.

     

    Les minutes passaient, les feuilles tombaient, ses doutes grandissaient, mais rien d'autre ne se passait jusqu'à ce que la grande porte s'ouvrit de nouveau. Stupéfaite, la princesse se redressa, sur ses gardes et lançait un regard furieux vers l'entrée.

    C'était encore une créature étrange qui se présentait devant elle, mais loin de se douter de la raison pour laquelle il venait se réfugier ici, elle le menaça tout d'abord.

    D'abord surpris, l'animal imposant sortit de la pénombre et s'approcha de la jeune femme avec méfiance, dévoilant ainsi son apparence.

     

    La bête faisait au moins la taille de la princesse au garrot, elle était doté de deux grandes ailes similaires à celles qu'avait les gargouilles, tandis que la couleur dominante de ce corps velu était le bleu.

    Sa tête était similaire à celle d'un renard malgré les membranes de poissons trônant sur ses joues et le haut de son crâne, ses yeux violets semblaient emplit de bonté et de curiosité, alors que le reste de son corps était recouvert d'une imposante toison bleue. Seul le bout de ses pattes revêtaient des teintes plus claires.

    Il n'avait pas l'air d'avoir d'intentions néfastes, ce qui rassura un peu la jeune femme alors que la chimère s'avançait toujours vers elle à pas de loup.

     

    La princesse l'interpela pour que la chimère s'arrête. Effrayé par le monstre qui était face à lui, Dragma s'immobilisa. Il lui demanda de vive voix ce qui n'allait pas, ce qui surpris la créature en face de lui.

    Elle lui expliqua alors ce qu'il s'était passé. Son double, son lien avec l'arbre derrière elle, et tout le reste. A son tour, Dragma expliqua pourquoi il était ici.

    "- Tu sais, une tempête de neige fait rage dehors donc je me suis abrité ici le temps que ça passe."

    Le renard géant déplorait l'instabilité de la météo et la longueur probable de celle-ci. Néanmoins, la jeune femme suggéra d'aller voir rapidement dehors car avec un temps pareil, son double n'avait pas pu aller très loin.

     

    Sachant que le temps pressait pour la princesse, le renard-dragon accepta sa requête, et ils se rendirent rapidement à l'extérieur, la jeune femme sur le dos de la chimère afin que cette dernière la protège du vent et de la neige grâce à ses grandes ailes.

    Ils trouvèrent une piste tracée dans la neige, mais celle-ci disparut à mesure qu'ils avançaient, rendant impossible la poursuite de la traque. Ils se résolurent donc à retourner dans le château.

    Sur la route, la princesse ressentait une certaine faiblesse ; assumant tout d'abord qu'il s'agissait du froid qui l'affligeait. Cependant, en entrant dans la grande cour, ils s'aperçurent que les gargouilles étaient autour de l'arbre en un cercle funeste. Le feuillage du végétal était devenu cendré et l'eau s'apparentait plus à une écœurante mélasse noire désormais.

    Quand les statues en pierre tournèrent soudainement la tête vers les nouveaux arrivants, les deux nouveaux venus ne savaient pas quoi faire. Un rire s'éleva alors : "- Et bien, comme ça tu me cherches ? Si tu veux ma peau avant la tienne, occupe-toi donc de ceux-là d'abord !"

     

    Sans plus attendre, la princesse s'élança dans la bataille, suivie par Dragma qui faisait son possible pour faire fuir les statues. La princesse quant à elle faisait apparaitre sur sa route des os qui sortirent du sol tandis qu'une lance apparut dans l'une de ses mains.

    Agile, elle se défendit tant bien que mal face aux créatures de pierre. Elles étaient rapides, puissantes et très probablement contrôlées par son double. L'entité siffla d'ailleurs, ce qui eux pour effet de faire s'envoler toutes les gargouilles vers elle avant qu'elles aillent se remettre à leur place initiale.

    "- Tu te défends bien, pour une princesse." plaisanta l'entité. "- Peut-être auras-tu plus de scrupules à te battre contre toi-même ?"

    A ces mots, l'entité sauta du balcon au premier étage avant de fusionner avec l'eau pâteuse en contre-bas, pour en ressortir ensuite à quelques mètres de son originale.

     

    S'engagea alors un combat serré entre les deux êtres. Dragma était assez réticent car il avait peur de blesser sa nouvelle alliée en combattant en binôme. Il resta donc à l'écart, impuissant.

    Après bien trois minutes de combat acharnés, les deux femmes arrêtèrent de se battre, l'entité ayant lâchement fuit dans l'eau.

    Il y avait eu des blessées des deux côtés, mais pas assez pour achever ni l'une ni l'autre. Dragma s'approcha alors de la princesse pour examiner ses blessures, et il se rendit compte d'une chose : l'arbre avait été affecté par les blessures reçues par la princesse.

    En effet, au rythme où allaient les choses, l'arbre ne sera plus qu'un tronc mort d'ici quelques minutes seulement.

     

    En le réalisant, Dragma se mit à avoir peur pour son alliée. Après lui avoir expliquer la chose, la jeune femme eu l'air de ne pas mal prendre la nouvelle. En effet, elle sentait ses forces décroître et donc sa fin progressivement venir. Mais cela ne l'empêcha pas de garder le sourire.

    La princesse s'approcha de l'arbre à nouveau, caressant son tronc qui se décrochait sous la peau de ses mains. Les rares feuilles qui habillaient encore l'arbre tombaient une à une, comme un compte à rebours.

    Lorsque la dernière quitta l'arbre, un filet de sang commença à couler de la bouche de la jeune femme, des vertiges la prenaient.

     

    Bienveillant, Dragma vint auprès d'elle pour la soutenir alors que les gargouilles descendirent de nouveau. Cette fois, elles n'étaient pas là pour dégrader l'arbre, mais pour préparer la jeune femme à sa mise en terre prochaine.

    En quelques instants, l'arbre se fendit, tomba au sol et s'effrita pour ne laisser plus que de la poussière. Dans le même temps, la princesse lâcha son dernier souffle.

    "- Il est l'heure..." soufflaient les statues ensemble. "- Laisse la fille..." ;

    Intrigué par les paroles des gargouilles ailées, la chimère renard s'écarta pour leur laisser la place.

     

    Les quatre créatures s'attelèrent à leur tâche tandis qu'une éclatante lueur frappa les yeux du renard-dragon, l'aveuglant quelques secondes.

    L'instant d'après, les gargouilles étaient de nouveaux perchées au premier étage, sur leur pilier respectif, tout en observant le centre de la cour avec une apparente tristesse.

    En effet, l'eau au sol était redevenue aussi cristalline qu'à l'arrivée de la princesse. Et au cœur de la cour, juste au-dessus de l'endroit où se trouvait l'arbre qui avait dépérit, la base d'un nouveau prenait lentement vie.

    Dragma comprit alors qu'il contenait l'âme de son amie, et par peur que ce qu'il s'était passé ici se reproduise, il se jura alors de protéger ce lieu jusqu'à sa mort.

    Les années passèrent et personne ne vint plus perturber les lieux. Apaisé, Dragma se transforma lentement en statue de pierre à son tour, posté sur le plus haut pilier de la cour, surplombant l'arbre qui avait déjà bien grandit.

    Ils appartenaient tous à ce lieu à présent, lieu sacré à leurs yeux et qui ne fut plus souillé par des inconnus avant plusieurs siècles d'histoire.

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    PS : Histoire disponible sur Wattpad à l'adresse suivante : https://www.wattpad.com/649266698-recueil-de-nouvelles-le-destin-funeste-de-deux


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    Chapitre 1:

    Partie 4: Vers le domaine de glace

     

    ... Me voici à présent avec un inconnu et un chien sur un arbre dans un monde que je ne connais pas... N'est-ce pas merveilleux de se dire qu'on a strictement aucune idée de comment on a fait pour arriver à un point où l'irréalisme devient réel...?

    Aujourd'hui, ce ne fut pas des plus simples... Et puis, je repense à ce... dragon enragé que j'ai aperçu. Pourquoi me semblait-il si familier...? Et... cette présence tout à l'heure. Était-ce vraiment lui...?

    Vay... qu'est-ce qui m'a pris de n'en faire qu'à ma tête aussi... J'aurai dû attendre qu'il me donne quelques éléments de réponses avant d'accepter naïvement d'être embarquée dans une quête aussi longue que ma propre vie...

    Heureusement, je le vois cette nuit. D'ailleurs, cet aigle qui m'a donné la lettre... lui aussi me rappelait quelque chose. Mais... quoi ? J'ai l'impression d'avoir déjà vu certaines personnes ici, sans pour autant avoir la certitude qu'il s'agisse bien d'eux.

    Ha... Vay, j'ai cru que tu n'avais pas tenu la promesse que tu m'avais faite. J'espère que tu as une explication... J'ai tellement de questions à te poser, c'est insupportable.

    J'arriverai pas à fermer l'œil si je continue à me torturer avec...! Concentre-toi. Ne pense plus à rien, et laisse le froid engourdir ton corps. ...

     

    Je ne savais depuis combien de temps je dormais quand quelque chose vint effleurer ma joue. Ce contact léger m'était un peu désagréable. De plus, son insistance me forçait à ouvrir les yeux pour voir d'où provenait la gêne...

    En me redressant, je vis une créature étrangement familière m'observer avec un grand sourire. Puis, je sentis dans mon poing quelque chose me piquer la paume. En y jetant un œil, je me souvins d'un coup.

    Vay. Il était là, quelque part, et m'attendais. Il était précisé qu'un certain Nayru viendrait me donner le signal. C'était forcément cette boule de poil jaune et blanche, sertie d'un ruban brun qui lui seyait à merveille.

    En cherchant à travers l'obscurité et les feuillages, j'aperçus l'oiseau de tout à l'heure, accompagné de celui que je voulais tant voir. J'imagine avoir le plus grand mal à retenir mon impatience... j'ai l'impression que ça fait une éternité que je ne l'ai plus vu !

    Dans la plus grande discrétion possible, je me mis à descendre prudemment le tronc de l'arbre sur lequel mes camarades d'un jour se reposaient.

    Une fois au sol, je vis ce fameux Nayru descendre avec grâce les branches que je venais moi-même d'emprunter. A présent, il était temps d'obtenir des réponses tangibles.

    M'avançant d'un pas tranquille, je laissai la petite bête jaune me guider. Je le vis grimper en quelques bonds une paroi rocheuse assez simple à gravir, je suivis donc le pas.

    Enfin arrivé là-haut, je me retrouvai nez à nez avec l'oiseau de tout à l'heure. J'avais l'occasion de l'observer à nouveau, et je ne m'étais pas trompée la première fois. Il avait bien de la glace sur le corps...

     

    Soudain, l'apparition d'une ombre plutôt imposante derrière le volatile me rappela que je n'étais pas seule.

    Sans vraiment comprendre ce qui m'avait brusquement poussé à agir si... impulsivement, je me vis sauter dans les bras de Vay... littéralement. J'avais beau me dire que j'abusai, je n'arrivai pas à me convaincre de lâcher prise.

    Apparemment, ça ne semblait pas déranger plus que ça le jeune homme que je câlinais sans vraiment le comprendre... et je le sentis même renforcer légèrement cette étreinte en enroulant timidement ses bras dans mon dos.

    Je crois qu'il m'a vraiment manqué... c'est la seule explication logique à ce que je viens de faire. Pourtant... j'ai encore cette sensation de vide qui persiste... Comment la faire partir ? Le pourrai-je seulement...?

    Finalement, je me décidai à le libérer, et j'avais à présent l'impression de ne plus rien contrôler complètement. Ce qui me paraissait absolument impensable au premier abord, je me permettais de le faire, et il ne me repoussait pas.

    J'avais un peu de mal à saisir, là encore... mais j'acceptais les faits, et essayait de rester concentrée malgré tout.

    Il commença alors, dans un murmure, à entamer la conversation:"- ... Je suis désolé si je t'ai inquiété... J-je ne voulais pas... enfin, je ne pouvais pas te voir avant maintenant. Tu ne m'en veux pas...?";

    "- ... "; Je lui souris gentiment. "Non, pas tant que tu as une excuse." continuai-je en rendant mon sourire un peu plus narquois. Il sourit à son tour.

    "- ... Dans ce cas, je vais faire court. En fait, c'est juste que je ne suis pas censé interférer dans... ce que tu vis en ce moment... pour des raisons qui tiennent du secret... professionnel disons." dit-il d'une voix nuancée. Je sentais son malaise sur le sujet, mais je ne pouvais pas rester dans le flou. Je voulais savoir.

    "- De quel genre de registre professionnel s'agit-il...?" demandais-je sur un ton plutôt ferme.

    "- ... Le même que toi, en l'occurrence..." hasarda-t-il. Je voyais bien qu'il n'était pas disposé à m'en dire davantage sur le sujet.

    "- Je ne vois pas de quoi tu parles. Tu es si mystérieux..." commençais-je en le regardant pensivement. "J'ai cru que tu n'avais pas tenu ta promesse tout à l'heure... mais si tu n'es pas intervenu... c'est uniquement parce que tu n'en avais pas l'autorisation...?" poursuivais-je, essayant de lui arracher les infos qui pourraient me permettre d'en savoir un peu plus.

    "- C'est ça... A vrai dire, si ça n'avait tenu qu'à moi, je te serais sûrement venu en aide... même s'il m'est très fortement conseillé de te laisser expérimenter seule pendant un temps. Je ne devrais d'ailleurs intervenir que si tu fais face à un danger immédiat à caractère mortel..." ajouta-t-il d'une voix triste.

    "- Hé beh, que de réjouissances dis-moi ! J'ai presque envie de revenir sur ma décision... Je n'aurai pas dû te dire si vite que tu pouvais m'envoyer ici, comme ça... J'ai répondu sans réfléchir...";

    "- ... "; Il me regarde la mine sombre. J'espère qu'il ne va pas me dire que c'est irrémédiable ou quelque chose du genre... "Et bien... c'est problématique.";

    "- Et... pourquoi ça ?" demandai-je naïvement. Pitié, pitié, pitié...

    "- Il est trop tard pour faire marche arrière..."; J'aurai dû le parier... Je m'attendais à quoi aussi ?? "Nous aurons besoin de toi prochainement. Et je dois d'ailleurs te mettre en garde.";

    Il marqua une pose. Il me regarda dans les yeux pour y desceller quelque chose, qu'il ne sembla pas trouver.

    "- Me mettre en garde par rapport à quoi exactement ?" poursuivis-je avec une pointe d'ironie.

    "- Déjà, de la menace que représente Draniolon. Je pense que, rien qu'aujourd'hui, tu as eu le temps d'entendre parler de lui... et à vrai dire, tu es bien loin d'en avoir fini avec ça..." dit-il d'un ton solennel.

    Il feignit me laisser poser ma question, mais n'attendit finalement pas que je l'énonce pour répondre:"Tout ça parce que tu es destinée à être son élue."

    Misère et stupéfaction... bizarrement, je m'attendais à ce type de nouvelle. "- Très bien... et alors ?" demandais-je avec un intérêt amoindrit par l'annonce.

    Il semblait apparemment surpris par ma réaction. Mais il resta concentré, et continua ses explications.

    "- ... Et bien, il faut savoir que Draniolon a perdu, il y a de ça un siècle, celle qui occupait cette place avant toi. Pensant dès lors qu'il s'agissait de la dernière encore en vie, le dragon s'est mis en tête de gérer son pouvoir à lui seul.

    Hélas, la situation n'est aujourd'hui plus aussi stable qu'avant, et la puissance qu'il renferme a commencé à le rendre fou. Nous avons donc fait en sorte de trouver la dernière personne capable de raisonner ce Dieu enragé... et il s'agit de toi." dit-il en termes simples.

    "- Je vois l'idée... mais qu'est-ce que j'ai à faire dans cette histoire...? Je ne comprends pas..." répondis-je, un peu perdue par tant d'informations d'un coup.

    "- En fait, nous ne savons pas exactement ni comment, ni pourquoi... mais il semblerait que Draniolon est prévu sept copies de toi pour lui permettre de subvenir à ses besoins sans à avoir à passer par toi pendant tout ce temps...

    Mais... n'ayant maintenant plus d'élue de substitutions, il s'est avéré préférable de lui amener l'originale. Donc, toi." affirma-t-il, apparemment plongé dans son récit.

    "- ... D'ac-cors... Donc, pour résumer... Un dragon s'est servi de mes clones pour ne pas m'utiliser moi en tant que son élue avant aujourd'hui. Et pour quelles raisons mes remplaçantes ne sont-elles plus là exactement...?" résumais-je, intriguée.

    "- Soit parce qu'elles ont péri... Soit parce qu'elles ont été corrompues." dit-il sobrement.

    "- ... Comment ça, corrompues...?" demandai-je, me laissant doucement imprégner par l'inquiétude.

    "- ... Elles ont voulu obtenir plus, et ont fait comme ce que Draniolon nous fait aujourd'hui... En sommes, c'est plus ou moins Adsis qui incorpore dans le cœur des gens des idées noires, qui peuvent pousser à commettre des crimes, voire... mener à la folie.

    Ce Fléau, on l'a tous en nous, et c'est d'ailleurs ainsi qu'on l'appelle. Je t'invite donc à t'en méfier." finit-il l'air sévère.

     

    Je reste sans voix. Des centaines de questions affluèrent d'un coup dans ma tête comme une tempête si vaste que je ne pouvais plus réfléchir. Je remis les compteurs à zéro, et replongeai dans le bain.

