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    Chapitre 2 - Nhyr, un être béni par l'Originel

     

    La nuit passa et l'insouciance semblait régner au-dessus des jeunes dragons et des deux frères de sang. Cependant, au sein de la Terre des Cieux, un long débat prenait place. Le dragon qui avait fait fuir Nhyr et Phyl lors de l'épreuve du Saut de l'Ange s'était enfin décidé, après de plus amples réflexions, à faire part de la proposition de Phyl au Conseil des Sages. Bien entendu, la question fait débat, et le père de Nhyr est le premier à voter contre.

    "- Jamais ! Vous m'entendez ? Jamais je ne laisserai mon fils unique perdre la vie, seul dans la forêt !! Ce... Phyl-là, ce petit être qui vous a ordonné une telle bêtise mériterait de faire parti des Déchus, comme tous les autres ! Alors pourquoi avoir laissé passer ça, Sayrhi !?"

    « En tant que humble professeur de l'Assemblée des Étoiles et membre tierce de ce Conseil d'Administration, je m'estime raisonnable de prendre les décisions qui concernent votre fils. Ainsi, malgré votre statut de Sage, Waros, vous n'êtes pas seul à prendre les mesures qui nous concernent tous.

    Ensuite, sachez que Nhyr est grandement attaché à Phyl, et de ce que j'en ai vu, ils étaient prêts à se protéger l'un l'autre. Vous serez sûrement ravi d'apprendre que je ne me fais pas de souci quant à leur survie commune.

    Hélas, Phyl a voulu prendre cette décision pour retarder la guerre qui s'annonce. Nous avons reçu également les dernières nouvelles de nos émissaires en dernière année, et La Meute du Silence se rassemblerait de plus en plus souvent. Le ton risque de monter bientôt si nous n'agissons pas vite ! »

    "- Ah! Cessez donc tout ceci ! Écoutez-moi, toi aussi Waros, Sayrhi. En tant que stratège, nous nous devons de faire avec les moyens à notre disposition. Cette opportunité sera la clé ! Il ne faut pas qu'on la laisse nous échapper." argumenta la mère de Nhyr.

    "- Armys... Tu ne t'inquiètes donc pas pour Nhyr ?" demanda Waros, d'une voix suppliante. "Notre fils et son ami pourraient bien ne pas suffire... Ils ne sont pas de la chair à canon !"

    "- C'est pourtant dans ce but que l'Assemblée des Étoiles a été constituée tu te rappelles ? « Faire de nos enfants de vaillants soldats prêt à défendre nos terres » ; voilà la promesse qui nous a été donné de croire. Aujourd'hui, ils doivent faire leurs preuves. La guerre est pour bientôt, il faut être prêt." finit Armys, malgré tout soucieuse de la santé de Nhyr.

    « Combien sont pour, et combien contre ? »

    Le vote parlait de lui-même. Les anciens préféraient largement protéger le plus de vies possibles et retarder la guerre à moindre mesure plutôt que de se soucier de la vie de deux jeunes êtres. Sur la quinzaine de sages et la dizaine de stratèges présents lors de cette Assemblée, seul Waros pensait à la santé de son fils. Même la mère du petit, Armys, avait fait le choix de faire confiance en son enfant pour l'aider, elle et ses troupes, à gagner la guerre.

    Au petit matin, Sayrhi trouva un oiseau assez dégourdi pour retrouver le duo dans la forêt sombre et profonde de la Terre des Ombres. Un message manuscrit placé dans le sac à dos de celui-ci, l'animal prit son envol dans la lueur de l'aube. Il faisait encore sombre dans la forêt de feuilles rouges, mais l'oiseau nocturne n'eut aucun mal à s'orienter. Méthodique, il suivit le sentier et après quelques très longues minutes, il aperçut enfin au cœur des arbres vêtus d'automne, une clairière où des sapins trônaient en rois. Il survola le socle de pierre, et remarqua les silhouettes proches de quelques individus. Alors sûr de sa découverte, le hibou à présent fatigué alla se poser sur la cime de l'arbre sous lequel le petit groupe s'était assoupi.

                                                                            ***

    Plongé dans un sommeil profond, Nhyr rêvait de ses anciens souvenirs... Il songeait à son "chez-lui", cette petite île dans le ciel, couverte d'une végétation certes banale, mais abondante. Ces quelques grands arbres qui menaient à l'entrée d'une grotte douillette où il habitait avec ses parents pendant ses premiers mois. Ses parents n'étaient que très rarement là tous les deux en même temps, et il arrivait souvent que le jeune griffon s'endorme avec l'un d'eux et se retrouve avec l'autre au réveil.

    Il repensait à leur apparence. Sa mère était d'une grande beauté selon lui : elle avait de grandes plumes qui lui courait le long du cou et deux fines queues agrandissaient sa silhouette élégante. Cinq griffes pour les pattes avant réparties comme les siennes : trois devants et deux derrières ; pour trois griffes aux pattes arrières : deux devants et une derrière. A ce niveau-là, on peut dire qu'il tenait surtout d'elle. Il ne connaissait pas vraiment leur nom, il s'en souvenait à peine. Mais il avait une technique pour s'en souvenir : sa mère était stratège, elle dirigeait vaillamment les armées vers la victoire. Armys. Tandis que son père était un grand sage qui avait vécu lui-aussi cette première guerre. Ses cicatrices sur son front sont une preuve de son courage, Waros est un ancien commandant de guerre.

    Pour sa part, Waros avait légué à son fils ses cornes. Une paire trônait fièrement au sommet de son crâne, formant une sorte de "S" quand on les regardait de face. Les deux autres duos qui sortaient de ses joues se recourbaient davantage vers l'avant. Cependant, Nhyr ne se rappelait plus vraiment de chaque détails. Son souvenir devenait flou. Il se souvenait juste des immenses ailes de son père, du symbole sous ses yeux d'un bleu luisant, prouvant qu'il provenait bien du pouvoir de Noylan, mais aussi, d'une espèce de tracé immaculé de blanc qui partait de sa mâchoire, en passant par sa gorge, et qui se finissait vers la queue du géant aux écailles rouges et noires partout sur le reste de son corps.

    Chapitre 2

    En y repensant, Nhyr se souvenait des symboles sous les yeux délicats qu'étaient ceux de sa tendre mère. Ils ressortaient non seulement à cause de leurs couleurs rouges-orangées, mais aussi par leurs iris blanches. Quand il essayait de se remémorer la couleur de son plumage, un doute le prenait. Peut-être était-ce une sorte de jaune-beige, peut-être cela tenait-il plus d'une couleur dorée ? Il ne savait plus. Puis, son souvenir dévia, son rêve reprenait peu à peu le dessus. Il chercha à mettre le doigt dans son esprit sur la forme des ailes de sa mère. Des ailes pareilles, on ne les inventes pas... se disait-il. Quand il s'en souvint enfin, il en vit enfin le véritable portrait. Ses ailes avaient l'apparence et la douceur des aigrettes qui encadraient le haut de sa tête. D'une teinte passant du blanc sur la longueur à l'or sur les pointes, il se rappelait voir de petites perles rouges sur le bout de celles-ci, créant ainsi une sorte de grande voûte tout autour d'elle.

    Chapitre 2

     

    Son bec fin laissa lentement place dans l'esprit du jeune griffon, à un museau de dragon tandis qu'un cristal prit place sur le front de la silhouette. Les longues plumes de son torse rapetissaient, et certaines changèrent même de sens, pointant à présent vers le ciel. Un cristal sur son torse fut mis au jour, tandis que les aigrettes de sa tête laissèrent place à quelque chose de plus similaire à ses ailes, avec cette même perle rouge qui apparut soudain.

    Cette transformation n'était pas réelle, c'était le fruit de son imagination... pourtant, tout cela se déroulait sous ses yeux. Ce n'était plus sa mère devant lui, mais quelqu'un d'autre... un être plus divin. Des rayures comme celle des tigres apparurent tout le long de son corps, trois anneaux de métal gris s'accrochèrent à son cou qui s'étendait de plus en plus. Les marques sous ses yeux disparurent complètement, et ses yeux devinrent unis d'un perçant jaune-orangé.

    D'autres anneaux de métal s'accrochèrent sur chacune de ses pattes tandis que d'autres parties virent pousser ce qui ressemblait à ces divines aigrettes serties de perles de rubis, comme derrière ses coudes ou ses genoux, ainsi que tout le long de sa nuque. Les deux queues séparées s'unifièrent en une seule, et le duvet de celles-ci se décalèrent tout au bout de l'unique et élégante excroissance rectiligne. Cette dernière aigrette formait une sorte de palme d'un blanc magnifique et immaculé.

    Qui était cet individu, s'étonna Nhyr. Puis, l'être suprême lui adressa quelques mots.

    Chapitre 2

     

    "- Toi... Jeune être emplit de courage... Je lis en toi tes craintes et tes fiertés... Avec ton ami, je vous accorde ma confiance. Je te confie la protection de ces terres sacrées... Gardes-les loin des ingrats qui oseraient la détruire ou se l'approprier... Cependant..."

    "- Qui... Qui êtes-vous ?"

    "- Tu ne me reconnais pas...? Si je te montre ceci, sauras-tu le deviner ?"

    L'être divin fit alors apparaitre comme par magie cinq orbes... Des orbes desquelles semble émaner une puissance incommensurable... Elles luisaient toutes d'une couleur noire et violacée qu'il semblait reconnaître. Un endroit lui vient alors en tête, puis les mots de son ami... Les Orbes de Néant, c'étaient elles ! pensa-t-il, choqué par sa découverte.

    "- Je vois que tu sembles comprendre... Je suis l'Originel, mais appelle-moi Noylan. Tu dois sûrement te demander pourquoi je me sers de tes rêves pour communiquer... je me trompe ?"

    "- Que me voulez-vous...? Je ne suis pas sûr de comprendre..." demanda Nhyr, un peu perdu.

    "- Comme tu le sais, un conflit de taille se prépare en silence. J'ai créé ces terres avec mes camarades, je tiens à ce qu'elles restent intactes... et pour se faire, j'ai besoin de braves héros comme toi. Tu tiendras une part importante dans le prochain conflit... Rend ton peuple fier, devient une légende, et je ferais en sorte de garder ton âme sauve..." affirma le dragon suprême en avançant de quelques pas. Il tend une main vers lui, un sourire chaleureux aux lèvres. "Acceptes-tu ton destin ?"

    Interdit, Nhyr ne savait quoi penser. Moi ? une légende ? je suis trop jeune, pensa-t-il peu sûr de lui-même.

    "N'aie crainte. L'âge ne fait ni la force, ni la foi... Ma bénédiction te donnera la puissance nécessaire pour faire face à ce combat qui marquera l'histoire. Tu es né pour défendre ce monde, Nhyr... combat à mes côtés..."

                                                                   ***

    Le hibou, perché sur son sapin, pouvait entendre quelqu'un s'agiter au pied de son arbre. Il était encore en train de récupérer de son long vol du matin-même. Le soleil se levait lentement sur la clairière orangée à cette heure de la journée. Personne n'était encore réveillé parmi le groupe d'amis, et rien ne semblait pouvoir troubler le sommeil de trois d'entre eux. Pourtant, la boule jaune murmurait des paroles qui semblaient être des questions. Il s'agitait un peu, prit d'un doute insoutenable. Puis, un petit cri étouffé, les sens en alerte, et voilà Nhyr réveillé en sursaut, haletant. Qu'est-ce que c'était que ça !? se dit-il tout bas, encore sous le coup de l'émotion.

    Pour reprendre contenance, Nhyr choisit de marcher un peu. Mais, à peine fit-il quelques pas qu'un étrange hululement vint perturber ses pensées. Il s'arrêta net, et observa avec précaution les alentours. Les cris du hibou n'arrêtaient pas, ils étaient aussi légers qu'un murmure, mais par ce silence, on ne percevait que ça. Le jeune griffon leva alors la tête au ciel, et trouva perché haut sur le sapin sous lequel il avait dormi, l'origine de ces soufflements presque effrayants. Le rapace nocturne daigna alors le rejoindre sans ne plus faire un bruit. Il donnait l'impression de glisser sur le vent. L'animal paraissait très jeune lui aussi. Le hibou posa pattes à terre puis se mit à sautiller vers la boule jaune avant de lever l'aile pour attraper le message soigneusement placé dans son sac avant de le lui tendre.

    Intrigué, Nhyr n'osa d'abord pas prendre le mot car il se demandait s'il s'agissait encore d'un rêve, ou d'une mauvaise blague que lui jouait son esprit anesthésié par la nuit. Après quelques longues secondes, il s'empara enfin avec une certaine douceur du bout de papier. Il l'ouvrit à plat sur le sol, et en lu le contenu. Il n'en crut pas ses yeux.

     

    « Si tu lis ce message, c'est qu'il t'est parvenu en main propre. Nhyr, c'est moi, ton père qui écrit ce message. En temps normal, Sayrhi, ton professeur, s'en serait chargé mais... j'avais bien trop à te dire.

    Nhyr, en tant que père, j'étais contre l'idée déraisonnable de ton ami. Et à ce titre, j'ai refusé sa proposition pendant l'Assemblée qui s'est tenue dernièrement, parce que je tiens à toi, mon grand. Depuis combien de temps ne t'a-t-on plus vu ailleurs que chez nous, en train de dormir ? Pas que tu es paresseux, bien au contraire... tu disparais toujours pendant ton temps libre avec ton ami. Et j'en suis très heureux pour toi.

    On m'a rapporté que vous étiez comme des frères, de vrais inséparables tous les deux ! Si tu savais comme je suis fier de toi, mon grand. Tu n'es plus la petite boule jaune à papa... Non, loin de là. Je ne sais pas ce qu'en pense ta mère, elle me donne parfois l'impression qu'elle fait passer ses devoirs avant sa famille, mais sache tout de même qu'au fond d'elle, elle t'aime et tient à toi si fort...

     

    Mon fils, j'ai tant de choses à te dire, mais je n'ai hélas pas la place de tout mettre... Alors je vais passer à l'essentiel.

    Le hibou qui t'a porté ce message sera notre intermédiaire. Il se nomme Laow. (Le jeu de mot n'est pas de moi, rassure-toi...) Ce petit être sera un précieux allié. Il te permettra de nous envoyer tes rapports de missions sur le terrain, nous transmettre l'évolution de la situation avec la Meute du Silence qui conspire dans le secret, et enfin, de me parler si ça ne va pas... Je suis ton père avant d'être un sage, rappelles t'en toujours. Je suis là pour toi, d'accord ?

    Ensuite, saches que la haine qui anime les êtres que tu vas côtoyer pendant quelques temps est ancrée dans leur vie. La dernière bataille à laquelle nous avons été confronté a fait de nombreuses victimes, et beaucoup ont été dégradé de Membres de la Terre des Aigles à un statut de déchu, condamné à vivre sur ces terres impitoyables.

    Connaissant les faits récents te concernant, ton courage pour avoir tenu devant Sayrhi un discours comme le tien, et ta décision quand à ta détermination à aider ces êtres qui, pour la plupart, ont sombré avec d'autres membres de leur famille qui eux n'étaient pas en tort, contrairement à ceux-là, je me dis que j'ai de quoi être fier. Mon fils se bat pour la justice, comme nous. Mais nous, nous sommes obligés de subir l'accord d'Assemblées... qui, semble-t-il, n'y comprennent pas toujours grand chose à la valeur d'une vie.

     

    J'ai confiance en toi, mon grand... Mon fils... dire que j'ai l'impression de ne pas t'avoir vu grandir... Tu es encore si jeune, et tu pars presque seul et sans expérience concrète te faire la main sur le terrain. Je prie tous les jours Noylan pour qu'il ne t'arrive rien de grave, et que tu vives de grandes choses. Je ne serai pas surpris de le voir apparaître dans mes rêves bientôt, haha !

    Au fait, si jamais cela t'arrive, sache qu'il s'agit vraiment de l'Originel en personne. Ne doute pas de ses paroles, c'est quelqu'un en qui tu peux avoir confiance. Comme toi, il est droit et son seul désir est de sauver ce monde et sa vie dans toutes ses formes. Il n'a aucun intérêt à voir une guerre se produire une fois de plus... mais celle-ci sera peut-être inévitable. Je compte sur toi pour nous aider à retarder ces scélérats qui ne désirent que destruction. De notre côté, nous ferons notre maximum pour éviter les effusions de sang.

    Tu n'es pas seul dans ce combat, et tu nous mèneras tous vers la victoire, Nhyr. Fais-toi autant d'alliés que possible là où tu es, nous sommes avec toi.

     

    Waros, ancien commandant de l'armée de la Terre des Aigles, et père qui te souhaite de vivre cette expérience dans les meilleures conditions possibles.

    PS : Laow a beau être jeune, c'est un excellent facteur même s'il pourrait aussi t'être utile pour d'autres choses... (comme l'espionnage par exemple). Sinon, écrit-moi autant que tu veux, je serai toujours toute-ouïe. »

     

    Nhyr était bouleversé. Il n'avait jamais entendu son père lui accorder autant d'affection, ils ne s'étaient jamais dit qu'ils s'aimaient l'un et l'autre. Sa mère avait beau le lui dire par le regard, aucun mot n'avait jusqu'à lors été posé pour qualifier la nature de leurs relations. Le jeune griffon ne pouvait retenir ses larmes face aux espoirs, aux doutes et aux aveux de son père qu'il pouvait deviner en peine par son absence prématurée. Pourtant, Waros était fier de lui... peut-être Armys l'était aussi ? Il aimerait à cet instant revoir sa mère et son père, oublier tous ces enjeux pour quelques heures et vivre ensemble, tout simplement. Profiter de l'insouciance d'une vie ordinaire, dans la paix et l'amour familial. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait plus senti cela...

    Puis, il repensa à son rêve cette nuit. Il ruminait ce qu'il avait vu. Sa mère, Armys, avait peu à peu laissé place à Noylan, l'être Originel. Et ce dieu vivant qui lui était apparut dans ses rêves lui a clairement signifié de croire en ses capacités, en plus de lui accorder sa confiance et sa bénédiction. Nhyr était presque sûr que s'il parlait de ça à qui que ce soit, même à son ami, il ne serait pris au sérieux par personne. Enfin, personne excepté son propre père qui aurait lui aussi eut des apparitions de Noylan. Il ne savait pas encore si c'était une bonne idée d'en parler par message, mais comme personne d'autre que lui n'était encore levé, il avait un peu de temps devant lui...

     

    Pendant le temps où Nhyr réfléchissait sans prêter attention au reste du monde, Laow s'empara du bout du bec d'un papier et d'un bâtonnet de carbone qui servait aux créatures sans doigts alors incapables de tenir un simple crayon, d'écrire malgré tout. Le hibou plaça le matériel au sol et reprit la lettre de Waros en la roulant aussi délicatement que la première fois du bout de ses ailes habiles.

    "- Hou ! Voilà de quoi écrire, cher Nhyr !"

    "- Ah ! Q-qui ?? Qui parle ?" lança Nhyr, surpris d'entendre autre chose que le hululement du rapace nocturne.

    "- Hou ! Laow, monsieur. Voulez-vous laisser quelque chose à votre père ?"

    Nhyr replongea dans ses pensées un court instant, avant de reprendre:

    "- Oui... je crois que je vais lui répondre..."

    "- Alors voici pour vous. Prenez-en tant qu'il vous en faut, hou ! Je ferai au plus vite pour retourner lui porter votre message." l'oiseau indiqua le matériel qu'il avait préalablement posé au sol du bout de l'aile.

    "- ...Laow, c'est bien ça ?"

    "- Oui, monsieur. Tout à fait cela, hou !" répondit le hibou avec respect.

    "- Appelle-moi simplement Nhyr je te prie. Je suis encore trop jeune pour mériter le titre de... "monsieur". Et puis, on risque de passer un certain temps ensemble tous les deux, donc autant être familier l'un envers l'autre... Tu ne penses pas ?"

    "- Comme vous voudrez, Nhyr. Je suis là pour vous aider, donc n'hésitez pas si vous avez besoin de quoi que ce soit..."

    Le griffon doré sous la lumière ascendante du jour saisit le bâtonnet de carbone du bout du bec, et plaça le bout de papier entre ses pattes. Une fois bien positionné pour rédiger, il se mit à réfléchir au contenu de sa lettre. Au fil de la plume, l'être hybride organisa ses idées comme elles lui venaient. Il parla de l'émotion qu'il avait ressentit en lisant la lettre, de ses impressions, de ses joies, de ses peines, de ses doutes, et enfin...du rêve qu'il avait fait et qui lui parut si étrange. Il en profita pour lui demander son avis sur la proposition, et sa position actuelle face à celle-ci. Il n'avait aucune raison de refuser le destin que lui avait choisit un dieu, si c'était pour défendre une cause juste.

    "- ...Fini ! Voilà pour toi, Laow. Ne te presse pas en chemin, je ne veux pas qu'il t'arrive quoi que ce soit en route, donc fait attention d'accord ?" dit Nhyr, un peu inquiet pour le frêle volatile.

    "- Ne vous inquiétez pas, Nhyr. Je ferai plus attention que d'habitude parce que vous me le demandez, mais je sais qu'il ne m'arrivera rien. J'ai tendance à ne voyager que par des endroits où je peux me camoufler si danger il y a. Donc votre message arrivera à destination ce soir, je vous le promets."

    "- Merci beaucoup, Laow."

    Le hibou récupéra le bâtonnet de carbone et le plaça dans une poche avant de ranger le message dans ce même sac qu'il avait dans le dos. C'était un peu disproportionné vu sa petite taille, mais il restait ajusté à sa corpulence. Le jeune oiseau de proie s'apprêtait alors à se mettre en route, mais Nhyr l'interpela.

    "- Tu pars déjà ?"

    "- Oui, dit-il en se retournant. Si je pars maintenant, je pourrai faire escale à mi-chemin afin de me reposer, et je repartirai une fois remis sur pattes pour rejoindre les îles les plus hautes."

    "- ... Tu as souvent fait ce type de voyages ?" interrogea Nhyr, se posant des milliers de questions sur son compte.

    "- Disons que du peu que j'ai pu en faire, c'est la deuxième fois que je me rends par ici. La dernière fois, j'étais épuisé alors que j'essayais d'atteindre d'une seule traite les îles après avoir volé pendant plusieurs heures. Bien sûr, j'ai dû renoncer et trouver un endroit pour me remettre avant de retenter la montée. Depuis, j'ai retenu la leçon, et je pars tôt pour avoir plus de marge de manœuvre sur le plan de la fatigue, vous comprenez ?"

    "- ...J'ai aussi remarqué que... tu ne hulules plus depuis tout à l'heure."

    "- Ah ? J-je... Je n'avais pas fait attention, désolé. J'ai l'étrange habitude d'émettre ces petits cris la nuit, quand je cherche à alerter ou juste quand je me sens à l'aise. Mais maintenant que le jour est levé, ça a dû s'arrêter tout seul..."

    "- ...Je... vois..." dit Nhyr, perplexe face à ses explications alambiquées. "Tu as de la route à faire... je ne te retiens pas plus longtemps."

    "- Pour ma part, ce fut un plaisir de vous rencontrer, Nhyr. Je m'en vais de ce pas délivrer votre message à votre père. Attendez-vous à me revoir d'ici demain, dans la soirée."

    "- ... Il sera peut-être déjà trop tard..." murmure Nhyr, pensif.

     

    Intrigué, Laow lui lança un regard inquisiteur, puis abandonna l'idée de comprendre le sens de ces mots. Et à peine s'élança-t-il dans le ciel que Phyl vint rejoindre Nhyr, encore concentré sur le petit messager.

    "- Bonjour Nhyr. C'était qui ça ?"

    "- ...Un ami."