    "- ... Wow. Si je m'attendais à ça..." dis-je, encore un peu sous le coup de la paralysie cérébrale. Une fois les idées à nouveau à peu près claires, tout redevint à peu près cohérent pour moi. "Mais, à voir ta tête, ce n'est pas la seule chose dont tu voudrais me prévenir, je me trompe ?";

    Effectivement, je ne m'étais pas trompée. Il avait l'air pris dans un conflit intérieur.

    "- J-je... Tu vas peut-être me trouver égoïste, ou autre mais... Sache que je ne serai pas toujours là pour veiller sur toi.

    Ça peut paraître niais dit comme ça, mais c'est juste que... Il est prévu que pendant un temps, quelqu'un me remplace, et joue mon rôle. Ou du moins, jouera un autre rôle pour me remplacer.

    Je te demanderai de te méfier de lui. Tu ne t'en douteras peut-être pas... et te connaissant, tu auras déjà oublié cette mise en garde quand tu le croiseras... mais méfies-toi de lui.

    Il va sûrement te faire croire à des idioties sans nom. Prétendre avoir vécu un certain passé pour te mettre dans sa poche, mais remets toujours en question ses propos." dit-il, une rancœur visible dans l'âme.

    "- ... Et à quel nom répond cet ignorant...?" demandai-je, un peu surprise par l'implication de Vay dans cette mise en garde.

    "- ... Philias. Juste, Philias. Retiens ce nom, et tu éviteras de tomber dans le plus gros piège de l'épreuve à laquelle nous t'avons soumise."

    "- A-attends... quelle épreuve ??"

    "- Celle-ci. D'autres questions...?"

     

    Déconcertée, je le regardai avec des yeux ronds. Certes, j'avais eu des réponses... mais j'avais à présent la sensation d'être plus perdue encore. Mon insouciance me manquait un peu...

    "- Que suis-je censé faire à partir de maintenant...?" demandai-je, avec un grand manque d'enthousiasme.

    "- Te rendre au glacier pour te confronter à Draniolon avec la tenue de l'élue. Tu la trouveras dans la caverne à la base de la montagne glacée. Si tu commences l'ascension sans elle, une fois là-haut, il te faudra tout redescendre...

    En aucun cas tu dois te présenter comme tu es maintenant. S'il voit dans ton apparence une trop grande ressemblance avec ses anciennes élues, il pourrait croire que tu es l'une d'elles, et te fera subir le même sort...

    J'aimerai éviter cette fin, si ça ne te dérange pas..." continua-t-il sur un ton presque suppliant.

    Finalement j'abdiquais, l'interrogatoire n'avais que trop duré, et plus d'infos encore aurait fait disparaître toutes les autres, même les plus importantes. Et puis,ça avait un côté... mignon venant de lui, de s'inquiéter pour moi. Alors, je lui souris par compassion, et finis par parler.

    "- Je vois. Merci de vouloir me protéger, c'est adorable de ta part. Mais, si je ne vais pas me rendormir bientôt, je sens que la journée de demain sera très longue pour moi.

    Je te remercie d'être venu me voir pour... éclaircir certains points - tout en en assombrissant d'autres par la même occasion... Ça m'a fait plaisir de te revoir en tout cas, Vay. Alors... j'espère à bientôt." concluais-je avec regret.

    Il sembla hésiter un instant, mais fit demi-tour. Puis, je sentis quelque chose retenir mon poignet.

    Quand je vis le ruban de Nayru fermement accroché, tandis que la petite boule jaune semblait fusiller Vay du regard, je compris ce qu'il voulait faire.

    Alors, je me mis à réfléchir rapidement pour satisfaire Nayru, en plus de moi-même, mais une fois encore, j'aurais peut-être dû y réfléchir à deux fois...

     

    De son côté, Lunol ouvrit l'œil encore ensommeillé et leva la tête. Il manquait quelque chose. Prenant un court instant pour étirer ses muscles endoloris par les branches inconfortables, l'enfant de la Lune réfléchit un instant.

    Quel heure est-il...? Hm... il fait encore nuit apparemment. L'air est frais ce soir... hm...? Quel est cette odeur...? Serait-ce... du gibier ? s'interrogea-t-il en salivant d'avance. Il me tarde de voir qui rôde autour de mon arbre...

    Ainsi, en suivant l'alléchant fumet que percevait sa truffe, le chien chocolat se rapprocha du bord et vit, non sans surprise, le petit groupe réunis. Complètement sous le choc de ce qu'il voyait, il observait les quatre individus bouche bée.

    Puis, en réalisant ce qui se déroulait sous ses yeux, Lunol se ressaisit et aboya avec force:"Et, vous!! Lâchez-la immédiatement, ou je vous ferai passer l'envie de vous approcher d'elle à nouveau!!!"; Peut-être un peu trop fort d'ailleurs...

    Baissant sa garde en voyant les visages qui se tournaient vers lui tout aussi choqués qu'il l'était, les remords se mirent à le parcourir. Oups... trop tard.

    Maintenant, Oggas se réveilla à son tour, sur le pied de guerre. Naya, quant à elle, avait pris de la hauteur pour fuir vers le village en cas de danger réel.

    Il était évident que le chahut n'allait pas se finir aussi bien que le rendez-vous nocturne avait pu commencer... Oggas se pencha à son tour avec curiosité, et son regard à la vue de Vay aussi proche de la jeune fille le fit pâlir. Lui aussi n'en revenait pas.

     

    Après un court instant de mutisme commun, je me décidai à parler pour crever l'abcès:"- Hey, je ne pensais pas qu'on vous réveillerait avec notre conversation... Vay était simplement venu faire le point sur un truc, y'a rien à craindre les gars..." Commençai-je, un peu gênée par les circonstances.

    "- Attends, tu le connais ??" s'exclama Oggas, il était aussi pâle que sa colombe...

    "- Ne t'en fait pas Oggas, c'est l'une des nôtre. Et, tu t'en doutes mais... c'est moi qui me charge de la chaperonner." poursuivit Vay.

    "-...Ha! ouais, la chaperonner hein...? Et depuis quand tu conseilles quelqu'un avec ce genre de manière, Vay ? Je ne t'ai jamais connu aussi entrepreneur. Tu nous cacherais pas quelque chose ?" Poursuivit Oggas, sur un ton chevauchant à la fois la moquerie et la jalousie.

    "-...C'est bon, tu vas pas t'y mettre toi aussi. J'ai déjà Philias pour me charrier lors des Congrès, ce serait sympa que tu ne deviennes pas comme lui..." ajouta Vay, l'air passablement lassé.

    "-...Heu... Attends une seconde...-" Avant que je n'ai pu lui soumettre ma soudaine découverte, Vay reprit la parole pour mon plus grand désarroi.

    "-...En plus, c'est pas comme si tu ne le connaissais pas. On est bien d'accord que tu te souviens de lui, pas vrai ?" dit-il sur un ton étrangement amical.

    "-...Ah oui, celui qui ne sait jamais quand la fermer ? Ouais, ouais, je vois de qui tu parles... Manquerait plus qu'il se soit chargé de cette mission à ta place, haha!! Le connaissant, il aurait adoré te mettre des bâtons dans les roues!" plaisanta Oggas d'un rire sincère...

     

    Ils semblaient se connaître depuis des lustres, comme des amis de très longue date.

    De mon côté, j'étais perdue alors que mon cerveau tentait éperdument d'assimiler toutes les infos qu'ils s'échangeaient en me laissant, moi et les autres, complètement à part, de manière à comprendre la logique se cachant derrière les faits.

    La seule chose qui me rassurait, c'était bien de voir que je n'étais pas la seule à être complètement dans les choux... Nayru, l'aigle de glace, et même Lunol étions tous, sans exception, troublés par leur échange pourtant si naturel...

    Jamais je n'aurai cru que ces deux-là se connaissaient, et encore moins à ce point-là ! "- J'aurai peut-être dû lui poser plus de questions finalement..." murmurai-je à voix basse avec lassitude.

     

    "- Ouais, je vais devoir vous laisser... La situation est devenue assez critique, et ils vont avoir besoin de moi pour repousser Draniolon.

    En plus, je ne sais si les orbes sont bel et bien sous bonne garde à l'heure actuelle, car si ce n'est pas le cas, nous allons nous confronter à la fin de tout ceci..." dit Vay, avant que le jeune homme qui était toujours perché sur son arbre le retint encore un peu plus.

    "- Ce qui voudrait dire qu'on devrait retourner à notre ancienne vie...?" demanda-t-il d'un air un peu plus concerné.

    "- Inévitablement... pour chacun d'entre nous." ajouta Vay d'une voix sinistre.

    "- Et qu'adviendra-t-il de tous les autres...?" finit Oggas d'un ton fataliste.

    "- Réduit à l'état de poussière... Plus aucune vie nulle part, excepté la domination auto-destructrice de Draniolon qui finira à son tour par retourner à l'état Originel du monde... avant que Noylan ne le rebâtisse." conclut Vay l'air absent. Était-il plongé dans ses songes ?

    "..."

    Un silence pesant s'installa, et plus personne n'osa émettre le moindre bruit.

    Il était à présent certain qu'ils en savaient bien plus qu'il ne le laissait paraître.

    Trop de question fusaient dans ma tête, impossible de toutes les comprendre.

    Il est temps que les choses s'éclaircissent enfin, malgré le léger malaise toujours présent.

    "-... Me permettez-vous de... vous posez quelques questions supplémentaires...?" commençais-je d'une voix claire.

    "-...On t'écoute..." lança Oggas à demi-voix. Redoutaient-ils tous mes questions...? Devant quoi m'aventurais-je...?

    "-...En fait, j'ai cru saisir ce qui se trame ici... Mais j'ai besoin de savoir ce qui vous lie. Et de ce fait, vous qui prétendez que je fais partie des "vôtres" pour reprendre vos termes, pouvez-vous m'expliquer par quoi nous sommes liés...?" hasardais-je en gardant non sans mal le fil de mes pensées.

    Après un bref silence, les jeunes hommes s'échangèrent un regard mitigé... Ils n'étaient pas d'accord sur la réponse à me fournir.

    Je lisais dans les yeux d'Oggas:"Vas-y, dit lui la vérité. Elle mérite de savoir." tandis que de l'autre, le discours aurait plutôt été:"Non, surtout pas. Si jamais elle l'apprend maintenant, j'en connais un qui va sauter sur l'occasion pour me prendre cette mission!" et j'oserai même m'avancer jusqu'à dire que ce "quelqu'un" auquel il fait référence est ce fameux Philias contre qui il semble n'avoir qu'un simple différent.

    Mais du coup, qui croire...? Puis-je seulement faire confiance à quelqu'un qui cherche à me "protéger" par pure jalousie...? Si ce n'est pas par simple égoïsme... A cette idée, je me sentis lancer mon regard le froid et médisant à Vay.

    Je n'appartiens à personne, qu'il le veuille ou non. Pareil pour Oggas, j'ai bien senti qu'il n'appréciait pas la proximité que j'avais avec Vay tout à l'heure... ils sont du même niveau tous les deux. Mais ce ne seront pas eux qui m'arracheront ma liberté. Jamais. Et d'ailleurs, j'attends toujours de savoir ce qui fait de moi une des leurs... si jamais ils comptent me l'avouer un jour. Vu comme c'est parti...

    "- Bon, je vais te le dire comme Vay n'a pas l'air très disposé à te l'avouer..-"

    "- Non, tait-toi! Ne dis rien-"

    "- Vay, arrête de faire l'enfant!! Tu sais aussi bien que moi qu'elle le saura à un moment ou à un autre ! Alors..-"

    "- Mais ce n'est pas la même chose, nous l'avions appris par le biais de nos dragons alors pourquoi ne pas la laisser l'apprendre par elle-mêm-"

    "- Parce qu'elle le sait déjà IMBECILE!!! Tout le monde lui a déjà soumis l'idée! Et d'autant que ce n'était pas là le but initial de sa question..."

    "-...J-je... Alors quoi...?" demanda Vay, perdu dans la violence de l'échange.

    "- Elle demandait ce qui faisait d'elle quelqu'un comme toi et moi, en comprenant également dans le lot Xélios, et Philias... C'est bon, tu percutes ?"

    "-...J-je... Oh, oui je crois..." ajouta Vay l'air penaud.

    "- Bien, maintenant, acceptes-tu que je lui dise...?"

    J'étais déconcertée par la virulence et l'acharnement qu'avait eu Oggas face à Vay... Peut-être était-il plus digne de confiance que celui chargé de me servir de guide...?

    "- Vas-y... Tu n'as rien à perdre toi, de toute façon..."

     

    L'air triste qu'il me lança me laissa perplexe. D'un côté, j'avais envie de le prendre en compassion, et faire en sorte qu'il garde sa mission, mais de l'autre, j'avais encore en travers de la gorge la raison qui le poussait à agir ainsi.

    C'était certes, touchant qu'il m'accorde autant d'affection si je peux la nommer ainsi, mais je refusais que cela ne devienne une obsession. Je ne suis pas son précieux, et je ne pense pas pouvoir m'envoler comme par miracle.

    C'est pas si dur de couper les ponts pourtant! Si seulement il pouvait arrêter de me fixer avec son air de chien battu, doublé du sourire maussade de la défaite qu'il affiche au coin de ses lèvres...

    Faut pas me prendre par les sentiments si tu ne sais pas ce que tu cherches à obtenir de moi... Ça pourrait très mal finir.

     

    "- Au fait, je ne connais toujours pas son nom, ce serait plus simple pour m'adresser à elle..."

    "- Oh, c'est vrai. Elle-même ne le sait pas en fait... Mais elle, c'est Célia. ... Ça te dit quelque chose ? Tu as l'air perplexe." Ajouta Vay en répondant à Oggas.

    "- Et bien, c'est juste que ça n'a pas vraiment des airs de "noms" que nous sommes censé porter en tant que... euh, rhm." Oggas s'abstint de finir sa phrase, il me jeta un regard inquiet.

    "- C-Célia tu dis...? ... Pourquoi cela ne me dit rien...?" demandais-je naïvement.

    "- Euh... E-Et bien...-" hasarda Vay pris entre deux feux.

    "- Laisse tomber, on t'expliquera plus tard. Mais du coup, laisse-moi t'annoncer que tu as devant toi deux élus, comme toi ; tu es l'élue de Draniolon. Perso, je suis avec Adsis, et ce cher Vay lui s'occupe de l'Originel." Interrompit Oggas d'une voix assurée.

    "- L'Originel...? Je m'y perds là..." répliquai-je encore plus embrouillé qu'au début.

    "- Pour faire court, le Dragon Originel est le créateur de ce monde... C'est l'adjectif qu'il a été convenu d'employer entre élus pour parler de l'entité qui regroupe les noms de Nola, Noloy, et Noylan, dû à ses trois formes." expliqua Vay d'un ton particulièrement calme, malgré son regard fuyant.

     

    Lunol observa tour à tour les deux jeunes hommes, comme pour confirmer qu'ils étaient redevenus aussi calme qu'au début du débat.

    Plus aucune tension ne régnait entre les deux, et c'était si soudain qu'en percevoir la transition me déboussolait encore davantage.

    De leur côté, les camarades de Vay avaient l'air de se détendre depuis la chute de tension. Vraiment perturbant.

     

    "- Et pour répondre à l'autre question de tout à l'heure, c'est normal que ce nom ne te dise rien. En fait, ce nom est censé être un nom de code, prévu pour être DIFFÉRENT - n'est-ce pas Vay... - de l'original... même si j'ai le sentiment que dans ton cas, il n'a pas été modifié, et que d'autre part, je pense que tu ne dois te souvenir d'absolument rien de plus que ce que tu as commencé à vivre depuis ton "premier" réveil. Je me trompe ?" affirma Oggas avec conviction.

    "-...Euh, j-je... et bien j'imagine que... si nous sommes tous les deux des élus, tu as dû passer par là toi aussi... non ?" rétorquai-je hésitante.

    "- C'est exact. Nous sommes tous passez par là. Mais assez de bavardages, il faut que j'y ailles. Les autres m'attendent sûrement pour mettre le plan à exécution.

    Je compte sur toi pour te rendre sur le Pic au plus vite, nous enverrons Draniolon te rejoindre. Je te souhaite bon courage pour ton épreuve, Célia.

    Quant à toi Oggas, je te conseille juste de ne pas l'accompagner sur la montagne glacée, au risque de te prendre les foudres de D.Univers... Compris ?" Conclut Vay d'une voix assurée, loin de celle de tout à l'heure.

    "- Très bien, j'ai compris... Philias n'aura pas ta mission, je te le promet." souffla Oggas en levant les yeux au ciel, visiblement exaspéré par l'insistance de son ami.

    "- Adieu, j'imagine..." dis-je, sans arrière pensée.

     

    Je ne comprenais pas tout, mais je saisissais déjà le principal. Cependant, quelque chose n'allait pas, je le sentais, et c'est loin de me plaire...

    Trop de choses restent en suspens, j'ai besoin de savoir... mais assez pour aujourd'hui, j'ai déjà eu trop de révélations d'un coup. Il n'est pas nécessaire de tout découvrir d'un coup ! au risque d'en oublier des bouts là encore...

    Sans autre forme de procès, Vay s'en alla suivit par Nayru, et l'Aigle de Glace dont je ne connaissais toujours pas le nom, tandis que Naya vint me rejoindre une fois le petit groupe hors de vue.