    Nhyr ne savait que dire de plus à son sujet sans éveiller plus de questions chez lui. Cependant, Phyl savait pertinemment qu'il n'avait que lui pour connaissance parmi les plus jeunes de leur terre natale, et encore moins parmi les autres espèces. Mais, ne voulant pas importuner son ami, il préféra ne pas lui poser de questions.

     

    "- Yo ! Comment vous allez ce matin ?" demanda Tyhor, d'une apparente bonne humeur.

    "- Bonjour, bien dormi ?" demanda à son tour Hamel, qui avait l'air d'être plus heureux qu'hier.

    "- On ne peut mieux... Et toi Nhyr ?" renchérit Phyl.

    "- ...Sans plus." lâcha Nhyr, encore à moitié plongé dans ses pensées.

    Les trois autres se regardent tous, s'interrogeant l'un l'autre sur la cause de son état, mais personne n'avait les moyens d'y répondre en l'état.

    "- Tu sais Nhyr, si ça va pas, on peut t'aider tu sais ?"

    "- ... Tu es la troisième personne qui me dit ça aujourd'hui... Mais merci Hamel, ça ira." poursuivit Nhyr, les yeux dans le vague. Puis, il se secoua un coup pour reprendre contenance avant d'afficher son plus grand sourire. "Bon, on se met en route ? Il ne faudrait pas que l'on prenne du retard sur nos objectifs. Vous venez ?"

    Phyl, Hamel et Tyhor se jetèrent des regards interloquées devant l'étrange comportement de Nhyr, mais ils se décidèrent malgré tout à le suivre sans poser de questions.

     

    "- Aujourd'hui, on doit se rendre près du Pic de Roche. C'est un complexe organisé où se retrouvent la plupart des gens comme nous" commença Hamel. "C'est une sorte de squat si on veut, mais on devrait trouver pas mal d’adhérents à vos idées là-bas."

    "- Oui, Zyn n'y va jamais par peur de la foule d'après lui, mais on sait tous que tous ceux qui vivent au Pic de Roche renient ceux de la Meute du Silence." renchérit Tyhor. "J'ai d'ailleurs quelques connaissances que je n'ai plus vu depuis des années qui traînent avec leurs familles. Ils peuvent paraître assez sinistre d'aspect, mais ils sont très chaleureux, ne vous en faîtes pas."

    "- Sinistre ? Pourquoi sinistre ?" demanda Phyl, un peu inquiet.

    "- La guerre a causé des blessures que même le temps ne sait refermer. Leur apparence bestiale est dû à leurs cicatrices, et ils seront toujours un peu sur la défensive tant qu'ils ne savent pas vraiment qui vous êtes." répondit Hamel, d'une voix grave.

    "- M'enfin, l'apparence ne fait pas tout !" s'exclama Nhyr, sûr de lui. "Je suis sûr que ce n'est qu'une façade. Ils doivent probablement se servir de la méfiance comme d'une sécurité face à la Meute du Silence, vous ne pensez pas ?"

    "- Si, forcément d'ailleurs. C'est cette colonne de pierre là-bas, derrière la forêt." indiqua Tyhor.

    "- Elle a un nom officiel cette forêt pour le moins... particulière ?"

    "- Oui. Son étrange feuillage rouge lui a valut de nombreux surnoms bien sûr, mais l'officiel reste inévitablement celui du Bois Dakalis. Mais qui était Dakalis me demanderez-vous..." annonça Hamel.

    "- Laisse-moi leur raconter frangin. Dakalis était le fier combattant du peuple vivant sur ces terres autrefois. Faisant parti de ceux que l'on nomme encore aujourd'hui les "originels", à cause de leur naissance dû aux pouvoirs directs de l'être Originel, Dakalis a vaillamment combattu pendant la guerre. Il était respecté de tous, et avait des mœurs qui prônaient la paix entre les peuples. Ce fut d'ailleurs le premier à refuser la guerre, mais une fois engagée pour de bon, il se battit sans faillir pour nous tous. Nous menons le même combat que lui aujourd'hui, les amis !" commença Tyhor, enthousiaste.

    "- Oui, un brave type et un meneur digne de nous gouverner. Hélas... il est mort ici, dans cette forêt où se déroula le conflit destructeur qui prit place il y a de ça quelques décennies. Il ne fut pas le premier à verser son sang, loin de là, mais sa mort marqua la fin du chaos. C'est Konrhad, l'ancien grand commandant de l'armée de la Terre des Aigles, et son allié des Terres Abyssales, Loyd, le second de l'Assemblée du Torrent, qui ont achevé ensemble la vie de ce brave guerrier." poursuivit Hamel. "Ces deux-là, je ne les porte pas vraiment dans mon cœur. S'ils avaient choisi, avec leurs sous-fifres surnommés "sages", d'accorder un peu de leurs terres à notre peuple, nous n'en serions pas là maintenant." finit-il, grave.

    "- Mais... A quoi ressemblait Dakalis ?" demanda Phyl, captivé par cette figure de héros.

    "- Ça, je ne sais pas. Il faudrait demander aux anciens qui résident toujours au Pic de Roche... Eux, ils l'ont connus, ils seront bien plus à même de répondre à vos questions si le sujet vous intéresse."

    "...Le Bois Dakalis, hein...? Lui, c'était un héros, à présent devenu légende... C'est donc ça, Noylan ? C'est à quelqu'un comme lui que je dois ressembler...?" pensa Nhyr, perturbé par ses nombreuses pensées.

    "- Nous y voilà ! L'entrée du complexe est juste devant nous... Restez bien calmes et groupés. Nous devons leur montrer que nous sommes ici en paix." affirma Hamel, rassurant.

                                                                            ***

    De son côté, Laow poursuivait tranquillement sa route à travers cette forêt rougeoyante. Il n'avait fait aucune mauvaise rencontre en chemin jusqu'à présent, et pouvait désormais apercevoir clairement sa destination finale.

    "Je ferai peut-être mieux de trouver un endroit où me poser... Si je continue comme ça, je vais m'évanouir au-dessus de l'eau... Un si grand soleil dès le matin, avec une chaleur pareille en vol intense au-dessus d'océans infinis... j'ai toutes les chances d'être perdu à jamais. Là ! oui, là. Ce serait pas trop mal..." se murmura-t-il machinalement avant de rejoindre l'endroit indiqué.

    Une fois installé, il alla fouiller dans son sac pour prendre un peu des rations qu'il avait pris soin d'emporter avec lui. Il sortit donc un bâtonnet plein de graines nutritives, accompagné d'un petit bout de viande qu'il avait réussi à grappiller en chemin.

    En prenant le temps de manger sa pitance, il repensa à ce matin : "Nhyr... Quel étrange jeune griffon. Hm... J'y repense, mais qu'a bien pu lui écrire son père pour qu'il soit si ému...? Et qu'a-t-il bien pu lui répondre...? Non, je n'ai pas le droit de regarder... ce ne serait pas juste de m'occuper de ce qui ne me regarde pas... Enfin... après, personne n'en saura rien et... j'ai les deux lettres avec moi... Un peu de lecture pour passer le temps... ça peut passer non ?"

     

    Le petit hibou hésitait énormément. Personne ne lui avait jamais précisé qu'il n'avait pas vraiment le droit de lire les lettres qu'il transportait, pourtant son esprit innocent lui dictait de ne pas céder. Pourtant, la curiosité était trop forte, et puis... il n'avait rien de mieux à faire. Alors, il sortit tout d'abord la lettre de Waros.

    "... Hm... Sayrhi ? C'est lui qui aurait dû s'en charger ? ... Ah, cette nostalgie me donnerait presque la larme à l’œil... Et cette amitié dont il parle... elle a l'air si parfaite... J'aimerai tellement avoir des amis moi aussi... Si seulement... on ne m'avait pas arraché du nid de mes parents... Et pour faire quoi hein ? Un vulgaire facteur ? ...

    Hein ? Comment ça mon nom est un jeu de mot ?? Et puis quoi encore, dit-il offusqué. ... Mais... que... C'est quoi cette histoire ? Une guerre ? La Meute du Silence ? Et le conflit qui se prépare en secret...? Pourquoi je ne suis au courant de rien !? Pourquoi....? Je... pleure...? Ses mots... ont tellement d'impact... Non, non... il faut que je me ressaisisse, allez, arrête de pleurer Laow, soit fort ! ...

    Ah ! Il me fend le cœur avec sa nostalgie, cet amour parental... Je n'arrive plus à retenir mes larmes... Waros... je ne te pensais pas un cœur si attentionné pour ton fils... Je comprends mieux ses états d'âmes de ce matin à présent... Il a simplement... trouvé les mots justes ? Hein ? Pourquoi... fait-il mention de l'Originel ? Il... rêve de lui ? Vraiment de LUI ??? Mai-mai-mais....? Est-ce seulement possible...? ... Quoique... Nhyr semblait d'autant plus intrigué par la fin...

    ...Hou ! ...Hou !! J-je-je... je n'en crois pas mes yeux... J'arrive plus à lire avec toute cette eau qui brouille ma vue... Waros... W-Waros... Merci. Merci beaucoup, ça me va droit au cœur..."

     

    Laow était plus chamboulé encore que Nhyr devant ce même texte. Le petit oiseau qui se pensait oublié, laissé de côté dans le cœur des gens qu'il côtoyait tous les jours, venait de réaliser qu'il existait bien des individus qui le considéraient pour ce qu'il était vraiment, et ce qu'il était capable de faire. Flatté, les yeux humides, le jeune hibou roula la lettre une nouvelle fois sur elle-même avant se s'affaler contre le tronc sur lequel il était adossé, la lettre serrée tout contre lui. Perché du haut de sa branche, il regardait le ciel la tête pleine de milles pensées. Lui aussi avait ce sentiment particulier et pourtant si agréable qui lui réchauffait le cœur pour la première fois... l'espoir d'être aimé.

    Bercé par l'allégresse et le bonheur, Laow laissa son esprit rejoindre lentement les bras de Morphée. Il passa quelques heures encore ici, à dormir et reprendre des forces.

                                                                            ***

    Le petit groupe se trouvait enfin à l'endroit tant désiré. Les choses devaient se dérouler selon le plan établit la veille : Tyhor partait devant pour reprendre contact avec d'anciennes connaissances tandis que Hamel se chargeait de faire visiter à Nhyr et Phyl l'endroit, en plus de leur expliquer l'origine de ce lieu sacré pour ce peuple.

    "- Tout d'abord, vous ne trouverez que peu de monde à l'extérieur du complexe. Ce peuple composé d'innocents ne recherchent que la paix, et n'oseront donc pas sortir s'ils repèrent le moindre danger. C'est pour cela que nous ne rentrerons que quand Tyhor nous aura rapporté la confiance des habitants quant à notre bienveillance." commença Hamel, d'une voix solennelle.

    "- Tu sembles plus calme qu'hier, Hamel... C'est cet endroit qui t'apaise ?" remarqua Nhyr.

    "- Oui, on peut dire ça comme ça j'imagine..." répondit-il. "Pour tout vous dire, cet endroit est comme une relique pour nous tous ici-bas. Le Pic de Roche a été érigé en l'honneur de tous ceux qui ont péri dans les deux camps. Tous ces vaillants guerriers qui ne savait, pour la plupart, pas pourquoi ils s'affrontaient... ils sont ici, et nous prions pour que leur âme trouve la paix. La mémoire de tous ces gens est précieuse, nous nous devons de vivre avec nos erreurs, et d'aller de l'avant en gardant notre passé en tête. C'est un sanctuaire sur lequel est gravé le nom de tout un chacun aillant prouvé sa bravoure au combat et aillant trouvé la mort sur ces terres recouvertes par le sang."

    "- Je me demandais... pourquoi cette endroit semble si unique...?" interrogea Phyl en observant le zénith caché derrière le gigantesque monolithe levé vers les cieux et entouré par la forêt d'arbres aux feuilles d'automne.

    "- A cause de nous. Pour chaque être qui a perdu la vie sur ces terres qui autrefois n'étaient plus que des cendres, les anciens ont choisi d'y planter autant d'arbres qu'il y a eu de pertes, et c'est ainsi que le Bois Dakalis a vu le jour. Ce monolithe, nous l'avons dressé grâce à l'aide des autres peuples en gage d'une paix plus durable. Cela dit, je ne suis pas sûr que la variété qui a été planté à l'origine avait pour prédestination d'avoir le tronc noir et les feuilles aussi écarlates que le sang. Mais ensemble, nous avons donné à ce lieu les graines pour qu'aujourd'hui sa beauté éclose enfin. " poursuivit Hamel, admirant le menhir avec tendresse.

    "- ... Et... Ces bruits de bois qui s'entrechoquent... je le perçois depuis tout à l'heure... d'où provient-il ?" s'inquiéta un peu Nhyr, intrigué par ce son inhabituel pour lui.

    "- De ces bouts de bois là-haut. Tu vois les cordes qui nous surplombent ça et là ? Ces petits artéfacts font fuir les animaux sauvages comme ceux qui vivent sur la terre convoitée par la Meute du Silence. C'est un lieu de recueillement et de respect, nous ne voulons pas qu'un conflit d'usage ne pose problème, donc nous faisons fuir les gêneurs grâce à ces plaques. Après, d'un certain côté, je trouve que ça a quelque chose d'apaisant... J'aime vraiment cet endroit." continua Hamel, un plus large sourire aux lèvres.

     

    Un silence s'imposa de lui-même tandis que le trio contemplait avec plénitude ce havre de paix. Nhyr observait attentivement chaque recoin de cette place calme. De part et d'autre d'eux s'écoulaient deux petits cours d'eau qui semblaient provenir de la structure. C'était une eau d'un bleu-vert cristallin, comme celle de leur planque sous l'Assemblée des Étoiles. Se pouvait-il qu'une deuxième Orbe du Néant repose ici ? se demanda le jeune griffon. De sa hauteur, le menhir qui devait bien faire vingt mètres de haut voyait son ombre arriver derrière le trio ce qui donnait l'impression que le sommet de celui-ci émettait la lumière du soleil et qu'il les en préservait.

    Ensuite, ses yeux descendirent jusqu'au complexe. Le Pic de Roche couvert de gravures reposait en fait sur un monticule de plaques de pierres brunes qui devaient bien faire cinq mètres de diamètre sur deux mètres d'épaisseur. Entassées les une sur les autres, ces roches plates étaient pour la plupart érigées sur les côtés, pointant en diagonale par rapport au sol. Des arbres avaient poussés eux aussi, maintenant la structure en l'état et la rendant plus belle encore.

    Ces arbres n'étaient pas tous rouges. Certes, leur tronc était noir, mais leur feuillage penchaient pour un dégradé passant du pourpre sombre à un jaune d'or, jusqu'à arriver à des teintes bleues pour certains. Une explosion de couleur qui ravissait quiconque la regardait. Deux petites cascades semblaient d'ailleurs débuter à leurs racines. Les petits cours d'eau formaient deux sillons en forme de "S" qui passaient de part et d'autres du petit chemin menant à l'intérieur avant de bifurquer chacun de leur côté pour créer deux points d'eau distincts.

    Au dessus de ceci, les fameuses cordes qui s'étendaient là, accrochées comme elles le pouvaient aux environs, maintenaient de nombreuses plaques de bois qui, grâce au vent, émettaient ce son relaxant. D'autres plantes jonchaient le sol, remplaçant le sol noir de cendres par un terrain plus verdoyant. L'herbe avait repoussé, du lierre grimpait sur les arbres, et des plantes inconnues encore à ce jour pour le petit dragon doré apportaient un charme sans égale à l'endroit. C'était bien la première fois qu'il visitait un lieu aussi serein et pur.

    Chapitre 2

     

    Enfin, Tyhor rejoignit le groupe pour leur annoncer la possibilité d'entrer dans le complexe. L'entrée se faisait sous l'agglomérat de roches plates. C'était un complexe de galeries souterraines en fait, pensa Nhyr. Une fois à l'intérieur, lui et Phyl furent étonnés de voir la taille des chemins. On avait la place d'y faire entrer le plus grand dragon de la Terre des Aigles sans problème.

    Les tunnels étaient éclairés d'une étrange manière tout le long du chemin qui ne cessait de descendre en profondeur : Ils possédaient des lampes à lucioles. Et ces lucioles, au lieu d'éclairer avec une lueur jaune tirant sur le vert, créaient des mélanges de couleur. Un coup, une lampe n'émettait que du jaune-orangé, un coup une lampe éclairait d'un bleu-vert scintillant, un coup une lampe éclairait rouge et violet. Quel endroit surprenant, s'extasia Nhyr à mesure qu'il avançait.

    "- Aller, venez par ici, je vous fait visiter..." commença Tyhor, menant les devants. Le groupe de quatre prit la première à droite au premier embranchement qu'ils croisèrent. "Voilà. Arrêtez-vous deux minutes, que l'on vous explique. Hamel, tu commences ?"

    "- Ouais, si tu veux. Donc ici, c'est la salle des visiteurs. Étant la première salle accessible de tout le complexe, il paraît logique que ce soit celle-ci et non une autre. Comme vous pourrez le remarquer, il fait assez sombre dans les souterrains, donc les habitants de ce lieu ont choisi de recourir à ce type de lampes particulières que vous avez pu voir précédemment tout le long du couloir."

    "- Ce sont des lampes à lucioles n'est-ce pas ? Alors pourquoi sont-elles de toutes les couleurs...?" demanda Nhyr, avec intérêt.

    "- Ça, c'est la particularité des lucioles du coin. Chez nous, les lucioles émettent des couleurs différentes selon leur âge. Ainsi, les plus jeunes luisent d'un jaune-orangé qui n'éclaire que faiblement, puis une fois un peu plus âgées, elles s'approprient une teinte bleue-verte plus puissante... Et quand elles arrivent en fin de vie, elles prennent une couleur violette d'abord, puis rouge. Il arrive que les plus jeunes se retrouvent mélangés à d'autres lucioles, mais nous les élevons de manière à ce qu'elles puissent créer un cycle perpétuel qui nous permette de ne pas nous en soucier plus que ça." répondit Hamel calmement.

    "- Et sinon, à part accueillir les invités, à quoi sert cette pièce ?" lança Phyl, intrigué.

    "- Tout d'abord, c'est ici que nous passerons la nuit pendant notre séjour ici. Il y a des lits individuels qui sont à votre disposition, de quoi vous laver, et une table taillée à même la pierre juste là pour écrire, ou autre..." répondit Tyhor. "Si vous voulez manger quelque chose, il faudra descendre au garde manger qui est un peu plus bas encore."

    "- ...Et combien de salles et de galeries y a-t-il en tout dans ce complexe ?" poursuivit Nhyr, passant outre la question de son ami.

    "- ...Je ne sais pas exactement. Il faudrait que je retrouve une carte de l'endroit pour te le dire... Mais en comptant tous les chemins par lesquels je suis passé, je dirais que j'en ai fait qu'une petite partie... Peut-être un tiers ? Donc... une quinzaine de salles et moitié moins de tunnels, multiplié par trois ou plus..." hasarda Tyhor, un peu confus.

    "- Nan, il y en a bien plus que quarante... Au moins une soixantaine de salles sans compter les chambres des habitants. Donc tout ce qui est pièces communes, on peut dire qu'il y a de quoi faire." affirma Hamel, plus confiant que son jumeau sur le sujet.

     

    Malgré ses innombrables questions en tête, Nhyr n'eut pas l'occasion d'en poser davantage pour le moment car il se fit interrompre par une inconnue.

    "- ...Bonjour... C'est bien vous, les visiteurs qui ont quelque chose à dire à tous les habitants du Pic ? demanda timidement ce qui ressemblait à un petit cerf avec des rayures de tigre le long de son corps. On ne voyait que sa tête, son cou et ses pattes avant dépasser de l'entrée pour l'instant."

    "- Oui, c'est bien nous. Vous êtes...?" dit Phyl, inquisiteur.

    "- J-je... je ne pense pas que connaitre mon nom vous apporte grand chose... Nous sommes en train d'informer tout le monde, ils seront tous dans la Grande Salle d'ici quelques minutes... Finissez de vous préparer et suivez-moi je vous prie..." poursuivit l'inconnue.

    "- Nous sommes prêts, pas vrai ? Alors allons-y." finit Hamel.

    Ainsi, le groupe d'amis se remis en route avec une inconnue qui les guidait vers leur destination. En sortant, Nhyr put mieux voir cette étrange personne, et remarqua les ailes tigrés de celle-ci et ses sabots fendus en deux comme ceux des chèvres. Une crinière somptueuse lui courrait le long du dos, tandis que son corps se finissait par une courte queue de cerf. Quel étrange mélange, pensa-t-il, avant de retenir un rire face à l'ironie de sa remarque. Après tout, lui aussi tenait d'un drôle de mélange inter-espèces.

    Chapitre 2

     

     

    Le tunnel qu'il empruntait n'était qu'une gigantesque ligne droite pentue sur la plus longue partie du trajet. Puis, à un moment, ils firent face à un large virage dont la pente était plus douce, jusqu'à redevenir complètement plat. Ils arrivaient enfin dans le cœur du complexe. Ils arrivèrent dans une large salle pourvue de nombreux piliers. Elle était sur la route, et représentait sûrement un lieu de rencontre important.

    "- Nous voici dans la salle des gardes. C'est ici que la nuit, certains habitants passe leur nuit à alterner entre se rendre à l'extérieur pour monter la garde et attendre ici afin d'être prêt à protéger les autres." informa Hamel en s'appuyant sur ses connaissances.

    "- Allons, ne traînons pas. S'il n'y a plus personne ici, c'est qu'ils nous attendent déjà. Pressons, voulez-vous...?" insista l'inconnue d'une voix douce mais toujours aussi nerveuse.

    Ils sortirent de la salle pour enchainer avec le couloir suivant. Cette partie du tunnel comprenait énormément d'embranchements. Nhyr, avait peur de s'y perdre avec ces allures de labyrinthe géant.

    "- Ici, c'est les dortoirs secondaires. L'infirmerie se trouve tout au bout du corridor." affirma Tyhor, fier de ce qu'il sait.

    "- A quoi servent-elles, c'est chambre ?" demanda Phyl, impassible.

    "- C'est là où l'on ramène les blessés quand il y en a. Les autres dortoirs sont plus loin et bien moins accessibles pour les soigneurs, donc c'est juste plus simple d'amener les blessé ou les malades dans ces pièces pour qu'on prenne soin d'eux sans oublier personne." confirma Hamel.

    Tyhor quant à lui semblait dégoûté. Il n'avait pas su quoi répondre à la question.

     

    Alors qu'ils avançaient dans ce couloir, un petit oiseau avec trois pointes à l'arrière du crâne et des symboles étranges sous les yeux, vint nous rejoindre précipitamment. Il venait d'en face, et semblait crier le nom de quelqu'un.

    "- Krocs !! Krocs !! Dépêchez-vous un peu, tout le monde s'impatiente dans la Grande Salle..."

    "- Ah ! C'est toi Gnion ! Nous y sommes presque, tu le vois bien. Va les prévenir que nous arrivons immédiatement je te prie." rétorque notre guide d'une voix plus assurée que tout à l'heure.

    "- Compris, j'y vais de ce pas."

    Sans plus attendre, le petit oiseau s'envola en quatrième vitesse pour rejoindre une salle un peu plus loin. Les cinq autres commençaient déjà à percevoir la foule par le bruit qu'elle faisait.

    "- Ils ont l'air agités..." remarqua Nhyr, un peu inquiet.

    "- Ne vous en faîtes pas, dîtes leur juste ce que vous êtes venus leur dire et ils se calmeront d'un coup." répliqua Krocs d'une voix rassurante.

     

    Le groupe passa devant l'infirmerie, puis s'aventura dans un plus large couloir encore. Plus ils avançaient, plus ils sentaient que la foule n'était pas là pour rigoler. Phyl avait le trac, il redoutait énormément la réaction des gens d'ici. Peut-être allaient-ils le prendre pour un éberlué ? Un vendeur de bonne parole ? Il avait peur, et l'angoisse qui le prenait devenait de plus en plus insoutenable pour lui. Pourtant, il fait mine de pouvoir faire face. Il essaye de maîtriser ses craintes, de comprendre ses faiblesse et de les surmonter... Nhyr l'avait vu, et lui accordait un sourire bienveillant.

    "- Voilà, nous y sommes." lança leur guide, les menant jusqu'à une sorte de de socle de pierre face à la foule. "Montez là dessus, et expliquez-leur ce que vous voulez de nous." finit la timide Krocs qui avait du mal à se faire entendre avec tant d'agitation autour d'eux.

    Enfin, Phyl se trouvait confronté à son heure de gloire. Son discours saura-t-il convaincre du monde ? Ou cela finira-t-il plus mal que ça n'a commencé ?


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    Chapitre 1 - Chapitre 1 - La Terre des Ombres, une terre marquée par le sang

     

    Chapitre 1

    Au cœur de la forêt vivent deux frères. L'un s'appelle Hamel, le jumeau de celui se nommant Tyhor. Tout deux sont des loups nés sur la Terre maudite qu'est la Terre des Ombres, et survivent ensemble sur ce terrain hostile. Aujourd'hui est une journée banale, comme les autres pour ce duo-là. Tyhor se réveille, se dresse sur ses deux pattes arrières, comme à son habitude, et part vers le socle de pierre au milieu de la clairière entourée de forêt dans laquelle ils vivent. Son frère, dormant encore sous son sapin d'épines d'un bleu ardoise, ouvre lentement les paupières. Les rayons du soleil l'éblouissent un peu, et le poussent à se lever sur ses quatre pattes.

    Rejoignant son frère, il se sent confiant pour la partie de chasse du jour.

    "- Ah! encore une belle journée en perspective ! Tu comptes partir chasser où aujourd'hui frérot ? demande Hamel.

    - En fait, je pensais me rendre au lac, j'ai envie de poisson pour changer...

    - A-Attends... tu es sûr de toi ? Mais tu vas perdre la chasse du jour ! Et tu sais très bien comme il peut être violent avec les perdants...

    - Ouais, tu parles de ce tyran de Zyn ? T'inquiète, je me fais pas de souci... Et puis, pour une fois que tu gagnes, plains-toi ! Je vais subir le courroux de sa haine, son déshonneur face à ma performance, et alors ? C'est de sa faute si on est là, parmi les déchus, les bannis et les damnés... Lui-même a été incapable de conserver ses pulsions meurtrières depuis des années... regarde, nos corps en porte les cicatrices, et à chaque fois qu'il vient, c'est la même histoire... T'en as pas ras-le-bol toi ?

    - ... C'est vrai que me faire battre à grands coups de griffes à chaque fois que je perds... c'est à dire tout le temps, presque... c'est éreintant. Pourtant, j'ai le sentiment de devenir plus fort.

    - Mais à quoi bon ? C'est pas comme si nous, on mouillait avec ceux de la Meute du Silence... enfin, à part avec Zyn, mais c'est tout. Ta force ici ne te sert qu'à la survie, mon frère ! Et tu es déjà bien assez débrouillard pour continuer à supporter la haine que nous voue ce bon à rien de damné.

    - Bon... c'est pas tout ça, mais si je reviens les pattes vides, je risque quand même de perdre la chasse. Donc... à toute à l'heure, frangin.

    - Oui, et bon courage."

    Chapitre 1

    Ainsi, ils s'échangèrent un dernier regard. Hamel se mit en route vers le petit lac à quelques kilomètres de là en longeant un simple sentier qui l'emmène à longer un cours d'eau, tandis que Tyhor part chasser dans la forêt aux feuilles couleur sang.

     

    En solitaire, Tyhor arpente les bois, à l'écoute du moindre son durant bien des heures. Un craquement de branche fit alors écho, et les croisements parcourant habituellement les lieux tels des soupirs, explosèrent tout d'un coup, avant de disparaître en une foule de battements d'ailes. Qu'avait bien pu provoquer ce bruit ? se demanda le loup.

    Intrigué, il s'approcha de la source du bruit : une foule de petits dragons qui atterrissaient par vagues de cinq. C'est quoi ça, encore ? s'interrogea de nouveau Tyhor. Dans le doute, il se cacha dans un buisson et assista aux premiers vols, mais il se lassa bien vite pour retourner chasser un peu plus loin.

    Là ! Un cerf ! pensa-t-il en détectant une silhouette avec des bois dans les profondeurs obscures de la forêt éternellement automnale. Il s'avança à pas de loup en optant pour passer par les buissons. Une fois assez proche de sa proie, il bondit et planta ses crocs dans la nuque de la pauvre bête. Enfin une belle prise ! pensa-t-il, fier de lui.

    Soudain, des voix commencèrent à éclater au loin, brisant la satisfaction du prédateur. Partagé entre la curiosité et la sécurité, il préféra se dépêcher de retourner à la clairière.

    Chapitre 1

     

    De son côté, Hamel rejoint enfin le lac. Comme prévu, il y trouve une faune foisonnante. Ainsi, il se contenta de quelques spécimens seulement, et repartit avec un saumon et deux, trois carpes. Mais il eut un étrange sentiment... celui d'être observé. Inquiet par cette sensation désagréable, il tend l'oreille en se dressant sur ses deux pattes, le poisson encore entre les griffes, et il se met à humer l'air. Cette odeur... serait-ce...? pensa-t-il, surpris.

    "- Zyn ! C'est pas drôle, sort de là !

    Un silence pesant prit place. Pas un bruit, pas un oiseau à l'horizon pour gazouiller tristement dans la forêt des rejetés, puis soudain, un rire. Un rire malsain, reconnaissable entre mille. J'avais raison, pensa-t-il encore.

    - Hin hin, salut mon garçon... La chasse avance ?

    - T'occupe, je chasse pas aujourd'hui.

    - ... ? Pardon ? Et on peut savoir pourquoi, mon poulain ?

    - Je t'interdis de m'appeler ainsi... rétorqua Hamel, exaspéré. Je sais que tu me considères comme meilleur que mon frère, mais nous sommes égaux, saches-le.

    - ...Hin hin hin, raisonnement étrange ! Pourtant, le tableau des scores ne ment pas, lui ! Et pour preuve, ton sapin a bien plus de marques que celui de ce bon à rien de Tyhor... Tu vois ! C'est toi le meilleur ! Tu ne voudrais pas subir le même sort que lui tout de même... finit-il d'une voix à la fois mielleuse et provocatrice.

    - ... Écoute, je n'ai que faire de ton petit jeu ! C'est toi l'imbécile dans l'histoire, alors arrête de reporter ta frustration sur nous, père indigne !

    - Comment oses-tu !! Hamel ! RAAAAAHH !!! Tu es prévenu, ce soir, si tu ne bats pas ton frère, tu périras ! Je n'ai que faire d'un fils qui se prend pour un chef ! Et pire encore, je ferai mon rapport à la Meute, et tu subiras les conséquences de ton échec.

    Chapitre 1

    - Et alors ? Qu'est-ce que ça peut bien faire que je perde ? Qu'est-ce que ça peut bien te faire d'avoir honte de ton soi-disant "meilleur fils", sachant que celui qui me fait honte ici, c'est bien toi, Zyn ! Ose venir ce soir, et c'est la mort qui t'attends, cher père. Je serai sans pitié ! Œil pour œil, dent pour dent, tu subiras ma haine de plein fouet ce soir, si tu oses pointer le bout de ta truffe décrépie. Je ne veux plus te voir, je ne veux plus t'écouter, je n'arrive plus à te supporter, et de fait, je te somme de partir sur le champ. Rejoint donc tes amis, ta Meute, les autres damnés comme toi ! Tu ne vaux plus rien à mes yeux depuis ce jour... si tu savais. Si tu savais ce que tu nous as fait, à nous, à maman, à tes propres fils !J'espère sincèrement ne plus te revoir... Sur ce, adieu."

    Sans un mot, Hamel enserre les poissons dans ses pattes avants, et se mets à marcher sur le chemin du retour. Zyn, quant à lui, le regarde partir, le visage impassible, mais la haine dans l'âme. Il a passé ses dernières années à faire vivre la pire des tyrannies à ses propres enfants, et à présent, il veut bien plus que simplement les faire souffrir. Il veut les torturer, les faire payer leur rébellion, qu'ils souffrent autant qu'il a souffert, et qu'ils découvrent enfin quel type de folie le ronge : la culpabilité. Il est coupable d'avoir tué, il le sait, mais ne le reconnait pas. Il le nie du plus profond de son âme, il reporte la faute sur ses fils, et leur jeune âge au moment des faits. Tout ça, à cause d'eux... pensa-t-il, fou de rage.

    Chapitre 1

    Hamel était déjà loin, mais Zyn voulait qu'il entende ce dernier murmure et cri du cœur : "Hamel, je ne viendrais pas ce soir. Non, pas ce soir. Mais bientôt, oh oui, très bientôt, tu mourras avec moi. Une guerre qui nous opposera, moi et la Meute contre toi et ces crétins de dragons. Je leur ferai la peau, à tous !! Hahahahaha !! HAHAHAHAHAHAHAHA!!!"

    Dans cet élan de folie, les yeux élargis par la haine et la soif de vengeance, il s'en retourne rejoindre les siens, ceux qu'il considère comme sa vraie famille.

     

    De retour chez lui, Hamel trouve Tyhor assis sur le socle de pierre, à observer les étoiles du ciel laissant tranquillement place à la nuit. En entendant son frère approcher, il accourt vers lui, fou de joie.

    "- Hey! Hey! Regarde un peu sur quoi je suis tombé ! Belle bête, pas vrai ?

    - Wow !! Je crois n'avoir encore jamais vu un cerf si imposant de ma vie ! Tu l'as trouvé où ?

    - Oh! euh... Il me semble que c'était pas trop loin de la frontière, à l'ouest. Y'avait pas que ça d'ailleurs, je crois que des petits dragons passaient leur baptême...

    - Moi aussi, j'ai fait une rencontre aujourd'hui... dit-il, le sourire maussade.

    - Tu l'as croisé, pas vrai...? demande-t-il, se doutant de l'issue de la conversation.

    - Oui. On est monté dans les tours, il m'a menacé, je l'ai menacé en retour, et bref... le connaissant, il ne viendra pas. Les lâches n'affrontent pas la mort en face, finit-il, d'un ton catégorique.

    - Je te savais pas comme ça... D'habitude, c'est moi qui perds mon sang froid ! Et donc... il ne viendra pas ce soir ?

    - ... Qui sait... peut-être pas ce soir, mais mieux vaut rester sur nos gardes cette nuit, et les prochains jours. J'ai pas envie d'être achevé par un crevard comme lui, poursuit-il, acerbe.

    - Bon, du coup, on s'fait une bouffe ? J'ai une faim de loup ! Pas toi ?

    - ... Non, je n'ai pas vraiment le cœur à manger ce soir, mais si tu veux, on peut passer un peu de temps ensemble pour changer ! T'en penses quoi ?

    - Cool !! Mais viens quand même manger un morceau... ce serait dommage que tu manques d'énergie, surtout s'il décide d'attaquer.

    Tyhor sourit à son frère avec tendresse, et Hamel fait de même. Une chaleur emplit son cœur de joie face au soutien de son frère. Il a bien grandit, lui aussi, pensa-t-il avec nostalgie.

    Chapitre 1

     

    Sur le socle de pierre, les deux loups s'installent et se mettent à manger. Une récompense pour la journée de chasse, et une victoire pour Tyhor qui dévore littéralement son trophée de chasse avec délectation.

    "- Au fait, même s'il ne vient pas ce soir, je t'accorde la victoire frérot ! Tu l'as bien mérité. Hahaha !! Regarde-toi, tu t'en mets partout ! lança Hamel sur une note bonne enfant.

    - Hééééééé ! J'y peux rien moi, si sa carcasse est gigantesque, à ce cerf ! 'Pas d'ma faute, d'accord ? Et... t'es sûr de toi...?

    - Héhé, j'ai pas dit le contraire. Et oui bien sûr frérot, va donc mettre une barre de plus sur ton tronc avant que je change d'avis ! poursuit-il, joueur.

    - Ok ! Ok, laisse-moi deux secondes...

    - Un... Deux...

    - Voilà ! T'aurais au moins pu me laisser finir avant !! Mais bon... merci frangin, merci beaucoup..."

    C'est avec beaucoup d'émotion que les deux loups échangèrent un regard. L'un est fier de l'autre, et l'autre est reconnaissant envers le premier.

    Puis, c'est sur la proposition d'Hamel que le duo passa le début de la soirée à jouer, à se raconter des histoires, et à ressasser le passé avec mélancolie avant de s'endormir sous le même arbre pour une fois.

     

    ***

     

    Voilà maintenant des heures que le jeune duo de dragons s'avance sur la Terre des Ombres. Depuis leur altercation avec leur enseignant, Phyl mène le pas en suivant le sentier droit devant lui. Nhyr le suit, encore hésitant et soucieux du sort qui pourrait les attendre. Aucun des deux ne parlent, et l'ambiance oppressante et froide de la forêt pesait sur la conscience du jeune griffon. Il en profita cela dit pour détailler la végétation : Les arbres avaient tous des troncs sombres, presque noirs, tandis que leur feuillage était d'un splendide rouge. Les branches penchaient lourdement vers le sol, créant une voûte feuillue au-dessus du binôme. Le sentier était couvert de cendres couleur charbon, et le croisement d'animaux hantait les lieux. Rien de très rassurant, pensa-t-il.

    "- Phyl..., interpella le jeune griffon. Tu sais ce que tu fais...?

    Phyl s'arrêta, se retourna vers son ami, et le regarda de ses yeux perçants. Son œil émeraude scintillait sous la lueur rougeâtre des feuilles, tandis que son œil jaune avait pris une couleur ambre. Le bleu resplendissant de ses ailes donnaient l'illusion d'un violet cristallin, tandis que sa fourrure blanche avait pris des teintes roses pâles. Par contre, le vert de ses écailles était devenu plus terne sous la lumière de ces bois. Il ferait presque peur s'il n'avait pas sa gueule d'ange... pensa-t-il encore.

    - Je pense savoir. Tu me fais confiance, Nhyr ?

    - B-Bien sûr ! Nous sommes comme des frères, pas vrai ? finit-il avec réticence.

    - Je suis heureux que tu me considères comme tel, lui sourit-il, et il en est de même pour moi. Pourtant, nous ne pourrons plus retourner à ma planque avant un petit moment. J'espère que tu en es conscient. Nous devrons nous débrouiller par nous-même, pour défendre les êtres qui peuplent ces terres dans la contrainte.

    - Je sais... répondit Nhyr timidement. Je suis avec toi. Mais... quel est ton plan ?

    Phyl semblait réfléchir un moment, en le fixant du regard. Puis, il se retourna vers le sentier.

    - Tout d'abord, commençons par nous rendre au cœur de la forêt. Avec un peu de chance, nous trouverons bien des gens avec qui discuter, et en apprendre plus. Tu viens ? demanda-t-il, d'un sourire confiant vers son ami."

    Il n'en fallut pas plus à Nhyr pour reprendre la route d'un pas plus décidé. Néanmoins, une peur se creusait encore un peu plus dans son esprit. Qui comptaient-ils sauver ? Qui sont ces êtres, et pour quelles raisons ont-ils bien pu avoir été envoyés ici ? La crainte de croiser des bêtes assoiffées de sang ou de pouvoir le terrifiait, mais il voulait savoir, et il savait cette idée partagée avec Phyl.

     

    A mesure qu'ils avançaient dans ces bois ténébreux, la lumière laissait place à la nuit et le sentier s'ouvrait peu à peu sur une immense clairière. Quelques majestueux sapins trônaient en son centre, encerclant une espèce de socle de pierre. La lune y déposait ses délicats rayons bleutés, tandis que le duo s'approchait lentement.

    "- On est arrivés tu penses ? murmure Nhyr à l'oreille de son ami.

    - J'en ai bien l'impression... mais on est pas tout seuls. Regarde, marmonne Phyl d'un ton calme et assuré.

    - ...! Un... U-un, un loup !! s'esclaffe Nhyr de stupeur avant de se faire taire par la patte de son ami.

    - Moins fort... tu vas les réveiller. Allons nous poser dans un coin, nous irons leur parler au lever du jour.

    - Compris."

    Nhyr et Phyl choisirent donc le pied d'un des sapins pour s'installer pour la nuit. Sans un mot, ils s'endormirent, épuisés par leur journée.

     

    Le lendemain, Nhyr ouvrit les yeux aux premières lueurs de l'aube. Avec fatigue, il détendit ses muscles avant de trouver la force de se lever. Un silence apaisant règne sur la clairière chaleureuse au milieu des bois sanglants. Un vrai paradis au cœur des enfers, se dit-il avec amusement.

    Phyl dormait encore, sûrement achevé par la marche d'hier. Le jeune griffon choisit de faire un tour, pas trop loin d'ici, histoire de repérer le coin. Le soleil se levait à l'Est, et le ciel avait emprunté du rouge à la forêt, devenue écarlate par le contre-jour. Les nuages étaient dorés, comme la fourrure du petit observateur sous les splendides lumières du matin.

    Nhyr se perdit un instant à admirer la vue, avant d'analyser le reste. Eux, étaient venus du sentier menant vers l'Ouest. On avait le soleil dans le dos, se remémore le griffon doré. Il continua de tourner sur lui-même, avant de voir au Nord un large chemin. Les arbres formaient une rangée de part et d'autre d'une ligne d'herbe verte, parcourue par de féériques petites fleurs de cotons. D'autres variétés, comme des plantes à larges feuilles rondes et aux fleurs rouges dont les pétales forment de fines lamelles longeaient la petite route champêtre. Un ciel d'un bleu d'azur se dressait au loin, avec une montagne un peu particulière. Des arbres qui semblaient comme palmés par des feuilles en éventail se dressaient majestueusement, déséquilibrés par les éléments et leur jeune âge.

    Puis, il remarqua de petits êtres au loin, qui se déplaçaient. Il ne les avait pas vus au premier abord à cause de leur apparence qui se fond à merveille dans ce décor hors du commun. C'est donc ça, la fameuse terre convoitée j'imagine...? supposa Nhyr, dubitatif.

     

    "- Hey! toi ! Qui es-tu ? interroge une voix modulée derrière lui.

    Par peur de savoir qui l'interpelait ainsi, il hésitait à se retourner. Un deuxième rappel le convint de s'exécuter malgré son angoisse croissante.

    - Alors p'tit gars... tu traînes par ici avec ton pote ? Vous savez que c'est interdit au moins...? continue un loup à l'air revêche et aux nombreuses cicatrices. Il est à quatre pattes, tout comme lui, et des balafres passent sur ses deux yeux.

    - ... Je suis désolé si nous vous importunons... Nous sommes-là pour une mission spéciale pour la Terre des Aigles...

    - Pour la Terre des Aigles ? Ah... si jeunes, et déjà si braves. Hélas, je doute que vous soyez les bienvenus ici. Rentrez chez vous avant que vos parents ne vous pensent portés-disparus.

    - ... E-En fait, nous ne pouvons pas rentrer... Pas maintenant.

    - ...? Ha ? et on peut savoir pourquoi ? interroge avec intérêt le loup.

    - Si nous échouons dans notre tâche, cela reviendra au même que si nous n'avions pas bougés, parce que nous serions envoyés ici de nouveau... en tant que "déchus".

    Tyhor reste sans voix. Deux petits dragons, déchus pour un simple "échec" ? c'était impensable pour lui. Pourtant, le jeune griffon semblait sincère, il n'aurait aucune raison de mentir non plus... Alors pourquoi exactement ?

    - ... Je... vois. Tu pourrais m'en dire plus ? demande-t-il d'une voix plus douce."

     

    Nhyr ne voulait pas s'étendre davantage sur des actes aussi récents qu'il a tant de mal à assumer, mais il força son courage à répondre à cet inconnu.

    "- En fait, hier... Phyl et moi-même avons eut un... accrochage avec l'un de nos enseignant. Et, je ne sais trop s'il s'agissait d'un coup de tête ou d'un acte réfléchit, mais Phyl s'est mis en tête d'empêcher, ou du moins, de retarder la guerre à venir... Vous savez ? celle qui concerne cette terre là-bas.

    - Ouais... L'Eden comme Zyn la surnomme. Je vois très bien de quoi tu parles, petit. La Meute du Silence désire soi-disant ces terres pour "avoir plus de place" pour tout le monde... Cela dit, regarde un peu autour de toi ! C'est désert sur trois kilomètres ! Personne, à part Hamel et moi-même. Personne d'autre que nous, et Zyn, qui s'est peut-être résigné à ne plus venir... Tu crois qu'ils veulent vraiment plus de place pour héberger tout le monde ?

    - ... Maintenant que tu le dis... C'est vraiment nécessaire...? Enfin, si ce n'est pas pour cette raison-là... alors pourquoi...?

    - ... La nature des êtres qui vivent ici-bas est impardonnables pour certains, mais d'autres n'ont pas demandés cette vie. Mon frère et moi-même sommes victimes de notre naissance. Nous avons pour père un irresponsable, et hélas, nous sommes nés sur ces terres. Autrefois, nous aurions fait partis de ceux qui vivent en paix, au loin, sur cette montagne... Mais... Voilà. Mon père est devenu fou, assoiffé de sang, et à tuer notre mère. J'ai réussi à lui pardonner ses actes, sa folie, et sa solitude au fond... mais Hamel, lui, n'y arrive plus.

    - Zyn... C'est ça ?

    - Oui. Un damné, qui se plait à confondre sa soif de vengeance avec un but dans la vie... Il est pas seul dans ce cas-là. Il fait partit de la Meute du Silence. Et eux, c'qu'ils veulent vraiment, c'est décimer tous les dragons de la Terre des Aigles... par vengeance. Personne ne sait encore
    quand ça va dégénérer, mais pour être franc, je n'aimerai pas revivre les conséquences d'une autre guerre.

    - U-Une... autre guerre ?

    - Nhyr !! Recule !! Vite !!! hurla Phyl, en accourant pour servir de bouclier
    face à la menace présumée.

    - Hey! Qu'est-ce qu'il se passe ici exactement...? Pourquoi tout ce chahut, dès le matin ? demanda Hamel, se joignant au trio.

    - Rien de bien méchant, frangin. Je discutais tranquillement avec le petit griffon doré.

    - V-Vous êtes...? se risqua Phyl, pour comprendre la situation.

    - Moi ? C'est Hamel, et lui c'est mon frère. Tyhor !

    - Lui, c'est Phyl ! Et moi, c'est Nhyr ! enchaîna le petit griffon."

     

    Nhyr prit un instant pour détailler le nouveau loup. Celui-ci à l'air plus gentil que le premier d'apparence, malgré ses cicatrices certes moins nombreuses que celles de son frère. Il se tient debout sur ses pattes arrières, ses griffes sont larges et ses oreilles sont partiellement déchiquetés. Et, sur son oreille droite, deux piercings du même bois que celui des arbres alentours se superposent. Ils sont à la fois intimidants, et rassurants, pensa Nhyr.

    "- Où en étions-nous cela dit ? poursuit Tyhor, dans ses pensées.

    - Vous mentionniez une autre guerre, non ? répliqua Nhyr

    - Ah, oui... cette guerre... lâcha Hamel avec amertume. Version courte ou version longue ?

    - Frangin, ils sont jeunes... Pas besoin de les accabler avec des détails.