    Oggas me rejoins à son tour, assez maladroitement cela dit, et Lunol ne pouvait pas ne pas faire de même, évidemment. La petite bande que nous formions tous les quatre me rappelait un sentiment familier...

    J'ai déjà connu cette impression rassurante avant, mais le fait de me souvenir de ce genre de chose m'apporte un vague sentiment d'angoisse... Je ne me comprendrais donc jamais...

    Depuis quand se rappeler de quelque chose d'agréable est exprimé par le corps comme une sensation inconfortable de déjà-vu ?

    Voyant mon trouble, les trois m'observaient avec cet air concerné qui ne les quittent plus dès que mes pensées me dévorent... Je ne sais même pas ce que je leur reproche, ils sont là pour moi après tout.

     

    "- Tout va bien Célia ? Tu as l'air pensive..." demanda Lunol, le regard aussi vague que le mien.

    "- Oui, tout va bien, ne t'en fait pas." Je ne savais pas que penser pouvait être une mauvaise chose. Mais bon, il ne sert à rien de le faire remarquer, si ?

    "- On devrait se recoucher histoire de se reposer encore un peu avant de prendre la route. Les évènements qui vont suivre risques de ne te laisser aucun répit..." suggéra Oggas, inquiet.

    "- Je doute que ce soit une bonne idée sachant qu'il faut que je sois prête à me confronter à Draniolon dès que possible... C'est un peu une perte de temps, non ?" demandai-je en suivant sans vraiment m'en apercevoir, la logique de Vay.

    "-...Non, ce qui serait une perte, ce serait que tu ne sois pas assez reposée le moment venue, et qu'en conséquence, tu échoues dans ta tâche... menant ainsi à la fin de tout ça. C'est ce que tu veux...?"

    C'était une question rhétorique, évidemment. Mais c'est qu'il commence à bien me comprendre le bougre! Enfin.... je ne sais même pas pourquoi j'en doute. Pour l'instant, ce sont bien ces trois-là avec qui j'ai passé le plus de temps depuis mon arrivée ici... Donc ça paraîtrait logique.

    "-... Ai-je seulement besoin de répondre...? ... C'est d'accord, j'admets que tes arguments m'ont convaincus." avouais-je finalement devant son air inquisiteur.

     

    C'est ainsi que je me retrouvais coincée entre l'étreinte de mes trois amis alors que le soleil, lui, se faisait encore bien timide. J'eus l'impression qu'il n'allait jamais pointer ses rayons tellement le sommeil m'avait fui.

    J'étais encore perturbée par toutes les infos qu'il me restait à encaisser. Fermer l'œil dans ces conditions me parut impossible, malheureusement. Et même le simple fait de fermer les yeux se retrouvait infaisable... mes paupières s'acharnaient à se rouvrit d'elles-même.

    Qu'ai-je bien fait pour subir cette torture interminable...? Tout autour de moi est en veille, et je ne trouve rien de mieux à faire que de lutter malgré moi contre cette atmosphère soporifique... Bah, peu importe. Au moins, j'ai le temps de souffler... c'est déjà ça.

    Je me mis ensuite à observer les arbres, les lumières, les couleurs et les formes devant moi... Le soleil commençait enfin à donner de la consistance aux arbres. Les feuilles vertes dont les rayons les traversaient à peine teignaient la forêt d'une certaine féérie.

    Les troncs encore noirs se révèlent décorés d'un fin reflet doré sur leur ligne de courbe. L'horizon cassait les lignes de l'ensemble, et des nuances rosées illuminaient ma vision ; le décor se dressait et s'armait de plus de couleurs, de teintes splendides, dignes d'un matin qui s'annonce sous le meilleur jour.

    Et pourtant, malgré ce qui m'attends, j'aime me perdre dans les nuages qui me font face, avec la mer que j'aperçois faiblement au loin, et au fond, mon objectif qui se tient là, resplendissant. N'attendant plus que ma venue.

    Magnifique tableau que celui que je voulais peindre de ce matin. Enfin, je me sentais un peu chez moi.

     

    Le temps passa, l'aube réveilla mes compagnons de route, et bientôt, tout ce petit monde allait se mettre en marche. Il était temps de faire face.

    J'étais prête. Prête à me battre s'il le fallait. Jamais je ne laisserai un être, qu'il s'agisse d'un Dieu ou d'un autre, arracher des vies sans préavis. Je me dois de sauver ce monde qui n'est pas le mien.

    Je refuse de le laisser détruire de si beaux endroits, et des individus si différents. Ainsi, que je sois ton élue ou non, Draniolon, je t'empêcherai d'arriver à tes fins.

    Et si je suis la clé pour mettre fin à ce carnage, alors j'endiguerai ta force pour l'assigner à des objectifs bien plus nobles que ceux que sont la destruction et la domination.

    Je n'ai jamais réussi à adhérer à l'idée même que des buts de ce type puissent simplement exister. Personne n'est au-dessus de personne, même si tu t'assignes un grade supérieur.

    Un titre n'est qu'un tire ; Un nom, un nom ; rien ne surpasse rien, nous sommes tous égaux. Ça ne doit pas être différemment. Et puis, qui sont ceux qui prétendent être au-dessus de la norme, hein ? à part ceux qui ne désirent assouvir que leur égoïsme et leur culte d'eux-même.

    Tss... ça n'a pas de sens. Ils oublient que certains ne veulent qu'une vie simple, sans véritable contrainte, et qui mène à une paix durable... Est-ce trop demandé...? ... Peut-être... mais je m'égare. Il est temps de se mettre en route. Montagne de Glace, me voilà !!

     

    En approchant de nouveau du village, j'entendis une voix m'interpeller:"Tu m'as l'air bien déterminée ce matin." commenta Oggas, qui en jugeait à ma démarche. Je ne relève pas.

    "Eh, tu m'ignores...?" demanda-t-il d'un ton faussement lassé. En réponse, je ne lui lance qu'un sourire et un regard en coin. Le message est passé.

    "Je vois. Au fait, tu vas avoir besoin d'un bateau pour voyager jusqu'au domaine de ce cinglé... Heureusement pour toi, j'ai l'avantage d'avoir le titre de "fils du chef" dans ce village... J'ai moyen de t'en procurer un assez facilement..."

    Il attendit un signe de ma part, mais devant mon silence, il poursuivit. "...Ouais, tu me remercieras plus tard..."

    Je ne sais pas comment il considère mon silence, mais vu comment me toise Lunol, lui doit avoir l'impression qu'il parle à un mur. J'en rigole un peu.

    Naya, elle, volait autour de nous. En voyant un visage familier nous approcher, elle fondit vers l'homme bourru.

    Tiens, je l'avais oublié celui-là... J'espère qu'Oggas va réussir à justifier notre absence prolongée à... son père, je crois ? Tout s'embrouille, j'ai l'impression de ne rien connaître...

     

    "- Ha!! Te voilà enfin, fiston! T'étais passé où ??" s'inquiéta l'homme à la voix toujours aussi grave et puissante.

    "- Ah, père...! Tu devrais y être habitué depuis le temps... C'est loin d'être la première fois que je pars en solitaire sans prévenir. Tu t'en souviens n'est-ce pas?"

    Je suis perplexe face à son jeu d'acteur. Soit il est vraiment dans son personnage, soit c'est un menteur acharné. Je ne saurai dire quelle réponse est plus proche de la vérité que l'autre...

    "- Oui, comme tu le dis... En solitaire. Or, cette fois, tu n'étais pas seul......."

    L'homme me regarda longuement, m'examinant de haut en bas, comme pour m'évaluer sans que je ne comprenne à quelle fin. Devant mon angoisse apparente, il osa un sourire qui me dévoila le fond de la pensée du Chef du Village. "Je ne savais pas que c'était ton genre de fille, Oggas." finit-il d'une voix mielleuse.

    "- Qu-Qu-Quoi!?!?!" Je me décomposais sous leurs yeux, complètement hébétée et pâlie par les insinuations de cet inconnu. "V-Vous n'êtes pas sérieux, enfin!?" M'insurgeai-je, la stupeur dans le regard.

    "- Hahahaha!! Il n'y a pas de honte à avoir les enfants. Ce sont des choses qui arrivent..." Il fit un clin d'œil à son fils, qui le regardait visiblement à son aise.

    "- Ne l'embête pas avec tes histoires, elle ne mérite pas ton humeur." répliqua avec le sourire au lèvre celui qui est censé prendre ma défense, même si je trouve mon avocat fort peu compétent dans le domaine... "Et puis, tu sais très bien que je suis opposé à ce genre de pratique." affirma-t-il enfin plus sérieusement.

    "- Je sais, fiston, je sais... Mais l'espoir fait vivre! Tu as encore le temps de changer d'avis..."

    Je tique. Cette phrase, combien de fois l'ai-je entendu ?? J'ai l'impression que cette expression familière bafoue l'une de mes convictions profondes, intimes... Qui me disait ça ? Qui me répétait ça, sans relâche, à chaque fois qu'on abordait un sujet de ce type...?

    ... Trou noir. Je n'arrive pas à situer mon souvenir... pourtant, c'est si proche, et si lointain à la fois. ... J'abandonne, je ne retrouverai pas cet inconnu aujourd'hui.

    "- Ouais, ouais, je sais... En attendant, cette jeune fille doit se rendre sur le Pic de Draniolon pour subir l'épreuve." dit-il humblement.

    Oggas lançait à l'homme un regard si insistant que ce dernier hésita à lui poser la question qui lui pendait la langue, mais il ne put résister plus longtemps à sa curiosité juvénile.

    "- Eeeeeet... On peut savoir pourquoi...? Ou c'est encore l'un de tes petits secrets ?" L'homme posa sa question de la manière la plus surjouée possible, il était clair que les mystères de son fils l'amusaient beaucoup.

    "-... Tu ne peux donc pas deviner de quel type de situation il s'agit...? Tu me déçois Malamute. Manquerait plus que tu perdes au jeu des devinettes, toi qui est vainqueur indétrônable depuis toujours... T'es sûr que tu n'as pas une petite idée de la réponse...?"

    "-...Ah... c'est encore une de tes missions spéciales...? Enfin, on se comprends. C'est quoi cette fois... notre sauveuse ou un truc du genre ?" hasarda sans ambition le père mis en déroute.

    "- Bingo! tu vois quoi tu veux." Oggas fit un clin d'œil à celui qu'il nomma Malamute quelques secondes auparavant. Quel étrange nom d'ailleurs... "Allez, laisse-moi l'embarquer dans mon bateau histoire qu'elle nous sauve de la bête de glace qui ravage le pays..." A cette remarque, l'homme bourru sembla se figer.

    "- A-A-Attends......." Il me regarda différemment cette fois, et sans dévier les yeux, il continua. "Tu es en train de me dire que cette demi-portion va tenter de raisonner ce monstre sans cœur ??? Mais tu es fou !! Tu vas la tuer !!!"

    Il me lançait un air si sévère, c'était tellement intense... j'étais déstabilisée par son regard perçant. Même s'il me considère comme quelqu'un de faible, je dois bien avouer qu'il est sûrement bien plus coriace que moi... Je jette mes yeux sur Oggas comme corde de sortie, et il le voit bien.

    "- Ne la sous-estime pas. Elle a les même qualités que moi dans mes débuts, tu te souviens ? Elle doit juste faire ses preuves, et elle pourra nous sauver de cette calamité vivante. Nous avons besoin d'elle, père. Si elle n'y arrive pas, nous courrons à notre perte..." plaida Oggas l'air désarmé.

    Draniolon doit vraiment être une menace redoutée pour adoucir à ce point le regard du père... Il me toisa à nouveau, l'air plus aimable.

    "- Maintenant que tu le dis, je perçois cette aura venant d'elle... Et puis, un esprit l'accompagne. Il n'y a pas de raison pour qu'elle échoue, pas vrai...? Alors, je te souhaite bien du courage petite... tu vas en avoir besoin face à ce dur à cuir.

    Draniolon est connu pour son endurance... Si tu n'as pas la force de faire durer le combat indéfiniment, je te suggère de n'user que des techniques les plus puissantes de manière à l'affaiblir efficacement... Sinon tu es sûre de perdre." L'homme soupira, et leva la tête aux ciel, les paupières closent.

    "Que Noylan te protège, et t'aide dans ta tâche." Après cette étrange prière, Malamute me fit un signe de tête en posant sa main sur mon épaule, et passa son chemin.

    Il se rendit dans la forêt, tandis que l'atmosphère solennelle qu'il venait d'instaurer me laissa sans voix, tétanisée. Lunol n'avait plus dit mot depuis notre retour ici, et sa voix me sortit de mon état d'hypnose.

    "- Hé ! Tu es avec nous ?" lança l'enfant de la Lune.

    "- Euh... hein? J-je..." balbutiai-je.

    "- Ça va aller, tu tiens le coup ? Tu es pâle comme un linge... Tu veux t'assoir quelque minutes ?" demanda Oggas visiblement inquiet.

    Je n'arrivais même plus à parler, l'anxiété me prenait aux tripes, et j'étais là, à le regarder complètement incrédule.

    Que m'arrive-t-il ? Qu'est-ce qui se passe ?? Pourquoi je ne contrôle plus rien!? Ah! je déteste sentir mon cœur battre si vite... j'ai, j'ai mal au crâne d'un coup... J'ai l'impression de perdre l'équilibre... j-je...

    Sans me poser plus de questions qui échauffent encore davantage mon esprit en ébullition, je tentais de me remettre tant bien que mal de ce que mon corps m'infligeait si soudainement.

    Je sentis des bras me saisir, et m'empêcher de m'effondrer. Je crois que l'on m'assoit, grand bien m'en fasse, je retrouvais doucement pied.

     

    Le malaise passa, et mon pouls ralentit avec la douleur qui s'estompa. Je me concentrais sur leurs voix, et les écoutais sans un mot.

    "- Hey, reste avec nous! C'est pas cool ce que tu nous fais-là! T'es sûre que tu ne veux pas faire une petite pause, Célia ?" reprit Oggas d'une voix plus douce que tout à l'heure. "...Tu peux ouvrir les yeux, que je sache si tu es là...?"

    "-...Hm..." gémis-je en ouvrant mes yeux, je n'avais même pas remarqué les avoir fermés... "J-je... je suis désolée..." fut tout ce que je réussi à dire.

    "Je ne sais pas ce que j'ai..." poursuivis-je un peu plus facilement. La parole me revenait, mes pensées aussi, et les innombrables interrogations à mon sujets alimentèrent mes songes pendant encore bien dix minutes après ça.

    "-...Tu nous as juste fait un petit malaise... C'est Malamute qui t'a perturbée à ce point ?" demanda sans insistance Lunol qui me regardait avec nostalgie peut-être.

    "-...Peut-être. J'ai du mal à comprendre ce qui m'arrive de base, alors maintenant, mystère absolu, haha." Mieux vaut en rire qu'en pleurer, pas vrai ? J'espère les rassurer un peu...

    "-...Tu te sens comment ?" poursuivit Oggas, apparemment en train d'essayer de se calmer lui-même.

    "- Sincèrement, ça pourrait être pire. Le mal est passé, donc avec un peu de chance ça ira tout seul après coup."

    "- Tu nous feras pas ça devant Draniolon j'espère! Sinon, je donne pas cher de ta peau..." commenta Lunol.

    "- Rabat-joie, va" répliquai-je d'un nouveau sourire.

    "- Je pense que nous devrions mieux préparer ton départ. Ce serait idiot d'y aller en touriste... Je m'occupe de préparer tes affaires, et on lève les voiles dans l'après-midi. Comme ça, tu auras eu encore un peu de temps pour te préparer mentalement et physiquement à l'épreuve. Ça te va ?"

    "- Oui. De toute façon, je n'ai pas l'intention de mourir tout de suite, donc autant prendre notre temps dans les préparatifs. J'ai moyennement envie de me faire exploser par un Dieu qui n'a rien demandé à la base, haha!" Plaisantai-je.

    "- Et profites-en pour te reposer..." ajouta Oggas, compatissant. "Tu as réussi à dormir tout à l'heure, dis-moi ?"

    Je ne m'attendais pas à ce qu'il relie mon malaise avec la fatigue engendré par mon manque de sommeil. Et puis, c'était si soudain que je doute que ça en soi la cause principale.

    "- J-je... Si, mais c'est sûrement une bonne idée."; Je sentais bien qu'il me savait en train de lui mentir, mais n'insista pas plus.

    Il était vrai que je devais me faire à l'idée intimidante de me confronter en duel, voire même en combat, à un être déchaîné et possiblement susceptible...

    Qui n'appréhenderait pas un peu d'affronter un tel destin ? Surtout quand on sait que la survie de tout un monde dépend de notre performance...

    Ça fout à peine la pression. Dans quoi je me suis embarquée, sérieux....?

     

    Les heures passèrent, et rien ne changea vraiment. L'anxiété ne m'avait pas quitté, et elle serrait mes tripes comme jamais...

    Pour une fois que le vide incessant qui m'habite est remplacé par un véritable sentiment, il a fallu que ce soit un de ceux liés au stress... Comment remédier à ça...?

    Comment remplacer la peur par l'assurance ? Et surtout, comment sentir ce dernier sentiment de manière à avoir l'impression de le vivre...? ...Ha... Pourquoi toujours des idées noires...?

    Seule, sur la plage, je regarde l'horizon, les yeux dans le vague, encore un fois. Le vent frais effleurait ma peau encore couverte de ces bandages qui ne m'ont plus quitté depuis le début...