    - Ouais... si tu le dis, frérot, répliqua Hamel. Bon, en clair, c'est une guerre qui opposait déjà la Meute du Silence au Conseil des Sages... L'Assemblée du Torrent n'étant qu'un simple "rempart" à l'époque. C'était une guerre meurtrière et peu glorieuse pour les "gentils" qui vous gouvernent, les enfants. C'est d'ailleurs pour ça que vous n'en avez jamais entendu parler.

    - Il y a cent ans, quand les Dieux ont choisis de nous laisser la possibilité de faire justice par "nous-même", certains ont pris le pouvoir et se sont alliés par "espèces". Cela créa ainsi trois clans, qui sont ceux-là même encore aujourd'hui ! enchaîna Tyhor.

    - Nos parents ont fait la guerre eux-aussi, continua Hamel. Zyn, et... mère voulaient obtenir les mêmes droits de manière pacifiste à la base. Mais... hélas, les anciens dragons ont préféré employer la force pour imposer le respect. L'Assemblée du Torrent aillant opté pour la "grandeur" du Conseil des Sages, la Meute du Silence a répondu à la provocation. Cette terre que nous foulons aujourd'hui a été spectatrice d'un véritable massacre. Il ne reste de nos jours plus que quelques êtres originels, et il y a nous... Nous qui sommes nés sur ces terres en temps d'après-guerre. Nous nous sommes habitués à ce mode de vie, mais pendant longtemps, ça a été dur. Très dur, moralement et physiquement pour tout le monde.

    - Notre père, Zyn, a sombré dans la folie, il a tué notre mère après une engueulade sanglante... Et depuis, Zyn nous accuse de l'avoir poussé à l'acte... mais... je ne sais même plus à cause de quoi ils se sont montés l'un contre l'autre cette fois-là, conclut Tyhor, défaitiste.

    - ...Il n'y a pas eu que chez vous... qu'il y a eu des morts... ajouta Phyl, les yeux dans le vague. Mes parents, eux-aussi... ils sont morts ici. Ma mère aurait dû, après cette guerre, être envoyés ici, parmi vous-autres, en tant qu'être déchus. Mais, n'ayant pas survécu à l'affrontement, et mon père ayant redoré son blason pendant le combat, nous avons pu rester sur la Terre des Aigles... Mais il tomba rapidement malade, et ne fut plus capable de m'élever seul. Quand je fus confié à l'Assemblée des Étoiles, ce fus la dernière fois que je l'aperçus vivant. On a tous un passé, pas vrai...?" finit-il, avec émotion.

     

    Nhyr n'avait plus les mots. Ses parents à lui, ne lui avaient jamais parlé de cette guerre. Ce conflit ne les avaient peut-être pas tant touché en fin de compte ? Après tout, sa mère a un rôle de stratège au sein du Conseil, et son père est un sage. Peut-être n'ont-ils perçus cette guerre comme un massacre dans lequel ils ne se sont pas salit les mains ? pensa le jeune griffon.

    "- Au fait, pourquoi êtes-vous les jeunes ? demanda Hamel, retournant à l'essentiel.

    - Nous sommes là pour aider des gens comme vous. Notre mission officielle est d'étudier la faune et la flore de la terre que vous convoitez.

    - Non, Phyl. C'est la Meute du Silence qui convoite cette terre, rectifia Nhyr avec douceur.

    - Heu... oui, pardon. Mais dans les faits, c'est un prétexte pour vous aider, vous, et tous ceux dans votre cas, à regagner vos libertés. Je ne sais pas ce que valent les êtres qui ont été envoyés et confinés ici pour leur prétendus pêchés impardonnables... Mais je sais que les injustices se doivent d'être réparées. Je me battrais jusqu'au bout pour que vous puissiez échapper à un sort que j'ai pu éviter de peu. Si moi j'ai eu cette chance, vous la méritez aussi.

    - Ahah !! Tu as de l'espoir, gamin... Comment comptes-tu t'y prendre, sans déclencher une autre guerre ? poursuit Tyhor, en écoutant se réponse avec attention.

    - A vrai dire, je pensais déjà apporter une forme d'espoir aux êtres de ces terres. Leur dire que nous ne sommes pas tous comme eux, là-haut. Et vous faire renoncer à vous battre de manière violente... pour opter pour quelque chose de plus pacifiste. Convaincre un maximum de monde parmi vous, et mettre des bâtons dans les roues de ceux qui s'évertuent à vouloir une autre hécatombe. La vie n'est pas un jeu, et je tiens à vous aider à vivre dans les mêmes conditions de conforts que nous, et vivre en paix si possible... Voilà ce que je compte faire.

    - C'est une vision très utopiste, mais je suis. Si tes convictions venaient à se réaliser, nous serions enfin débarrassés de tout ça... T'es pas d'accord frangin ? demanda Tyhor.

    - Bien sûr, frérot ! Voilà un petit qui vend du rêve, ça c'est sûr. On est avec vous." finit Hamel, le sourire aux lèvres et l'espoir qui emplit son cœur pourtant si meurtri.

     

    Le nouveau groupe passa le reste de la journée à s'organiser pour savoir par où ils allaient commencer pour poursuivre le plan. Ils partagèrent un repas ensemble, et s'endormir finalement un peu plus tard dans la soirée. Un message comme celui de Phyl sera-t-il accepté facilement par les habitants de la Terre des Ombres ? ou seront-ils contraints de passer par la manière forte, malgré leur conviction ? Après tout, leurs efforts n'aboutirons qu'au bout de combien de temps ? Temps de questions Nhyr se posait, encore et encore, avec l'espoir d'y répondre le plus tôt possible.


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  • Frisk - Flowerfell

    Précision : Fait sans modèle dans le bus


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  •  

    Prologue - Nhyr et Phyl, une amitié intemporelle

     

    « Il y a bien longtemps, un être naquit sous une forme divine. Fort de la puissance originelle, Noylan rassembla ses pouvoirs pour créer une terre. Une terre encore sauvage et inachevée. Il alla y vivre un temps. Cet endroit, c'est Lamezia. Une planète déserte qui l'ennuyait. Las de sa solitude, il prit la décision de créer des êtres à son image. Il divisa sa force en cinq gemmes de pouvoir, les Orbes du Néants. Ainsi, il répartit l'équilibre de ce monde afin de maintenir sa création stable.

    Virent alors quatre dragons. Le premier, D.Univers, maîtrise la foudre, et garde la paix. Dréleste, le deuxième, contrôle la météo et garde un œil sur l'équilibre des forces. Adsis, lui, est un être maîtrisant le feu et s'est octroyé le droit de châtier les criminels. Et enfin, Draniolon est un dragon de glace, d'une grande sagesse, ce qui lui permet de faire justice.

    Dans sa soif de création, Noylan créa également des êtres de chairs et de sangs qui s'associent à l'environnement imaginé par ce Dieu vivant. Tout semblait pouvoir aller de lui-même. Pourtant, les quatre dragons se mirent à se battre, en cherchant à obtenir la place de l'Originel. Dans cette lutte acharnée, le monde qu'il venait de créer était redevenu poussière. La colère le prit, et le courroux dont il fit montre donna naissance à un premier Fléau. Cette entité sera nommée "Unlucky".

    L'ombre du dragon originel se détacha de lui, ce Fléau prit la fuite, et le premier combat de dragons eut lieu. Cette guerre sera nommée le Conflit Primaire. Une fois la paix revenue, ils s'efforcèrent de bâtir un monde en associant leurs forces, plutôt que de s'opposer pour tout détruire. Ainsi, deux nouvelles terres virent le jour.

    La première était Drania. Ils s'y mirent ensemble pour créer une terre pour les dieux primitifs qu'ils étaient encore, en plus d'y expérimenter les premières espèces dans trois milieux distincts: L'eau, l'air et la terre recouverte d'environnements diverses. L'autre terre naquit en secret, selon la volonté de Noylan. Il voulait savoir si cette dernière pouvait subsister sans dieux. Il y instaura tout de même des êtres élémentaires.

    En revenant sur Drania, il découvrit les expériences de ses adjoints, et trouva qu'ils n'avaient pas leur place sur cette terre pour l'instant. Il prit donc la décision d'installer les quatre dragons, ainsi que lui-même sous terre, là où ils ne dérangeraient pas. Les Dieux-dragons avaient cependant à leur charge une puissance trop grande à supporter pour eux-même. Et Noylan eut recourt à une espèce qu'il a vu se développer sous ses yeux. Des hommes.

    Il en sélectionna quelques uns, et les présenta à ses sbires. Ainsi qualifiés d'élus, ils sont aujourd'hui en formation auprès de leur dragon associés. N'oubliez pas que l'histoire dont je vous fais part aujourd'hui ne remonte pas à plus de trois cents ans. Et la fin de mon récit est toujours d'actualité. Vous devez considérer, chers élèves, que notre planète est jeune, et qu'il nous reste encore beaucoup à découvrir. Nos investigations ne nous ont pas menés plus loin que ce que je vous ai déjà dit.

    Et ce sera sur cette note que le cours d'histoire se finira aujourd'hui : La paix peut se résumer à peu de chose, donc il sera de votre devoir de découvrir la vérité, et d'agir de la manière la plus juste possible. A présent, Je vous laisse, à moins que vous n'ayez des questions. »

     

    C'était un jour particulier pour un jeune élève. Nhyr, le produit d'un croisement d'un griffon et d'un dragon, venait d'assister à son premier cours à l'Assemblée des Étoiles. Une institution qui élève les plus petits dans leurs jeunes années. Nhyr était encore frêle, sortit de l'œuf il y a à peine quelques années, alors que ses parents étaient le produit direct des pouvoirs de Noylan. Il se disait pourtant que les évènements qu'il venait d'entendre étaient si lointains... Deux cents, trois cents ans, cela ne représentait rien pour l'innocent esprit du jeune griffon.

    Il ignorait presque tout de cet endroit, il n'en connaissait que le nom et l'importance qu'y accordaient ses parents pour qu'il y aille. Et le voici donc. Une petite boule jaune aux ailes atrophiées, et au bec fin en présence des anciens. Sa fourrure est plutôt fine sur son corps, et deux petites cornes lui sortent du sommet du crâne et des joues. Des cornes de la même matière que ses serres. En observant ses camarades, il se sentait si différent... et pourtant, tout le monde n'avait tellement rien à avoir les uns avec les autres que finalement, il y trouvait sa place.

    Nhyr observait son professeur avec attention. Il ne savait vraiment le décrire, il y avait bien trop à dire. Des couleurs plutôt sobres, mais passant par toutes les nuances, des yeux perçants mais chaleureux, des ailes abimées mais magnifiques... Et cette prestance, cette carrure caractéristique que les créatures invoqués par les Dieux possédaient naturellement l'intimidait.

     

    Prologue

     

    En le voyant partir sans un mot de plus, il se sentit soudain observé. Sur lui se posait en fait le regard d'un jeune dragon, un peu différent des autres. Il devait avoir quelles semaines de plus que lui. Il pouvait le décrire assez facilement. Deux petites aigrettes proéminentes lui sortaient du crâne, et c'était la même chose pour le reste. Une fourrure fine et longue commençait à se recourber sur le coin de ses joues. Il avait de grands yeux, un vert et un jaune, en plus d'un petit museau et des touffes de poils blancs réparties par endroit. Une espèce de crête plate lui courait le long du dos, et ses ailes étaient cachées par le fin duvet. La couleur globale du petit dragon était un vert nuancé d'un bleu aux reflets enchanteurs. Quand il se mit à parler, Nhyr se concentra plus à décrire sa voix qu'à écouter ce qu'il lui disait. Ainsi, il la trouva plutôt aiguë, même si son âge le lui excusait. C'était la boule de poils jaune avec la boule d'écailles verte, pensa-t-il.

    "-...Hey, tu m'écoutes ? demanda le jeune dragon vert.

    - Hein ? Ah! euh... que disais-tu ? Je pensais à autre chose...

    - J'ai eu peur que tu m'ignores encore un moment... T'es nouveau ici, pas vrai ?

    - ... C'est si évident que ça...?

    - Disons que ça fait quelque temps que je suis ici en fait. Tu t'appelles comment ?

    - Nhyr. Et toi ?

    - Phyl. Tu sais comment ça se passe ici ?

    - Non, pas vraiment. Tu peux m'en dire plus ?

    - Bah, c'est pas hyper compliqué en fait! Déjà, faut que tu saches qu'ici, tu peux être toi-même. T'as le droit de t'exprimer, de poser des questions, et demander à éclaircir des sujets un peu flous pour toi. Après, faudra aussi que tu t'habitues à voir plein de profs différents... On a rarement deux fois le même en une semaine. Tu suis jusque là ?

    - Ouais, ouais, je comprends... Mais, ils nous enseignent quoi les profs ?

    - Un peu de tout. Pour le coup, l'histoire que tu viens d'entendre, ça faisait deux mois que j'en avais plus entendu parler. Pourtant, ils font plein de recherches dessus ! Et aussi, ils nous font des cours théo-... théorie... euh... C'était quoi déjà...? Théoriques...? Ouais, je crois. Chuis pas sûr. Bref, ils nous parlent du fonctionnement de quequ'chose et on pratique pas si tu veux.

    - Ah ! ouais, je vois.

    - Bon, par contre, vu que le vieux est déjà parti, on a quartier libre jusqu'au prochain cours. Tu viens ?"

    Le petit dragon vert fondit brusquement vers la sortie, toutes griffes dehors. Nhyr s'empressa de le rejoindre, pris d'une soudaine envie de le suivre. Le duo se retrouva dans les couloirs du bâtiment désert. A cette heure, personne ne passait par là apparemment. Phyl était en tête, et le jeune griffon jaune s'efforçait de le rattraper, mais ils étaient aussi rapides l'un que l'autre en fin de compte.

     

    En passant la porte en pierre de l'immense bâtisse, Nhyr s'arrêta à côté de son nouvel ami qui semblait chercher quelque chose. Il l'observa avec intérêt. Phyl prenait d'abord une vue d'ensemble, et abaissa son regard jusqu'à ses pieds. Des torches encadraient la place autour du château, et une tranchée pleine d'eau encerclait l'endroit avant de se déverser dans une mare. Le pont sur lequel se trouvait le duo permettait de traverse les douves. Le jeune dragon vert paraissait contrarié, quelque chose n'allait pas ?

    "- Hey Nhyr, dis-moi... tu sais garder les secrets ?"

    - Les... secrets ? Pourquoi me demandes-tu une chose pareille ?

    - Je veux que tu me jures que tu diras rien à personne. Promis ?

    - ... Promis.

    - Viens, suis-moi."

    Phyl s'empara d'une clé qu'il avait dû suspendre au bord du pont de bois pour la dissimuler. Le dragon vert se dirigea ensuite furtivement vers un rocher un peu plus loin. En y regardant de plus près, Nhyr y vit une sorte de petit trou. Intrigué, le griffon jaune observa attentivement les gestes de son ami. Ainsi, Phyl plaça la clé qu'il tenait à pleine bouche dans la serrure, la tourna un coup vers la droite.

    CLIC

    Un bruit sourd se fit entendre, puis vint un faible tremblement. Que se passait-il ? Le rocher se déplaça de quelques mètres, ce qui révéla un escalier en plus du mécanisme sophistiqué qui a permis une telle chose. Depuis quand les rochers bougent sur commandes ? se demanda naïvement Nhyr. Voyant Phyl s'engouffrer dans la pénombre du passage, le jeune griffon suivit le pas. Un autre tremblement lui indiqua que le mécanisme les avait enfermés à l'intérieur.

    "- Hein!? ... Hey, Phyl... c'est normal qu'on soit enfermé là-dedans...?

    - Ouais t'inquiète. C'est pour pas se faire chopper par les vieux.

    - Les... vieux ? De qui tu parles à la fin...?"

    - Bah, tu sais bien... les profs, les darons, les membres du conseil, tout le monde quoi ! Allez, ramène-toi un peu par ici que je te montre un truc cool. Tu vas pas en revenir !

    - ... " ; Pour l'instant, tout ce que je vois, c'est du noir... T___T , pensa-t-il, désespéré.

     

    Après un petit instant de marche à tâtons, le duo se retrouva submergé par une lueur bleuâtre luminescente. En effet, ils étaient dans une salle un peu particulière. Au centre de l'endroit se trouvait un piédestal où trônait un sphère contenant une sorte de force magique oscillant entre le noir et le violet. De quoi pouvait-il s'agit ?

    "- Alors, elle est-y pas cool ma cachette secrète ??

    - ...Et bien... j'avoue que je ne m'attendais à tomber sur un truc pareil ici... Tu l'as découvert quand ?

    - Bah, c'était y'a pas hyper longtemps, gars... Disons simplement que j'ai entendu la rumeur selon quoi une Orbe du Néant reposait sous l'école.

    - L'école ?

    - Là où on était tout à l'heure, imbécile...

    - Et alors, t'as fait quoi après ça ?!

    - C'est pas difficile à deviner. J'ai fait mes petites recherches dans le coin. Dès que j'avais un moment de libre, j'ai inspecté tout le bâtiment et la cour extérieure. J'ai même cherché dans l'eau des douves ! C'est d'ailleurs là où j'ai trouvé cette clé.

    - La clé que tu as récupéré tout à l'heure j'imagine...

    - Exact ! Une fois en ma possession, j'ai commencé à chercher la serrure correspondante... Et quelques jours après, c'est là que je l'ai trouvé. J'avais toujours su que ce rocher était bizarre !! Et comme je suis le premier à en avoir découvert l'existence, c'est devenu mon refuge... un peu comme ma deuxième maison si on veut...

    - ...? Pourquoi cet air triste tout d'un coup ?

    - ...En fait... je repensais à un truc, mais oublie ça."

    Intrigué par le changement soudain d'humeur de son camarade, le jeune griffon observa son ami sans savoir quoi faire. Il le vit laisser échapper une larme avant de secouer la tête et de reprendre l'air joyeux qu'il arborait depuis ce matin.

    "- Au fait, t'es le premier à qui je montre cet endroit. Tu m'as promis que tu dirais rien... et par la même occasion, tu as promis d'être mon ami... pas vrai...?

    - ...! Hey, j'ai jamais dit ça...! Mais... tu n'as pas tord. Effectivement, je t'en ai fais la promesse. Et si tu veux bien de moi comme ami, alors c'est avec joie que tu en seras un pour moi !"

    Le sourire qu'offrit le griffon au jeune dragon réconfortait Phyl. Enfin, il n'était plus seul. Il avait un ami, quelqu'un sur qui compter, et avec qui partager des choses. Il espérait cette amitié solide, il la voulait éternelle. Et c'est ce jour qui marqua l'amitié de ces deux êtres à jamais.

     

    ***

     

    Quelques semaines passèrent, et ces deux amis étaient devenus indissociables. Jamais l'un n'était vu sans l'autre. Ce duo inséparable se préparait aujourd'hui à passer une première épreuve. L'épreuve du Saut de l'Ange. Rien de bien compliqué pour les vétérans, habitués depuis dans siècles à parcourir le ciel, mais pour des bleuets comme les élèves de l'Assemblé des Étoiles, c'était une toute autre histoire.

    "- Tu stresses pas trop Nhyr ?

    - T'en fais pas pour moi Phyl, je me suis entraîné ces derniers jours. Mes ailes sont prêtes pour leur véritable premier vol !

    - Haha ! tu as l'air bien sûr de toi tout d'un coup. Tu crois vraiment que j'ai pas fait de même ?

    - ...! J'ai pas dit le contraire tu sais. Tu te sens prêt, toi ?

    - Évidemment ! Tu me prends pour qui ? Tu vas voir, je vais les impressionner moi, ces vieux schnocks !

    - Hé beh, tu t'améliores pas hein ? Toi et les vétérans, c'est une vraie guerre de position.

    - Une guerre de position !? Qu'est-ce que tu me sors ?

    - Haha, rien, rien. Laisse tomber.

    - ... T'es pas cool, mec. Si tu crois pouvoir me retourner le cerveau avant l'épreuve, tu peux toujours courir. Je vaincrais ! Foi de Phyl !

    - Tss... On verra ça à l'arrivée."

    Les jeunes étaient amassés en troupeau sur la place, dans un vacarme monstrueux que les anciens avaient bien du mal à étouffer. Cependant, quand l'heure des consignes arriva, un silence de mort s'abattit sur le groupe. Le même dragon qui avait fait cours à la classe quelques semaines avant s'avança. De sa voix cérémoniale, il fit face aux élèves pour leur donner des explications sur ce qui les attendaient.

     

    « - Aujourd'hui, vous allez faire votre premier baptême. Cet exercice a pour but de retirer l'appréhension que vous avez sur le fait de voler. En fait, la première étape du vol est le planage. Je vous demanderai donc de jeter un œil sur le bout de terre que vous voyez au loin.

    D'ici, sachant que vous aurez le vent de dos, vous glisserez aisément jusqu'à la berge. Ce n'est pas une compétition, mais un exercice. Il est donc recommandé de ne pas pas vous lancer à plus de cinq en même temps, et d'attendre que ceux devant vous aient pu atterrir en toute sécurité afin de vous lancer à vôtre tour.

    Si un incident venait à survenir, la séance de vol sera temporairement retardée. Aucun vol ne sera autorisé tant que l'un de vous se trouvera en difficulté. Si vous avez un problème, n'hésitez surtout à pas à le signaler. L'océan se trouve en-dessous de nous, donc si l'un de vous venait à chuter, nous aurions à vous repêcher immédiatement.

    Prévenez-nous impérativement s'il y a le moindre danger. Me suis-je bien fait comprendre ? »

     

    Ce même silence fut significatif. Tout le monde acquiesça sans prononcer un mot. Puis, le groupe vint se tasser au bord de l'îlot flottant pour se préparer à faire le grand saut. A l'annonce du départ, cinq individus s'élancèrent ensemble. Les adultes avaient beau avoir répété maintes fois que ce n'était en rien une course, les élèves confrontaient leur expérience à celle des autres. C'était vraiment à celui qui atterrirait le premier.

    De leur côté, Nhyr et Phyl s'étaient bien gardés d'aller devant. Ils ne voulaient passer que tout les deux, ensemble, entre bons amis. En attendant que la foule passe, ils échangeaient quelques mots encore un peu.

    "- Tu penses qu'on va réussir à ne passer qu'à deux ? J'ai comme un doute...

    - T'inquiètes pas Phyl, y'a juste le compte. Après tout, le groupe de vol d'aujourd'hui est composé de quarante-sept élèves, ce qui fait qu'en y allant cinq par cinq, il restera forcément un dernier groupe de deux à faire passer. Rassuré ?

    - Pff, arrête donc avec ton sourire d'enfant, ce n'est pas une blague Nhyr ! Tu sais très bien que je préfère qu'on y aille que tout les deux plutôt que de se risquer à passer avec les autres. Ils sont bien trop imprévisibles à mon goût...

    - ... Qu'est-ce que tu sous-entend exactement ? Moi, prévisible ? Tu crois ne pas l'être peut-être ? A ton avis, pourquoi ai-je fais en sorte de savoir exactement combien nous serions aujourd'hui ?

    - ... Haha, bien vu. Tu m'as eu sur ce coup-là. Bref, voyons comment s'en sortent les autres.

    - ... Pas la peine.

    - Hein ?

    - ... Ce n'est pas nécessaire. Tu sais mieux que moi qu'ils sont aussi peu doués que nous. Et puis, si l'un d'eux tombe à l'eau, on aura mieux à faire que de le regarder se faire sauver par un prof.

    - ... Si tu le dis, mais tu veux faire quoi dans ce cas ? Qu'as-tu encore derrière la tête Phyl...?

    - Je pensais que nous pourrions nous poser près des douves un moment... et discuter.

    - ...?

    - Viens. Et puis, on aura toujours un œil sur les autres comme ça."

    Ainsi, le duo se rendit près des douves. Les adultes étaient trop occuper à garder un œil sur le déroulement de l'exercice que sur le reste des élèves. Leur éloignement par rapport au reste passa donc inaperçu.

     

    Que Phyl pouvait-il bien avoir sur le cœur ? De quoi voulait-il parler ? Nhyr suivit son ami sans réponse à ces questions sur le moment. L'heure de l'épreuve approchait, mais il semblait préoccupé par autre chose. Quelque chose de plus important. Une fois les deux installés, Phyl se garda de parler un instant. Nhyr se décida donc à parler le premier.

    "- ... Alors, de quoi veux-tu me parler ? Quelque chose ne va pas ?

    - ...Nan, ce n'est pas ça. En soi tout va, mais j'aimerai te parler de quelque chose qui me pèse depuis un moment déjà.

    - ...?

    - ...De mes parents.

    - ...! C'est vrai que tu n'en as jamais fait mention jusqu'à maintenant. Je dois savoir quoi à leur sujet...?

    - ...Ils sont... ils sont... m-morts.

    - ... Oh, Phyl... je ne savais pas...

    - ...Enfin, je ne veux pas que tu t'en fasses à mon sujet. Pas à cause d'eux.

    - ...Alors quoi...?

    - ...Je veux que tu saches que... avant de te rencontrer, j'étais seul. Seul depuis un long moment. Tu es le premier "nouveau" de la classe depuis leur fin prématurée, et tu étais le seul à pouvoir devenir un ami.

    - ...Comment ça "le seul" ? Pourquoi ?

    - ...Les autres m'ont ignoré. Ils s'intéressent tous aux autres, eux et leurs grandes familles... Je suis le premier fils de ma "lignée", le premier "né" de ma famille en d'autres termes. Eux, ils sont tous la troisième, voire la quatrième génération de la leur... Ils me méprisent pour ce que je suis, et ils font pareils pour toi, mais... Tu ne le savais pas, pas vrai ?

    - Comment voulais-tu que je le sache ? Je ne les connais même pas !

    - ...Et c'est bien normal. Est-ce qu'il n'y en a eu juste qu'un pour oser te parler et faire connaissance quand je n'étais pas avec toi ?

    - ...Non. Mais je n'ai jamais été vraiment seul, tu sais.

    - ...!

    - Depuis que je suis ici, je suis toujours resté avec toi. Et avec ce que tu viens de me dire, je viens aussi de comprendre une chose... Si tu tenais à ce point à ce qu'on ne passe que tout les deux aujourd'hui, c'est parce que tu ne désires pas la présence des autres, et vice-versa. N'est-ce pas ?

    - ...Exact. Je veux que cette épreuve, on la relève ensemble. Comme des frères. Je veux que ce jour, tout comme celui de notre rencontre, reste à jamais gravé dans nos mémoires. Je veux que l'avenir nous permette de rester amis, de rester ensemble, comme le duo que nous formons maintenant... Nhyr, tu es ma seule famille à présent. J'espère pouvoir toujours te compter parmi les miens.

    - ...Phyl... si tu n'as plus de parents, où vis-tu ? Tu peux venir chez nous si tu veux !

    - ...Haha, tu n'as pas l'air de comprendre Nhyr.

    - ...?

    - Tout être est voué à disparaître. Tes parents iront rejoindre les miens un jour, et ce bien plus tôt que tu n'as l'air de le penser. Mais en attendant, je dors dans la planque dont je garde précieusement la clé. C'est comme la relique qui protège mon foyer si tu veux. Et cet endroit, tu y seras toujours le bienvenu.

    - Phyl... je peux te dire un truc...?

    - ...?

    - Tu as raison. Mes parents sont le produit de Noylan, alors que nous sommes le fruit de plusieurs êtres. Si tes parents sont morts, les miens s'en iront bientôt aussi. Je les vois tous les soirs, mais je ne fais jamais rien avec eux. J'ai presque l'impression de te connaître mieux que je ne les connais ! Alors je voulais te demander... Tu crois qu'ils l'ont voulu ainsi...?

    - ... Peut-être, qui sait ? Peut-être qu'ils voulaient que tu t'attaches à d'autres personnes pour ne pas que tu souffres de leur disparition future ? Pour ne pas que tu subisses la même chose que moi... T'éviter la solitude.

    - ...Oui. A présent, j'en suis convaincu. Phyl ! Nous devons oublier le passé, ne prend compte que du présent, et tournons-nous ensemble vers le futur. Notre futur !

    - ...Oui. Tu as raison Nhyr.

    - Viens, je pense que ça va être à nous. Profitons de ce premier vol, et faisons-en un souvenir commun à chérir, d'accord ?"

    Le dragon vert acquiesça à cette dernière remarque, poussé par un regain d'espoir. La mort de ses parents l'avait beaucoup affecté par le passé, mais devant l'enthousiasme de Nhyr face à leur amitié, il ne pouvait se résoudre à ne pas sourire. Cependant, il se demandait encore comment son ami pourrait réagir à la mort de ses propres parents. L'abandonnera-t-il quelque temps, ou choisira-t-il de rester avec lui ? Seul l'avenir a la réponse.

     

    En rejoignant le groupe, le duo se rendit compte que le dernier groupe de cinq s'apprêtait à entamer le départ. Soudain, ils s'élancèrent ensemble dans un cri de joie. Ils étaient aux anges, c'était clair. Nhyr s'arma d'assurance face à la distance plutôt raisonnable qu'ils avaient à parcourir au-dessus de l'eau. Trois cents mètres à franchir en plané pour descendre d'une quarantaine de mètres de hauteur était facilement faisable même pour lui et son jeune âge.

    Après tout, récemment, les dernières plumes de ses ailes avaient fini par pousser, ce qui fait qu'il ne serait pas pénalisé. Quant à Phyl, le fin duvet de ses ailes était parti pour laisser place à de splendides plumes vertes tirant vers le bleu sur les extrémités. Le temps de faire ce constat, le groupe précédent eut le temps d'atterrir sain et sauf sur la berge. Le duo attendit qu'il se décale un peu pour se lancer. C'était enfin l'heure.

     

    Prologue

     

    Nhyr et Phyl sautèrent dans les airs, les ailes déployées et les griffes en avant. Une seconde leur suffit pour se stabiliser et placer leurs pattes de la manière la plus confortable et stable possible pour planer. Nhyr essaya même quelques virages et battements d'ailes pour avoir la sensation concrète de maîtriser la chute. Phyl de son côté, profitait de la brise salée qui effleurait son visage. Le vent faisait frémir ses plumes sous le poids de la gravité, mais il maintenait une trajectoire volontairement droite.

    "- Tes virages t'amusent Nhyr ?

    - Tu trouves ça drôle toi, d'aller tout droit ?

    - Pas que ça me fasse rire, mais je me concentre sur la sensation de chute. Le vent qui me freine, mon poids qui m'attire à la terre, et la brise marine qui confuse mes sens... J'essaye de les maîtriser.

    - Perso, j'essaye d'avoir la sensation de gérer un minimum ma trajectoire. Je suis pas fan de la ligne droite. Mais rien ne t'empêche d'y aller "tout-schuss" si tu le voulais.

    - Mais je ne peux pas.

    - Et pourquoi ça ?

    - Parce que tu m'en empêches !! On la fait ensemble cette descente oui ou non ? Haha! si tu me dis que non, je t'étripe, gare à toi Nhyr !

    - Hé, mollo quand même! Haha!

    - Aller, viens te placer à côté de moi et ferme les yeux.

    - ...

    - Alors, qu'est-ce que tu ressens ?

    - ... Quelque chose d'étrange... Je me sens léger et inconscient, mais en même temps, j'ai la vague sensation de pouvoir ne rien faire, c'est comme si le temps était figé sans l'être... Je qualifierai même ça comme une sensation de... liberté.

    - Ouvre les yeux avant de voir cette liberté te passer sous le nez parce que t'as mal atterrit ! Regarde.

    - ...? Ha!"

    Nhyr freina en urgence à grand recours de battements d'ailes. Encore un peu et il fonçait sur les autres un peu plus loin. Phyl atterrit tout aussi précipitamment. Ils n'avaient pas idée de fermer les yeux en plein vol pour un premier essai. Suite à ce plutôt bon moment, ils rirent tous les deux un moment. Assez longtemps pour laisser les adultes rejoindre le groupe de jeunes. Le même, encore et toujours, se mit à les féliciter d'abord, puis à préciser les points à améliorer en passant par les qualités de quelques uns. Puis, il se mit à parler d'autre chose, de plus intriguant:

     

    « ... Néanmoins chers élèves, n'oubliez pas que ce n'est que la première étape pour devenir des gardiens de la paix. Rappelez-vous qu'ici, c'est à nous de faire la loi. Le Conseil prend les décisions, et quand vous serez assez grands, vous commencerez votre service dans l'escadron de la Terre des Aigles. Nous comptons sur vous pour nous remplacer quand nous ne serons plus en mesure de le faire. »

    - Attendez Monsieur, commenta un des élèves, on voudrait tous savoir... Qu'est-ce qui se passe entre notre domaine et les autres ?

    « Je vois que vous vous intéressez à des choses importantes. En fait, pour vous dire, nous sommes dans une situation pour le moins ambiguë. Notre conseil entretient une relation étroite avec l'Assemblé du Torrent. Cependant, il se trame quelques petites choses du côté de la Terre de Ombres. Cet endroit est le lieu où se retrouvent tous les êtres exilés pour faute grave de nos deux domaines. Mais il reste un lieu sur cette terre qui n'a pas de titre d'appartenance. Nous ne la revendiquons pas, nous autres venants des cieux et des océans. Mais ces autres êtres la réclament et risquent d'user de la force pour se l'approprier dans le cas où ils refuseraient notre verdict. Du fait qu'ils nous demandent notre aval, nous allons au devant d'un éclatement planétaire. Ceci va probablement nous mener à une guerre qualifiable de "mondiale". Hélas, les anciens ne peuvent combattre, ils sont fins stratèges mais affaiblis par l'âge. Vous serez donc nos forces armés dans ce combat pour rétablir la paix. Vous comprenez ? »

    - N'est-ce pas aux Dieux de s'occuper de ça ? Ils font quoi d'ailleurs !? s'insurgea un autre élève.

    « Les dieux demeurent sous la terre sur laquelle nous venons de poser pied. Je vous souhaite la bienvenue en Terre des Ombres les enfants. Si vous suivez ce sentier, vous arriverez au cœur d'un milieu hostile et inhospitalier pour des êtres comme vous et moi. Pour le moment, nous nous évertuons à vous enseigner notre savoir, et à vous entraîner physiquement pour le rôle qu'il vous a été assigné de part votre naissance. Vôtre devoir en tant que membres de notre belle contrée est de servir l'Assemblée des Sages aux noms de la Justice et de la Vérité. Les dieux ne suivent que leurs propres règles. Ils nous ont donné la possibilité de faire régner la paix par nous-même, alors nous devons l'appliquer. »

    - De quel droit vous choisissez si un territoire particulier appartient à untel ou un autre ? N'est-ce pas là un abus de pouvoir ? Pourquoi rechercher la conquête de territoire si leur premier est suffisant ? demanda Nhyr avec conviction.

    « ... Là est la raison, mon cher. La Terre des Ombres accueille tous les êtres déchus, bannis, et rejetés par nos sociétés. Ils sont plus du double de nous sur notre domaine, ce qui est considérable pour une terre aussi petite que la leur. Il serait donc logique de la leur léguer sans objections, cependant... Il réside sur la terre convoitée un environnement et des espèces uniques qui ont elles aussi droit à vivre sur le lieu qu'ils ont élu pour domicile. Ce serait sacrifier la beauté de la nature pour satisfaire les mécréants que nous avons rejetés. De même que pour vous, la naissance est importante... les lignés provenant d'êtres déchus ne valent pas mieux que leurs parents. Ils ne peuvent être des nôtres à présent, un point c'est tout. Il est donc inconcevable que nous puissions leur accorder la moindre de nos terres. Ce serait contraire à nos lois ! »

    - Tss... vos lois hein...? Celles établies par l'Assemblée et le Conseil...? On croit rêver... Monsieur, d'après vous, qui a raison ? Vous, et vos bannissements à vie et sans préavis ? Ou nous, qui sommes prêt à partager ? Je ne sais pas ce qui vous passe par la tête, vous, les anciens, mais je peux affirmer que vos cœurs sont fermés.

    « Il suffit ! Phyl, comment oses-tu me faire un tel affront ?! Ce n'est pas moi qui prend les décisions ici, ce ne sont que les membres du Conseil des Sages. L'Assemblée du Torrent accepte ou rejette leur jugement, et toutes les lois en vigueur ont été validés. Tu ne peux pas te révolter contre le jugement des anciens, tu es bien trop jeune pour comprendre nos raisons, et vous l'êtes tous d'ailleurs. Alors prenez votre mal en patience, et vous aurez vos réponses dans quelques années. »

    - Non !! Il n'est plus question d'attendre, nous devons agir ! Désirez-vous sincèrement voir une guerre éclater à cause de vos bêtises !? S'il vous plaît, je me refuse à laisser des êtres souffrir par votre faute. Ils ne le méritent pas.

    « ... Tu es Nhyr, c'est cela ? Tu es un brave petit. Mais tu es ignorant. Ils méritent ce qui leur arrive car ils ont été chassés pour leurs actes. S'ils sont là-bas, c'est qu'ils ont fait en sorte de s'y retrouver d'une manière ou d'une autre. Ce jugement est irréversible et inaliénable. Il est trop tard pour agir, Nhyr. »

    - C'est là que vous avez tord ! s'exclama Phyl, vous savez qu'il est encore temps ! J'ai d'ailleurs une idée. Cette terre convoitée, laissez-nous l'étudier. Si nous prétextons des recherches sur la faune et la flore, nous pourrions gagner un peu de temps, ne pensez-vous pas ?

    « Phyl... Phyl... Phyl... Tu ne changeras donc jamais ? têtu comme au premier jour. Mais tu as finalement peut-être raison sur un point. Nous pourrions prétendre à des investigations, mais il faudra d'abord que je suggère la chose aux membres du Conseil afin qu'ils en débattent, et s'ils acceptent, vous ne serez que vous deux à y aller ! Vous me faîtes perdre mon temps tout les deux. Phyl, tu as une mauvaise influence sur ce petit Nhyr... il se met à se révolter à son tour. Tu crois que je n'ai pas remarqué votre petit jeu ? Si vous échouez dans la tâche que vous vous êtes vous même infligés, vous irez rejoindre les déchus et vivrez leur peine avec eux. Il y a un temps pour tout. Un temps pour faire des erreurs, et un temps pour les réparer. C'est votre chance de vous rattraper, mais aussi l'occasion de vivre l'Enfer selon vos compétences à venir. M'entendez-vous bien là-dessus ? »

    - Je vous sommes de soumettre ma requête au Conseil au plus vite, Monsieur. Je vais vous faire ravaler vos menaces, et changer l'amertume à mon égard en admiration. Je deviendrai un héros ! Et à nous deux, Nhyr et moi-même, nous sauverons ceux que vous avez si lâchement abandonné ! Pas vrai Nhyr !?

    - ...Tu es sûr de toi, Phyl...?

    - ...Ce n'est plus le moment de douter. L'heure de vérité approche, et je vous démontrerai votre incompétence ! Un duo contre le reste du monde. Vous vous en mordrez tous les doigts, et vous excuserez de votre lâcheté à leur égard, ainsi que de votre jugement biaisé. Alors partez donc ! Plus tôt le Conseil aura accepté ma requête, et plus tôt vous serez débarrassés de nous. A présent Nhyr, viens. Nous n'avons plus rien à faire ici.

    « Attendez !! »

     

    Ce fut le dernier mot qu'il adressa au duo avant un long moment. Malgré cet appel, le dragon ne se lança pas à leur poursuite. Peut-être pensait-il qu'ils reviendraient d'eux-même ? Peut-être pensait-il pouvoir ne jamais les revoir ? Personne ne pouvait prétendre savoir ce qu'il se tramait dans la tête de l'ancien. Néanmoins, Nhyr pouvait affirmer qu'il allait défendre une cause noble et juste avec son ami.

    Sur qui allaient-ils tomber en s'aventurant sur la Terre des Ombres ? Et seront-ils assez conciliant pour leur céder l'accès au territoire qu'ils revendiquent ? Tout ce qu'il pensait à ce moment-là ne se résumait qu'à la seule pensée de Phyl. Aujourd'hui, il avait fait son premier coup d'éclat depuis l'arrivé de Nhyr, et il lui dévoilait peu à peu qui il est vraiment. Leur nouvel objectif les conduira-t-ils vers un avenir serein ou entaché d'un conflit sanglant ?


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    Chapitre 1:

    Partie 4: Vers le domaine de glace

     

    ... Me voici à présent avec un inconnu et un chien dans un arbre dans un monde que je ne connais pas... N'est-ce pas merveilleux de se dire qu'on a strictement aucune idée de comment on a fait pour arriver à un point où l'irréalisme devient réel...? Aujourd'hui, ce ne fut pas des plus simples. Et puis, je repense à ce... dragon enragé que j'ai aperçu. Pourquoi me semblait-il si familier...? Et... cette présence tout à l'heure. Était-ce vraiment lui...? Vay... qu'est-ce qui m'a pris de n'en faire qu'à ma tête aussi... J'aurai dû attendre qu'il me donne quelques éléments de réponses avant d'accepter naïvement d'être embarquée dans une quête aussi longue que ma propre vie... Heureusement, je le vois cette nuit. D'ailleurs, cet aigle qui m'a donné la lettre... lui aussi me rappelait quelque chose. Mais... quoi ? J'ai l'impression d'avoir déjà vu certaines personnes ici, sans pour autant avoir la certitude qu'il s'agisse bien d'eux. Ha... Vay, j'ai cru que tu n'avais pas tenu la promesse que tu m'avais faite. J'espère que tu as une explication... J'ai tellement de questions à te poser, c'est insupportable. J'arriverai pas à fermer l'œil si je continue à me torturer avec...! Concentre-toi. Ne pense plus à rien, et laisse le froid engourdir ton corps. ...

    Je ne savais depuis combien de temps je dormais quand quelque chose vint effleurer ma joue. Ce contact léger m'était un peu désagréable. De plus, son insistance me forçait à ouvrir les yeux pour voir d'où provenait la gêne... En me redressant, je vis une créature étrangement familière m'observer avec un grand sourire. Puis, je sentis dans mon poing quelque chose me piquer la paume. En y jetant un œil, je me souvins d'un coup. Vay. Il était là, quelque part, et m'attendais. Il était précisé qu'un certain Nayru viendrait me donner le signal. C'était forcément cette boule de poil jaune et blanche, sertie d'un ruban brun qui lui seyait à merveille. En cherchant à travers l'obscurité et les feuillages, j'aperçus l'oiseau de tout à l'heure, accompagné de celui que je voulais tant voir. J'imagine avoir le plus grand mal à retenir mon impatience... j'ai l'impression que ça fait une éternité que je ne l'ai plus vu ! Dans la plus grande discrétion possible, je me mis à descendre prudemment le tronc de l'arbre sur lequel mes camarades d'un jour se reposaient. Une fois au sol, je vis ce fameux Nayru descendre avec grâce les branches que je venais moi-même d'emprunter. A présent, il était temps d'obtenir des réponses tangibles. M'avançant d'un pas tranquille, je laissai la petite bête jaune me guider. Je le vis grimper en quelques bonds une paroi rocheuse assez simple à gravir, je suivis donc le pas. Enfin arrivé là-haut, je me retrouvai nez à nez avec l'oiseau de tout à l'heure. J'avais l'occasion de l'observer à nouveau, et je ne m'étais pas trompée la première fois. Il avait bien de la glace sur le corps...

    Soudain, l'apparition d'une ombre plutôt imposante derrière le volatile me rappela que je n'étais pas seule. Sans vraiment comprendre ce qui m'avait brusquement poussé à agir si... impulsivement, je me vis sauter dans les bras de Vay... littéralement. J'avais beau me dire que j'abusai, je n'arrivai pas à me convaincre de lâcher prise. Apparemment, ça ne semblait pas déranger plus que ça le jeune homme que je câlinais sans vraiment le comprendre... et je le sentis même renforcer légèrement cette étreinte en enroulant timidement ses bras dans mon dos. Je crois qu'il m'a vraiment manqué... c'est la seule explication logique à ce que je viens de faire. Pourtant... j'ai encore cette sensation de vide qui persiste... Comment la faire partir ? Le pourrai-je seulement...? Finalement, je me décidai à le libérer, et j'avais à présent l'impression de ne plus rien contrôler complètement. Ce qui me paraissait absolument impensable au premier abord, je me permettais de le faire, et il ne me repoussait pas. J'avais un peu de mal à saisir, là encore... mais j'acceptais les faits, et essayait de rester concentrée malgré tout. Il commença alors, dans un murmure, à entamer la conversation:"- ... Je suis désolé si je t'ai inquiété... J-je ne voulais pas... enfin, je ne pouvais pas te voir avant maintenant. Tu ne m'en veux pas...?";

    "- ... "; Je lui souris gentiment. "Non, pas tant que tu as une excuse." continuai-je en rendant mon sourire un peu plus narquois. Il sourit à son tour.

    "- ... Dans ce cas, je vais faire court. En fait, c'est juste que je ne suis pas censé interférer dans... ce que tu vis en ce moment... pour des raisons qui tiennent du secret... professionnel disons." dit-il d'une voix nuancée. Je sentais son malaise sur le sujet, mais je ne pouvais pas rester dans le flou. Je voulais savoir.

    "- De quel genre de registre professionnel s'agit-il...?" demandais-je sur un ton plutôt ferme.

    "- ... Le même que toi, en l'occurrence..." hasarda-t-il. Je voyais bien qu'il n'était pas disposé à m'en dire davantage sur le sujet.

    "- Je ne vois pas de quoi tu parles. Tu es si mystérieux..." commençais-je en le regardant pensivement. "J'ai cru que tu n'avais pas tenu ta promesse tout à l'heure... mais si tu n'es pas intervenu... c'est uniquement parce que tu n'en avais pas l'autorisation...?" poursuivais-je, essayant de lui arracher les infos qui pourraient me permettre d'en savoir un peu plus.

    "- C'est ça... A vrai dire, si ça n'avait tenu qu'à moi, je te serais sûrement venu en aide... même s'il m'est très fortement conseillé de te laisser expérimenter seule pendant un temps. Je ne devrais d'ailleurs intervenir que si tu es en danger immédiat à caractère mortel..." ajouta-t-il d'une voix triste.

    "- Hé beh, que de réjouissances dis-moi ! J'ai presque envie de revenir sur ma décision... Je n'aurai pas dû te dire si vite que tu pouvais m'envoyer ici, comme ça... J'ai répondu sans réfléchir...";

    "- ... "; Il me regarde la mine sombre. J'espère qu'il ne va pas me dire que c'est irrémédiable ou quelque chose du genre... "Et bien... c'est problématique.";

    "- Et... pourquoi ça ?" demandai-je naïvement. Pitié, pitié, pitié...

    "- Il est trop tard pour faire marche arrière..."; J'aurai dû le parier. Je m'attendais à quoi aussi ?? "Nous aurons besoin de toi prochainement. Et je dois d'ailleurs te mettre en garde."; Il marque une pose. Il me regarde dans les yeux pour y desceller quelque chose, qu'il ne sembla pas trouver.

    "- Me mettre en garde par rapport à quoi exactement ?" poursuivis-je avec une pointe d'ironie.