    Moi qui avait prévu de me changer, j'en ai oublié même les fondamentaux, mais maintenant que j'ai l'occasion de le faire... ne serait-ce pas en demander trop...?

    Après tout, vu le temps qu'il fait, et malgré le froid que je vais devoir affronter, je sais qu'une tenue m'attends là-bas... Vay l'a bien signifié... La tenue de l'élue. Tu la trouveras dans la caverne à la base de la montagne glacée. Voilà ce qu'il m'a dit...

    Et je crois qu'il n'avait pas préciser que ça... Qu'était-ce déjà...? ...Ah oui, si tu commences l'ascension sans elle, une fois là-haut, il te faudra tout redescendre... Mais, pourquoi déjà...?

    J'ai du mal à me souvenir... pourtant, ce n'était que ce matin... Allez, fait un effort... Qu'avait-il dit...? Ça y est! C'était quelque chose comme il pourrait croire que tu es l'une d'elles, et te fera subir le même sort... Sauf qu'il me parlait du même sort que qui...?

    ...L'une d'elles...? ... Ne faisait-il pas référence à cette histoire de clones ou je ne sais trop quoi...? Bah, peu importe. Ça ne change rien après tout. Je n'ai jamais changé pour personne de toute façon, alors pourquoi le ferais-je maintenant ?

     

    "- Vous n'êtes pas partis encore...?" demanda une voix grave que je reconnus avec un peu de mal. Il m'avait surprise, je ne l'avais pas repéré.

    "- Ah!! C-c'est vous... Malamute, c'est cela ?"

    "- Oui. Au fait, je n'ai toujours pas eu connaissance de ton nom, petite." lança-t-il chaleureusement. Son comportement détonnait complètement avec celui qu'il avait eu plus tôt, mais je n'en fis rien.

    "- Célia... Et non, votre fils s'occupe des préparatifs pour que je sois sûre d'être dans de bonnes conditions pour affronter l'épreuve." dis-je le plus naturellement du monde.

    Je m'étonnais d'ailleurs de noter que j'avais déjà classifié ce prénom comme le mien. Comme quoi, tout arrive.

    "- Célia, hein? C'est pas courant je dois dire. Dis-moi, tu appréhendes pas vrai ?"

    "- Comment l'éviter ? Bien sûr que j'appréhende. Je ne connais pas mon ennemi, si tant est qu'il s'agisse plus d'un ennemi que d'une menace... et en plus, je n'ai rien pour l'affronter s'il désire vraiment se battre. ...La force me manque, et peut-être le courage aussi..." déplorais-je.

    "- Ha...les jeunes de nos jours. Toujours à craindre le pire. Tu sais, j'ai appris ce qui t'es arrivé tout à l'heure." dit-il sans transition, à moins que je ne l'ai juste pas perçue ?

    "- D-de... mon...-?" balbutiai-je en lui jetant un regard intrigué.

    "- Oui, ton malaise face à ce qui t'attends. Désolé si je t'ai imposé les choses, je ne voulais pas te stresser ou autre..."

    "- Ah! non, ce n'est rien ça! En fait, je ne sais pas à quoi c'était vraiment dû, mais au moins, je sais à quoi m'attendre maintenant, héhé..." m'excusais-je un peu malgré moi.

    "- Tu n'as pas besoin de prendre des pincettes, petite. Tout le monde doit un jour affronter ce qui nous hante, et les peurs qui nous dévorent se doivent d'être vaincus.

    Pour ça, seuls les âmes fortes surpassent leurs propres ennemis, les faiblesses qui viennent d'elles-même, de leurs doutes, et réussissent à faire face au danger sans broncher.

    Je suis un de ceux-là, Oggas aussi, et toi, t'es du même calibre! Alors t'as pas à t'en faire, et affronte tes démons avant qu'ils ne consument le peu de cohérence qu'il te reste."

    "-...Vous réconfortez souvent des gens... comme moi...?" demandai-je avec le sentiment d'avoir été conseillée avec les mots justes.

    "-...J'aimerai bien te dire "Oui, absolument tout le temps", mais ce serait mentir... En fait, il m'arrive de le faire pour Oggas, mais je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi tourmenté que toi. Te manquerait-il des réponses...?" hasarda-t-il l'air inquisiteur.

    "- Ha... si vous saviez combien il m'en faudrait pour être certaine d'agir pour ce qui est juste..." Je regardais le sable, dépitée.

    "- Et pourtant, pour le savoir, il ne suffirait que d'une question." affirma-t-il, un sourire aux lèvres. Intriguée, je relève la tête vers lui.

    "- Ah oui ? Laquelle...?" demandais-je en lançant un regard perçant.

    "- Est-ce que ton cœur a l'intime conviction d'agir pour le bien en suivant la voie que tu as choisi de prendre ?  Si oui, c'est que tu es sur la bonne route, sinon, change de position. Voilà la question."

    Je restais muette un instant, en cherchant à répondre à cette question. Avais-je vraiment le sentiment d'agir pour le bien de tous ? Oui, évidemment que oui, vu que mon abstinence provoquerait la fin et la mort de cet endroit, de tous ces gens...

    "- Oui." laissais-je échapper, le regard plongé dans le sable d'un air remotivé. "Je suis le bon chemin.

    Si je réussis à apaiser Draniolon, je sauve des vies, je sauve un monde entier... Or si je m'abstiens... cela marquera votre fin. Non, je ne veux pas de cette fatalité. Vous ne la méritez pas. Personne ne la mérite. E-Et..."

    Je m'interrompis en comprenant que je réfléchissais à voix haute. Je relève les yeux vers l'homme avec l'impression d'en avoir trop dit... Mais l'homme me souriait l'air jovial. Qu'ai-je dit de si drôle ?

    "- Rien de bien compliqué n'est-ce pas ? ...Enfin, tu réfléchis peut-être un peu trop, mais du moment que ça te permet d'avancer, il n'y a pas de mal."

     

    Malamute me regardait d'un air attendri. J'avais la sensation que sans son aide, j'aurai pu rester là à ruminer pendant encore bien plusieurs heures. Je me devais de le remercier.

    Mais une fois encore, complètement incapable de sortir un mot sans me laisser submerger par l'émotion, mon corps opta de lui-même pour un câlin.

    Depuis quand ai-je cette manie compulsive ?? En tout cas, le Chef du village ne broncha pas et me rendit mon étreinte avec encore plus d'enthousiasme.

    Faudrait voir à pas me briser les os quand même... j'ai pas envie de me pointer en morceau sur la Montagne de Glace... Je n'y survivrai pas, c'est sûr.

     

    "Au fait, quel âge as-tu jeune fille ? Je dirais que tu tournes autour des dix-huit ans, je me trompe ?"

    Un peu prise au dépourvu par la question, je me détache de lui et prends quelques secondes pour réfléchir... C'est vrai ça, quel âge puis-je bien avoir...? Dix-huit ? Non, peut-être pas... Un peu moins je dirais... Plus quelque part entre seize et dix-sept.

    "- Peut-être seize..." répondis-je à demi-voix, par peur que le peut-être soit perçus comme il devait être véritablement entendu: c'est-à-dire, comme l'incertitude qui enveloppe la question de mon âge.

    "- Tiens, je pensais que tu allais me dire plus... Tu as l'air plus mature que ce que suggère ton âge... C'est un gage d'intelligence. Vous iriez pourtant si bien ensemble avec Oggas..." finit-il en baissant la voix, comme une remarque à lui-même. Immédiatement, je me sentis rougir malgré moi.

    "- Qu-Qu'est-ce que vous insinuez...??" fut la seule phrase cohérente qui réussi à se frayer un chemin au travers du schmilblick de mon esprit à cet instant. "...J-je..."

    "- Hey, du calme! Faut pas te mettre dans ces états-là pour quelques remarques en l'air, hein! Et puis, c'est pas comme si ma tête de mule de fils se bornait pas sur la question... Tu l'as entendu toi-même tout à l'heure..."

    "-... Là n'est pas le problème..." dis-je, hésitante.

    "- Alors quoi ?"

    "-...Comment pouvez-vous suggérer de telles choses de manière si..." je me raidis... "nonchalante...?"

    "- Ah! ça!! Mais c'est que de l'humour ma petite! Faut pas t'en faire, tu t'y fera bien vite t'inquiète pas." plaisanta-t-il à gorge déployée, laissant ainsi tonner sa voix grave.

     

    Sûrement à cause du bruit que produisait son père, Oggas accourut nous rejoindre.

    "- Quelque chose ne va pas ??" demanda-t-il en reprenant simplement son souffle. Courir de chez lui jusqu'à la plage n'était pas épuisant pour lui, il devait y être habitué. "...Père, tu l'embêtes encore avec tes histoires ?"

    "- Holàlà, si on peut même plus plaisanter dans la vie, qu'est-ce qu'on va devenir...?"

    "- M'embarque pas dans tes réflexions farfelues... J'ai déjà assez de celle dont j'ai hérité." lança-t-il en se voulant apparemment cinglant. Mais la bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe, et Malamute reste apparemment insensible à cette pique.

    "- Maintenant, c'est toi qui frôle les sujets sensibles ? On aura TOUT VU!!! HAHAHAhahahaha!!"

    L'homme bourru semblait vraiment passer un bon moment, hilare comme il était. Encore un peu perdue face à cet homme étrange, je le regardais sans un mot. Soudain, un murmure à mon oreille.

    "- Il ne t'a pas dérangée j'espère..." Je compris alors qu'Oggas avait profité de mon inattention pour se rapprocher de manière à pouvoir me guider hors de mon immobilité pour fuir le chef du village. "Allons nous poser à l'intérieur, tu seras mieux installée." finit-il avec cette même voix marmonnée.

     

    Il me guida chez lui, et me proposa une chaise devant une table où se trouvait un ensemble de couvert prêt à l'usage, ainsi qu'un repas préparé.

    Lunol avait lui aussi droit à sa part, et une gamelle pleine de nourriture l'attendait dans un coin de la pièce. Je pris place, intriguée par le changement brutal d'ambiance.

    Oggas s'installa en face de moi, et me servit ce qu'il avait visiblement préparé vu tout le matériel dans l'évier.

    Naya était là aussi, avec toute une bande d'animaux en tout genre. Une vraie ménagerie! Mais tous semblaient heureux et bien soignés.

    Oggas interrompit mon moment de silence en reprenant le cours de la conversation.

     

    "- Je sais que tu n'as rien mangé depuis hier, alors je me suis dit qu'un bon repas pour te remettre d'aplomb avant ton épreuve serait une bonne idée.

    Donc, au menu, dorade de la mer de corail sur son filet d'herbe et d'assortiment de graines avec une combinaison de légumes pour accompagner. J'espère que tu apprécies ma cuisine, héhé!" dit-il avec un brin de candeur dans la voix. Que cherche-t-il à prouver ?

    "- Tu cuisines depuis longtemps ?" demandais-je en tentant de prendre un peu de tout pour mélanger les saveurs.

    "- Disons qu'avec tout le temps que j'ai passé ici, j'ai eu l'occasion d'améliorer mes compétences culinaires... Après, ce que je prépare ne convient pas forcément à tout le monde. Tu sais, avec les allergies ou autre..." Il semblait un peu nostalgique à cette remarque, mais n'ayant pas les clés pour comprendre, je continuais innocemment.

    "- Je vois. Les goûts et les couleurs..."

    Je pris une bouchée de la préparation, et une fois de plus, je sens mes papilles complètement submergées de saveurs exotiques. Depuis quand le simple fait de manger ravit mes sens ? Non, il doit juste avoir un don en la matière, c'est sûr.

    "Comment tu fais pour trouver des produits d'aussi bonne qualité ?"

    "- Oh, ça ? Rien de plus simple en fait. J'ai pu récupérer la dorade au marché tout à l'heure, elle a été pêchée au petit matin. Pour les graines et épices, j'ai tout ce qu'il me faut niveau assaisonnement dans les placards.

    Et pour les légumes, ce sont les produits "du jardin" si je puis dire! Nous les cultivons ici-même, avec l'air marin... d'où le sel naturellement incorporée dans la préparation. Je trouve que l'ensemble se suffit à lui-même. Pas toi ?" finit-il fièrement.

    "- Je dois avouer que c'est assez surprenant, mais j'aime bien. J'ai l'impression que ça fait des siècles que je n'ai plus rien mangé en fait...." dis-je, en regardant mon assiette encore bien pleine.

    "- Alors c'est l'occasion. Je te laisse manger tranquillement, j'ai encore quelques préparatifs à faire. Je viendrais te chercher quand tout sera prêt. Bon appétit!"

    "- Merci, et à plus tard."

     

    C'est ainsi qu'il s'en alla une fois de plus. Cependant, le rappel des préparatifs fit automatiquement bifurquer mon esprit vers ce qui m'attendait. Et là encore, je ne me surprenais plus à redouter toutes les éventualités.

    Comment ça va se passer ? Vais-je y arriver ? Et devrais-je gérer ça seule...? Non, Oggas et Lunol seront là, pas vrai! Pas vrai...? Je me souviens ce que nous a dit Vay....Quant à toi Oggas, je te conseille juste de ne pas l'accompagner sur la montagne glacée, au risque de te prendre les foudres de D.Univers... Compris ?

    ...Tout ça pour qu'il reste de garde...mais aurais-je seulement le courage de faire face...seule ? Bon, ce n'est pas la mort après tout, c'est aussi compliqué qu'un examen, rien de plus qu'un épreuve comme on en fait tous.

    Sauf que là, au lieu d'être un examen intellectuel, c'est purement et simplement physique... Dire que j'ai toujours été nulle en EPS... EPS...? Qu'est-ce que je raconte-moi ? C'est quoi l'EPS d'abord ??

    ...EPS... ça a sûrement un rapport avec le sport, mais qu'est-ce que ça signifie exactement...?

    ...Plongeant plus en profondeur dans les abîmes de mon esprit, quelque chose me revint. Education... P... à quoi correspond le P...? Sport ?

    Non... le sport, c'est une activité physique... donc EPS, c'est Education Physique et Sport-...ive ? Oui, ça me dit quelque chose... Attends, c'est une matière ça!?"

     

    "- De quoi tu parles depuis tout à l'heure ?" demanda Lunol suite à ma rémanence.

    "- Ah, euh... Je ne sais pas en fait... je me souvenais juste d'un truc..."

    "- Te souvenir ? C'est tout ? Et c'est ça qui te met dans tous tes états!?" se moqua-t-il.

    "-...Je te rappelle que je ne me souviens de rien, juste pour le cas où tu l'aurais oublié... Donc oui, et le pire, c'est que j'ai déjà oublié de quoi il s'agissait..." déplorais-je en lui lança un regard ennuyé.

    "- D'EPS si j'ai bien suivi. Ou d'Education Physique et Sportive, mais je ne vois pas d'où tu nous sors ça comme ça,de but en blanc..." lâcha-t-il l'air las.

    "- Je pensais à l'épreuve, et je la comparais à passer un simple examen..."

    "- Et quel rapport avec le sport ?"

    "- Le côté physique ?" répliquais-je un peu froidement.

    "- Aussi glaciale que la montagne... Moi pas comprendre, désolé." conclut-il avec un sourire avant de partir à son tour. "Aller, je te laisse à tes rêveries... Je vais voir où en est Oggas."

    "-...Ok..." dis-je faiblement. Il me fuit ou quoi ?

     

    Confrontée à l'incompréhension, je choisis d'aider un peu en débarrassant ce qui m'avait servi de couverts, et sortis à mon tour en prenant Naya avec moi. Les autres animaux avait l'air de préférer l'intérieur...

    Posant mes pieds nus dans le sable froid, mon corps me rappela ma condition physique. Je restais un instant debout pour m'examiner.

    J'étais blessé, et pas encore totalement remise de mes plaies... A moins que...

    En prêtant attention aux informations que je pouvais interpréter. Ainsi, je me rendis compte que mon corps ne souffrait pas de blessures, ni plus des plaies supposées être sur mes joues.

    Subjuguée, j'effleure mes joues de mes mains, et conclus finalement que je n'avais plus rien. Pas de plaies, pas de cicatrices, rien.

    Pareil, je regardais mes bandages, ils étaient juste un peu amoché à cause de l'excursion en forêt, mais rien non plus, pas une tâche de sang... Et j'étais loin de la faiblesse latente qui persistait à mon réveil...

    Pourtant, je me souviens encore de ce premier jour dans la grotte... mes blessures étaient ouvertes, c'était sûr! Alors combien de temps s'est vraiment écoulé entre ce moment-là et mon arrivée ici...?

    Encore une question que j'ai oublié de poser tient. Tss... Bref, du coup, j'ai effectivement la forme pour aller voir ce dragon... Finalement, j'ai toutes les cartes en mains pour réussir, pas vrai ?

    BOUM

    "- Hm...? Ha!!" Le temps que je perçoive ce qui venait de s'écraser devant moi, j'étais tombée au sol par le souffle puissant. J'étais figée.

    "- Hm...GRRRR..."; Le grondement du dragon obsidienne résonnait en moi, il était si proche!

    Soudain, je le vis se mouvoir avec lenteur, se retournant avec difficulté sur le côté. Il posa une patte au sol, et quand ses yeux rencontrèrent les miens, il leva la tête et se pétrifia à son tour. Ses yeux rouges devinrent un peu plus violet le temps d'une seconde. J'étais paralysée.

    RHYAAAA!!!!