    "- Déjà, de la menace que représente Draniolon. Je pense que, rien qu'aujourd'hui, tu as eu le temps d'entendre parler de lui... et à vrai dire, tu es bien loin d'en avoir fini avec ça..." dit-il d'un ton solennel. Il feignit me laisser poser ma question, mais n'attendit finalement pas que je l'énonce pour y répondre. "Tout ça parce que tu es destinée à être son élue."; Misère et stupéfaction... bizarrement, je m'attendais à ce type de nouvelle.

    "- Très bien... et alors ?" demandais-je avec un intérêt amoindrit par l'annonce. Il semble apparemment surpris par ma réaction. Mais il reste concentré, et continue ses explications.

    "- ... Et bien, il faut savoir que Draniolon a perdu, il y a de ça un siècle, celle qui occupait cette place avant toi. Pensant dès lors qu'il s'agissait de la dernière encore en vie, le dragon s'est mis en tête de gérer son pouvoir à lui seul. Hélas, la situation n'est aujourd'hui plus aussi stable qu'avant, et la puissance qu'il renferme a commencé à le rendre fou. Nous avons donc fait en sorte de trouver la dernière personne capable de raisonner ce Dieu enragé... et il s'agit de toi." dit-il en termes simples.

    "- Je vois l'idée... mais qu'ai-je à avoir à faire dans cette histoire...? Je ne comprends pas..." répondis-je, un peu perdue par tant d'informations d'un coup.

    "- En fait, nous ne savons pas exactement ni comment, ni pourquoi... mais il semblerait que Draniolon est prévu sept copies de toi pour lui permettre de subvenir à ses besoins sans à avoir à passer par toi pendant tout ce temps... Mais, n'ayant maintenant plus d'élue de substitutions, il s'est avéré préférable de lui amener l'originale. Donc, toi." affirma-t-il, apparemment plongé dans son récit.

    "- ... D'acc-ord... Donc, pour résumer... Un dragon s'est servi de mes clones pour ne pas m'utiliser moi en tant que son élue avant aujourd'hui. Et pour quelles raisons mes remplaçantes ne sont-elles plus là exactement...?" résumais-je, intriguée.

    "- Soit parce qu'elles ont péri... Soit parce qu'elles ont été corrompues." dit-il sobrement.

    "- ... Comment ça, corrompues...?" demandai-je, me laissant doucement imprégner par l'inquiétude.

    "- ... Elles ont voulu obtenir plus, et ont fait comme ce que Draniolon nous fait aujourd'hui... En sommes, c'est plus ou moins Adsis qui incorpore dans le cœur des gens des idées noires, qui peuvent pousser à commettre des crimes, voire... mener à la folie. Ce Fléau, on l'a tous en nous, et c'est d'ailleurs ainsi qu'on l'appelle. Je t'invite donc à t'en méfier." finit-il l'air sévère. Je reste sans voix. Des centaines de questions affluèrent d'un coup dans ma tête comme une tempête si vaste que je ne pouvais plus réfléchir. Je remets les compteurs à zéro, et je replonge dans le bain.

    "- ... Wow. Si je m'attendais à ça..." dis-je, encore un peu sous le coup de la paralysie cérébrale. Une fois les idées à nouveau à peu près claires, tout redevint à peu près cohérent pour moi. "Mais, à voir ta tête, ce n'est pas la seule chose dont tu voudrais me prévenir, je me trompe ?"; Effectivement, je ne m'étais pas trompée. Il avait l'air pris dans un conflit intérieur.

    "- J-je... Tu vas peut-être me trouver égoïste, ou autre mais... Sache que je ne serai pas toujours là pour veiller sur toi. Ça peut paraître niais dit comme ça, mais c'est juste que... Il est prévu que pendant un temps, quelqu'un me remplace, et joue mon rôle. Ou du moins, jouera un autre rôle pour me remplacer. Je te demanderai de te méfier de lui. Tu ne t'en douteras peut-être pas... et te connaissant, tu auras déjà oublié cette mise en garde quand tu le croiseras... mais méfies-toi de lui. Il va sûrement te faire croire à des idioties sans nom. Prétendre avoir vécu un certain passé pour te mettre dans sa poche, mais remets toujours en question ses propos."; Dit-il, une rancœur visible dans l'âme.

    "- ... Et à quel nom répond cet ignorant...?" demandai-je, un peu surprise par l'implication de Vay dans cette mise en garde.

    "- ... Philias. Juste, Philias. Retiens ce nom, et tu éviteras de tomber dans le plus gros piège de l'épreuve à laquelle nous t'avons soumise.";

    "- A-attends... quelle épreuve ??";

    "- Celle-ci. D'autres questions...?"; Déconcertée, je le regardai avec des yeux ronds. Certes, j'avais eu des réponses... mais j'avais à présent la sensation d'être encore plus paumé qu'avant. Mon inconscience me manquait un peu...

    "- Que suis-je censé faire à partir de maintenant...?" demandai-je, avec un grand manque d'enthousiasme.

    "- Te rendre au glacier pour te confronter à Draniolon avec la tenue de l'élue. Tu la trouveras dans la caverne à la base de la montagne glacée. Si tu commences l'ascension sans elle, une fois là-haut, il te faudra tout redescendre... En aucun cas tu dois te présenter comme tu es maintenant. S'il voit dans ton apparence une trop grande ressemblance avec ses anciennes élues, il pourrait croire que tu es l'une d'elles, et te fera subir le même sort... J'aimerai éviter cette fin, si ça ne te dérange pas..." continua-t-il sur un ton presque suppliant. Finalement j'abdiquais, l'interrogatoire n'avais que trop duré, et plus d'infos encore aurait fait disparaître toutes les autres, même les plus importantes. Et puis, c'était mignon venant de lui, de s'inquiéter pour moi. Alors, je lui souris de compassion, et finis par parler.

    "- Je vois. Merci de vouloir me protéger, c'est adorable de ta part. Mais, si je ne vais pas me rendormir bientôt, je sens que la journée de demain sera très longue pour moi. Je te remercie d'être venu me voir pour... éclaircir certains points - tout en en assombrissant d'autres par la même occasion... Ça m'a fait plaisir de te revoir en tout cas, Vay. Alors... j'espère à bientôt." concluais-je avec regret. Il sembla hésiter, mais fit demi-tour. Puis, je sentis quelque chose retenir mon poignet. Quand je vis le ruban de Nayru fermement accroché, tandis que la petite boule jaune semblait fusiller Vay du regard, je compris ce qu'il voulait faire. Alors, je me mis à réfléchir rapidement pour satisfaire Nayru, en plus de moi-même, mais une fois encore, j'aurais peut-être dû y réfléchir à deux fois...

    De son côté, Lunol ouvrit l'œil encore ensommeillé et leva la tête. Il manquait quelque chose. Prenant un court instant pour étirer ses muscles endoloris par les branches inconfortables, l'enfant de la Lune réfléchit un instant. "Quel heure est-il...? Hm... il fait encore nuit apparemment. L'air est frais ce soir... hm...? Quel est cette odeur...? Serait-ce... du gibier ?" s'interrogea-t-il en salivant d'avance. "Il me tarde de voir qui rôde autour de mon arbre..." Ainsi, en suivant l'alléchant fumet que percevait sa truffe, le chien chocolat se rapprocha du bord et vit, non sans surprise, le petit groupe réunis. Complètement sous le choc de ce qu'il voyait, il observait les quatre individus bouche bée. Puis, en réalisant ce qui se déroulait sous ses yeux, Lunol se ressaisit et aboya avec force:"Et, vous!! Lâchez-la immédiatement, ou je vous ferai passer l'envie de vous approcher d'elle à nouveau!!!"; Peut-être un peu trop fort d'ailleurs... Baissant sa garde en voyant les visages qui se tournaient vers lui tout aussi choqués qu'il l'était, les remords se mirent à le parcourir. Oups... trop tard. Maintenant, Oggas se réveilla à son tour, sur le pied de guerre. Naya, quant à elle, avait pris de la hauteur pour fuir vers le village en cas de danger réel. Il est évident que le chahut n'allait pas se finir aussi bien que le rendez-vous nocturne avait pu commencer... Oggas se pencha à son tour avec curiosité, et son regard à la vue de Vay aussi proche de la jeune fille le fit pâlir. Lui aussi n'en revenait pas.

    Après un court instant de mutisme commun, je me décidai à parler pour crever l'abcès:"- Hey, je pensai pas qu'on vous réveillerai avec notre conversation... Vay était simplement venu faire le point sur un truc, y'a rien à craindre...héhé." Commençai-je, un peu gênée par les circonstances.

    "- Attends, tu le connais ??" s'exclama Oggas, il était aussi blanc que sa colombe...

    "- Ne t'en fait pas Oggas, c'est l'une des nôtre. Et, tu t'en doutes mais... c'est moi qui me charge de la chaperonner." poursuivit Vay.

    "-...Ha! ouais, la chaperonner hein...? Et depuis quand tu conseilles quelqu'un avec ce genre de manière, Vay ? Je ne t'ai jamais connu aussi entrepreneur. Tu nous cacherais pas quelque chose ?" Poursuivit Oggas, sur un ton chevauchant à la fois la moquerie et la jalousie.

    "-...C'est bon, tu vas pas t'y mettre toi aussi. J'ai déjà Philias pour me charrier lors des Congrès, ce serait sympa que tu ne deviennes pas comme lui..." ajouta Vay, l'air passablement lassé.

    "-...Heu... Attends une seconde...-" Avant que je n'ai pu lui soumettre ma soudaine découverte, Vay reprit la parole pour mon plus grand désarroi.

    "-...En plus, c'est pas comme si tu ne le connaissais pas. On est bien d'accord que tu te souviens de lui, pas vrai ?" dit-il sur un ton étrangement amical.

    "-...Ah oui, celui qui ne sait jamais quand la fermer ? Ouais, ouais, je vois de qui tu parles... Manquerait plus qu'il se soit chargé de cette mission à ta place, haha!! Le connaissant, il aurait adoré te mettre des bâtons dans les roues!" plaisanta Oggas d'un rire sincère...

    Il semblait se connaître depuis des lustres, comme des amis de très longue date. De mon côté, j'étais perdue alors que mon cerveau tentait éperdument d'assimiler toutes les infos qu'ils s'échangeaient en me laissant, moi et les autres, complètement à part, de manière à comprendre la logique se cachant derrière les faits. La seule chose qui me rassurait, c'était bien de voir que je n'étais pas la seule à être complètement dans les choux... Nayru, l'aigle de glace, et même Lunol étions tous, sans exception, troublé par leur échange pourtant si naturel... Jamais je n'aurai cru que ces deux-là se connaissait, et encore moins à ce point-là ! "J'aurai peut-être dû lui poser plus de questions finalement..." murmurai-je à voix basse avec lassitude.

    "- Ouais, je vais devoir vous laisser... La situation est devenue assez critique, et ils vont avoir besoin de moi pour repousser Draniolon. En plus, je ne sais si les orbes sont bel et bien sous bonne garde à l'heure actuelle, car si ce n'est pas le cas, nous allons nous confronter à la fin de tout ceci..." dit Vay, avant que le jeune homme qui était toujours perché sur son arbre le retint encore un peu plus.

    "- Ce qui voudrait dire qu'on devrait retourner à notre ancienne vie...?" demanda-t-il d'un air un peu plus concerné maintenant.

    "- Inévitablement... pour chacun d'entre nous." ajouta Vay d'une voix sinistre.

    "- Et qu'adviendra-t-il de tous les autres...?" finit Oggas d'un ton fataliste.

    "- Réduit à l'état de poussière... Plus aucune vie nulle part, excepté la domination auto-destructice de Draniolon qui finira à son tour par retourner à l'état Originel du monde... avant que Noylan ne le rebâtisse." conclut Vay l'air absent. Était-il plongé dans ses songes ?

    "..."

    Un silence pesant s'installa, et plus personne n'osa émettre le moindre bruit.

    "..."

    Il était à présent certain qu'ils en savaient bien plus qu'il ne le laissait paraître.

    "..."

    Trop de question fusent dans ma tête, impossible de toutes les comprendre.

    "..."

    Il est temps que les choses s'éclaircissent enfin, malgré le léger malaise présent.

    "-... Me permettez-vous de... vous posez quelques questions supplémentaires...?" commençais-je d'une voix claire.

    "-...On t'écoute..." lança Oggas à demi-voix. Redoutaient-ils tous mes questions...? Devant quoi m'aventurais-je...?

    "-...En fait, j'ai cru saisir ce qui se trame ici... Mais j'ai besoin de savoir ce qui vous lie. Et de ce fait, vous qui prétendez que je fais partie des "vôtres" pour reprendre vos termes, pouvez-vous m'expliquer par quoi nous sommes liés...?" hasardais-je en gardant non sans mal le fil de mes pensées.

    Après un bref silence, les jeunes hommes s'échangèrent un regard mitigé... Ils n'étaient pas d'accord sur la réponse à me fournir. Je lisais dans les yeux d'Oggas:"Vas-y, dit lui la vérité. Elle mérite de savoir." tandis que de l'autre, le discours aurait plutôt été:"Non, surtout pas. Si jamais elle l'apprend maintenant, j'en connais un qui va sauter sur l'occasion pour me prendre cette mission!" et j'oserai même m'avancer jusqu'à dire que ce "quelqu'un" auquel il fait référence est ce fameux Philias contre qui il semble n'avoir qu'un simple différent. Mais du coup, qui croire...? Puis-je seulement faire confiance à quelqu'un qui cherche à me "protéger" par pure jalousie...? Si ce n'est pas par simple égoïsme... A cette idée, je me sens lancer mon regard le froid et médisant à Vay. Je n'appartiens à personne, qu'il le veuille ou non. Pareil pour Oggas, je sens bien qu'il n'apprécie pas la proximité que j'avais avec Vay tout à l'heure... ils sont du même niveau tous les deux. Mais ce ne seront pas eux qui m'arracheront ma liberté. Jamais. Et d'ailleurs, j'attends toujours de savoir ce qui fait de moi une des leurs... si jamais ils comptent me l'avouer un jour. Vu comme c'est parti...

    "- Bon, je vais te le dire comme Vay n'a pas l'air très disposé à te l'avouer..-"

    "- Non, tait-toi! Ne dis rien-"

    "- Vay, arrête de faire l'enfant!! Tu sais aussi bien que moi qu'elle le saura à un moment ou à un autre! Alors..-"

    "- Mais ce n'est pas la même chose, nous l'avions appris par le biais de nos dragons alors pourquoi ne pas la laisser l'apprendre par elle-mêm-"

    "- Parce qu'elle le sait déjà IMBECILE!!! Tout le monde lui a déjà soumis l'idée! Et d'autant que ce n'était pas là le but initial de sa question..."

    "-...J-je... Alors quoi...?" demanda Vay, perdu dans la violence de l'échange.

    "- Elle demandait ce qui faisait d'elle quelqu'un comme toi et moi, en comprenant également dans le lot Xélios, et Philias... C'est bon, tu percutes ?"

    "-...J-je........Oh, oui je crois..." ajouta Vay l'air penaud.

    "- Bien, maintenant, acceptes-tu que je lui dise...?" J'étais déconcertée par la virulence et l'acharnement qu'avait eux Oggas face à Vay... Peut-être était-il plus digne de confiance que celui chargé de ma servir de guide...?

    "- Vas-y... Tu n'as rien à perdre toi, de toute façon..." L'air triste qu'il me lança me laissa perplexe. D'un côté, j'avais envie de le prendre en compassion, et faire en sorte qu'il garde sa mission, mais de l'autre, j'avais encore en travers de la gorge la raison qui le pousse à réagir ainsi. C'est certes, touchant qu'il m'accorde autant d'affection si je peux la nommer ainsi, mais je refuse que ce ne devienne une obsession. Je ne suis pas son précieux, et je ne pense pas pouvoir m'envoler comme par miracle. C'est pas si dur de couper les ponts pourtant! Si seulement il pouvait arrêter de me fixer avec son air de chien battu, doublé du sourire maussade de la défaite au coin des lèvres... Faut pas me prendre par les sentiments si tu ne sais pas ce que tu cherches à obtenir de moi... Ça pourrait très mal finir.

    "- Au fait, je ne connais toujours pas son nom, ce serait plus simple pour m'adresser à elle..."

    "- Oh, c'est vrai. Elle-même ne le sait pas en fait... Mais elle, c'est Célia. ... Ça te dit quelque chose ? Tu as l'air perplexe." Ajouta Vay en répondant à Oggas.

    "- Et bien, c'est juste que ça n'a pas vraiment des airs de "noms" que nous sommes sensé porter en tant que... euh, rhm." Oggas s'abstint de finir sa phrase, il me jeta un regard inquiet.

    "- C-Célia tu dis...? ...... Pourquoi ça ne me dit rien...?" demandais-je naïvement.

    "- Euh... E-Et bien...-" hasarda Vay pris entre deux feus.

    "- Laisse tomber, on t'expliquera plus tard. Mais du coup, laisse-moi t'annoncer que tu as devant toi deux élus comme toi, tu es l'élue de Draniolon. Perso, je suis avec Adsis, et ce cher Vay lui s'occupe de l'Originel." Interrompit Oggas d'une voix assurée.

    "- L'Originel...? Je m'y perds là..." répliquai-je encore plus embrouillé qu'au début.

    "- Pour faire court, le Dragon Originel est le créateur de ce monde... C'est l'adjectif qu'il a été convenu d'employer entre élus pour parler de l'entité qui regroupe les noms de Nola, Noloy, et Noylan, dû à ses trois formes." expliqua Vay d'un ton particulièrement calme.

    Lunol observa tour à tour les deux jeunes hommes, comme pour confirmer qu'ils étaient redevenus aussi calme qu'au début du débat. Plus aucune tension ne régnait entre les deux, et c'était si soudain qu'en percevoir la transition me déboussolait encore davantage. De leur côté, les camarades de Vay avaient l'air de se détendre depuis la chute de tension. Vraiment perturbant.

    "- Et pour répondre à l'autre question de tout à l'heure, c'est normal que ce nom ne te dise rien. En fait, ce nom est sensé être un nom de code, prévu pour être DIFFÉRENT - n'est-ce pas Vay... - de l'original... même si j'ai le sentiment que dans ton cas, il n'a pas été modifié, et que d'autre part, je pense que tu ne dois te souvenir d'absolument rien de plus que ce que tu as commencé à vivre depuis ton "premier" réveil. Je me trompe ?" affirma avec conviction Oggas.

    "-...Euh, j-je... et bien j'imagine que... si nous sommes tous les deux des élus, tu as dû passer par là toi aussi... non ?" rétorquai-je hésitante.

    "- C'est exact. Nous sommes tous passez par là. Mais assez de bavardages, il faut que j'y ailles. Les autres m'attendent sûrement pour mettre le plan à exécution. Je compte sur toi pour te rendre sur le Pic au plus vite, nous enverrons Draniolon te rejoindre. Je te souhaite bon courage pour ton épreuve, Célia. Quant à toi Oggas, je te conseille juste de ne pas l'accompagner sur la montagne glacée, au risque de te prendre les foudres de D.Univers... Compris ?" Conclut Vay d'une voix assurée, loin de celle de tout à l'heure.

    "- Très bien, j'ai compris... Philias n'aura pas ta mission, je te le promet." souffla Oggas en levant les yeux au ciel, visiblement exaspéré par l'insistance de son ami.

    "- Adieu, j'imagine..." dis-je, sans arrière pensée. Je ne comprenais pas tout, mais je saisissais déjà le principal. Cependant, quelque chose ne va pas, je le sens, et c'est loin de me plaire... Trop de choses restent en suspens, j'ai besoin de savoir... mais assez pour aujourd'hui, j'ai déjà eu trop de révélations d'un coup. Il n'est pas nécessaire de tout découvrir d'un coup ! au risque d'en oublier des bouts là encore...

    Sans autre forme de procès, Vay s'en alla suivit par Nayru, et l'Aigle de Glace dont je ne connaissais toujours pas le nom, tandis que Naya vint me rejoindre une fois le petit groupe hors de vue. Oggas me rejoins à son tour, assez maladroitement cela dit, et Lunol ne pouvait pas ne pas faire de même, évidemment. La petite bande que nous formions tous les quatre me rappelait un sentiment familier... J'ai déjà connu cette impression rassurante avant, mais le fait de me souvenir de ce genre de chose m'apporte un vague sentiment d'angoisse... Je ne me comprendrais donc jamais... Depuis quand se rappeler de quelque chose d'agréable est exprimé par le corps comme une sensation inconfortable de déjà-vu ? Voyant mon trouble, les trois m'observaient avec cet air concerné qui ne les quittent plus dès que mes pensées me dévorent... Je ne sais même pas ce que je leur reproche, ils sont là pour moi après tout.

    "- Tout va bien Célia ? Tu as l'air pensive..." demanda Lunol, le regard aussi vague que le mien.

    "- Oui, tout va bien, ne t'en fait pas." Je ne savais pas que penser pouvait être une mauvaise chose. Mais bon, il ne sert à rien de le faire remarquer, si ?

    "- On devrait se recoucher histoire de se reposer encore un peu avant de prendre la route. Les évènements qui vont suivre risques de ne te laisser aucun répit..." suggéra Oggas, inquiet.

    "- Je doute que ce soit une bonne idée sachant qu'il faut que je sois prête à me confronter à Draniolon dès que possible... C'est un peu une perte de temps, non ?" demandai-je en suivant sans vraiment m'en apercevoir, la logique de Vay.

    "-...Non, ce qui serait une perte, ce serait que tu ne sois pas assez reposée le moment venue, et qu'en conséquence, tu échoues dans ta tâche... menant ainsi à la fin de tout ça. C'est ce que tu veux...?" C'était une question rhétorique, évidemment. Mais c'est qu'il commence à bien me comprendre le bougre! Enfin.... je ne sais même pas pourquoi j'en doute. Pour l'instant, ce sont bien ces trois-là avec qui j'ai passé le plus de temps depuis mon arrivée ici... Donc ça paraîtrait logique.

    "-... Ai-je seulement besoin de répondre...? ... C'est d'accord, j'admets que tes arguments m'ont convaincus." avouais-je finalement devant son air inquisiteur.

    C'est ainsi que je me retrouvais coincée entre l'étreinte de mes trois amis alors que le soleil, lui, se faisait encore bien timide. J'eus l'impression qu'il n'allait jamais pointer ses rayons tellement le sommeil m'avait fui. J'étais encore perturbée par toutes les infos qu'il me restait à encaisser. Fermer l'œil dans ces conditions me parut impossible, malheureusement. Et même le simple fait de fermer les yeux se retrouvait infaisable... mes paupières s'acharnaient à se rouvrit d'elles-même. Qu'ai-je bien fait pour subir cette torture interminable...? Tout autour de moi est en veille, et je ne trouve rien de mieux à faire que de lutter malgré moi contre cette atmosphère soporifique... Bah, peu importe. Au moins, j'ai le temps de souffler... c'est déjà ça. ... Je me mets ensuite à observer les arbres, les lumières, les couleurs et les formes devant moi... Le soleil commence enfin à donner de la consistance aux arbres. Les feuilles vertes dont les rayons les traversent à peine teignent l'atmosphère d'une certaine féérie. Les troncs encore noirs se révèlent décorés d'un fin reflet doré sur leur ligne de courbe. L'horizon casse les lignes de l'ensemble, et des nuances rosées illuminent ma vision, le décor se dresse et s'arme de plus de couleurs, de teintes splendides, dignes d'un matin qui s'annonce sous le meilleur jour. Et pourtant, malgré ce qui m'attends, j'aime me perdre dans les nuages qui me font face, avec la mer que j'aperçois faiblement au loin, et au fond, mon objectif se tient là, resplendissant. N'attendant plus que ma venue. Magnifique tableau que celui que je voulais peindre de ce matin. Enfin, je me sentais chez moi.