    Un cri lointain retentit au-dessus de nous, mais ne nous sortit pas de cet instant qui semblait s'éterniser.

    "- Est-ce... toi...?" murmura le dragon d'une voix à peine perceptible.

    "- Célia!!" hurla Oggas en se plaçant devant moi en guise de rempart. "Tu n'as rien ??"

    Sans que je n'eus le temps de dire quoi que ce soit, un dragon rouge cette fois faucha son congénère encore couché sur le sol. L'attaque était si vive qu'une partie du sable de la plage se fit prendre dans son sillage.

    Dans un écran de poussière, les deux reptiles disparurent dans le ciel, et j'entendis Draniolon hurler de douleur et d'épuisement:"Rhyyyyaaaaaaaaa!!! Argh, HyaaaaaaAAAAAAAhh!!"

    Le cri avait beau être déjà loin, je ne pus m'empêcher d'avoir de la peine pour le pauvre dragon. Il était manipulé, son cœur n'était plus le sien... Je devais le sauver de sa corruption. Je dois le faire.

    "- Et beh, pour une première rencontre, on peut dire que vous avez eu le coup de foudre tout les deux! Tu avais l'air fascinée par Draniolon, ça va? Tu t'en remets?" demanda Lunol avec une légère pointe d'humour.

    "- Hm... Ouais, pas de souci. On part quand ?" répliquais-je glacialement.

    "-...Et bien, je venais te chercher justement... On en a pour plusieurs jours de navigation, donc si tu es prête, on peut y aller." répondit-il sur ses gardes. Il avait sûrement perçu mon changement d'opinion.

    "- Alors allons-y." dis-je un peu plus amicalement.

    "- Par contre, Naya tu restes-là... J'ai pas vraiment envie de te perdre parmi la neige. On risquerait de ne pas te retrouver..." ajouta Oggas, la mine sombre.

     

    La colombe, qui semblait avoir compris, choisit de rejoindre ses petits camarades à l'intérieur et d'attendre patiemment.

    De notre côté, le duo me guida jusqu'à l'embarcation et nous prirent place à bord. Le soleil commençait sa course vers la fin de la journée, le ciel était agité à cause du conflit qui faisait rage.

    Des cris déchiraient le silence imposé par la distance qui nous séparait de l'affrontement... cependant, nous pouvions toujours observer le déroulement des combats en avançant sur la mer.

    Ainsi, nous nous mirent en route sur une mer encore assez clémente. Je pris un instant pour analyser le reste. Le village, avec un peu de recul, semblait bien tranquille comparé à la férocité qui prenait place un peu plus haut...

    Du côté avec vue sur le volcan, un combat du type seul contre tous s'était déjà bien engagé... Avec d'un côté, Draniolon, et de l'autre, l'Alliance, les dragons.

     

    A quelques lieues sous le sol s'élaborait le plan final. Vay, Xélios et Philias se paraient de leurs nouveaux alliés, prêt à fusionner avec eux.

    Xélios supervisait l'entraînement des deux autres:"- Il faut que vous établissiez un lien de confiance avec votre nouvel ami. Laissez-le s'approcher le premier, sinon il prendra peur.

    C'est ça Vay, laisse-le venir à toi. Dire que ce cecoracias caudatus est gorgé d'éther, j'ai du mal à y croire. J'espère que tu n'es pas déçu par ton spécimen Vay...

    Pour toi, Philias, on a trouvé ce magnifique chrysocion brachyurus avec ses capacités électriques et son tempérament de feu. Estime-toi heureux qu'il ne soit pas aussi sauvage que toi..."

    La séance avait l'air de bien se passer. Après un moment, les trois tentèrent la fusion, et tous réussirent avec plus ou moins de difficulté. Cela donnait parfois des mélanges... surprenant, mais aucune anomalie à déplorer.

    Néanmoins, seul Xélios réussi à atteindre le palier des vingt minutes en séance intensive. La fusion était épuisante aussi bien pour les animaux que pour les élus, mais Xélios gardait espoir.

    Tous faisaient des progrès, et en quelques essaies, le palier des dix minutes fut rapidement franchit par tout le monde. Le dernier acte allait bientôt pouvoir être joué. Tout était fin prêt.

     

    "- Ryaaaah!!! ... Je ne flancherai pas... Adsis, ABANDOOONNE!!!!!" hurla Draniolon boosté à l'adrénaline.

    Il fondit vers son frère de sang, et tenta de lui chopper la gorge. Mais, D.Univers lui coupa la route et l'expulsa contre la paroi du volcan.

    "- Hey, abime pas trop mon domaine, j'aimerai bien le retrouver entier après ça!! Tu m'entends D.Univers!?" s'insurgea Adsis.

    "- T'occupe! Aide-moi au lieu de râler!!" plaida D.Univers. "Dréleste, qu'est-ce tu fous!?"

    "- Je vous soigne, imbécile! Tu crois que c'est le moment de presser tout le monde comme ça?" s'irrita le dragon émeraude.

    "- Argh... haha, comme c'est touchant. Sérieux, vous me filez la gerbe. FOUTEZ-MOI LA PAIX!!!" lança Draniolon, en utilisant le supplément de haine qui envenimait son cœur un encore peu plus pour repousser le dragon de foudre, et plonger dans le même temps la zone dans une violente tempête glacée. "RHYYYAAAAA!!!"

    "- Gimber, aide-moi!!" ordonna Adis. De leur puissance sulfureuse, ils déployèrent leurs pouvoirs venus tout droit des Enfers pour réchauffer l'atmosphère.

    "- Nous aussi!! Darumie!" proclama Flamacier en joignant ses flammes à celles de ses alliés.

    "- Et nous, brisons ces cristaux Yoris!!" ajouta Xyoris de sa voix roque.

    "- Pas de quartier!!!" répliqua son frère.

     

    En un instant, des lames de rocs jaillirent du sol tels des menhirs pour réduire les imposants blocs de glace à l'état de poudreuse.

    Phylasis se contentait de faire du soutient, ne pouvant pas se risquer à affronter directement le dragon azuré.

    Le phœnix faisait son possible pour restreindre l'efficacité des capacités du dragon de glace, tandis que les autres se contentaient d'attaques à distance pour couvrir les véritables acteurs de ce conflit.

    Draniolon était cerné, les forces lui manquait, mais sa rage grandissante renforçait ses coups encore un peu plus. Il enchaînait plus difficilement les combos, mais ils devenaient à chaque fois un peu plus dévastateurs.

    Cependant, il ne pourrait plus faire face bien longtemps... il devra bientôt opter pour une stratégie moins offensive.

    Sans attendre davantage, Draniolon choisit de voir les coups venir avant de riposter. Ainsi, il se plaça sur le volcan, attendant patiemment la venu d'un assaillant.

    C'est sans surprise que D.Univers se présente à lui, complètement entouré de foudre.

    "Imbécile..."; Peut-être avait-il oublié l'avantage qu'offrait l'or du corps de Draniolon, mais les capacités électriques ne lui infligeait rien.

    Bien au contraire, Draniolon encaissa volontairement l'attaque pour en absorber l'électricité, ce qui accrut sa motricité et sa force.

    A présent plus agile et féroce, le dragon s'empara des cristaux frontaux de son adversaire et vint l'écraser contre la roche si violemment qu'il en emporta une partie à l'impact.

    Puis, le dragon animé par la haine se retourna vivement et d'un battement d'aile, il fonça vers une brèche laissée par le front ennemi.

    Bientôt, Draniolon se retrouva au-dessus du village où il avait vu celle qui l'avait tétanisée un instant auparavant. Il avait beau chercher où qu'il le veuille, il ne l'aperçut pas.

    "Où est-elle...? Je sais que tu te caches... Montre-toi...!" murmura-t-il, mais un souffle caractéristique le ramena sur Terre.

    "Adsis..."; Ce dernier s'apprêtait à lui projeter un souffle enflammé pour le ralentir, mais ayant perçut l'attaque, le dragon obsidienne esquiva et retrouva une teinte plus sombre, proche du néant absolu.

    La corruption le rongeait encore un peu plus, et il se retourna furieusement, prêt à en découdre. Il riposta avec la création d'un rempart de givre, et en une vive ruée, il vint frapper l'or de son crâne contre la plaque avant de redresser brusquement la tête.

    Enfin, la muraille se brisa, et les projectiles ainsi créés vinrent s'écraser au sol tel des fléchettes sur une cible. Dès que les cristaux atteignirent leur cible, ils explosèrent en une myriade de bris de verre pour faire un maximum de dégâts.

    "- Tu ne me laisses plus le choix..."; Draniolon fit apparaitre un portail, et s'y engouffra pour réapparaître juste derrière Adsis à pleine allure pour lui asséner un féroce coup de poing munis de pics glacés tranchants en plein dans la chair. Le portail disparut tout aussitôt.

    "- Argh!!! Enfoiré!!" cracha Adsis, qui rejoint soudainement le sol à son tour. Ils avaient inversé les rôles cette fois.

    BOUM

    "- Un de moins..." pensa Draniolon en esquissant un sourire. "IL EST TEMPS D'EN FINIR!!!!"

     

    Draniolon leva le bras droit en l'air, et créa un autre portail d'où il prit une sphère sombre. Son Orbe du Néant.

    Ramenant sa prise vers lui, il posa l'orbe contre celle sur son torse, et les deux fusionnèrent en une seule.

    Un violent souffle se dessina autour du Dieu azuré qui laissa son apparence obsidienne complètement s'évanouir pour, en une boule de lumière, retrouver son apparence originelle.

    Enfin, il retrouvait sa pleine puissance. L'adrénaline acquise sans l'orbe s'ajoutait à présent à sa force colossale...

    A cet instant, s'il le voulait, il pouvait détruire Drania de son attaque la plus élaborée. Mais il restait du menu fretin à exterminer.... Il était encore loin d'en arriver à bout.

     

    "- Mince, on fait quoi maintenant!?" s'inquiéta Dréleste.

    "- Il faut le contenir encore un peu... Le temps que les élus nous rejoignent... Argh... Il le faut... Allez, un peu de courage! Nous pouvons y arriver!!" encouragea D.Univers.

    "- GRRRR... Toi... LA FERME!!!!!!!!!!!" ; Draniolon projeta sur le dragon affalé sur la roche du volcan un rayon glacé plus furieux encore que celui qu'il avait lancé le matin-même.

    L'effet fut sensiblement le même. D.Univers se retrouva figé dans la glace épaisse tandis qu'un virulent vent froid frappa les autres.

    Phylasis, sous la vague de froid, vit ses feuilles geler aussi. C'était le même effet qu'une canicule, mais avec de la glace qui faisant atteindre des pics à -20°C.

    Dréleste eut du mal à tenir l'attaque, il était bien trop sensible au froid malgré ses plumes duveteuses.

    "Encore un..." s'encouragea le dragon saphir. Il fondit sur le dragon émeraude, de manière à inculquer le coup de grâce à cette dernière menace... sauf que ça aurait été trop simple.

    Flamacier, Darumie et Gimbergender s'interposèrent et s'unirent en une brûlante offensive pour tenter de repousser le Dieu azuré... en vain.

    Le dragon riposta avec sa glace... étonnamment, les flammes furent prisonnières d'un cocon de diamant qui, sous la pression de Draniolon, libéra un pouvoir dévastateur. Digne d'un Feu Glacé que seul un être divin pouvait produire.

    L'effet était sans appel: quatre en moins d'un coup.

     

    "Minable..." lâcha Draniolon avec mépris.

    "- T'en as pas finit mon gars!!" tonna une voix roque derrière lui.

    "- Vous n'abandonnez donc pas...?" suggéra à demi-voix l'être corrompu. Silence... A sa grande surprise, il n'y avait pas qu'un seul membre de l'Alliance encore prêt à faire face. Ils étaient trois. Xyros, Yoris, et Orysis...

    "Vous n'avez aucune chance..." siffla le dragon azuré. "Qu'attendez-vous ?"

     

    A ces mots, le trio s'approcha du dragon qui atterrit, droit sur ses deux pattes arrières. Les deux dinos se répartirent les tâches, tandis que l'agile petit lézard s'occupait d'attirer l'attention de la cible.

    Leur stratégie semblait fonctionner, malgré l'attention partagée de la divinité. Quand le premier coup fut donné, Draniolon ne bougea pas pour le voir venir, mais ce fut là son erreur.

    Les lames de rocs du duo de dinos entravèrent le dragon, et s'en suivit un enchaînement imprévisible.

    Puis, un pic de roche sortit perpendiculairement au sol sous le dragon pris au piège, qui subit l'attaque de plein fouet, tandis que le duo osa l'attaque frontale.

    Ils chargèrent à l'unisson vers le corps en peine de Draniolon, et vinrent s'éclater de chaque côté de lui. C'était super efficace.

    Le dragon défusionna avec son orbe, et reprit son apparence normale... Il avait perdu.

    Non, il ne voulait pas. Il ne l'admettait pas. Il ne pouvait simplement pas. Aussi, il trouva une détermination nouvelle qui le fit se relever, toujours plus fort, et toujours plus féroce.

    Une patte après l'autre, il étendit sa colère contre le sol, le visage déformé par la haine. Son Fléau avait pris le dessus.

    D'un coup, d'un seul, il repoussa le trio d'un revers d'aile et laissa exprimer l'entièreté de sa frustration.

    Un hurlement déformé par la force du ce cri du cœur déchira le ciel une nouvelle fois, alors qu'à présent, Draniolon ne ressemblait plus à rien de ce qu'il avait connu.

    Il était toujours un dragon, mais il n'était plus lui-même. Bientôt, il perdrait le contrôle, et plus rien ne pourrait l'arrêter.

     

    "- C'est l'heure... Cela fait maintenant deux jours que les autres se battent, cette bulle temporelle aura été efficace pour le ralentir. Maintenant, à nous de jouer!!" lança Vay à ses deux confrères. "C'est parti!!"

    Ainsi, les élus prêts au combat fusionnèrent avec leurs animaux associés. Xélios augmenta la puissance de ses rafales météos grâce à ce loup de vent.

    Philias boosta son agilité et la puissance de sa foudre avec son loup à crinière, alors que Vay avait vu, grâce aux précieuses gemmes d'éther de ce rollier d'europe, l'efficacité de ses attaques de lumière croître. Le plan allait enfin aboutir.

    C'est parti pour dix minutes de combat intense.

     

    Le trio d'élus améliorés lança l'offensive, ils n'avaient pas de temps à perdre. Ils devaient affaiblir le plus possible le dragon de manière à laisser assez de temps aux deux autres pour se préparer à le recevoir.

    Tout était parfait, et se déroulait sans réels accrocs. Certes, les autres avaient tous été mis sur le carreau, mais le plus dur était fait.

    A présent, ils ne devaient plus que faire une percée suffisamment puissante pour le pousser à retourner dans son domaine. Le combat faisait rage.

    La transformation de Draniolon en son Fléau l'avait privé de tout pouvoir de glace. A l'inverse, c'est une puissance se rapportant à celle de l'anti-matière, même s'il était en théorie impossible d'utiliser un tel pouvoir, qui avait prit le pas.

    La rancœur aussi pouvait faire des miracles... Après des échanges interminables d'attaques et d'utilisations de stratégie, l'épuisement se faisait ressentir dans les deux camps.

    Cependant, le simple fait de garder - en apparence - l'énergie suffisante pour poursuivre le combat suffisait à démotiver assez Draniolon. Il reculait. Ses convictions flanchaient. Il était à bout.

    Mais son Fléau, lui, n'était pas prêt à lâcher prise, et en une ultime offensive, le dragon difforme prit de la hauteur, et commença à préparer son attaque la plus dévastatrice.

    S'il arrivait à l'exécuter, aux vues de la puissance qu'il avait emmagasiné, Drania n'existerait plus... Mais ils restaient un dernier tour dans la manche des élus.

     

    "A toi de jouer, Eagle!!!" hurla Vay, en laissant l'aigle de glace rejoindre le monstre, une gemme d'éther entre les griffes.

    Dès qu'il fut assez proche de la calamité, il déposa toutes serres dehors, la gemme d'éther sur l'orbe frontale du dragon, ce qui repoussa la corruption un instant.

    C'était suffisant pour permettre à Draniolon de reprendre le contrôle. Le choc était si brutal pour lui qu'il ne réussit pas à se mouvoir de lui-même et chuta, paralysé, prêt à rejoindre les autres.

    Eagle n'était pas de cet avis, et plongea le rejoindre pour lui offrir un peu de son pouvoir glacé pour qu'il puisse réagir.

    En tant qu'être compatible, la gemme d'éther leur servit d'intermédiaire rapide et le dragon azuré put se ressaisir. Il redressa son angle de chute, et battit faiblement des ailes.

    Le combat acharné qu'il venait de subit l'avait engourdit de douleur. Il n'avait plus qu'une chose en tête: fuir.

    Ainsi, Draniolon ne se fit pas prier plus longtemps, et invoqua un portail menant droit à son domaine. Il l'emprunta dans sa chute, manquant de force pour s'y prendre d'une autre manière, puis la brèche disparut instantanément après son passage.

    "Fiou... Plus qu'à espérer que les choses se passent aussi bien de son côté..." souffla Vay.

    "- T'as pas de souci à te faire là-dessus. Je suis sûr qu'elle est bien conseillée." commenta Xélios.

    "- Je ne comprends pas pourquoi tu doutes d'elle! C'est une battante, tu devrais le savoir depuis le temps!" ajouta Philias.

    "- Bien, je pense que nous avons nos propres problèmes à gérer ici..." déplora Vay en jetant un œil à l'ensemble des êtres à bout de force ou pris dans la glace devant eux. "Mettons-nous au travail." finit-il.

     

    Pendant tout ce temps, Lunol, Oggas et Célia s'étaient aventurés sur les flots pour rejoindre la mer de glace... une partie gelée de l'eau salée où commençait le domaine de la Montagne de Glace.

    Nous avions passé un jour et demi à naviguer en alternance pour l'atteindre. Nous y étions enfin... L'étape suivante: l'Ascension.

    C'était le petit matin, et nous étions à présent si loin des combats que nous ne les entendions même plus.

    Au moins, ça faisait un détail en moins à prendre en compte pour l'instant. A présent, c'est à moi de jouer mon rôle. Et je sais que je n'échouerai pas.


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    Chapitre 1 :

    Partie 3: Un combat mené dans l'ombre 

     

    Bien avant les évènements qui frappèrent Drania d'un vent de panique imminente, un jeune homme venait d'envoyer sa protégée loin de lui. Il se retrouvait là, dans le salon d'une maison appartenant à quelqu'un qu'il n'avait que trop bien connu.

    Encore un peu perdu, il regardait le portail qu'il avait ouvert devant lui. "Ai-je fait le bon choix...?"; Il soupira. Un petit compagnon vert le sortit de ses pensées à faible coup de "Vipélierre...". Un jeune renard vint les rejoindre, et bientôt, un sourire mélancolique apparut sur le visage du jeune homme.

    Dans une pièce à côté, d'autres compagnons de Vay se reposaient. Ils avaient accompagné leur ami la nuit d'avant, et certains avaient un peu de mal à se remettre du convoi.

    Le jeune homme vêtu de noir s'en alla les voir pour leur demander:"- Pardonnez-moi d'interrompre votre sommeil, mais est-ce que ça dit à quelques uns d'entre vous de venir avec moi pour aller au Congrès ?";

    Sans plus attendre, un jeune Voltali sortit de son sommeil, et se leva d'un bond, prêt à accompagner Vay à la réunion tant attendue par les membres de l'assemblée. Vay referma la brèche qu'il avait ouverte pour la jeune fille, et en ouvrit une qui menait ailleurs.

    En l'empruntant, il pensa:"... Je ne sais pas encore si c'était une bonne idée, mais seul l'avenir nous le dira... J'espère que tout ira bien pour toi... Et toi D.Univers, j'espère que tu ne m'as pas fait faire ça pour rien. Tu es prévenu. Je ne pardonnerai pas son sacrifice.";

     

    Avec Nayru et Vipélierre, je m'engouffrai dans le portail. Bientôt, j'arrivai dans cette salle que j'ai l'impression de ne jamais quitter... Dans un décor toujours aussi obscur, je me dirigeai à présent vers la salle de réunion.

    Là se trouvaient déjà Philias, Xélios et D.Univers. Quelques invités surprises s'étaient, semble-t-il, incrustés à la réunion. J'espère que je serai à la hauteur...

    M'avançant sur l'estrade, je faisais à présent face aux quelques membres présents. Mes deux camarades sont partis s'installer dans le public, tandis que les autres attendent encore le silence pour commencer. Bien, il est temps.

    Je m'avance, et prends la parole:"- Je vous remercie d'être venu. Ce matin, nous allons aborder un point important dans la suite des évènements. Comme vous le savez tous, j'ai réussi à retrouver l'élue originelle de Draniolon. Je l'ai envoyé ce matin-même pour qu'on la prépare à l'épreuve. Maintenant, il faut finir les préparatifs quant à la mise en place du protocole six verset trente-deux du règlement. Des questions...?"; Je ressentais l'appréhension me gagner en voyant D.Univers parler à son tour.

    "- Comment t'y es-tu pris pour la convaincre...? J'ai encore du mal à croire qu'une fille aussi bornée qu'elle ait accepté aussi facilement son sort..." ajouta-t-il de sa voix caverneuse.

    "- C'est bien parce que tu ne la connais pas !! Si tu la voyais tous les jours, tu aurais su qu'elle n'a rien à voir avec les anomalies de la nature qui ont servi d'élues à ce traitre." s'insurgea Philias. Je n'arrive pas à le supporter, lui et son égocentrisme. Dire que je suis obligé de jouer sur le même terrain que lui...

    "- Elle m'a fait confiance, et je l'en remercie." dis-je calmement, en lançant un regard lourd de sens à ce Philias. Si seulement il pouvait se taire...

    "- Oh, l'autre hé ! La confiance... Tss, tu t'entends parler mon pauv' vieux ? Tu me ferais presque pitié... C'est pas plutôt parce que tu l'as séquestrée, et le fais de lui avoir proposé une option de fuite l'a rendue docile sur le champ ?" continua-t-il dans sa bêtise. Évidemment, il fallait qu'il me cherche...

    "- Je ne sais pas ce que tu me reproches, mais sache néanmoins que pour moi, tu n'as pas ta place ici, alors estime-toi heureux d'avoir encore ta bonne étoile avec toi. Compris ?" répliquai-je froidement. J'ose espérer qu'il a compris le message cette fois.

    "- Il suffit vous-deux. Là n'est pas le sujet. Vay, peux-tu me faire un petit récapitulatif de l'état actuel des choses ? Avec toutes les nouvelles mesures, il devient compliqué de s'y retrouver..." reprit D.Univers un peu plus sérieusement.

    "- Tout de suite."; Je pris un instant pour relire mes notes, et répondis au dragon noir avec application. "Globalement, la situation n'est pas encore critique. Draniolon a l'air de se tenir tranquille, mais nous ne savons pas encore combien de temps cela va durer. Ensuite, Adsis recouvrira bientôt ses pouvoirs.

    De leur côté, l'Alliance patrouille en quête de dangers potentiels, même s'ils ne trouvent rien. Du côté de Dréleste, leurs recherches avancent, et toucheront bientôt au but selon les dires de Phylasis. Je te laisserai voir l'avancée du reste de leurs études directement avec Dréleste.

    Pour toi, D.Univers, à part les quelques changements de grades à prévoir pour certains - je jetais un œil mauvais à Philias avant de retourner sur mes feuilles -, tout est stable."; Je marque une pause. Et l'autre en profite pour y glisser un commentaire de son cru...

    "- Tout va bien dans le meilleur des mondes on dirait ! L'autre brute des enfers va pouvoir recommencer ses manipulations dans le plus grand des secrets, et tout ça, pour notre plus grand plaisir ! N'est-ce pas merveilleux ?" ironisa-t-il. Je ne relève pas.

    "- ... De plus, nous savons que les récoltes sont bonnes, et tous les villages se portent bien. Aucun litige n'est à déplorer depuis des mois, ce qui nous laisse à penser que nous n'aurons bientôt plus de temps à leur consacrer au rythme où vont les choses... Néanmoins, nous espérons qu'aucun incident n'aura lieu d'ici la fin de notre temps de répit.

    D'ailleurs, nous avons préféré organiser des épreuves au sein des villages. Les plus qualifiés dans des épreuves spécifiques seront envoyés vers Draniolon dans l'espoir de le faire patienter." poursuivis-je.

    "- Et, n'as-tu pas peur qu'il s'agace, ou trouve cela suspect ?" demanda D.Univers, suspicieux.

    "- En effet, c'est le risque, mais ça nous laissera les mois dont nous avons besoin pour initier l'originelle."; J'avais du mal à qualifier cette fille ainsi, mais nous n'avions pas le droit de nommer les élus par leurs vrais noms. Sachant que pour l'instant, elle n'a pas encore de surnom à proprement parlé... Celui d'Ethelle était le nom attribué à ses clones, nous ne pouvions décemment pas lui donner ce même nom. Ce serait prétendre qu'elles lui étaient égales.

    "- Ha, c'est vrai... Cette règle qui interdit de nommer les élus par leur nom... Pourquoi cette règle est en vigueur déjà ?" intervint Philias. A force de penser, j'en avais presque oublié qu'il était encore là.

    "- Avez-vous oublié qu'il s'agit avant tout d'une sécurité ? Nous devons conserver le secret, car vous savez pourtant mieux que quiconque que les élus sont reniés par les habitants... D'autant que tu n'as pas tout dit, Vay. Il s'en sort Oggas avec sa formation ?" demanda Xélios, qui était resté à l'écart du débat jusqu'à maintenant.

    "- En effet, on ne m'a pas laissé le temps d'aborder le sujet. Donc, pour le coup, Oggas et... l'Autre sont tous les deux en formation. Mais là où Elle doit tout réapprendre de A à Z, ce n'est qu'un contrôle de routine pour Oggas.

    Pour faire court, il a déjà réintégré la famille du chef du village près du Bois Dakalis, et subira leur routine pendant encore quelques mois. Il doit être capable de s'adapter à deux modes de vies différents selon un temps déterminé, comme nous le devons tous en tant qu'élus." argumentai-je. Toutes ces coutumes ont pour but de nous rendre plus souple à ce qu'il pourrait nous arriver. J'en ai conscience...

    "- Au fait, quand est-ce que tu vas te faire une excursion sociale, Vay !? Ça te ferai du bien d'arrêter de tout gérer comme ça, haha!!"; A chaque fois qu'il l'ouvre, j'ai envie de le faire taire. Je sais qu'il me charrie, mais plus ça va, et moins j'arrive à contenir mon agacement. Il est lassant.

    "- Tu sais très bien que je ne peux pas ! Tant que Noloy n'est pas là, c'est à moi de prendre les directives avec D.Univers. Ça a toujours été comme ça, et tu le sais mieux que personne !"; Ça y est, je m'emporte... mais je l'attends au tournant. Une seule autre remarque et je le fais sortir. "Maintenant, si tu le permets, nous avons bien mieux à faire que de répondre à toutes tes interventions inutiles.";

    "- ... Compris, je me tais." dit-il d'un air blasé. Enfin tranquilles...

    "- Néanmoins, Philias soulève un bon point. Cela fait un moment que tu n'as plus fais ce genre de missions. Ne penses-tu pas qu'il serait préférable de prévoir une session de ce type dans les jours à venir pour Vay, D.Univers ?" insista Xélios. Lui qui d'habitude va dans mon sens, cette fois, il contre un peu mes plans...

    "- Ce serait une bonne idée, je trouve aussi. Serais-tu d'accord avec ça Vay ?" demanda naïvement le dragon noir, comme pour confirmer mon accord avec cette décision... Mais je n'étais pas de cet avis.

    "- Je regrette, mais j'ai déjà une grosse mission de prévue dans quelques mois, et vous savez très bien que je ne peux pas partir dans ce type de mission si Nola ne s'est pas éveillé. Qui protégerait les orbes si nous sommes en sous-effectifs ? Non. Je suis navré, mais je maintiens mes plans." finis-je, déterminé à faire entendre mes envies.

    "- Tu sais, si ce n'est qu'une histoire de missions, nous pouvons toujours déléguer celle-ci une fois Noloy avec nous. Et puis, c'est pas comme si nous avions trois cent choses à gérer en même temps. D'autant que ça ne te ferait pas de mal de sociabiliser avec les villageois. Tu passes ta vie plongé dans le travail ! Prend l'air !" insista encore un peu plus Philias. Juste parce que je vois que lui seul tient particulièrement à me voir temporairement quitter mon poste, je préfère encore continuer les négociations.

    "- Hm... Je conçois que vous préfèreriez que je sois prêt à tout, mais je vous l'ai dit, je n'ai pas le choix. Par contre, je peux vous accorder une condition pour un potentiel assouplissement d'emploi du temps." hasardais-je.

    Ils sont suspendus à mes lèvres. Xélios acquiesce comme pour me dire de poursuivre. Je reprends donc... "La condition est simple. Je laisse ma mission à qui veut la prendre seulement un mois après le réveil de Nola, et je veux que le délai maximum de cette incursion soit de trois mois, et pas un de plus, de manière à ce que je puisse reprendre le cour normal de ma mission là où mon remplaçant me l'a avancée. Est-ce clair ?";

    Tout le monde acquiesce avec plus ou moins d'enthousiasme à l'annonce de ce compromis. Seul ce fourbe de Philias se réjouit d'avance de prendre ma place. Il a eu ce qu'il voulait, et je me suis fait avoir... Mais s'il ne fait pas son boulot correctement, il sait pertinemment à quoi s'attendre.

    "- Alors c'est entendu. D'autres remarques ?" finit D.Univers. Personne ne semblait vouloir ajouter quoi que ce soit, et je me résignai à conclure la réunion.

    "- Très bien. Alors c'est ainsi que je déclare la réunion... terminée. Vous êtes tous conviés à retourner vous occuper des affaires en cours. Et rendez-vous dans deux mois pour le prochain congrès. Je compte sur vous pour être présents." concluais-je finalement. Il était temps que je sorte de là...

     

    Pendant mon départ de la salle, Voltali et Vipélierre vinrent me rejoindre, et me regardèrent avec inquiétude. Ils savaient ce que je ressentais, et que j'avais notamment eu l'impression d'avoir foiré mon coup...

    Mais je ne devais pas montrer mes impressions personnelles aux autres, j'en connais un qui ne m'aurait pas loupé sinon... Satané Philias... il ne perd rien pour attendre celui-là. Mais il peut s'estimer heureux. Je ne suis pas aussi cruel que lui, moi, au moins. Mais j'ai un peu peur de ce qu'il pourrait faire à Célia.

    Après tout, s'il commence à l'embrouiller avec ses délires et histoires abracadabrantesques, Elle ne saura plus qui croire... Hm... Qu'est-ce que j'ai fait...? Ai-je encore une chance de rattraper mon erreur...? ...

    Soudain, je sentis quelque chose se poser sur mon épaule. Les serres de l'animal étaient suffisamment enfoncées dans mon épaule pour permettre à l'oiseau de proie de tenir sans pour autant me faire mal.

    Quand je réalisai enfin de qui il s'agissait, je ne pus m'empêcher de m'étonner:"Ho ! Tiens, Eagle ! Je ne m'attendais pas à te revoir avant un moment toi. Comment vas-tu ?";

    L'aigle partiellement couvert de glace frotta sa tête froide contre ma joue en guise de réponse. Il était content de me revoir apparemment, et je n'étais pas le seul sous le choc de sa venue. Vipélierre salua chaleureusement le volatile. Nayru, quant à lui, ne connaissait pas Eagle.

    Après tout, cela faisait déjà des années qu'il était parti en tant que sujet d'étude avec Dréleste, Nayru nous ne nous a rejoint qu'entre-temps. Ça me fait penser que je devrai peut-être m'intéresser d'un peu plus près à l'avancée de leurs recherches. Peut-être que leur travail pourrait s'avérer utile ?

     

    Les jours passaient, mais je n'avais pas pu trouver le temps d'aller jeter un œil aux recherches de Dréleste avant bien deux bonnes semaines. Entre la paperasse, les expéditions, et les rapports de missions, je n'ai pas eu un seul instant à m'accorder.

    Aujourd'hui, j'avais prévu bien trois heures pour me rendre au domaine de Dréleste, et enfin savoir ce qu'il trafique avec ses chercheurs depuis tout ce temps. Emmenant avec moi le jeune renard et l'un des oiseaux de la maison, je m'en allais retrouver Eagle dans une salle d'étude.

    Tout ceci m'impressionnait. Même si le domaine de D.Univers et de Dréleste se situait dans un même lieu géographiquement parlant, j'étais dépaysé. Je trouvais surprenant de voir des salles si lumineuses alors que nous devions bien nous trouver à cent mètres sous la surface du sol !

    Xélios était là lui aussi, et m'accueillit chaleureusement, comme à son habitude. Dréleste nous rejoignit vite, quittant temporairement son poste de superviseur, pour nous dévoiler les salles où ses sous-fifres menaient les recherches, avant de nous emmener dans une salle un peu plus au calme pour nous expliquer tout cela en détail.

    Cette fois, c'est moi qui prit place dans le public, et c'était le dragon vert qui menait la séance. Tout en reprenant les cas spécifiques étudiés dans les salles, il avait prit soin d'amener directement un spécimen pour démontrer ses recherches. Il se lança donc dans ses explications.

    "- Comme vous pourrez le constater par vous même, le spécimen étudié ici présent a hérité de capacités particulières. Eagle, ou cas d'étude n°4, a en sa possession des pouvoirs qui se rapprochent de ceux de Draniolon.

    Ainsi, nous avons émis l'hypothèse que cet oiseau, selon une technique particulière, pourrait lui aussi fusionner avec l'élue de celui-ci. De cette manière, nous avons recherché tous les moyens possibles pour faire de cette hypothèse une réalité.

    A l'aide d'autres spécimens associés à d'autres dragons, et de spécimens témoins, nous avons conclu qu'à cent pourcent, notre solution fonctionnait sur les individus compatibles ! Néanmoins, nous n'avons pu tester ce moyen que sur un nombre limité de spécimens, par souci d'éthique.

    Et donc, nous ne savons pas s'il est sans risque pour le spécimen et l'élu en question de subir une fusion inadaptée."; Dréleste s'interrompit un instant. Il regarda le public avec intérêt, et essaya de voir si nous avions bien suivit.

     

    "- Cela ne nous dit pas comment vous vous y prenez pour arriver à cette fusion. Pouvez-vous expliquer le processus ?" demandais-je, intrigué.