    Le temps passa, l'aube réveilla mes compagnons de route, et bientôt, tout ce petit monde allait se mettre en marche. Il était temps de faire face. J'étais prête. Prête à me battre s'il le fallait. Jamais je ne laisserai un être, qu'il s'agisse d'un Dieu ou d'un autre, arracher des vies sans préavis. Je me dois de sauver ce monde qui n'est pas le mien. Je refuse de le laisser détruire de si beaux endroits, et des individus si différents. Ainsi, que je sois ton élue ou non, Draniolon, je t'empêcherai d'arriver à tes fins. Et si je suis la clé pour mettre fin à ce carnage, alors j'endiguerai ta force pour l'assigner à des objectifs bien plus nobles que ceux de destruction et de domination. Je n'ai jamais réussi à adhérer à l'idée même que des buts de ce type puissent simplement exister. Personne n'est au-dessus de personne, même si tu t'assigne un grade supérieur. Un titre n'est qu'un tire ; Un nom, un nom ; rien ne surpasse rien, nous sommes tous égaux. Ça ne doit pas être différemment. Et puis, qui sont ceux qui prétendent être au-dessus de la "norme", hein ? à part ceux qui ne désire assouvir que leur égoïsme et leur culte d'eux-même. Tss... ça n'a pas de sens. Ils oublient que certains ne veulent qu'une vie simple, sans véritable contrainte, et qui mène à une paix durable... Est-ce trop demandé...? ... Peut-être... mais je m'égare. Il est temps de se mettre en route. Montagne de Glace, me voilà !!

    En approchant de nouveau du village, j'entends une voix m'interpeller:"Tu m'as l'air bien déterminée ce matin." commenta Oggas, qui en jugeait à ma démarche. Je ne relève pas. "Eh, tu m'ignores...?" demanda-t-il d'un ton faussement lassé. En réponse, je ne lui lance qu'un sourire et un regard en coin. Le message est passé. "Je vois. Au fait, tu vas avoir besoin d'un bateau pour voyager jusqu'au domaine de ce cinglé... Heureusement pour toi, j'ai l'avantage d'avoir le titre de "fils du chef" dans ce village... J'ai moyen de t'en procurer un assez facilement..." Il attend un signe de ma part, mais devant mon silence, il poursuit. "...Ouais, tu me remercieras plus tard..."; Je ne sais pas comment il considère mon silence, mais vu comme me toise Lunol, lui doit avoir l'impression qu'il parle à un mur. J'en rigole un peu. Naya, elle, volait autour de nous. En voyant un visage familier nous approcher, elle fondit vers l'homme bourru. Tiens, je l'avais oublié celui-là... J'espère qu'Oggas va réussir à justifier notre absence prolongée à... son père, je crois ? Tout s'embrouille, j'ai l'impression de ne rien connaître...

    "- Ha!! Te voilà enfin, fiston! T'étais passé où ??" s'inquiéta l'homme à la voix toujours aussi grave et puissante.

    "- Ah, père...! Tu devrais y être habitué depuis le temps... C'est loin d'être la première fois que je pars en solitaire sans prévenir. Tu t'en souviens n'est-ce pas?" Je suis perplexe face à son jeu d'acteur. Soit il est vraiment dans son personnage, soit c'est un menteur acharné. Je ne saurai dire quelle réponse est plus proche de la vérité que l'autre...

    "- Oui, comme tu le dis... En solitaire. Or, cette fois, tu n'étais pas seul......." L'homme me regarde longuement, m'examinant de haut en bas, comme pour m'évaluer sans que je ne comprenne à quelle fin. Devant mon angoisse apparente, il osa un sourire qui me dévoila le fond de la pensée du Chef du Village. "Je ne savais pas que c'était ton genre de fille, Oggas." finit-il d'une voix mielleuse.

    "- Qu-Qu-Quoi!?!?!" Je me décomposais sous leurs yeux, complètement hébété et pâlie par les insinuations de cet inconnu. "V-Vous n'êtes pas sérieux, enfin!?" M'insurgeai-je, la stupeur dans le regard.

    "- Hahahaha!! Il n'y a pas de honte à avoir les enfants. Ce sont des choses qui arrivent..." Il fit un clin d'œil à son fils, qui le regardait visiblement à son aise.

    "- Ne l'embête pas avec tes histoires, elle ne mérite pas ton humeur." répliqua, le sourire au lèvre, celui qui est sensé prendre ma défense, même si je trouve mon avocat fort peu compétent dans le domaine... "Et puis, tu sais très bien que je suis opposé à ce genre de pratique." affirma-t-il enfin plus sérieusement.

    "- Je sais, fiston, je sais... Mais l'espoir fait vivre! Tu as encore le temps de changer d'avis..." Je tique. Cette phrase, combien de fois l'ai-je entendu ?? J'ai l'impression que cette expression familière bafoue l'une de mes convictions profondes, intimes... Qui me disait ça ? Qui me répétait ça, sans relâche, à chaque fois qu'on abordait un sujet de ce type...? ... trou noir. Je n'arrive pas à situer mon souvenir... pourtant, c'est si proche, et si lointain à la fois. ... J'abandonne, je ne retrouverai pas cet inconnu aujourd'hui.

    "- Ouais, ouais, je sais... En attendant, cette jeune fille doit se rendre sur le Pic de Draniolon pour subir l'épreuve." dit-il humblement. Oggas lançait à l'homme un regard si insistant que ce dernier hésita à lui poser la question qui lui pendait la langue, mais il ne put résister plus longtemps à sa curiosité juvénile.

    "- Eeeeeet... On peut savoir pourquoi...? Ou c'est encore l'un de tes petits secrets ?" L'homme posa sa question de la manière la plus surjouée possible, il était clair que les mystères de son fils l'amusaient beaucoup.

    "-... Tu ne peux donc pas deviner de quel type de situation il s'agit...? Tu me déçois Malamute. Manquerait plus que tu perdes au jeu des devinettes, toi qui est vainqueur indétrônable depuis toujours... T'es sûr que tu n'as pas une petite idée de la réponse...?"

    "-...Ah... c'est encore une de tes missions spéciales...? Enfin, on se comprends. C'est quoi cette fois... notre sauveuse ou un truc du genre ?" hasarda sans ambition le père mis en déroute.

    "- Bingo! tu vois quoi tu veux." Oggas fit un clin d'œil à celui qu'il nomma Malamute quelques secondes auparavant. Quel étrange nom d'ailleurs... "Allez, laisse-moi l'embarquer dans mon bateau histoire qu'elle nous sauve de la bête de glace qui ravage le pays..." A cette remarque, l'homme bourru sembla se figer.

    "- A-A-Attends......." Il me regarda différemment cette fois, et sans dévier les yeux, il continua. "Tu es en train de me dire que cette demi-portion va tenter de raisonner ce montre sans cœur ??? Mais tu es fou !! Tu vas la tuer !!!" Il me lançait un air sévère, c'était tellement intense... j'étais déstabilisée par son regard perçant. Même s'il me considère comme quelqu'un de faible, je dois bien avouer qu'il est sûrement bien plus coriace que moi... Je jette mes yeux sur Oggas comme corde de sortie, et il le voit bien.

    "- Ne la sous-estime pas. Elle a les même qualités que moi dans mes débuts, tu te souviens ? Elle doit juste faire ses preuves, et elle pourra nous sauver de cette calamité vivante. Nous avons besoin d'elle, père. Si elle n'y arrive pas, nous courrons à notre perte..." plaida Oggas l'air désarmé, Draniolon doit vraiment être une menace redoutée pour adoucir à ce point le regard du père... Il me toise à nouveau, l'air plus aimable.

    "- Maintenant que tu le dis, je perçois cette aura venant d'elle... Et puis, un esprit l'accompagne. Il n'y a pas de raison pour qu'elle échoue, pas vrai...? Alors, je te souhaite bien du courage petite... tu vas en avoir besoin face à ce dur à cuir. Draniolon est connu pour son endurance... Si tu n'as pas la force de faire durer le combat indéfiniment, je te suggère de n'user que des techniques les plus puissantes de manière à l'affaiblir efficacement... Sinon tu es sûre de perdre." L'homme soupira, et leva la tête aux ciel, les paupières closent. "Que Noylan te protège, et t'aide dans ta tâche." Après cette étrange prière, Malamute me fit un signe de tête en posant sa main sur mon épaule, et passa son chemin. Il se rendit dans la forêt, tandis que l'atmosphère solennelle qu'il venait d'instaurer me laissa sans voix, tétanisée. Lunol n'avait plus dit mot depuis notre retour ici, et sa voix me sortit de mon état d'hypnose.

    "- Euh... hein? J-je..." balbutiai-je.

    "- Ça va aller, tu tiens le coup ? Tu es pâle comme un linge... Tu veux t'assoir quelque minutes ?" demanda Oggas visiblement inquiet.

    Je n'arrivais même plus à parler, l'anxiété me prenait aux tripes, et j'étais là, à le regarder complètement incrédule. Que m'arrive-t-il ? Qu'est-ce qui se passe ?? Pourquoi je ne contrôle plus rien!? Ah! je déteste sentir mon cœur battre si vite... j'ai, j'ai mal au crâne d'un coup... J'ai l'impression de perdre l'équilibre... j-je... Sans me poser plus de questions qui échauffent encore davantage mon esprit en ébullition, je tente de me remettre tant bien que mal de ce que mon corps m'inflige si soudainement. Je sens des bras me saisir, et m'empêcher de m'effondrer. Je crois que l'on m'assoit, grand bien m'en fasse, je retrouve doucement pied. Le malaise passe, et mon pouls ralentit avec la douleur qui s'évanouit. Je me concentre sur leurs voix, et les écoute sans un mot.

    "- Hey, reste avec nous! C'est pas cool c'que tu nous fais-là! T'es sûre que tu ne veux pas faire une petite pause, Célia ?" reprit Oggas d'une voix plus douce que tout à l'heure. "...Tu peux ouvrir les yeux, que je sache si tu es là...?"

    "-...Hm..." gémis-je en ouvrant mes yeux, je n'avais même pas remarqué les avoir fermés... "J-je... je suis désolée..." fut tout ce que je réussi à dire. "Je ne sais pas ce que j'ai..." poursuivis-je un peu plus facilement. La parole me revenait, mes pensées aussi, et les innombrables interrogations à mon sujets alimentèrent mes songes pendant encore bien dix minutes après ça.

    "-...Tu nous as juste fait une petit crise de panique... C'est Malamute qui t'a perturbée à ce point ?" demanda sans insistance Lunol qui me regardait avec nostalgie peut-être.

    "-...Peut-être. J'ai du mal à comprendre ce qui m'arrive de base, alors maintenant, mystère absolu haha." Mieux vaut en rire qu'en pleurer, pas vrai ? J'espère les rassurer un peu...

    "-...Tu te sens comment ?" poursuivit Oggas.

    "- Sincèrement, ça pourrait être pire. Le mal est passé, donc avec un peu de chance ça ira tout seul après coup."

    "- Tu nous feras pas ça devant Draniolon j'espère! Sinon, je donne pas cher de ta peau..." commenta Lunol.

    "- Rabat-joie, va" répliquai-je d'un nouveau sourire.

    "- Je pense que nous devrions mieux préparer ton départ. Ce serait idiot d'y aller en touriste... Je m'occupe de préparer tes affaires, et on lève les voiles dans l'après-midi. Comme ça, tu auras eu encore un peu de temps pour te préparer mentalement et physiquement à l'épreuve. Ça te va ?"

    "- Oui. De toute façon, je n'ai pas l'intention de mourir tout de suite, donc autant prendre notre temps dans les préparatifs. J'ai moyennement envie de me faire exploser par un Dieu qui n'a rien demandé à la base, haha!" Plaisantai-je. Les autres rirent de bon cœur avec moi. Oui, je devais me faire à l'idée intimidante de me confronter en duel, voire même en combat, à un être déchaîné et possiblement susceptible... Qui n'appréhenderait pas un peu d'affronter un tel destin ? Surtout quand on sait que la survie de tout un monde dépend de notre performance... Ça fout à peine la pression. Dans quoi je me suis embarquée, sérieux....?

    Les heures passèrent, et rien ne changea vraiment. L'anxiété ne m'avait pas quitté, et elle serrait mes tripes comme jamais... Pour une fois que le vide incessant est remplacé par un véritable sentiment, il a fallu que ce soit un de ceux liés au stress... Comment remédier à ça...? Comment remplacer la peur par l'assurance ? Et surtout, comment sentir ce dernier sentiment de manière à avoir l'impression de le vivre...? ...Ha... Pourquoi toujours des idées noires...? Seule, sur la plage, je regarde l'horizon, les yeux dans le vague encore. Le vent frais effleure ma peau encore couverte de ces bandages qui ne m'ont plus quitté depuis le début... Moi qui avait prévu de me changer, j'en ai oublié même les fondamentaux, mais maintenant que j'ai l'occasion de le faire... ne serait-ce pas en demander trop...? Après tout, vu le temps qu'il fait, et malgré le froid que je vais devoir affronter, je sais qu'une tenue m'attends là-bas... Vay l'a bien signifié......la tenue de l'élue. Tu la trouveras dans la caverne à la base de la montagne glacée. Voilà ce qu'il m'a dit... Et je crois qu'il n'avait pas préciser que ça... Qu'était-ce déjà...? ...Ah oui, si tu commences l'ascension sans elle, une fois là-haut, il te faudra tout redescendre... Mais, pourquoi déjà...? J'ai du mal à me souvenir... pourtant, ce n'était que ce matin... Allez, fait un effort... Qu'avait-il dit...? Ça y est! C'était quelque chose comme il pourrait croire que tu es l'une d'elles, et te fera subir le même sort... Sauf qu'il me parlait du même sort que qui...? ........ L'une d'elles...? ... Ne faisait-il pas référence à cette histoire de clones ou je ne sais trop quoi...? Bah, peu importe. Ça ne change rien après tout. Je n'ai jamais changé pour personne de toute façon, alors pourquoi le ferais-je maintenant ?

    "- Vous n'êtes pas partis encore...?" demanda une voix grave que je reconnus avec un peu de mal. Il m'avait surprise, je ne l'avais pas repéré.

    "- Ah!! C-c'est vous... Malamute, c'est cela ?"

    "- Oui. Au fait, je n'ai toujours pas eu connaissance de ton nom, petite." lança-t-il chaleureusement. Son comportement détonnait complètement avec celui qu'il avait eu plus tôt, mais je n'en fis rien.

    "- Célia. Et non, votre fils s'occupe des préparatifs pour que je sois sûre d'être dans de bonnes conditions pour affronter l'épreuve." dis-je le plus naturellement du monde. Je m'étonnais d'ailleurs en remarquant que j'avais déjà classifié ce prénom comme le mien. Comme quoi, tout arrive.

    "- Célia, hein? C'est pas courant je dois dire. Dis-moi, tu appréhendes pas vrai ?"

    "- Comment l'éviter ? Bien sûr que j'appréhende. Je ne connais pas mon ennemi, si tant est qu'il s'agisse plus d'un ennemi que d'une menace... et en plus, je n'ai rien pour l'affronter s'il désire vraiment se battre. La force me manque, et peut-être le courage aussi..." déplorais-je.

    "- Ha...les jeunes de nos jours. Toujours à craindre le pire. Tu sais, j'ai appris ce qui t'es arrivé tout à l'heure." dit-il sans transition, à moins que je ne l'ai juste pas perçue ?

    "- D-de... mon...-?" balbutiai-je en lui jetant un regard intrigué.

    "- Oui, ton malaise face à ce qui t'attends. Désolé si je t'ai imposé les choses, je ne voulais pas te stresser ou autre..."

    "- Ah! non, ce n'est rien ça! En fait, je ne sais pas à quoi c'était vraiment dû, mais au moins, je sais à quoi m'attendre maintenant, héhé..." m'excusais-je un peu malgré moi.

    "- Tu n'as pas besoin de prendre des pincettes, petite. Tout le monde doit un jour affronter ce qui nous hante, et les peurs qui nous dévorent se doivent d'être vaincus. Pour ça, seuls les âmes fortes surpassent leurs propres ennemis, les faiblesses qui viennent d'eux-même, de leurs doutes et réussissent à faire face au danger sans broncher. Je suis un de ceux-là, Oggas aussi, et toi, t'es du même calibre! Alors t'as pas à t'en faire, et affronte tes démons avant qu'ils ne consument le peu de cohérence qu'il te reste."

    "-...Vous réconfortez souvent des gens... comme moi...?" demandais-je avec le sentiment d'avoir été conseillée avec les mots justes.

    "-...J'aimerai bien te dire "Oui, absolument tout le temps", mais ce serait mentir... En fait, il m'arrive de le faire pour Oggas, mais je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi tourmenté que toi. Te manquerait-il des réponses...?" hasarda-t-il l'air inquisiteur.

    "- Ha... si vous saviez combien il m'en faudrait pour être certaine d'agir pour ce qui est juste..." Je regardais le sable, dépitée.

    "- Et pourtant, pour le savoir, il ne suffirait que d'une question." affirma-t-il, un sourire aux lèvres. Intriguée, je relève la tête vers lui.

    "- Ah oui ? Laquelle...?" demandais-je en lançant un regard perçant.

    "- Est-ce que ton cœur a l'intime conviction d'agir pour le bien en suivant la voie que tu as choisi de prendre ? Si oui, c'est que tu es sur la route, sinon, change de position. Voilà la question." Je reste muette un instant, en cherchant à répondre à cette question. Avais-je vraiment le sentiment d'agir pour le bien de tous ? Oui, évidemment que oui, vu que mon abstinence provoquerait la fin et la mort de cet endroit, de tous ces gens...

    "- Oui." laissais-je échapper, le regard plongé dans le sable d'un air remotivé. "Je suis le bon chemin. Si je réussis à apaiser Draniolon, je sauve des vies, je sauve un monde entier... Or si je m'abstiens... cela marquera votre fin. Non, je ne veux pas de cette fatalité. Vous ne la méritez pas. Personne ne la mérite. E-Et..." Je m'interrompis en comprenant que je réfléchissais à voix haute. Je relève les yeux vers l'homme avec l'impression d'en avoir trop dit... Mais l'homme me souriait l'air jovial. Qu'ai-je dit de si drôle ?

    "- Rien de bien compliqué n'est-ce pas ? ...Enfin, tu réfléchis peut-être un peu trop, mais du moment que ça te permet d'avancer, il n'y a pas de mal." Malamute me regardait d'un air attendris. J'avais la sensation que sans son aide, j'aurai pu rester là à ruminer pendant encore bien plusieurs heures. Je me devais de le remercier. Mais une fois encore, complètement incapable de sortir un mot sans me laisser submerger par l'émotion, mon corps opta de lui-même pour un câlin. Depuis quand ai-je cette manie impulsive ?? En tout cas, le Chef du village ne broncha pas et me rendit mon étreinte avec encore plus d'enthousiasme. Faudrait voir à pas me briser les os quand même... j'ai pas envie de me pointer en morceau sur la Montagne de Glace... Je n'y survivrai pas, c'est sûr. "Au fait, quel âge as-tu jeune fille ? Je dirais que tu tournes autour des dix-huit ans, je me trompe ?"; Un peu prise au dépourvu par la question, je me détache de lui et prends quelques secondes pour réfléchir... C'est vrai ça, quel âge puis-je bien avoir...? Dix-huit ? Non, peut-être pas... Un peu moins je dirais... Plus quelque part entre seize et dix-sept.

    "- Peut-être seize..." répondis-je à demi-voix, par peur que le peut-être soit perçus comme il devait être véritablement entendu: c'est-à-dire, comme l'incertitude qui enveloppe la question de mon âge.

    "- Tiens, je pensais que tu allais me dire plus... Tu as l'air plus mature que ce que suggère ton âge... C'est un gage d'intelligence. Vous iriez pourtant si bien ensemble avec Oggas..." finit-il en baissant la voix, comme une remarque à lui-même. Immédiatement, je me sentis rougir malgré moi, tandis que je reculais en balbutiant des non-sens.

    "- Qu-Qu'est-ce que vous insinuez...??" fut la seule phrase cohérente qui réussi à se frayer un chemin au travers du schmilblick de mon esprit à l'instant. "...J-j-je..."

    "- Hey, du calme! Faut pas te mettre dans ces états-là pour quelques remarques en l'air, hein! Et puis, c'est pas comme si ma tête de mule de fils se bornait pas sur la question... Tu l'as entendu toi-même tout à l'heure..."

    "-... Là n'est pas le problème..." dis-je, hésitante.

    "- Alors quoi ?"

    "-...Comment pouvez-vous suggérer de telles choses de manière si..." je me raidis... "nonchalante...?"

    "- Ah! ça!! Mais c'est que de l'humour ma petite! Faut pas t'en faire, tu t'y fera bien vite t'inquiète pas." plaisanta-t-il à gorge déployée, laissant ainsi tonner sa voix grave. Sûrement à cause du bruit que produisait son père, Oggas accourut nous rejoindre.

    "- Quelque chose ne va pas ??" demanda-t-il en reprenant simplement son souffle. Courir de chez lui jusqu'à la plage n'était pas épuisant pour lui, il devait y être habitué. "...Père, tu l'embêtes encore avec tes histoires ?"

    "- Holàlà, si on peut même plus plaisanter dans la vie, qu'est-ce qu'on va devenir...?"

    "- M'embarque pas dans tes réflexions farfelues... J'ai déjà assez de celle dont j'ai hérité." lança-t-il en se voulant apparemment cinglant. Mais la bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe, et Malamute reste apparemment insensible à cette pique.

    "- Maintenant, c'est toi qui frôle les sujets sensibles ? On aura TOUT VU!!! HAHAHAhahahaha!!" L'homme bourru semblait vraiment passer un bon moment, hilare comme il était. Encore un peu perdue face à cet homme étrange, je le regardais sans un mot. Soudain, un murmure à mon oreille.

    "- Il ne t'a pas dérangée j'espère..." Je compris alors qu'Oggas avait profité de mon inattention pour se rapprocher de manière à pouvoir me guider hors de mon immobilité pour fuir le chef du village. "Allons nous poser à l'intérieur, tu seras mieux installée." finit-il avec cette même voix marmonnée.

    Il me guida chez lui, et me proposa une chaise devant une table où se trouvait un ensemble de couvert prêt à l'usage, ainsi qu'un repas préparé. Lunol avait lui aussi droit à sa part, et une gamelle pleine de nourriture l'attendait dans un coin de la pièce. Je pris place, intriguée par le changement brutal d'ambiance. Oggas s'installa en face de moi, et me servit ce qu'il avait visiblement préparé vu tout le matériel dans l'évier. Naya était là aussi, avec toute une bande d'animaux en tout genre. Une vraie ménagerie! Mais tous semblaient heureux et bien soignés. Oggas interrompit mon moment de silence en reprenant le cours de la conversation.

    "- Je sais que tu n'as rien mangé depuis hier, alors je me suis dit qu'un bon repas pour te remettre d'aplomb avant ton épreuve serait une bonne idée. Donc, au menu, dorade de la mer de corail sur son filet d'herbe et d'assortiment de graines avec un assortiment de légumes pour accompagner. J'espère que tu apprécies ma cuisine, héhé!" dit-il avec un brin de candeur dans la voix. Que cherche-t-il à prouver ?

    "- Tu cuisines depuis longtemps ?" demandais-je en tentant de prendre un peu de tout pour mélanger les saveurs.

    "- Disons qu'avec tout le temps que j'ai passé ici, j'ai eu l'occasion d'améliorer mes compétences culinaires... Après, ce que je prépare ne convient pas forcément à tout le monde. Tu sais, avec les allergies ou autre..." Il semblait un peu nostalgique à cette remarque, mais n'ayant pas les clés pour comprendre, je continue innocemment.