    Je savais que l'on pouvait considérer comme inconcevable ce genre d'investigations, mais si nous ne trouvions pas un moyen efficace de contrer Draniolon rapidement, nous serions démunis face la menace, et ce serait la fin. Nous n'avions pas le choix.

    "- Et bien, le principe est assez simple. Tout d'abord, nous avons conçu à partir de roche provenant de l'antre de Nola des petits pendentifs à l'effigie de l'animal qui y sera ensuite contenu.

    Pour faire court, cette pierre a la particularité de retenir l'essence même de l'individu contenu, et permet ainsi, de part une volonté commune du spécimen et de l'élu concerné, de fusionner en un seul être. On qualifie cette roche de "cristaux d'éther". Préparez la démonstration avec le spécimen n°5 et Xélios s'il vous plait." commanda Dréleste, confiant.

     

    Suite à sa requête, une petite troupe de laborantins vinrent sur la scène pour amener un loup qui semblait avoir des pouvoirs météorologiques aux vues des quelques excroissances sur son corps rappelant principalement le vent.

    Xélios avança sur la scène aux côtés de son dragon associé et du spécimen, puis il tendit le pendentif à l'effigie de l'animal vers celui-ci. Ce dernier se transforma en une masse d'énergie, qui fut intégralement absorbée dans le pendentif.

    Une fois cela fait, Xélios mit à son cou le pendentif accroché à une corde. Puis, il se saisit du loup de pierre de toute sa main, et ferma les yeux, la tête rivée vers son collier. Semblant se concentrer, un puissant souffle sortit de Xélios qui rouvrit ensuite les yeux, forts d'une luminescence équivalente à celle de l'éther.

    Ses yeux sur-brillants me donnaient l'impression qu'il me fixait, alors que le vent redoublait en puissance. Dans un éclat blanc, mon ami n'était d'un coup plus le même. Quand enfin la transformation fut complète, le vent s'arrêta, et la lumière qui émanait de Xélios avait fait place à l'apparence chimérique de cette fusion contre-nature.

    Pourtant, ça lui allait bien. Les oreilles du spécimen lui avaient poussé sur la tête, et d'autres détails dans son apparence avaient changés. Cependant, il n'avait pas fini sa démonstration.

    Soudain, il se mit à nous montrer l'étendue de sa nouvelle puissance, et c'était fascinant de voir à quel point les deux êtres étaient en symbiose. Pour que tout cela échoue, il n'aurait suffit que d'une erreur de l'un ou de l'autre pour mettre fin à la fusion.

    C'était à présent clair qu'ils ne faisaient plus qu'un. Et pour nous le prouver, il prit ensuite une transformation complète. Xélios avait maintenant l'apparence du spécimen avant qu'il n'entre dans le collier. J'étais soufflé. Même Dréleste semblait agréablement surpris des talents de son élu.

     

    La démonstration prit fin après quelques instants, et une fois tout remis en place, je fis en sorte de me retrouver seul avec mon ami. J'échangeai d'abord mes impressions face à sa surprenante prestation, avant d'aborder un point qui m'intéressait davantage:"- Au fait, toi qui travaille sur le cas d'Eagle... Tu aurais moyen de me le laisser quelques temps ? J'aurai quelques petites choses à vérifier de mon côté..."

    "- Ha... Je ne sais pas si c'est très légal ce que tu me demandes, mais va falloir que je joue des coudes pour que Dréleste accepte. M'enfin, je peux bien faire ça pour toi ! Après tout, je te dois un service, non ?" continua Xélios, mon ami de toujours.

    "- Il me semble, en effet." dis-je, le sourire aux lèvres.

    "- Ah, et aussi. On a trouvé récemment un spécimen qui pourrait fusionner avec toi. On est encore en train de voir pour la fabrication d'un pendentif pour lui, parce qu'il est particulièrement instable... Mais je pense que d'ici quelques semaines, voire quelques mois, on aura réussi à calmer le bestiau. Je te tiendrais au courant." poursuivit-il avec entrain.

    "- Je ne m'y attendais pas vraiment... mais merci. J'espère que ce ne sera pas trop tard par contre, haha." répondis-je.

    "- Tu veux dire... Pour le cas où il se décide à passer à l'action ?"; J'acquiesce, puis lui dis brièvement aurevoir.

     

    Une fois encore, les jours qui suivirent ne me laissèrent aucun répit. Au point d'arriver au jour de l'autre réunion sans même m'en apercevoir. Moi qui dormais paisiblement sur le lit à l'étage de la maison que j'utilisais comme domicile pour un temps, c'est Vipélierre qui se souvint à ma place de la réunion, et c'est elle qui me réveilla dans les temps.

    Ne comprenant d'abord pas pourquoi elle m'avait forcé à me préparer en ces jours encore froids de début de printemps, je suivais mon amie sans broncher. Nayru nous accompagna à nouveau, en plus du jeune renard pour une fois.

    En y repensant, je ne comprenais pas tout à fait pourquoi Célia tenait à ce point à le nommer "Foxy". Elle qui m'avait dit pour le coup qu'elle faisait référence à quelqu'un... Je ne saisissais là encore pas le moins du monde ce qu'elle me disait.

    Certes, elle avait déjà voyagé, mais peut-être saurai-je enfin à qui elle faisait honneur en lui donnant ce nom... Il faut juste que je sois à ses côtés au bon moment pour le savoir...

    Mais serai-je là en temps voulu ? Ou cet énergumène aura-t-il le privilège de rencontrer cet ami qui lui était si cher avant moi...? J'enrage d'avance... Ça me tue qu'il puisse me priver d'elle comme ça. Mais où m'emmène Vipélierre ? Que veut-elle me dire...? ...

    Puis Eagle, qui avait finalement pu rester à la maison pour quelques semaines,vint à son tour, un bout de papier dans le bec. Il me suffit de survoler le message pour me souvenir:"La réunion !! Mince, encore un peu et j'allais définitivement la rater...";

    Me dépêchant d'ouvrir le portail vers le domaine de D.Univers, je me hâtais vers la salle où se trouvaient sûrement déjà les autres membres de l'assemblée. A mon arrivée, Philias se tenait sur le promontoire, et parlait mais... je ne comprenais pas.

    Inquiet et intrigué, je m'installai dans le public avec l'aigle de glace, le renard, le chien électrique et le serpent végétal en silence.

    Pour une fois, je l'écoutai d'une oreille attentive:"- ... Bien sûr, il va de soi que je m'en occupe moi-même. Je vous promets d'être à la hauteur. Le fruit de vos recherches nous seront forcément bénéfiques !"

     

    Je remarquai qu'il semblait s'adresser à... Dréleste !? Lui qui n'assiste que rarement à ce genre de rassemblement, c'est étonnant de le voir ici. Peut-être est-il arrivé quelque chose pendant mon absence...

    Moi qui fus tant chargé ces derniers temps au point de ne pas avoir pris la peine de m'informer... En même temps, cette fois-ci, ce n'était pas mon rôle.

    Après cette intervention mystérieuse, le scélérat au sourire victorieux vint s'asseoir à côté de moi. "T'as rien compris, pas vrai ?" me dit-il sans transition.

    Passablement énervé, je ne fais que le regarder sans un mot. Il m'observe lui aussi, et sourit de plus belle. "T'inquiètes, tout ça sera clair dans quelques minutes..."

     

    A son tour, D.Univers se rend sur la scène, et face à nous, il commence:"- Bien. Malgré cette intervention inattendue, il est temps que je déclare la réunion ouverte. Aujourd'hui, j'ai de bien fâcheuses nouvelles à vous annoncer.

    En effet, comme vous le savez sûrement, Adsis a récupéré ses pouvoirs, et nous ne sommes pas à l'abri de ses méfaits. Cependant, rien ne nous affirme qu'il ait un quelconque lien avec tout ça.

    Vous le savez, le conflit entre Draniolon et Adsis atteindra bientôt son paroxysme, alors qu'aucune raison apparente ne pousse l'un ou l'autre dans le conflit. C'est pourquoi nous avons lancé une enquête, mais ce fut bredouille que nous avons été contraints de séparer les deux ennemis de toujours à rester confinés dans leur domaine respectif... une fois de plus.

    Néanmoins, cette mesure est peut-être celle de trop, et nous ne sommes pas encore tout à fait prêt pour nous occuper de la menace qui pèse sur nous depuis déjà un siècle maintenant. Nous espérons que vous avez des idées de protocoles d'urgences, car pour le coup, aucun des protocoles initialement prévus pour parer la menace n'a fonctionné comme nous l'entendions...

    Draniolon est devenu instable, et je crains qu'il soit hors de question de continuer d'envoyer de potentiels élus le voir pour passer l'épreuve du Pic... Des suggestions ?"; C'est inhabituel, lui qui est d'habitude si calme, il a l'air presque terrorisé par ce qu'il dit. N'est-ce pas là une conduite dictée par la peur ?

    Xélios prend le parti du dragon, et commence à exposer ses idées:"- Je pense qu'il est effectivement préférable de mettre une pause définitive à cette histoire d'élu de substitution.

    Il faudra d'ailleurs s'occuper de sortir l'originale de son initiation, car les choses risquent de se corser sous peu. Et comme nous l'a si gentiment demandé Philias, ce sera lui qui se chargera de la replacer dans la grotte.

    De cette manière, elle pourra enfin commencer la véritable épreuve qui l'attend. J'espère que tu n'y vois aucun inconvénient Vay..."; Il me demande ça avec l'air le plus désolé que j'ai jamais vu.

    Bien sûr que ça me dérange, mais vu que la décision a été prise quand je n'étais pas là, j'estime ne pas avoir mon mot à dire.

     

    "- Qu'il profite. Ce sera bien la dernière fois que je lui accorde une telle faveur." dis-je en lui jetant un regard franc. Il semble ravi, je ne sais même pas pourquoi cette fois.

    "- Et comme il a été clair que Philias s'occupe de la mise en place dans la grotte, le tour de garde est accordé à Vay. Nous espérons que tu sauras nous renseigner tous les évènements à venir, et je précise, sans intervenir !

    S'il s'avère que tu compromets cette mission en voulant simplement aider, tu seras retiré de la mission d'espionnage que tu défends depuis si longtemps pour qu'elle reste tienne. C'est compris ?" précisa D.Univers, l'air sévère. Je me doutais qu'il savait à peu près à quoi s'en tenir... Il n'y a bien que pour elle que je peux devenir Héros d'un jour.

    "- Oui."; Je marquais une pause. J'avais moi-même quelques idées pour contrer Draniolon. "Et pour en revenir à notre problème, j'aimerai, si ça ne vous dérange pas, utiliser la méthode développée par les soins de Dréleste ici présent, et son équipe de chercheurs.

    La fusion pourrait être à notre avantage, et nous permettrait de contrer avec un peu plus d'efficacité le dragon de glace. D'ailleurs, y a-t-il eu de nouvelles avancées de votre côté ?"

    Xélios répondit le premier:"- Malheureusement, pas assez pour être sûr que ce sera suffisant. Le temps de la fusion maximal pour le moment n'a pas dépassé le seuil des dix minutes, alors que nous savons pertinemment qu'un combat contre un dragon, et Draniolon en particulier, nécessite de garder une puissance constante pendant au moins une demi-heure pour les plus forts. Sinon, ça peut durer bien deux jours ! C'est trop risqué de tenter le coup pour le moment. Nous ne sommes pas prêts." déplora l'élu de Dréleste.

    "- Par contre, si les rares spécimens que nous avons fusionnent avec les quelques élus ici présents, nous aurions peut-être une chance de faire une percée éclair efficace et repousser un moment la menace." ajouta Dréleste.

    "- Ce ne serait pas raisonnable de mettre en danger la vie de tous nos élus d'un coup, sachant qu'ils risquent d'en pâtir un minimum durant le combat. C'est trop risqué, et donc pour moi c'est un non. Cette option n'est pas envisageable." gronda D.Univers.

    Les deux dragons ne sont eux-même pas en accord l'un avec l'autre, mais avons-nous seulement le choix, là encore...?

    "- Je suis prêt à tenter le coup s'il le faut !" clamais-je avec force. Xélios suivit le pas, après quelques réflexions.

    "- ... Oui, moi aussi. Je suis prêt à me battre. A nous tous, nous avons une chance." poursuivit-il d'une voix assurée.

    "- J'avoue que l'idée d'être un héros au moins une fois dans ma vie est loin de me déplaire." ajouta nonchalamment Philias, sur un ton volontairement provocateur. Quel idiot quand il s'y met celui-là...

    "- Eh bien... J'en conclus que vous avez fait votre choix... Toutes les fusions sont-elles prêtes ?" demanda D.Univers.

    "- Non, nous n'avons pas de chimères pour Oggas pour le moment. Et pour l'autre, ce serait impensable de l'impliquer dans ce combat de suite. De toute manière, nous savons très bien que les élus se réunissent naturellement. Il ne fait donc aucun doute que si nous cherchons Oggas, nous le trouverons avec elle." continua Dréleste.

    "- Par contre, si je patrouille dans les jours qui viennent, vous voulez que je surveille quelle zone ?" demandai-je. Si je n'ai pas d'assignation particulière, je sais déjà où je compte me rendre.

    "- Ne t'en fais pas. Nous n'avons pas prévu d'être cruels avec toi, Vay. Tu es chargé d'espionner les agissements d'Oggas, et de ta petite protégée. Ils devraient se retrouver au village aux abords du Bois Dakalis. Tu sais, la forêt où trône un olivier millénaire en son centre..." précisa le dragon noir de jais.

    "- Parfait." dis-je, enchanté par cette petite victoire. Au moins ça, l'autre imbécile ne pourra pas me le voler. Je souris à cette pensée.

    "- Bien. Je pense que tout le monde sait ce qu'il a à faire. Dréleste, fais en sorte que tout soit prêt quand le moment viendra. Philias, tu viens avec moi.

    On a encore des stratégies à mettre au point pour préparer la riposte, tu t'occuperas de l'autre fille demain soir. Vay, je te laisse y aller. Bon courage. Et surtout n'oublie pas: Ne pas intervenir !" finit D.Univers avec un clin d'œil.

    Cette remarque amicale, je l'encrais dans ma tête. Si je n'appliquais pas à la lettre cette recommandation, je serais sûr de voir me passer sous le nez ma mission. Je ne ferai jamais cette fleur à l'autre imbécile. Il ne le mérite pas.

     

    En sortant de la salle avec mes quatre compagnons de route, je ne pris même pas le temps de repasser déposer mes affaires. Aujourd'hui, je devais faire du repérage au village.

    Déjà, je pense que je vais faire un tour du côté du volcan. Avoir un aperçu surélevé du village me permettra d'avoir une bonne première vue d'ensemble. Ensuite, je pense aller sur le terrain cette nuit pour faire du repérage.

    Et demain, je ferai un petit tour dans la forêt alentour. Avec un peu de chance, je trouverai un endroit où elle se rendra forcément. J'espère qu'elle ne m'a pas oublié... Dire que ça fait déjà deux mois que je ne l'ai plus vu. Le temps passe si vite... J'ai tellement hâte de te revoir.

    Vipélierre me sortit alors de mes pensées. Xélios vint me voir rapidement pour me dire que ma chimère ne sera pas prête avant trois jours. Espérons que l'Alliance arrivera à temporiser un jour ou deux s'il décide de se déchaîner demain...

    Je sens que le menace est proche. Et Adsis qui n'arrange pas les choses... Il va peut-être faire comme Philias, et prétendre n'avoir rien fait de mal pour s'attribuer les lauriers d'une victoire qui n'aurait pas eu lieu s'il ne l'avait pas engendrée... Je ne les comprends pas. Pourquoi cette recherche de reconnaissance...?

    Eagle, Foxy et Nayru se mirent à aider Vipélierre pour me sortir de mes songes. Ils avaient tous l'air inquiets pour moi... pourtant. Ils ne devraient pas.

     

    Malgré mes songes, j'ouvris un portail après avoir expliqué mon plan à mes compagnons pour les rassurer. Ils avaient l'air d'être d'accord avec mes idées, et me suivirent sans broncher.

    Une fois la traversée terminée, je me retrouvai en plein cœur de la forêt, à quelques centaines de mettre du pied du volcan.

    Nayru le Voltali restait consciencieusement à mes côtés, avec Vipélierre et le jeune renard, tandis qu'Eagle nous laissait ensemble pour se retrouver seul à voltiger dans le ciel.

    La journée avançait vite, et ce fut déjà le début d'après-midi quand j'atteins enfin un spot intéressant pour surveiller le village.

    En soi, je ne voyais rien de transcendant à première vue. Les habitants faisaient tranquillement leur vie, sûrement inconscient du danger qui les menaçait. Cela dit, cet endroit avait quelque chose de reposant... pour une fois que je peux souffler.

    Je pris place sur la montagne pour le reste de la journée, afin d'observer les citadins. Tout paraissait si paisible... Je me laissai enfin vaquer à mes pensées sans peur d'être interrompu.

    La brise était fraîche, mais agréable. Les fleurs commençaient lentement à s'épanouir par ces jeunes jours de printemps, et le soleil déclinait tranquillement.

    Être là, comme ça, me rendait plus serein. Je me sentais bien. Mes amis à mes côtés semblaient eux aussi s'extasier devant ce spectacle.

    Mais quand le crépuscule nous illumina pleinement de sa lumière cuivrée, je me résolu à passer à le seconde phase de mon plan d'action.

    Ainsi, je descendis la montagne à pied, et le temps que je rejoigne le petit village, il faisait déjà nuit depuis un moment.

     

    Accompagné de ma troupe d'élite, nous délimitèrent ensemble chaque parcelle du périmètre. La lune de ce soir était au dernier croissant.

    Les étoiles étaient assez rares dans ce monde, comparé à notre bonne vieille Terre... mais bon. C'est bien mieux ici que là-bas. Et puis, ce n'est pas comme si elle me manquait vraiment. ... Non, il faut que je reste concentré.

    Je m'éloignai un peu du cœur du village pour m'approcher de la berge. De là, j'avais une vue lointaine du domaine de Draniolon.

    Le glacier du dragon devait être à trois ou quatre jours du village avec un bateau de pêcheur comme ceux d'ici... Si jamais elle devait s'y rendre, ce serait clairement une perte de temps de la laisser y aller par ce biais... même si en soi, ça fait aussi parti de l'épreuve.

    Hm... En plus, je n'ai même pas le droit de l'aider pour l'instant. D.Univers me l'a répété à maintes reprises, donc il vaut mieux que je reste à l'écart pour le moment.

    Je vais simplement me contenter de la surveiller elle et Oggas. Avec un peu de chance, je n'aurai même pas besoin d'être à deux endroits en même temps ! ...

    Bien, je pense avoir quelques repères maintenant. Je claquai des doigts deux fois pour que mes compagnons me rejoignent de manière à réunir tout le monde, puis nous levâmes le camp sans plus attendre.

     

    Enfin de retour à la maison, je fermai les volets. Ici, quand il faisait nuit, c'était le jour de l'autre côté de Drania, et vice-versa. C'était toujours aussi perturbant d'avoir l'impression de dormir le jour et d'agir la nuit, mais c'était mon quotidien.

    Après ce repos bien mérité, je me réveillais avec difficulté. La fatigue des derniers jours me pesait, et une flemme me ralentit dans mon intention. Heureusement pour moi, j'avais des compagnons bien plus en forme que moi, et qui s'avéraient toujours près à me réveiller en cas de coup de barre.

    Cette fois, c'est Nayru qui se chargea de me réveiller. Ce Voltali un peu spécial avait un aspect un peu féérique avec son petit ruban brun, et était plutôt doué pour le combat, malgré ses airs gentillets.

    Il cachait bien son jeu, mais ce cher Nayru avait le don pour me faire sourire. Peut-être était-ce parce qu'il me rappelait Célia quelque part...? Hmm... tout ça me rend nostalgique.

    Mais aujourd'hui, je me charge d'explorer rapidement la forêt et je retourne au village pour voir comment elle s'en sort. J'espère qu'il ne lui arrivera rien...

    Vipélierre, fidèle au poste, cria de sa petite voix pour me sortir de mes pensées un peu trop intrusives ces derniers temps. Je descendis préparer de quoi faire tenir tout ce petit monde pour la journée à venir, puis je me préparais à repartir pour une autre journée éreintante.

    Je me demande où en sont les autres... J'espère que tout avance comme ils le souhaitent. D'ailleurs, si j'ai a lui parler, je ferai mieux de trouver un moyen de la contacter...

    Sûrement en lisant sur mon visage la pensée qui me traversait l'esprit, Nayru alla rapidement me chercher un bloc-note et un stylo noir. Je ne pensais pas qu'il était devenu si attentif à mes changements d'expressions...

    Une fois prêt, je pris soin de ne prendre avec moi qu'une sacoche pour ranger le peu de matériel dont j'avais besoin, et acceptai d'emmener seulement Nayru et Eagle. Nous nous devions d'être discrets. Être trop nombreux aurait pu nous faire repérer trop rapidement.

     

    Comme à mon habitude, à peine ouvris-je le portail que je me mis directement en route. Il faisait encore nuit, même si le jour commençait lentement à pointer le bout de son nez. Il devait être à peu près cinq heure par ici.

    En avançant, Eagle choisit de mener la route pour nous permettre de me mieux nous y retrouver. Cette fois, mon objectif était de trouver un spot pas trop loin de l'arbre millénaire pour pouvoir être sûr d'avoir un point de rencontre déterminé.

    Après quelques minutes interminables de marche, me voilà enfin devant la bête. Un splendide olivier d'une bonne vingtaine de mètres de hauteur à vu de nez.

    Même dans les plus grandes villes que j'ai pu connaître, je n'avais jamais rien vu d'aussi haut, à part peut-être les monuments historiques, et encore..., mais je m'égare encore.

    En regardant un peu autour de ce majestueux végétal, j'aperçus Eagle perché sur une sorte de rocher à peu près camouflé par la végétation luxuriante des environs.

    Je me mis en tête de le rejoindre, tandis que Nayru, lui, s'acharnait à grimper les branches de l'arbre en sautant d'une à une autre.

    Une fois aux côtés de l'aigle de glace, je me rendis compte de l'avantage certain qu'avait Eagle: il pouvait voler.

    Lui seul pouvait se rendre d'un endroit à un autre comme bon lui semblait dans de notre petit groupe, et prendre de la hauteur sur tout, alors que moi et Nayru... étions cantonné enquêter au sol. Je l'enviai pendant un instant.

    Puis je me souvins d'un détail. En tant qu'élu, j'avais normalement accès à certaines des capacités de mon dragon associé... quand il était là, seulement.

    Triste... cela fait si longtemps que je n'ai plus volé comme Eagle... ça me manquerait presque. Mais qu'importe. Le jour prenait le pas sur la nuit, et je me résignai à reprendre ma route.

     

    En chemin vers le volcan, j'entendis les cris de Draniolon résonner au loin. Maintenant, je le savais... il s'était enfin décidé.

    Pressant le pas pour rejoindre en vitesse le volcan, je vis Adsis prendre son envol vers les hauteurs d'un seul coup... Que faisait-il là à ce moment précis ? Que manigance-t-il encore ? Et pourquoi ici...?

    Sans prendre plus de temps pour y penser, je m'efforçai de l'observer en m'arrêtant complètement. Le dragon rouge semblait s'être réfugié dans son volcan.

    Il prépare quelque chose, c'est sûr. L'Alliance aussi a dû commencer à se rassembler... les choses se mettent en place. A mon tour de jouer mon rôle comme il se doit !

    Je repris ma course, suivit de près par mes camarades. Gravissant tant bien que mal la roche encore froide de la montagne, je réussi enfin à atteindre mon spot.

    Néanmoins, j'aperçus au loin le dragon furieux ravager une partie inhabitée de la région... heureusement. Un puissant souffle glacé me frappa à nouveau, et dans un cri à devenir fou, Draniolon bifurqua furieusement en direction de l'Aire de Nola.

    Ne passant qu'à quelques centaines de mètres de là, je ne pus m'empêcher de remarquer quelques changements physiques du dragon: un corps noir de haine, un regard meurtrier, et un comportement inhabituel qui sautait aux yeux. Il n'était plus lui-même.

    Puis, à mon plus grand désarroi, j'entendis derrière moi Adsis sortir de son bain de lave pour s'élancer vers un point de rencontre entre lui et son frère. De cette manière, Adsis réussi à détourner la menace de son objectif, et à le maintenir à l'écart pour un moment...

     

    Quand je remis enfin les yeux sur le village, j'aperçus une fine silhouette s'avancer avec prudence dans la douce lueur matinale.

    Sans même me le demander vraiment, je la reconnue. Ces même bandages au vent, sa longue chevelure blonde, et cette démarche assurée malgré les circonstances m'en disaient long.

    Je la vis observer avec intérêt les maisons, et autres structures du village, avant qu'elle n'aille jeter un coup d'œil à l'estrade de bois au cœur du village.

    Soudain, elle posa un pied au centre du cercle blanc tracé au milieu du promontoire, et un souffle apparemment puissant la déséquilibra.

    J'avais beau m'inquiéter, je m'efforçai de me rappeler les paroles de D.Univers, et pour les appliquer, je me mis à les murmurer sans relâche:"Ne pas intervenir... Ne pas intervenir... Ne pas intervenir...!"

    Je regardai avec attention ce qui se déroulait sous mes yeux, mais je ne compris pas. Une sorte de chien de fumée se tenait-là, devant elle.

    Puis, dans un hurlement de loup, une boule de lumière se forma d'un coup à la place du chien fantôme, pour prendre une forme plus petite mais bien réelle.

    A présent, c'était un chien qui se trouvait-là, et j'avais beau essayer de voir sa réaction, je ne la vis pas bouger. J'étais trop loin... Je ne comprenais pas vraiment ce que faisait l'animal, mais je perçus tout de même son aboiement.

    En très peu de temps, toute une ribambelle d'homme du village encerclèrent Célia... Si seulement je pouvais faire quelque chose... Je serai les dents, me concentrant uniquement en tant que spectateur sur la scène qui se jouait devant moi.

     

    Bientôt, c'est Oggas qui vint à son tour. Lui aussi je le reconnus au premier coup d'œil. En même temps, il est en décalage complet avec le reste des villageois: entrepreneur, parfois stricte mais toujours aussi tête brûlée quand il s'agit d'aller au front pour protéger ceux qu'il aime. Un vrai barbare au grand cœur.

    Heureusement qu'il savait être plus doux quand tout autour de lui était paisible. Lui n'est pas comme Philias, il sait quand s'arrêter, et partager. Cette expérience a dû lui être bénéfique !

    J'ai l'impression qu'il veut convaincre ses paires de quelque chose... ...? Nan mais qu'est-ce qu'il fait ?? Pourquoi attaquent-ils ?! ...

    Le duo que formait Célia et l'animal fraîchement apparut semblait se comprendre parfaitement. C'était assez impressionnant de voir cette danse au milieu des hommes qui se faisaient repousser si simplement vu d'ici.

    La fierté traversa mon esprit en voyant ce spectacle. Son initiation était complète. Elle était prête à passer l'épreuve à présent, j'en étais certain. Une fois tous les villageois plus ou moins étendus au sol, je vis Célia s'avancer de quelques pas vers eux. Sûrement pour leur demander des comptes...

    Oggas est le premier à se relever, suivit de près par le chef du village. Un moment de silence parut s'imposer de lui-même, alors que le chef se mit en tête de finir ce qu'il avait commencé.

    Il bondit sur la jeune fille, qui n'eut le temps de rien faire, puis Oggas fit de même avec le chien. Le duo complètement impuissant se laissa faire... J'aurai tellement aimé pouvoir la défendre.

    Oggas, qu'est-ce qui te prends...? Tu travailles de mèche avec ton dragon, ou c'est pour toi-même que tu fais ça...? J'aurai à te parler, toi aussi... en temps voulu. Je réfléchis un instant à voix basse.

     

    D.Univers m'a demandé de ne pas intervenir pour le bien de Célia... Mais j'ai encore moyen de contacter Oggas ! On devrait d'ailleurs le sortir de sa mission dans les prochains jours... Ça fera un an jour pour jour qu'il sera resté dans ce village.

    Ce doit être la deuxième fois sur un siècle qu'on l'envoi dans le même village... En même temps, c'est lui qui demande à agir sur le terrain, alors on lui donne ce qu'il demande.

    Et puis, comme ça, il n'a pas tant que ça la possibilité de comploter avec Adsis, ce qui nous permet de l'écarter des soupçons. Mais... si son comportement reste étrange d'ici les prochains jours, je préviendrai D.Univers. Il saura quoi faire de lui.

    J'insiste sur la nécessité de le voir. Tant pis si les membres du Congrès m'incendient pour ça, je dois le faire, c'est tout.

     

    A présent déterminé à prendre contact avec l'élu d'Adsis, j'interrogeai brièvement Eagle sur le lieu le plus probable de notre prochaine rencontre.

    Sans attendre, il pointa du bout de son aile un endroit bien précis: l'olivier millénaire. Nayru acquiesça également. Le Voltali se permit au passage d'ouvrir ma sacoche, et de se saisir du bloc-note et du stylo avec ses crocs pour me les tendre.

    "Bonne idée. Je vais écrire une lettre adressée à... non. Car si Célia la lit, c'est elle qui viendra, et non Oggas... Comment faire...?"

    Nayru secoua sa tête de dépit. Il insistait pour que je ne mette pas de destinataire à proprement parlé, et je me mis à écrire en consignant: lieu du rendez-vous, intervalle de temps maximum pour me rencontrer, et conditions pour venir. Tout était fin prêt.

     

    La journée avait bien avancée, et quand je relevai les yeux de ma lettre, j'aperçus Célia discuter avec Oggas, tous deux tranquillement installés sur la plage.

    Elle était complètement libre de ses mouvements, et l'animal aussi se trouvait-là, endormit paisiblement. Je ne compris pas.

    "J'ai raté un épisode...?" demandai-je, déconcerté. Eagle et Nayru acquiescèrent à l'unisson. Malheureusement pour moi, leur mutisme commun leur empêchait de me dire quoi à proprement parler...

    Puis, un grand bruit mêlé de cris retentissants attirèrent rapidement mon attention. Au loin, l'Alliance s'était joint à Adsis pour contrer le dragon enragé.

    Dréleste, D.Univers, et Phylasis manquaient à l'appel, ainsi que les autres élus, bien entendus occupés à préparer la contre-attaque.

    Cependant, qui est de garde à l'Aire de Nola aujourd'hui...? J'ose espérer qu'ils n'ont pas laissé les orbes sans surveillance... sinon ça risquerait d'aggraver encore un peu plus la situation déjà critique...

    Heureusement, la force commune de l'Alliance et d'Adsis semblait suffisante pour contenir Draniolon pour le moment. Le combat avait beau être acharné, les dégâts et les pertes étaient minimes par rapport à nos estimations initiales. Peut-être l'avions-nous sur-estimé...?

    Non, j'en doute. La véritable particularité de Draniolon est de croître en puissance à mesure que le combat dure, et de déchainer encore un peu plus sa force dévastatrice.

    Si le conflit dure assez longtemps, il n'aura même plus besoin des orbes pour détruire Drania... c'est un véritable monstre dans ces moments-là. Je prie pour que Noloy nous revienne bientôt... ça risque de dégénérer plus vite encore que nous le pensions, si ça continue...

    Même si d'un côté, mon attention était prise par le combat de titans là-bas, Eagle, lui, restait concentré sur la mission. D'ailleurs, pendant que j'étais ailleurs, Oggas avait disparut avec Célia et le chien.

    L'oiseau de glace me sortit donc de mes pensées en s'emparant brusquement de la lettre que j'avais dans les mains à grand coup de bec, avant de s'envoler vers le grand olivier. Nayru, quant à lui, me signifia de me relever pour me diriger également vers le végétal gigantesque.

    Je ne saisi pas tout de suite, et après avoir jeté un œil rapide au village désert, je compris. La nuit commençait à tomber, ce qui n'était pas pour nous faciliter la tâche.

     

    De son côté, Eagle arriva en quelques vigoureux battements d'ailes sur le lieu du rendez-vous. Se posant sur le sommet du tronc - à la jonction des branches -, il se mit à patienter, le message dans le bec.

    En entendant des pas précipités dans sa direction, il savait qu'il avait fait le bon choix. Il s'impatientait de voir lequel des deux aura lu le message le premier.

    Sans grande surprise, et à son grand soulagement, c'est elle qui vint la première à sa rencontre. Quand elle l'aperçut, elle ne dit mot. Le chien avec elle ne grogna même pas.

    La jeune fille accepta le message qu'Eagle lui tendait, et quand elle le parcourut rapidement, il la vit s'arrêter sur le dernier mot de la lettre. "Vay".

    Elle sourit à cette vue, et plia le bout de papier de manière à ce qu'il tienne dans son poing fermé. Puis, elle fit signe au rapace de partir discrètement. En effet, si c'est elle qui a lu le message, l'autre en bas ne devait pas savoir ce qui se manigançait là-haut.

    En faisant attention à ne pas faire de bruit, Eagle se retourna complètement, et prit silencieusement son envol dans la direction opposée d'Oggas.

    Une fois à une distance qui le rendait insoupçonnable, l'oiseau de proie entama un large demi-tour afin d'atteindre le morceau de roche qu'il avait repéré plus tôt.

    Bientôt, l'aigle de glace jeta à nouveau un œil bienveillant sur la jeune fille à travers la verdure, et pus voir son talent pour feindre le sommeil devant Oggas.

    Vay ne tarda également pas à venir, et en se faisant le plus discret possible, il s'en alla rejoindre son ami à plume. "Enfin, je la revois" pensa le jeune homme.

     

    Voltali me regardait avec intérêt, il attendait mes directives. "Vas-y. Donne-lui le signal." ordonnai-je sous mon souffle par peur de me faire entendre. Nayru s'exécuta alors, et se mit à gravir de branches en branches le tronc de l'arbre.

    Une fois à côté de la belle endormie, Voltali utilisa ses rubans pour la réveiller en douceur. A ce contact, elle reprit lentement ses esprits. Le chien assoupit non loin de là semblait trop absorbé par ses rêves pour percevoir ce qu'il se passait autour de lui. Ce fut la même histoire avec Oggas.

    Ainsi, Célia ouvrit les yeux, et vit la créature jaune devant elle. Apparemment, la jeune fille n'eut pas peur, et en rouvrant sa main, elle aperçut un bout de papier qui sembla frapper son esprit d'une évidence.

    Puis, elle chercha quelque chose dans les alentours du regard. Ses yeux vinrent se poser sur moi au travers des feuillages, et son expression devint d'un coup plus joyeuse. Serait-elle heureuse de me revoir...?


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