    "- Je vois. Les goûts et les couleurs..." Je prends une bouchée de la préparation, et une fois de plus, je sens mes papilles complètement submergées de saveurs exotiques. Depuis quand le simple fait de manger ravit mes sens ? Non, il doit juste avoir un don en la matière, c'est sûr. "Comment tu fais pour trouver des produits d'aussi bonne qualité ?"

    "- Oh, ça ? Rien de plus simple en fait. J'ai pu récupérer la dorade au marché tout à l'heure, elle a été pêchée au petit matin. Pour les graines et épices, j'ai tout ce qu'il me faut niveau assaisonnement dans les placards. Et pour les légumes, ce sont les produits "du jardin" si je puis dire! Nous les cultivons ici-même, avec l'air marin... d'où le sel naturellement incorporée dans la préparation. Je trouve que l'ensemble se suffit à lui-même. Pas toi ?" finit-il fièrement.

    "- Je dois avouer que c'est assez surprenant, mais j'aime bien. J'ai l'impression que ça fait des siècles que je n'ai plus rien mangé en fait...." dis-je, en regardant mon assiette encore bien pleine.

    "- Alors c'est l'occasion. Je te laisse manger tranquille, j'ai encore quelques préparatifs à faire. Je viendrais te chercher quand tout sera prêt. Bon app'!"

    "- Merci, à plus tard du coup."

    C'est ainsi qu'il s'en alla une fois de plus. Cependant, le rappel des préparatifs fit automatiquement bifurquer mon esprit vers ce qui m'attends. Et là encore, je ne m'y surprends plus, je me remets à redouter les éventualités. Comment ça va se passer ? Vais-je y arriver ? Et devrais-je gérer ça seule...? Non, Oggas et Lunol seront là, pas vrai! Pas vrai...? Je me souviens ce que nous a dit Vay....Quant à toi Oggas, je te conseille juste de ne pas l'accompagner sur la montagne glacée, au risque de te prendre les foudres de D.Univers... Compris ? ... Tout ça pour qu'il reste de garde...mais aurais-je seulement le courage de faire face...seule ? Bon, ce n'est pas la mort après tout, c'est aussi compliqué qu'un examen, rien de plus qu'un épreuve comme on en fait tous. Sauf que là, au lieu d'être un examen intellectuel, c'est purement et simplement physique... Dire que j'ai toujours été nulle en EPS... EPS...? Qu'est-ce que je raconte-moi ? C'est quoi l'EPS d'abord ?? ... EPS... ça a sûrement un rapport avec le sport, mais qu'est-ce que ça signifie exactement...? ... Plongeant plus en profondeur dans les abîmes de mon esprit, quelque chose me revint:"- Education... P... à quoi correspond le P...? Sport ? Non... le sport, c'est une activité physique... donc EPS, c'est Education Physique et Sport-...ive ? Oui, ça me dit quelque chose... Attends, c'est une matière ça!?"

    "- De quoi tu parles depuis tout à l'heure ?" demanda Lunol suite à ma rémanence.

    "- Ah, euh... Je ne sais pas en fait... je me souvenais juste d'un truc..."

    "- Te souvenir ? C'est tout ? Et c'est ça qui te met dans tous tes états!?" se moqua-t-il.

    "-...Je te rappelle que je ne me souviens de rien, juste hein... Donc oui, et le pire, c'est que j'ai déjà oublié de quoi il s'agissait..." déplorais-je en lui lança un regard ennuyé.

    "- D'EPS si j'ai bien suivi. Ou d'Education Physique et Sportive, mais je ne vois pas d'où tu nous sors ça comme ça,de but en blanc..." lâcha-t-il l'air las.

    "- Je pensais à l'épreuve, et je la comparais à passer un simple examen..."

    "- Et quel rapport avec le sport ?"

    "- Le côté physique ?" répliquais-je un peu froidement.

    "- Aussi glaciale que la montagne... Moi pas comprendre, désolé." conclut-il avec un sourire avant de partir à son tour. "Aller, je te laisse à tes rêveries... Je vais voir où en est Oggas."

    "-...Ok..." dis-je faiblement. Il me fuit ou quoi ?

    Confrontée à l'incompréhension, je choisis d'aider un peu en débarrassant ce qui m'avait servi de couverts, et sortis à mon tour en prenant Naya avec moi. Les autres animaux avait l'air de préférer l'intérieur... Posant mes pieds nus dans le sable froid, mon corps me rappela ma condition physique. J'étais blessé, et pas encore remise de mes plaies... A moins que... En prêtant attention aux informations que je pouvais interpréter. Ainsi, je me rendis compte que mon corps ne souffrait pas de blessures, ni plus des plaies supposées être sur mes joues. Subjuguée, j'effleure mes joues de mes mains, et conclus finalement que je n'avais plus rien. Pas de plaies, pas de cicatrices, rien. Pareil, je regardais mes bandages, ils étaient juste un peu amoché à cause de l'excursion en forêt, mais rien non plus, pas une tâche de sang... Et j'étais loin de la faiblesse latente qui persistait à mon réveil... Pourtant, je me souviens encore de ce premier jour dans la grotte... mes blessures étaient ouvertes, c'était sûr! Alors combien de temps s'est vraiment écoulé entre ce moment-là et mon arrivée ici...? Encore une question que j'ai oublié de poser tient. Tss... Bref, du coup, j'ai effectivement la forme pour aller voir ce dragon... Finalement, j'ai toutes les cartes en mains pour réussir, pas vrai ?

    BOUM

    "- Hm...? Ha!!" Le temps que je perçoive ce qui venait de s'écraser devant moi, je me figeai instantanément.

    "- Hm...GRRRR..." le grondement du dragon obsidienne résonnait en moi, il était si proche! Soudain, je le vis se mouvoir avec lenteur, se retournant avec difficulté sur le côté. Il posa une patte au sol, et quand ses yeux rencontrèrent les miens, il leva la tête et se pétrifia à son tour. Ses yeux rouges devinrent un peu plus violet le temps d'une seconde. J'étais paralysée.

    RHYAAAA!!!!

    Un cri lointain retentit au-dessus de nous, mais ne nous sortit pas de cet instant qui semblait s'éterniser.

    "- Est-ce... toi...?" murmura le dragon d'une voix à peine perceptible.

    "- Célia!!" hurla Oggas en se plaçant devant moi en guise de rempart. "Tu n'as rien ??"

    Sans que je n'eus le temps de dire quoi que ce soit, un dragon rouge cette fois faucha son congénère encore couché sur le sol. L'attaque était si vive qu'une partie du sable de la plage se fit prendre dans son sillage. Dans un écran de poussière, les deux reptiles disparurent dans le ciel, et j'entendis Draniolon hurler de douleur et d'épuisement:"Rhyyyyaaaaaaaaa!!! Argh, HyaaaaaaAAAAAAAhh!!" Le cri avait beau être déjà loin, je ne pus m'empêcher d'avoir de la peine pour le pauvre dragon. Il était manipulé, son cœur n'était plus le sien... Je devais le sauver de sa corruption. Je dois le faire.

    "- Et beh, pour une première rencontre, on peut dire que vous avez eu le coup de foudre tout les deux! Tu avais l'air fascinée par Draniolon, ça va? Tu t'en remets?" demanda Lunol avec une légère pointe d'humour.

    "- Hm... Ouais, pas de souci. On part quand ?" répliquais-je glacialement.

    "-...Et bien, je venais te chercher justement... On en a pour plusieurs jours de navigation, donc si tu es prête, on peut y aller." répondit-il sur ses gardes. Il avait sûrement perçu mon changement d'opinion.

    "- Alors allons-y." dis-je un peu plus amicalement.

    "- Par contre, Naya tu restes-là... J'ai pas vraiment envie de te perdre parmi la neige. On risquerait de ne pas te retrouver..." ajouta Oggas, la mine sombre. La colombe, qui semblait avoir compris, choisit de rejoindre ses petits camarades à l'intérieur et d'attendre patiemment. De notre côté, le duo me guida jusqu'à l'embarcation et nous prirent place à bord. Le soleil commençait sa course vers la fin de la journée, le ciel était agité à cause du conflit qui faisait rage. Des cris déchiraient le silence imposé par la distance qui nous séparait de l'affrontement... cependant, nous pouvions toujours observer le déroulement des combats en avançant sur la mer. Ainsi, nous nous mirent en route sur une mer encore assez clémente. Je pris un instant pour analyser le reste. Le village, avec un peu de recul, semblait bien tranquille comparé à la férocité qui prenait place un peu plus haut... Du côté avec vue sur le volcan s'était déjà bien engagé un combat du type seul contre tous... Avec d'un côté, Draniolon, et de l'autre, l'Alliance, les élus et leurs dragons. D'ailleurs, je ne voyais les élus nulle part... se pouvait-il qu'ils ne soient pas encore entrés dans la bataille ? Étrange... Mais que préparent-ils...?

    A quelques lieues sous le sol s'élaborait le plan final. Vay, Xélios et Philias se paraient de leur nouvel allié, prêt à fusionner avec eux. Xélios supervisait l'entraînement des deux autres:"- Il faut que vous établissiez un lien de confiance avec votre nouvel ami. Laissez le s'approcher le premier, sinon il prendra peur. C'est ça Vay, laisse-le venir à toi. Dire que ce cecoracias caudatus est gorgé d'éther, j'ai du mal à y croire. J'espère que tu n'es pas déçu par ton spécimen Vay... Pour toi, Philias, on a trouvé ce magnifique chrysocion brachyurus avec ses capacités électriques et son tempérament de feu. Estime-toi heureux qu'il ne soit pas aussi sauvage que toi..." La séance avait l'air de bien se passer. Après un moment, les trois tentèrent la fusion, et tous réussirent avec plus ou moins de difficulté. Cela donnait parfois des mélanges... surprenant, mais aucune anomalie à déplorer. Néanmoins, seul Xélios réussi à atteindre le palier des dix minutes en séance intensive. La fusion était épuisante aussi bien pour les animaux que pour les élus, mais Xélios gardait espoir. Tous faisaient des progrès, et en quelques essaies, le palier des cinq minutes fut rapidement franchit par tout le monde. Le dernier acte allait bientôt pouvoir être joué. Tout était fin prêt.

    "- Ryaaaah!!! ... Je ne flancherai pas... Adsis, ABANDOOONNE!!!!!" hurla Draniolon boosté à l'adrénaline. Il fondit vers son frère de sang, et tenta de lui chopper la gorge, mais D.Univers lui coupa la route et l'expulsa contre la paroi du volcan.

    "- Hey, abime pas trop mon domaine, j'aimerai bien le retrouver entier après ça!! Tu m'entends D.Univers!?" s'insurgea Adsis.

    "- T'occupe, aide-moi au lieu de râler!!" plaida D.Univers. "Dréleste, qu'est-ce tu fous!?"

    "- Je vous soigne, imbécile! Tu crois que c'est le moment de presser tout le monde comme ça?" s'irrita le dragon émeraude.

    "- Argh... haha, comme c'est touchant. Sérieux, vous me filez la gerbe. FOUTEZ-MOI LA PAIX!!!!!!" lança Draniolon en utilisant le supplément de haine qui envenime son cœur un peu plus pour repousser le dragon de foudre et plonger l'endroit dans une violente tempête glacée. "RHYYYAAAAAAAAAA!!!!!!!!!!!!"

    "- Gimber, aide-moi!!" ordonna Adis. De leur puissance sulfureuse, ils déployèrent leurs pouvoirs venus tout droit des Enfers pour réchauffer l'atmosphère.

    "- Nous aussi!! Darumie!" proclama Flamacier en joignant ses flammes à celles de ses alliés.

    "- Et nous, brisons ces cristaux Yoris!!" ajouta Xyoris de sa voix roque.

    "- Pas de quartier!!!" répliqua son frère. En un instant, des lames de rocs jaillirent du sol tels des menhirs pour réduire les imposants blocs de glace à l'état de poudreuse. Phylasis se contentait de faire du soutient, ne pouvant pas se risquer à affronter directement le dragon azuré. Le phœnix faisait son possible pour restreindre l'efficacité des capacités du dragon, tandis que les autres se contentaient d'attaques à distance pour couvrir les véritables acteurs de ce conflit. Draniolon était cerné, les forces lui manquait, mais sa rage grandissante renforçait ses coups encore un peu plus. Il enchaînait plus difficilement les combos, mais ils devenaient à chaque fois un peu plus dévastateurs. Cependant, il ne pourrait plus faire face bien longtemps... il devra bientôt opter pour une stratégie moins offensive. Sans attendre, Draniolon choisit de voir les coups venir avant de riposter. Ainsi, il se plaça sur le volcan, attendant patiemment la venu d'un assaillant.

    C'est sans surprise que D.Univers se présente à lui, complètement entouré de foudre. "Imbécile..." Peut-être avait-il oublié l'avantage qu'offrait l'or du corps de Draniolon, mais les capacités électriques ne lui infligeait rien. Bien au contraire, Draniolon encaissa volontairement l'attaque pour en absorber l'électricité, ce qui accrut sa motricité et sa force. A présent plus agile et féroce, le dragon s'empara des cristaux frontaux de son adversaire et vint l'éclater contre la roche si violemment qu'il en emporta une partie sous l'impact. Puis, le dragon enragé se retourna vivement et d'un battement d'aile, il fonça vers une brèche laissée par le front ennemi. Bientôt, Draniolon se retrouva au-dessus du village où il avait vu celle qui l'avait tétanisée un instant. Il avait beau chercher où qu'il le veuille, il ne l'aperçut pas. "Où est-elle...? Je sais que tu te caches... Montre-toi...!" murmura-t-il, mais un souffle caractéristique le ramena sur Terre. "Adsis..." Ce dernier s'apprêtait à lui projeter un souffle enflammé pour le ralentir, mais ayant perçut l'attaque, le dragon esquiva et retrouva une teinte plus sombre. La corruption le rongeait encore un peu plus, et il se retourna furieusement. Il riposta avec la création d'un rempart de givre, et en une vive ruée, il vint frapper l'or de son crâne contre la plaque avant de redresser brusquement la tête. Enfin, la muraille se brisa, et les projectiles ainsi créés vinrent s'écraser au sol tel des fléchettes sur une cible. Dès que les cristaux atteignirent leur cible, ils explosèrent en une myriade de bris de verre pour un maximum de dégâts.

    "- Tu ne me laisses plus le choix..." Draniolon fit apparaitre un portail, et s'y engouffra pour réapparaître juste derrière Adsis à pleine allure pour lui asséner un féroce coup de poing munis de pics glacés tranchants en plein dans la chair. Le portail disparut tout aussitôt.

    "- Argh!!! Enfoiré!!" Cracha Adsis, qui vint frappa le sol à son tour.

    BOUM

    "- Un de moins..." pensa Draniolon en esquissant un sourire. "IL EST TEMPS D'EN FINIR!!!!" Draniolon leva le bras droit en l'air, et créa un autre portail d'où il prit une sphère sombre. Son Orbe du Néant. Ramenant sa prise vers lui, il posa l'orbe contre celle sur son torse, et les deux fusionnèrent en une seule. Un violent souffle se dessina autour du Dieu azuré qui laissa son apparence obsidienne complètement s'évanouir pour, en une boule de lumière, retrouver son apparence originelle. Enfin, il retrouvait sa pleine puissance. L'adrénaline acquise sans l'orbe s'ajoute à présent à sa force colossale... A cet instant, s'il le voulait, il pouvait détruire Drania de son attaque la plus élaborée. Mais il restait du menu fretin à exterminer.... Il était encore loin d'arriver au bout.

    "- Mince, on fait quoi maintenant!?" s'inquiéta Dréleste.

    "- Il faut le contenir encore un peu... Le temps que les élus nous rejoignent... Argh... Il le faut... Allez, un peu de courage! Nous pouvons y arriver!!" encouragea D.Univers.

    "- GRRRR... Toi... LA FERME!!!!!!!!!!!" Draniolon projeta sur le dragon affalé sur la roche du volcan un rayon glacé encore plus furieux que celui qu'il avait lancé le matin-même. L'effet fut sensiblement le même. D.Univers se retrouva figé dans la glace épaisse tandis qu'un virulent vent froid frappa les autres. Phylasis, sous la vague de froid, vit ses feuilles geler aussi. C'était le même effet qu'une canicule, mais avec de la glace. Dréleste eut du mal à tenir l'attaque, il était bien trop sensible au froid malgré ses plumes duveteuses. "Encore un..." s'encouragea le dragon saphir. Il fondit sur le dragon émeraude, de manière à inculquer le coup de grâce à cette dernière menace... sauf que ça aurait été trop simple. Flamacier, Darumie et Gimbergender s'interposèrent et s'unirent en une brûlante offensive pour tenter de repousser le Dieu azuré... en vain. Le dragon riposta avec sa glace... étonnamment, les flammes furent prisonnières d'un cocon de diamant qui, sous la pression de Draniolon, libéra un pouvoir dévastateur. Digne d'un Feu Glacé que seul un être divin pouvait produire. L'effet était sans appel: quatre en moins d'un coup. "Minable..." lâcha Draniolon avec mépris.

    "- T'en as pas finit mon gars!!" tonna une voix roque derrière lui.

    "- Vous n'abandonnez donc pas...?" suggéra à demi-voix l'être corrompu. Silence... A sa grande surprise, il n'y avait pas qu'un seul membre de l'Alliance encore prêt à faire face. Ils étaient trois. Xyros, Yoris, et Orysis... "Vous n'avez aucune chance..." siffla le dragon azuré. "Qu'attendez-vous ?"

    A ces mots, le trio s'approcha du dragon qui atterrit, droit sur ses deux pattes arrières. Les deux dinos se répartirent les tâches tandis que l'agile petit lézard s'occupait d'attirer l'attention de la cible. Leur stratégie semblait fonctionner, malgré l'attention partagée de la divinité. Quand le premier coup fut donné, Draniolon ne bougea pas pour voir venir, mais ce fut là son erreur. Les lames de rocs du duo de dinos entravèrent le dragon, et s'en suivit un enchaînement imprévisible. Puis, un pic de roche sortit perpendiculairement au sol sous le dragon pris au piège, et subit l'attaque de plein fouet, tandis que le duo osa l'attaque frontale. Ils chargèrent à l'unisson sur le corps en peine de Draniolon, et vinrent s'éclater de chaque côté de lui. C'était super efficace. Le dragon défusionna avec son orbe, et reprit son apparence normale... Il avait perdu. Non, il ne voulait pas. Il ne l'admettait pas. Il ne pouvait simplement pas. Aussi, il trouva une détermination nouvelle qui le fit se relever, toujours plus fort, et toujours plus féroce. Une patte après l'autre, il étendit sa colère contre le sol, le visage déformé par la haine. Son Fléau avait pris le dessus. D'un coup, d'un seul, il repoussa le trio d'un revers d'aile et laissa exprimer l'entièreté de sa frustration. Un hurlement déformé par la force du ce cri du cœur déchira le ciel une nouvelle fois, alors qu'à présent, Draniolon ne ressemblait plus à rien de ce qu'il avait connu. Il était toujours un dragon, mais il n'était plus lui-même. Bientôt, il perdrait le contrôle, et plus rien ne pourra l'arrêter.

    "- C'est l'heure... Cela fait maintenant deux jours que les autres se battent, cette bulle temporelle aura été efficace pour le ralentir. Maintenant, à nous de jouer!!" lança Vay à ses deux confrères. "C'est parti!!" Ainsi, les élus prêts au combat fusionnèrent avec leurs animaux associés. Xélios augmenta la puissance de ses rafales météos grâce à ce chien de vent, Philias boosta son agilité et la puissance de sa foudre avec son loup à crinière, alors que Vay avait, grâce aux précieuses gemmes d'éther de ce rollier d'europe, l'efficacité de ses attaques de lumière. Le plan allait enfin aboutir. C'est parti pour cinq minutes de combat intense.

    Le trio d'élu fusionné lança l'offensive, ils n'avaient pas de temps à perdre. Ils devaient affaiblir le plus possible le dragon de manière à laisser assez de temps aux deux autres pour se préparer à le recevoir. Tout était parfait, et se déroulait sans réels accrocs. Certes, les autres avaient tous été mis sur le carreau, mais le plus dur était fait. A présent, ils ne devaient plus que faire une percée suffisamment puissante pour le pousser à retourner dans son domaine. Le combat faisait rage. La transformation de Draniolon en son Fléau l'avait privé de tout pouvoir de glace. A l'inverse, c'est une puissance se rapportant à celle de l'anti-matière - même s'il était en théorie impossible d'utiliser un tel pouvoir... La rancœur aussi pouvait faire des miracles... Après des échanges interminables d'attaques, et d'utilisations de stratégie, l'épuisement se faisait ressentir dans les deux camps. Cependant, le simple fait de garder - en apparence - l'énergie suffisante pour poursuivre le combat suffisait à démotiver assez Draniolon. Il reculait. Ses convictions flanchaient. Il était à bout. Mais son Fléau, lui, n'était pas prêt à lâcher prise, et en une ultime offensive, le dragon difforme prit de la hauteur, et commença à préparer son attaque la plus dévastatrice. S'il arrivait à l'exécuter, aux vues de la puissance qu'il avait emmagasiné, Drania n'existerait plus... Mais ils restaient un dernier tour dans la manche des élus.

    "A toi de jouer, Eagle!!!" hurla Vay en laissant l'aigle de glace rejoindre le monstre, une gemme d'éther entre les griffes. Dès qu'il fut assez proche de la calamité, il déposa toutes serres dehors, la gemme d'éther sur l'orbe frontale du dragon, ce qui repoussa la corruption un instant. C'était suffisant pour permettre à Draniolon de reprendre le contrôle. Le choc était si brutal pour lui qu'il ne réussit pas à se mouvoir de lui-même et chuta, paralysé, prêt à rejoindre les autres. Eagle n'était pas de cet avis, et plongea le rejoindre pour lui offrir un peu de son pouvoir pour qu'il puisse réagir. En tant qu'être compatible, la gemme d'éther leur servit d'intermédiaire rapide et le dragon azuré put se ressaisir. Il redressa la chute, et battit faiblement des ailes. Le combat acharné qu'il venait de subit l'avait engourdit de douleur. Il n'avait plus qu'une chose en tête: fuir. Ainsi, Draniolon ne se fit pas prier plus longtemps, et invoqua un portail menant droit à son domaine. Il l'emprunta, et la brèche disparut instantanément après son passage. "Fiou... Plus qu'à espérer que les choses se passent aussi bien de son côté..."

    "- T'as pas de souci à te faire là-dessus. Je suis sûr qu'elle est bien conseillée." commenta Xélios.

    "- Je ne comprends pas pourquoi tu doutes d'elle! C'est une battante, tu devrais le savoir depuis le temps!" ajouta Philias.

    "- Bien, je pense que nous avons nos propres problèmes à gérer ici..." déplora Vay en jetant un œil à l'ensemble des êtres à bout de force ou pris dans la glace devant eux. "Mettons-nous au travail." finit-il.

    Pendant tout ce temps, Lunol, Oggas et Célia s'étaient aventurés sur les flots pour rejoindre la mer de glace... une partie gelée de l'eau salée où commençait le domaine de la Montagne de Glace. Nous avions passé un jour et demi à naviguer en alternance pour l'atteindre. Nous y étions enfin... Étape suivant: l'Ascension. C'était le petit matin, et nous étions à présent si loin des combats que nous ne les entendions même plus. Au moins, ça faisait un détail en moins à prendre en compte pour l'instant. A présent, c'est moi de jouer mon rôle. Et je sais que, je n'échouerai pas.

    A suivre...


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